


{"id":818,"date":"2009-11-18T19:41:00","date_gmt":"2009-11-18T18:41:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=818"},"modified":"2009-11-18T19:41:00","modified_gmt":"2009-11-18T18:41:00","slug":"sense-of-self-sauver-sa-peau-le-sens-des-origines","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/sense-of-self-sauver-sa-peau-le-sens-des-origines\/","title":{"rendered":"Sense of Self\/ Sauver sa peau : Le Sens des origines"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;-<br \/>\n<em> <strong>M\u00e9lanie Demers, artiste chor\u00e9graphe qu\u00e9b\u00e9coise, et La\u00efla Diallo qui travaille actuellement au Danse South West de Bornemouth en Angleterre pr\u00e9sentaient \u00ab\u00a0sense of self\/ sauver sa peau\u00a0\u00bb ce jeudi 22 octobre 2009 au Centre Chor\u00e9graphique National de Caen dirig\u00e9 par Ella Fatoumi et \u00c9ric Lamoureux. Le Centre Chor\u00e9graphique National de Caen, le Centre Chor\u00e9graphique National du Havre, l&rsquo;ODIA Normandie, le Dance South West de Bornemouth, le National Skills Academy en Grande-Bretagne ouvrent avec cette pi\u00e8ce, \u00abCOAST TO COAST\u00bb, projet visant \u00e0 enrichir les pratiques de part et d&rsquo;autre de la Manche.<\/strong> <\/em><br \/>\n<em>Aux origines&#8230;<\/em><br \/>\nIl y a 4 ans environ, La\u00cfla Diallo est invit\u00e9e au Kenya pour une r\u00e9sidence de vacances ou de travail, au choix. Elle propose \u00e0 M\u00e9lanie Demers de l\u2019y accompagner.<br \/>\nEntre temps, un th\u00e9\u00e2tre qu\u00e9b\u00e9cois demande \u00e0 M\u00e9lanie Demers de venir pr\u00e9senter une \u00e9tape de travail. Elle d\u00e9cide de travailler avec La\u00efla Diallo au Kenya, une pi\u00e8ce \u00e0 pr\u00e9senter dans ce cadre. C\u2019est donc au Kenya que nait \u00absense of self\/ sauver \u00e7a peau\u00bb, dans un univers qu\u2019elles d\u00e9crivent comme tr\u00e8s contrast\u00e9: entre le confort de leur r\u00e9sidence et la violence du quotidien qui est bien l\u00e0,  toujours pr\u00e9sente. L\u2019une et l\u2019autre s\u2019appuient \u00e9galement sur leur lecture des \u00abidentit\u00e9s meurtri\u00e8res\u00bb d\u2019Amin Maalouf pour travailler la pi\u00e8ce. Ainsi, la gen\u00e8se de la pi\u00e8ce alimente elle-m\u00eame le sens que les deux chor\u00e9graphes ont voulu lui donner.<br \/>\nSur la plateau tenant une pile d\u2019assiettes, se tient une femme, debout en robe de soir\u00e9e rouge. Nous nous installons, sous le regard de cette femme, sous son impressionnant masque de gorille. La femme-gorille l\u00e2che les assiettes dans un grand fracas-noir- le parcours commence. Car il s\u2019agit d\u2019un parcours, d\u2019\u00e9tapes et de tableaux successifs, entre deux corps, deux personnalit\u00e9s, deux histoires, deux animalit\u00e9s.<br \/>\nL&rsquo;une tente de ce hisser le long d&rsquo;un mur, \u00e9tendant ces membres, comme \u00e9lastiques. Toutes deux ensuite, comme un seul \u00eatre, rampent, roulent, jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9sarticulation. L\u2019une se glisse sous une peau de b\u00eate, l\u2019autre semble se glisser dans la peau de l\u2019autre dans des mouvements fusionnels. On ne sait plus tr\u00e8s bien distinguer ces deux \u00eatres qui se fondent. On ne sait plus vraiment s&rsquo;il s&rsquo;agit de figures humaines. L&rsquo;animalit\u00e9 est pr\u00e9sente dans ces corps&#8230; On peut voir un l\u00e9zard, le moment suivant comme un insecte form\u00e9 de deux