


{"id":813,"date":"2010-01-14T19:19:00","date_gmt":"2010-01-14T18:19:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=813"},"modified":"2010-01-14T19:19:00","modified_gmt":"2010-01-14T18:19:00","slug":"une-micro-histoire-economique-du-monde-dansee-une-mise-en-scene-du-lien","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/une-micro-histoire-economique-du-monde-dansee-une-mise-en-scene-du-lien\/","title":{"rendered":"Une (micro) histoire \u00e9conomique du monde, dans\u00e9e&#8230; Une mise en sc\u00e8ne du lien"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;-<br \/>\n<em> <strong>Pour sa troisi\u00e8me ann\u00e9e \u00e0  la direction du Th\u00e9\u00e2tre de Gennevilliers, Pascal Rambert revient in situ pour pr\u00e9senter son dernier spectacle intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Une (micro) histoire \u00e9conomique du monde, dans\u00e9e\u00a0\u00bb. Depuis \u00ab\u00a0Toute la vie\u00a0\u00bb, ces derni\u00e8res cr\u00e9ations se sont faites \u00e0  l&rsquo;ext\u00e9rieur, c&rsquo;est le cas par exemple de \u00ab\u00a0Libido Sciendi\u00a0\u00bb cr\u00e9\u00e9 pour le festival de Montpellier danse en 2008 et de \u00ab\u00a0Armide\u00a0\u00bb un op\u00e9ra de Lully cr\u00e9\u00e9 \u00e0  Houston en 2009. Quand nous arrivons \u00e0  Gennevilliers, nous sentons l&rsquo;\u00e9quipe du th\u00e9\u00e2tre attentive et impatiente d&rsquo;accueillir les spectateurs pour cette cr\u00e9ation \u00c2\u00ab maison \u00c2\u00bb. Le projet de ce spectacle est de regarder le monde \u00e0  travers l&rsquo;histoire de la pens\u00e9e \u00e9conomique et de la relier avec la question de ce que l&rsquo;art produit. Cette pens\u00e9e passe par la r\u00e9flexion sur les th\u00e9ories de Adam Smith, de Keynes ou de Karl Marx, observant les commentaires de Marcel Mauss sur les \u00e9changes chez les Maoris et sa th\u00e9orie du don et du contre don, ayant une attention pour Blaise Pascal et sa pascaline (grand-m\u00e8re de la calculatrice), \u00e0  Montaigne, \u00e0  Mallarm\u00e9 sans oublier le m\u00e9canisme des subprimes d\u00e9clencheur d&rsquo;un effet domino aboutissant \u00e0  la crise actuelle. Pour exposer, ces th\u00e9ories, Pascal Rambert a compos\u00e9 avec le philosophe Eric M\u00e9choulan un texte qui expose dans un langage parl\u00e9 (r\u00e9invent\u00e9 chaque soir) et r\u00e9flexif, les diff\u00e9rentes th\u00e9ories s&rsquo;appuyant au maximum \u00e0  ce que le plateau d\u00e9ploie d&rsquo;humanit\u00e9 et de singularit\u00e9. En effet, Pascal Rambert dans ce spectacle multiplie les diff\u00e9rences, les perspectives et les reliefs.<\/strong> <\/em><br \/>\n<em>Commen\u00e7ons par un Flash Back<\/em><br \/>\nDepuis sa nomination au th\u00e9\u00e2tre de Gennevilliers, Pascal Rambert a mis en place un atelier d\u2019\u00e9criture hebdomadaire ouvert \u00e0 tous. Cet espace a \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 comme un rendez-vous o\u00f9 les gens se r\u00e9unissaient dans le silence autour d\u2019une grande table pour \u00e9crire puis apr\u00e8s le temps de l\u2019\u00e9criture, les corps se d\u00e9pla\u00e7aient sur le plateau laissant le temps aux mots de se faire entendre. Ayant travers\u00e9 le Th\u00e9\u00e2tre de Gennevilliers, j\u2019ai pu \u00eatre le spectateur de cet atelier. J\u2019ai pu observ\u00e9 aussi l\u2019importance pour ces \u00e9crivants que cet espace et ce temps avaient. C\u2019est avec une assiduit\u00e9 et une r\u00e9gularit\u00e9 qu\u2019ils arrivaient au th\u00e9\u00e2tre, qu\u2019ils se retrouvaient et qu\u2019ils se pr\u00e9paraient pour trois heures ensemble \u00e0 \u00e9crire, dire et \u00e9couter.<br \/>\nPascal Rambert a sollicit\u00e9 25 de ces \u00e9crivants pour participer \u00e0 cette pi\u00e8ce. Il a aussi voulu ce spectacle avec une vingtaine de choristes de l\u2019\u00e9cole nationale de musique de Gennevilliers participant de sa volont\u00e9 de relier les structures culturelles de Gennevilliers. Et comme une \u00e9vidence, il s\u2019est appuy\u00e9 sur son \u00e9quipe compos\u00e9e de  Kate Moran, Virginie Vaillant, Cl\u00e9mentine Baert et C\u00e9cile Musitelli, quatre actrices avec lesquelles il travaille depuis quelques ann\u00e9es, pour construire cette (micro) histoire \u00e9conomique du monde, dans\u00e9e. Ce sont elles qui vont faire les liens et les liaisons entre la parole \u00ab expos\u00e9e \u00bb d\u2019\u00c9ric M\u00e9choulan et celles des amateurs et des choristes. Car la parole si elle est celle des mots est aussi celle du \u00ab ballet \u00bb, de la chor\u00e9graphie comme nous le sugg\u00e8re le mot qui ponctue le titre.