


{"id":816,"date":"2009-11-21T19:39:00","date_gmt":"2009-11-21T18:39:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=816"},"modified":"2009-11-21T19:39:00","modified_gmt":"2009-11-21T18:39:00","slug":"koltes-voyage","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/koltes-voyage\/","title":{"rendered":"Kolt\u00e8s Voyage"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<em> <strong>A l&rsquo;occasion du colloque[[Colloque consacr\u00e9 \u00e0 Bernard-Marie Kolt\u00e8s du 25 au 28 octobre 2009, articul\u00e9 \u00e0 l\u2019hommage national rendu \u00e0 l\u2019auteur cette ann\u00e9e pour le 20\u00e8me anniversaire de sa mort. Le reportage photo appartient \u00e0 la photographe Pascale Skrzyszowski. Copyright Pascale Skrzyszowski.]]\u00ab Kolt\u00e8s, d\u00e9mons, chim\u00e8res et autres m\u00e9tamorphoses \u00bb qui s&rsquo;est tenu dans les foyers du Th\u00e9\u00e2tre de Caen, en marge de cet \u00e9v\u00e9nement qui aura t\u00e9moign\u00e9 de l&rsquo;\u0153vre de Bernard-Marie Kolt\u00e8s (y compris cin\u00e9matographique puisque l&rsquo;on a pu assister \u00e0 la projection au Caf\u00e9 des images, entre autres, de <em>La nuit perdue<\/em>), les organisateurs de ces journ\u00e9es d&rsquo;\u00e9tudes ont eu \u00e0 c\u0153ur de faire venir <em>Kolt\u00e8s Voyages<\/em>, mis en sc\u00e8ne par Bruno Bo\u00ebglin. Travail pr\u00e9sent\u00e9 dans l&rsquo;auditorium de l&rsquo;ESAM et dans la Grange aux D\u00eemes de l&rsquo;IMEC Ardenne.<\/strong> <\/em><br \/>\nInlassablement le th\u00e9\u00e2tre retourne \u00e0 une source qui est comme une origine imaginable. Inlassablement, il fait entendre une parole dont le si\u00e8ge est le texte. Et d\u2019entendre cette langue travaill\u00e9e par un esprit \u2013un auteur\u2013 qui s\u2019est mis en t\u00eate de raconter une histoire, de livrer une pens\u00e9e, de lui donner un rythme, de lui pr\u00eater une sonorit\u00e9. Car l\u2019histoire qu\u2019on ram\u00e8ne trop souvent \u00e0 une fable est, disons-le pour ne pas l\u2019oublier toujours, une histoire, aussi, d\u2019\u00e9criture. Une mani\u00e8re singuli\u00e8re d\u2019agencer un lexique, d\u2019\u00e9lire des s\u00e9ries de mots, d\u2019orchestrer une musicalit\u00e9, de pr\u00e9f\u00e9rer une ponctuation qui a pour autre nom respiration, de choisir un mode, un temps&#8230; Ecrire une pens\u00e9e (une fable donc) tient de fait d\u2019un geste, ici et plus que jamais, mallarm\u00e9en.<br \/>\nEt disons-le alors, ou pr\u00e9tendons-le, la sc\u00e8ne est l\u2019espace singulier o\u00f9 justement le monde des sonorit\u00e9s trouve une expressivit\u00e9. Et reconnaissons-le, dans le timbre de l\u2019acteur, dans son souffle, dans la mani\u00e8re dont il fera peser un silence sur la phrase, dans cet art de faire de la voix une chambre d\u2019\u00e9chos, peut-\u00eatre qu\u2019il y a justement toute la pens\u00e9e de celui qui \u00ab crayonnait au th\u00e9\u00e2tre \u00bb.<br \/>\nRegarder, \u00e9couter, Kolt\u00e8s Voyage mis en sc\u00e8ne et interpr\u00e9t\u00e9 par Bruno Bo\u00ebglin et Paco Algora, c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre faire cette exp\u00e9rience-l\u00e0 d\u2019un texte mis en voix\/en sc\u00e8ne. Car ici, \u00e9coutant Kolt\u00e8s Viaja dans cette langue d\u2019Am\u00e9rique du sud qui faisait \u00e9cho \u00e0 la langue fan\u00e7aise de Kolt\u00e8s, il y avait peut-\u00eatre et d\u2019abord, la mise en sc\u00e8ne d\u2019une voix. La tentative \u00e0 travers l\u2019assemblage de fragments pris \u00e0 Prologues et aux Lettres de faire entendre l\u2019intensit\u00e9 d\u2019une voix, sa vitalit\u00e9, son \u00e9nergie.. Et ce au-del\u00e0 d\u2019une langue nationale, d\u2019une langue exclusive, au-del\u00e0 de la langue maternelle de l\u2019auteur. Dans le d\u00e9ploiement d\u2019une histoire sud-am\u00e9ricaine qui est comme un r\u00e9cit autobiographique, on \u00e9coutait ainsi parler Kolt\u00e8s du Nicaragua, du Guatemala, du Costa Rica qu\u2019il arpenta en 1978. On entendait ainsi le chatoiement de cette voix quelques fussent les sons qui la rapportaient. On percevait peut-\u00eatre bien, \u00e0 travers une syntaxe affol\u00e9e par tant de vie (c\u2019est-\u00e0-dire de luttes), une parole d\u2019esp\u00e9rance. Esp\u00e9rance que les lettres portent jusqu\u2019\u00e0 la m\u00e8re via les mots d\u2019un fils rimbaldien. Esp\u00e9rance travers\u00e9e par l\u2019enchantement d\u2019un monde non plus nouveau, mais se cherchant un horizon qu\u2019il trouve dans la guerilla, dans la Tequila, dans les danses de morts et les \u00ab Viva de la R\u00e9volution \u00bb.