t\u00eates,deux corps. Les danseuses, aux personnalit\u00e9s marqu\u00e9es, l\u2019une d\u00e9charn\u00e9e, androgyne et anguleuse, l\u2019autre ronde et souple, interpr\u00e8tent leur personnage avec pr\u00e9cision. Dans les moments dans\u00e9s \u00e0 deux, elles sont comme par accident , de mani\u00e8re sporadique, synchrones, c\u2019est \u00e0 dire \u00abpareilles\u00bb<br \/>\nLa\u00efla Diallo d\u00e9roule une longue silhouette de papier et l&rsquo;applique soigneusement le long du cops de M\u00e9lanie Demers. C&rsquo;est comme une seconde peau blanche qui lui est donn\u00e9e, sur laquelle La\u00efla Diallo vient poser un pansement. M\u00e9lanie Demers finit par se lib\u00e9rer de cette peau de papier en l&rsquo;arrachant. M\u00e9lanie Demers d\u00e9roule \u00e0 son tour. Cette fois lentement, des mots tout \u00e0 tour sur chacune des pages d&rsquo;un carnet tourn\u00e9 vers les spectateurs.Cette lente boucle perp\u00e9tuelle nous donne \u00e0 voir une succession de mots qualifiant des \u00e9tats successifs: en paix, en amour, en danger, en larmes&#8230;..  Une bande son d\u00e9roule elle aussi \u00e0 l&rsquo;infini, en fran\u00e7ais et en anglais, des v\u00e9rit\u00e9s telles des injonctions: tu es comme ton p\u00e8re, comme ton fr\u00e8re..tu es belle, tu es triste&#8230; Dans cette difficult\u00e9 \u00e0 \u00eatre, La\u00efla Diallo et Melanie Demers interrogent sur ce qui nous d\u00e9finit au fond. Les mots ne r\u00e9ussissent pas \u00e0 dire pr\u00e9cis\u00e9ment notre identit\u00e9. Ils semblent ici plut\u00f4t la fixer, la figer. En mouvement, elles tentent de s\u2019en extraire, refusent la stigmatisation. Car l\u2019identit\u00e9 est comme le peau, en perp\u00e9tuelle renouvellement. Elle n\u2019est jamais compl\u00e8tement fix\u00e9 ou d\u00e9finitive. Elle se nourrit des origines certes mais \u00e9galement de nos rapports \u00e0 l&rsquo;autre, des accidents&#8230;<br \/>\nAu sol, sur le plateau, deux paires de chaussures \u00e0 talons haut. Dans ces chaussures, elles n\u2019arrivent pas ou peu \u00e0 tenir debout. Melanie Demers est couch\u00e9e, comme fix\u00e9e au sol par ces chaussures. Elle ne parviendra jamais \u00e0 se relever avec les chaussures \u00e0 ses pieds.  Et lorsque La\u00efla Diallo sera debout, juch\u00e9e sur les talons haut, M\u00e9lanie Demers n&rsquo;aura de cesse de la  d\u00e9s\u00e9quilibrer. La robe de soir\u00e9e rouge repara\u00eet sur M\u00e9lanie Demers. Elle l&rsquo;enfile p\u00e9niblement par dessus ses v\u00eatements. \u00c0 nouveau, elle nous donne l&rsquo;impression de porter une seconde peau. Les attributs f\u00e9minins suffisent t\u2019ils \u00e0 d\u00e9finir une identit\u00e9 de femme?<br \/>\nIl parait a priori difficile d\u2019\u00eatre novateur et attrayant si l\u2019on veut s\u2019exprimer sur les questions d\u2019identit\u00e9, de diff\u00e9rences ou de condition f\u00e9minine tant ces th\u00e9matiques ont \u00e9t\u00e9 examin\u00e9es. Or, la mani\u00e8re de les aborder ici est  efficace car tout fait sens. Les dispositifs de lumi\u00e8res sont vari\u00e9s et multiples offrant la possibilit\u00e9 de regarder sous des angles nombreux et tous diff\u00e9rents: C\u2019est l&rsquo;\u00e9clairage vacillant d\u2019une lampe de camping qui donne \u00e0 La\u00efla Diallo des mouvements d\u00e9coup\u00e9s et durs comme sous un stromboscope. C\u2019est la p\u00e9nombre parfois, ou la lumi\u00e8re rasante de n\u00e9ons pos\u00e9s au sol.