


{"id":817,"date":"2009-11-20T19:40:00","date_gmt":"2009-11-20T18:40:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=817"},"modified":"2009-11-20T19:40:00","modified_gmt":"2009-11-20T18:40:00","slug":"rodrigo-garcia-cow-boy-en-quete-dinspiration","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/rodrigo-garcia-cow-boy-en-quete-dinspiration\/","title":{"rendered":"Rodrigo Garcia, cow-boy en qu\u00eate d&rsquo;inspiration"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>De son dernier spectacle, mort et r\u00e9incarn\u00e9 en cow-boy, au festival Mettre en sc\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;initiative du Th\u00e9\u00e2tre National de Bretagne 2009, si l&rsquo;on osait un titre \u00e0 la \u00ab Lib\u00e9 \u00bb, nous opterions pour \u00ab Garcia, chute de cheval \u00bb. Accident dont on souhaiterait qu&rsquo;il se relev\u00e2t prochainement. Lib\u00e9ration ne se fera donc pas l&rsquo;\u00e9cho de cette derni\u00e8re cr\u00e9ation car c&rsquo;est sans doute la production du metteur en sc\u00e8ne hispano-argentin la moins concluante. On conna\u00eet l&rsquo;attachement de Ren\u00e9 Solis, la plume th\u00e9\u00e2trale de Lib\u00e9ration qui n&rsquo;a jamais manqu\u00e9 de commenter le moindre geste esth\u00e9tique de cet artiste controvers\u00e9 suivi et d\u00e9fendu depuis ses d\u00e9buts en France. A ce titre, cette forme de fid\u00e9lit\u00e9, entre un artiste et un critique, sur la dur\u00e9e est honorable, \u00e0 condition d&rsquo;en faire une fid\u00e9lit\u00e9 critique de tous les instants, y compris et surtout dans les moments de doute. Nous sommes dedans, tant le spectacle pr\u00e9sent\u00e9 par Garcia \u00e0 Rennes est d\u00e9cevant.<\/em> <\/strong><br \/>\n Contrairement au bon sens, la d\u00e9ception n\u2019est pas la chose du monde la mieux partag\u00e9e. \u00c0 tort la plupart du temps quand celle-ci devient l\u2019objet m\u00eame de la contestation esth\u00e9tique. Ce qui colle parfaitement aux revendications d\u2019un th\u00e9\u00e2tre \u00e0 la Rodrigo Garcia d\u00e9fendant l\u2019id\u00e9e d\u2019un langage personnel loin des codes traditionnels du th\u00e9\u00e2tre. C\u2019est \u00e9galement le cas de certains mouvements de l\u2019art contemporain qui travaillent \u00e0 d\u00e9velopper la fonction d\u00e9ceptive de l\u2019art. La vid\u00e9aste Val\u00e9rie Mrejen ou encore le chor\u00e9graphe Michel Schweizer ont su parfaitement, non sans risque, tenter de produire des \u0153uvres intentionnellement d\u00e9cevantes quant \u00e0 leur capacit\u00e9 \u00e0 combler les attentes du public. \u00c0 ce titre, Rodrigo Garcia pourrait compter parmi ces activistes de la sc\u00e8ne, mais au fil des ans, le caract\u00e8re complaisant de ces productions tend \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019inverse.<br \/>\nFran\u00e7ois Le Pillou\u00ebr, Directeur embl\u00e9matique d\u2019une machine th\u00e9\u00e2trale \u00e0 dimension europ\u00e9enne, disait r\u00e9cemment de Rodrigo Garcia que \u00ab sa parole, assez libre, reste celle d\u2019un anarchiste \u00bb. Et \u00e0 propos de son dernier spectacle \u00ab qu\u2019il se veut plus intime, plus introspectif \u00bb. On peut l\u00e0 aussi souligner la t\u00e9nacit\u00e9 et la fid\u00e9lit\u00e9 d\u2019un professionnel de la diffusion \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un artiste, dans une \u00e9poque o\u00f9 devenus produits de consommation, les artistes-kleenex ne peuvent plus exercer dans la dur\u00e9e quand on sait que le temps, dans ce domaine comme pour toute recherche, est ce qu\u2019il y a de plus pr\u00e9cieux. Mais l\u00e0 encore, quand la fid\u00e9lit\u00e9 devient confiance aveugle la chose est discutable. Rodrigo Garcia n\u2019a rien d\u2019un anarchiste, ni ne d\u00e9veloppe une quelconque pens\u00e9e politique coh\u00e9rente. Apr\u00e8s tout, ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait ce qu\u2019on lui demande, mais le Garcia le plus engag\u00e9 l\u2019est davantage dans l\u2019esth\u00e9tique et les formes qu\u2019il d\u00e9veloppe que dans les discours pseudos contestataires et relativement moralistes qu\u2019il d\u00e9verse. Le Garcia qui creuse une forme est plus subversif que le Garcia bavard, le plasticien plus radical que l\u2019auteur, le sc\u00e9nographe plus impertinent que le metteur en sc\u00e8ne. Or, les r\u00e9centes cr\u00e9ations de Rodrigo Garcia paraissent interchangeables, calibr\u00e9es dans un m\u00eame format usant des m\u00eames ingr\u00e9dients le tout avec des accents faussement sardoniques et vaguement politiques.