<br \/>\nFace \u00e0 face, distant l\u2019un de l\u2019autre par une table, Bruno Boeglin et Paco s\u2019attendent \u00e0 la virgule, se donnent rendez-vous aux points, se croisent au terme d\u2019une interrogative, se retrouvent dans une exclamation, s\u2019accompagnent sur une syllabe, se marquent \u00e0 la culotte dans de fausses querelles aussi. Bruno et Paco, Paco et Bruno\u2026 disent le m\u00eame texte, mais diff\u00e9remment, le faisant miroiter et lui rendant ses \u00e9clats. L\u2019un en espagnol, l\u2019autre en fran\u00e7ais. Assis, mais vert\u00e9br\u00e9s et droits dans leur botte ; en chemise blanche et pantalon gris de messieurs respectables, mais buissonniers vis-\u00e0-vis de la morale, taquins quant aux usages, joueurs entre eux ; rigoureux dans l\u2019amiti\u00e9, fac\u00e9tieux dans la relation, heureux d\u2019\u00eatre le compagnon de l\u2019un et de l\u2019autre\u2026 Paco et Bruno sont unis en parole comme dans un monologue.<br \/>\nUnis dans le d\u00e9saccord, compagnon dans la fortune, ils observent le m\u00eame paysage que la table pr\u00e9sente comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un autel aux figures \u00e9ternelles. A celles qui comptent et qui s\u2019extrayant du monde, apparaissent dans un cadre qui les isole et les singularise. Il y a Dosto\u00efewski et James Dean. Mais au milieu, il y a la m\u00e8re. La \u00ab maman \u00bb. Et Bruno et Paco parlent une langue qui est avant tout un ensemble de lettres adress\u00e9es justement et principalement \u00e0 \u00ab ma petite maman \u00bb. Celle que l\u2019on aime pour longtemps. Et l\u2019on devine que Bruno Bo\u00ebglin a choisi dans ces lettres \u00e0 la m\u00e8re et sur cette Am\u00e9rique centrale parce qu\u2019elles entretiennent une liaison \u00e0 l\u2019amour. A l\u2019amour plus fort que tout qui fait le mouvement des r\u00e9volutions et les nuits longues pleines de vie.<br \/>\nBruno-Paco allumeront des cierges magiques. Ecouteront Bach. Contempleront leur petit autel \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire de ceux qui demeurent vivants malgr\u00e9 tout. Un instant, ils se risqueront \u00e0 un rapprochement en contemplant le portrait \u00e9clair\u00e9 de la m\u00e8re. Un temps plus loin, ils tourneront le dois au public, debout et, sans doute, dans une nuit perdue qui n\u2019en finira jamais, continuent-ils de se lire les lettres de Kolt\u00e8s. Dans l\u2019intimit\u00e9, avec la m\u00eame t\u00e9nacit\u00e9, la m\u00eame joie et rigueur\u2026<br \/>\nEt l\u2019on s\u2019\u00e9loigne de la sc\u00e8ne de ces voix, en gardant en m\u00e9moire les yeux \u00e9cart\u00e9s de Bo\u00ebglin, le bras tendu vers le lointain. On l\u2019entend encore reprendre l\u2019accent espagnol d\u00e9faillant de Paco qui, amus\u00e9, fera comme Bruno lui demande et, en apart\u00e9, se permet de parler sa langue. On s\u2019en souviendra de <em>Kolt\u00e8s Viaja<\/em> parce qu\u2019un instant, humblement, dans une humilit\u00e9 qui est celle que porte le grand acteur qui n\u2019a plus besoin d\u2019artifice ; humblement dis-je, dans une humilit\u00e9 qui est de se pr\u00eater enti\u00e8rement et d\u2019ignorer un instant son ego ; humblement dis-je, dans une humilit\u00e9 qui donne \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 Bernard-Marie Kolt\u00e8s, une heure de vie suppl\u00e9mentaire\u2026 il fut question de faire entendre ce qui reste d\u2019un mort. Il fut question d\u2019\u00e9couter ce qui reste de lui. Des mots, des sons, une orchestration du monde \u00e0 lui, des mots, des sons\u2026 Le reste, c\u2019est silence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;- A l&rsquo;occasion du colloque[[Colloque consacr\u00e9 \u00e0 Bernard-Marie Kolt\u00e8s du 25 au 28 octobre 2009, articul\u00e9 \u00e0 l\u2019hommage national rendu \u00e0 l\u2019auteur cette ann\u00e9e pour le 20\u00e8me anniversaire de sa mort. Le reportage photo appartient \u00e0 la photographe Pascale Skrzyszowski. Copyright Pascale Skrzyszowski.]]\u00ab Kolt\u00e8s, d\u00e9mons, chim\u00e8res et autres m\u00e9tamorphoses \u00bb qui s&rsquo;est tenu dans les foyers du Th\u00e9\u00e2tre de Caen, en marge de cet \u00e9v\u00e9nement qui aura t\u00e9moign\u00e9 de l&rsquo;\u0153vre de Bernard-Marie Kolt\u00e8s (y compris cin\u00e9matographique puisque l&rsquo;on a pu<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-816","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/816","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=816"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=816"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}