<br \/>\nLe plateau est couvert de carton de diff\u00e9rents formats contenants ce qui semblent \u00eatre des ballons de baudruche noirs. Nous ne voyons tr\u00e8s bien que le contenant, et assez peu le contenu. Ce qui fait sens \u00e9galement car cela illustre la r\u00e9flexion autour de la question du corps et de sa peau comme unique contenant. (la peau en papier, la peau que semble nous faire les mots en voulant nous \u00ab\u00a0contenir\u00a0\u00bb en nous enfermant dans une d\u00e9finition de nous m\u00eame, la robe seconde peau&#8230; qui y a t il \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ces contenants l\u00e0?) Le travail du son est soign\u00e9: On passe d\u2019ambiances industrielle, de rue, \u00e0 la musique de Chopin. L\u00e0 encore ambiance mouvante, changeante mais harmonieuse.<br \/>\nLa pi\u00e8ce se termine par une f\u00eate \u00e9trange et triste. Un feu d\u2019artifice sonore \u00e9clate. Les ballons noirs s&rsquo;envolent en silence, lentement lib\u00e9r\u00e9s par un \u00eatre mi femme, affirm\u00e9 sur des talons hauts rouges, mi gorille. La veste d&rsquo;homme vient brouiller encore davantage l&rsquo;identit\u00e9 de cet \u00eatre.  Cet \u00eatre est comme une synth\u00e8se de ce que La\u00efla Diallo semble \u00eatre.  Elle devient \u00e0 son tour le contenu d\u2019une peau artificielle repr\u00e9sent\u00e9e par un carton dont elle ne parviendra pas \u00e0 sortir. L\u2019autre, M\u00e9lanie Demers, nous tourne le dos, un chapeau de clown sur la t\u00eate. Les ballons, le feu d&rsquo;artifice et ce chapeau donnent une dimension de f\u00eate \u00e0 la pi\u00e8ce: nous pouvons \u00eatre semblables, \u00e9gaux, nous enrichir mutuellement, parvenir \u00e0 une harmonie dans la diff\u00e9rence. Mais l&rsquo;ensemble ne sort pas de la tristesse voire de la douleur, car l&rsquo;autre est l\u00e0, cherchant vainement \u00e0 s&rsquo;extraire du carton dans lequel elle s&rsquo;est mise.<br \/>\nL\u2019identit\u00e9 est forc\u00e9ment complexe: elle est une somme d&rsquo;appartenances et d&rsquo;exp\u00e9riences, faisant de chacun de nous un \u00eatre unique et irrempla\u00e7able. Nous ne sommes semblables que par accident. C\u2019est ce que \u00abSense of self, sauver sa peau\u00bb, succession fluide de tableaux visuels et sonores \u00e0 la fois po\u00e9tique, troublant, dr\u00f4le, parfois violent exprime efficacement.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9quipe du Centre Chor\u00e9graphique National de Caen ouvre intelligemment ce programme \u00abcoast to coast\u00bb. \u00abSense of self \/ sauver sa peau\u00bb interroge sur  l&rsquo;identit\u00e9 et ce qui la fonde. Cette pi\u00e8ce nourrit la r\u00e9flexion sur ce qui fait la diff\u00e9rence entre les personnalit\u00e9s, mais aussi sur ce que nous pouvons avoir de commun. Ainsi cette pi\u00e8ce illustre parfaitement l\u2019ambition de ce projet qui vise l&rsquo;\u00e9change et l&rsquo;enrichissement mutuels des identit\u00e9s culturelles entre les artistes fran\u00e7ais et britanniques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;- M\u00e9lanie Demers, artiste chor\u00e9graphe qu\u00e9b\u00e9coise, et La\u00efla Diallo qui travaille actuellement au Danse South West de Bornemouth en Angleterre pr\u00e9sentaient \u00ab\u00a0sense of self\/ sauver sa peau\u00a0\u00bb ce jeudi 22 octobre 2009 au Centre Chor\u00e9graphique National de Caen dirig\u00e9 par Ella Fatoumi et \u00c9ric Lamoureux. 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