<br \/>\nAussi, s\u2019il convient d\u2019accepter, et c\u2019est sans doute un devoir, que le parcours d\u2019un artiste n\u2019est pas  lin\u00e9aire, qu\u2019il peut \u00eatre fait de coups de poing tonitruants, de gestes profonds, il est louable de reconna\u00eetre aussi parfois des formes plus faibles, moins convaincantes. Ce droit \u00e0 l\u2019\u00e9chec est une vertu, et m\u00eame une condition de l\u2019exercice de la libert\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019art. Venons-en au dernier spectacle en question. Remake trash d\u2019un Brokeback Moutain punk, les deux performers Juan Navarro et son complice de toujours Juan Loriente proposent une g\u00e9n\u00e9alogie du rire tel qu\u2019annonc\u00e9e dans la petite bible distribu\u00e9e \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la salle Gabily.<br \/>\nLe Bon, la brute et le truand.<br \/>\nLa brute.<br \/>\nEspace sc\u00e9nique minimaliste, deux guitares \u00e9lectriques, une paire de bottes de cow-boy, quelques accessoires, deux triangles de signalisation et un taureau rod\u00e9o m\u00e9canique grandeur nature. Comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, les acteurs attendent sur le plateau que les spectateurs s\u2019installent, avant de se lancer, cale\u00e7on sur les cuisses dans un concert dissonant plein de saturation maltraitant deux guitares qui subissent les assauts acharn\u00e9s des deux acteurs. Ce flot brutal est agr\u00e9ment\u00e9 de passages chor\u00e9graphiques cocasses o\u00f9 les deux Juan jouent de la pointe et autre tentative de danseuse \u00e9toile. C\u2019est dr\u00f4le et cela resitue d\u2019embl\u00e9e l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on se trouve, un espace de recherche qui n\u2019a pas vocation \u00e0 produire du beau conforme. Puis tr\u00e8s vite, l\u2019engagement corporel viril et d\u00e9nud\u00e9 reprend le dessus, les acteurs se frottent, enfilent le m\u00eame tee-shirt \u2013une camisole &#8211; et le m\u00eame slip, tant\u00f4t avec douceur, tant\u00f4t avec violence, avant de se saisir de nouveau des guitares pour mat\u00e9rialiser cette descente aux enfers. Face \u00e0 ce d\u00e9ferlement de violence gratuite, cette provocation st\u00e9rile dans un dispositif maintes fois vu et revu sans aucun \u00e9clairage particulier ni au service d\u2019aucun propos coh\u00e9rent, on peine pour les interpr\u00e8tes qui tournent en rond \u00e0 l\u2019image du taureau rod\u00e9o m\u00e9canique, dans un mouvement circulaire heurt\u00e9 et d\u00e9sorient\u00e9 auquel ils tentent en vain de s\u2019accrocher. L\u2019\u00e9clatement de la forme ici ne fait pas sens et l\u2019aspect sensitif ou sensible pour dire autrement est d\u00e9nu\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eat.<br \/>\nA jardin, se dresse un mur en contreplaqu\u00e9 recouvrant un tunnel au bout duquel les deux acteurs se rejoignent r\u00e9guli\u00e8rement pour y trouver une forme de lumi\u00e8re, avec une geisha d\u2019abord, qu\u2019ils f\u00eatent sur des airs de country  avant de se livrer \u00e0 divers rites fun\u00e8bres, avec ou sans fum\u00e9e, avec ou sans animaux. Les passages les plus convaincants \u00e9tant sans doute ceux o\u00f9 Juan Navarro se retrouve la langue ligot\u00e9e, sc\u00e8ne inspir\u00e9e du fantasme de la femme nue attach\u00e9e qui donne lieu \u00e0 une s\u00e9ance de sado-masochisme verbal, avec une logorrh\u00e9e inaudible qui n\u2019en finit pas de ressasser &#8211; passage redoutable d\u2019efficacit\u00e9 ; la fin encore, o\u00f9 un croissant r\u00e9aliste mue en \u00eatre humain en sommeil, succombe \u00e0 une overdose. Une image d\u2019une simplicit\u00e9 qui vous d\u00e9sar\u00e7onne et frappe juste. Cela vaut tous les bavardages, le vacarme et les vaines agitations tape-\u00e0-l\u2019\u0153il pr\u00e9c\u00e9dents.