<br \/>\nDans la salle, nous d\u00e9couvrons le plateau tout repeint en blanc et enti\u00e8rement ouvert sur les deux salles de repr\u00e9sentation donnant une perspective impressionnante. Au centre de cet espace, un micro se tient sous un \u00e9clairage uniforme de n\u00e9ons. C\u2019est manifestement un espace d\u2019exposition et cette blancheur ch\u00e8re \u00e0 Mallarm\u00e9 est l\u2019endroit o\u00f9 quelque chose va s\u2019\u00e9crire. Cette \u00e9criture, au m\u00eame titre que les diff\u00e9rentes th\u00e9ories \u00e9conomiques se rencontrent dans les expos\u00e9s d\u2019\u00c9ric M\u00e9choulan, est un agencement des paroles multiples. Celle de Pascal Rambert qui ouvre la pi\u00e8ce, mais celles qui sont contemporaines aux diff\u00e9rentes th\u00e9ories \u00e9conomiques, celles de Montaigne et Mallarm\u00e9 par exemple, celle des amateurs qui \u00e9crivant en live nous donnent \u00e0 entendre leur parole. Cette multitude, nous la percevons aussi sur les formes de th\u00e9\u00e2tre que nous propose cette pi\u00e8ce, passant d\u2019une sayn\u00e8te, \u00e0 un po\u00e8me, d\u2019un po\u00e8me \u00e0 un langage parl\u00e9, de cette langue quotidienne \u00e0 un chant, de ce chant choral \u00e0 la danse qui prend sa part dans l\u2019\u00e9criture. Cette multitude permet d\u2019entendre l\u2019Histoire et l\u2019Aujourd\u2019hui. En effet, nous sommes dans l\u2019Histoire en traversant les \u00e9critures et les diff\u00e9rentes postures sur l\u2019\u00e9conomie, mais c\u2019est aussi un rapport aigu \u00e0 l\u2019Aujourd\u2019hui en relayant la multiplicit\u00e9 des endroits de parole. C\u2019est dans ce d\u00e9ploiement des multiples \u00e9missions de parole que s\u2019engage Rambert sans juger ni les unes, ni les autres. Il construit l\u2019espace dans lequel ces paroles peuvent s\u2019exprimer conjointement, d\u00e9veloppant les perspectives et les reliefs de chacune d\u2019elle et proposant des lignes, des liens et des \u00e9changes.<br \/>\nOn peut voir l\u2019\u00e9conomie comme l\u2019endroit du lien parce que c\u2019est le lieu de l\u2019\u00e9change. Et c\u2019est aussi \u00e0 cet endroit que le spectacle est complet car l\u2019\u00e9change est aussi une question que se pose l\u2019art. C\u2019est ainsi que dans les prises de parole d\u2019\u00c9ric M\u00e9choulan sur l\u2019\u00e9conomie, nous pouvons les relier  \u00e0 ce que la pi\u00e8ce est. Par exemple, pour introduire son expos\u00e9, il parle du magasin LiDL en face du th\u00e9\u00e2tre. Il dit que ce genre de magasins ressemble \u00e0 un entrep\u00f4t l\u2019associant \u00e0 l\u2019espace dans lequel il nous dit \u00e7a et que dans ce genre de commerce il n\u2019y a pas de mise en sc\u00e8ne des produits et que cette absence de mise en sc\u00e8ne est d\u00e9j\u00e0 une mise en sc\u00e8ne. C\u2019est une fa\u00e7on de dire et d\u2019affirmer que ce qui se d\u00e9roule sur la sc\u00e8ne sont des choix. Ensuite il parle du fait que la philosophie cherche \u00e0 mettre en relation, en lien des choses diff\u00e9rentes pour r\u00e9fl\u00e9chir le monde. La d\u00e9marche et la construction du spectacle participe d\u2019un processus proche. Nous assistons \u00e0 la mise en relation des choristes, des amateurs \u00e9crivant, des actrices et un philosophe en vue de r\u00e9fl\u00e9chir ce que je nommais l\u2019Histoire et l\u2019Aujourd\u2019hui.<br \/>\nLes interventions philosophiques d\u2019\u00c9ric M\u00e9choulan se trouvent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un dispositif sc\u00e9nique et chor\u00e9graphique port\u00e9 par la cinquantaine de personnes. Nous sommes en face d\u2019une (micro) humanit\u00e9 qui danse, chante, joue, r\u00e9fl\u00e9chie, prend la parole. Ce spectacle nous montre une maquette, un mod\u00e8le r\u00e9duit des liens et des \u00e9changes productifs et improductifs d\u2019une \u00ab soci\u00e9t\u00e9 \u00bb. Pascal Rambert avec Une (micro) histoire \u00e9conomique du monde, dans\u00e9e, invente un proc\u00e9d\u00e9 qui raconte en temps r\u00e9el ce qui se passe devant nous et en m\u00eame temps qui traverse une histoire \u00e9conomique, litt\u00e9raire et th\u00e9\u00e2trale. Il s\u2019appuie sur des formes simples de mise en sc\u00e8ne et de chor\u00e9graphie permettant le regard de s\u2019attacher \u00e0 la singularit\u00e9 et l\u2019humanit\u00e9 de chaque interpr\u00e8te plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019effet spectaculaire d\u2019une prouesse technique, d\u2019une virtuosit\u00e9 ou d\u2019un savoir faire. Pascal Rambert a su avec son \u00e9quipe cr\u00e9er et inventer les liens pour nous raconter Une (micro) histoire \u00e9conomique du monde, dans\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;- Pour sa troisi\u00e8me ann\u00e9e \u00e0 la direction du Th\u00e9\u00e2tre de Gennevilliers, Pascal Rambert revient in situ pour pr\u00e9senter son dernier spectacle intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Une (micro) histoire \u00e9conomique du monde, dans\u00e9e\u00a0\u00bb. 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