<br \/>\nLe bon.<br \/>\nLe texte, car il y a du texte chez Garcia, il y a souvent eu du texte. Garcia est un auteur, le sens de la formule alli\u00e9 \u00e0 un regard acerbe sur la soci\u00e9t\u00e9 de consommation qui cultive un sens du d\u00e9calage contribuant \u00e0 bousculer le lecteur, l\u2019interroger et le pousser dans ses retranchements. La plume de Garcia est d\u2019autant plus fine quand elle se tourne vers lui-m\u00eame, vers ses p\u00e9r\u00e9grinations telles qu\u2019expos\u00e9es dans son stimulant Borg\u00e8s. Les questions intimes sont soulev\u00e9es par Garcia de fa\u00e7on crue mais avec une tendresse d\u00e9concertante. Ainsi, la mue des deux  performers en cow-boy devisant du monde autour d\u2019une bi\u00e8re commence avec force. Avec une certaine lucidit\u00e9, Juan y Juan exposent les errements des couples \u00e9cornant l\u2019\u00e9loge de l\u2019amour dont on ne cesse de nous rabattre les oreilles ces temps-ci. L\u2019id\u00e9al du couple chez Garcia n\u2019est qu\u2019un rapport corporel, charnel, le reste n\u2019\u00e9tant qu\u2019obstacle pour emp\u00eacher de baiser. \u00ab Si tu es s\u00e9par\u00e9 de ta moiti\u00e9 pendant plus de vingt jours, et que cette derni\u00e8re ne fait pas l\u2019effort de venir te chercher \u00e0 l\u2019a\u00e9roport ou \u00e0 la gare, c\u2019est que ton histoire d\u2019amour est finie depuis deux ans \u00bb\u2026 Si au moment de ces m\u00eames retrouvailles, elle vient te chercher mais que vous allez au restaurant ou au cin\u00e9 avant de baiser, alors cela fait un an que c\u2019est termin\u00e9, et ainsi de suite jusqu\u2019\u00e0 la version la plus optimiste o\u00f9, \u00e0 peine descendu de l\u2019avion, vous baisez dans les chiottes de l\u2019a\u00e9roport, alors l\u00e0 il reste pour votre couple tout au plus un an ou un an et un mois d\u2019avenir. La d\u00e9monstration est imparable et dr\u00f4le. H\u00e9las s\u2019ensuit un jeu alphab\u00e9tique p\u00e9nible d\u00e9non\u00e7ant les difficult\u00e9s de vivre avec les autres. Ce n\u2019est alors pas d\u00e9ceptif, juste d\u00e9cevant. Les deux cow-boys ont de l\u2019allure mais l\u2019ensemble fait pschitt.<br \/>\nLe truand.<br \/>\nOn ne versera pas ici dans la vaine pol\u00e9mique. A la question Garcia est-il un imposteur, r\u00e9pond-on tout net : non ! Garcia est un artiste, fragile, qui tente de d\u00e9velopper un langage singulier mais qui semble pris au pi\u00e8ge de sa propre machine. L\u2019homme semble essouffl\u00e9, et c\u2019est dans ces moments difficiles qu\u2019il conviendrait de prendre soin de l\u2019artiste. Encore faut-il que lui-m\u00eame veuille continuer son parcours avant de perdre pied. On a connu des artistes maudits, mais ce n\u2019est pas le cas de Garcia qui b\u00e9n\u00e9ficie de soutiens institutionnels rep\u00e9r\u00e9s. Les paradis artificiels, s\u2019ils peuvent \u00eatre des refuges n\u00e9cessaires pour certains po\u00e8tes afin de supporter le quotidien, sont rarement des moteurs puissants et f\u00e9conds pour la cr\u00e9ation, en tout cas dans la dur\u00e9e. Quand le processus de cr\u00e9ation devient discutable, c\u2019est qu\u2019il est peut-\u00eatre temps de se remettre au travail avec humilit\u00e9 ou de prendre l\u2019air, le temps d\u2019une respiration.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De son dernier spectacle, mort et r\u00e9incarn\u00e9 en cow-boy, au festival Mettre en sc\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;initiative du Th\u00e9\u00e2tre National de Bretagne 2009, si l&rsquo;on osait un titre \u00e0 la \u00ab Lib\u00e9 \u00bb, nous opterions pour \u00ab Garcia, chute de cheval \u00bb. Accident dont on souhaiterait qu&rsquo;il se relev\u00e2t prochainement. Lib\u00e9ration ne se fera donc pas l&rsquo;\u00e9cho de cette derni\u00e8re cr\u00e9ation car c&rsquo;est sans doute la production du metteur en sc\u00e8ne hispano-argentin la moins concluante. 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