


{"id":822,"date":"2009-10-31T20:39:00","date_gmt":"2009-10-31T19:39:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=822"},"modified":"2009-10-31T20:39:00","modified_gmt":"2009-10-31T19:39:00","slug":"nordik-epate-par-faits-et-flux-electriques","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/nordik-epate-par-faits-et-flux-electriques\/","title":{"rendered":"N\u00f6rdik \u00e9pate par faits et flux \u00e9lectriques"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Du 20 au 24 octobre, un peu plus t\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;habitude, s&rsquo;est tenue \u00e0 Caen la onzi\u00e8me \u00e9dition du festival de musique \u00e9lectronique N\u00f6rdik Impakt, temps tr\u00e8s fort de la saison musicale de la plus active salle des musiques actuelles de la R\u00e9gion, le Carg\u00f6.<\/strong> <\/em><br \/>\nLe menu \u00e9tait all\u00e9chant, t\u00e9moignant de la coh\u00e9rence de la d\u00e9marche qui anime la dynamique \u00e9puipe du Carg\u00f6. Le festival t\u00e9moigne de la diversit\u00e9 de la cr\u00e9ation \u00e9lectronique actuelle, en invitant \u00e0 Caen quelques uns des repr\u00e9sentants les plus importants du genre. Aussi la fin de semaine, les vendredi et samedi, donnaient tout leur sens au mot festival : l&rsquo;affiche \u00e9tait insens\u00e9e, les lieux adapt\u00e9s \u00e0 la belle ambition, Zenith et Palais des Congr\u00e8s r\u00e9unis pour deux fois trois sc\u00e8nes simultan\u00e9es. Mais on n\u2019appr\u00e9ciera pas seulement la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 du geste en flattant son ambition ; il faut voir le d\u00e9tail, la communication soign\u00e9e, l\u2019organisation idoine, mais encore la rigueur de la programmation, qui savait faire r\u00e9sonner les genres entre eux et m\u00ealer stars confirm\u00e9es et excentriques en devenir.<br \/>\nMais ce n\u2019est pas assez dire encore, car ce serait oublier la semaine. \u00c0 partir de ce point noir et chaud, la musique \u00e9lectronique et la f\u00eate qu\u2019elle a su faire revenir dans les villes, sa capacit\u00e9 a accueillir des exp\u00e9riences multiples et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, ce go\u00fbt pour la danse des corps qu\u2019elle entretient, N\u00f6rdik brode les marges et d\u00e9ploie ses r\u00e9seaux. C\u2019est que ce festival porte autant d\u2019attention \u00e0 ceux qui font cette musique qu\u2019\u00e0 ceux qui l\u2019\u00e9coutent. Ainsi, c\u00f4t\u00e9 public, N\u00f6rdik ouvre et informe, en multipliant les formats de ses pr\u00e9sentations : set inattendu de S\u00e9bastien Schuller dans le clo\u00eetre de l\u2019H\u00f4tel de Ville, intervention de Chapelier Fou \u00e0 l\u2019ESAM, documentaires sur la musique concr\u00e8te et l\u2019un de ses p\u00e8res, invit\u00e9 du festival, le g\u00e9nial et quadrag\u00e9naire Pierre Henry, diffus\u00e9 au Mus\u00e9e des Beaux-Arts par Transat Vid\u00e9o, et incontournables before dans les caf\u00e9s caennais, par exemple \u2013 la plupart en entr\u00e9e libre. C\u00f4t\u00e9 artistes, il faut voir comment se m\u00ealaient p\u00e8res fondateurs, avec le concert exceptionnel de Pierre Henry, jeunes recrues, une soir\u00e9e confi\u00e9e au label normand Ekelktik Records, et d\u00e9marches exploratoires et marginales, Gravenhust ou Chapelier Fou \u00e0 la MDE et \u00e0 l\u2019ESAM, Gabl\u00e9 \u00e0 la prison de Caen \u2013 sans oublier deux ateliers et formations (et les concerts en appartement enfin). Le programme \u00e9tait complet, structur\u00e9, coh\u00e9rent. Les portes, grandes ouvertes.<br \/>\nAinsi le festival s\u2019ouvrit sur une invitation \u00e0 Pierre Henry, pr\u00e9curseur de la musique \u00e9lectronique actuelle, faisant le lien entre la musique concr\u00e8te d\u2019un Pierre Schaeffer ou la prise en compte de toutes les dimensions d\u2019un son explor\u00e9e par le pionnier Var\u00e8se, avec les g\u00e9n\u00e9rations des bidouilleurs \u00e9lectris\u00e9s actuels. P\u00e8re de l\u2019acousmatique, cette musique pour laquelle l\u2019interpr\u00e8te diffuse des sons pr\u00e9alablement enregistr\u00e9s et mix\u00e9s \u00e0 travers un dispositif de haut-parleurs pouvant aller de deux \u00e0 plusieurs centaines selon les lieux et les \u0153uvres, Pierre Henry fut connu du grand public avec sa Messe pour le temps pr\u00e9sent compos\u00e9e en 1968 pour le chor\u00e9graphe Maurice B\u00e9jart. Mais ce jerk g\u00e9nial ne doit pas faire oublier la vari\u00e9t\u00e9 de ses recherches. \u00c0 Caen, il avait promis son Apocalypse de Jean, pour ce concert donn\u00e9 en l\u2019\u00e9glise baroque de la Gloriette. Il changea le programme pour diffuser Histoires Naturelles (1997) puisPierres R\u00e9fl\u00e9chies (1982), deux pi\u00e8ces t\u00e9moignant de l\u2019ampleur de son r\u00e9pertoire. Compos\u00e9es l\u2019une et l\u2019autre en une s\u00e9rie de s\u00e9quences, Histoires Naturelles, la plus conceptuelle des deux, proc\u00e8de par s\u00e9rie chorale prises dans un cycle finissant par se confondre. Jouant sur la sym\u00e9trie de l\u2019espace autant que son volume, elle multiplie les oppositions, passant de sons naturels (grillons) \u00e0 des enregistrements plus industriels (bombardements), l\u2019alternance menant \u00e0 une relative confusion faisant douter finalement jusqu\u2019\u00e0 la nature des sons entendus, confondant les rythmes et les fr\u00e9quences \u00e0 l\u2019image d\u2019un cycle d\u00e9g\u00e9n\u00e9rant contemplation\/contradiction, repos\/oppositions, qu\u2019elle semblait sugg\u00e9rer, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un sourd tonnerre n\u2019explose juste devant l\u2019ange victorieux de l\u2019autel \u2013 explosion finale ou pr\u00e9monitoire. Pierre r\u00e9fl\u00e9chies, plus \u00e9lectronique, plus contemplative aussi, alterne des moments, sans lien apparent entre eux, comme des zooms sonores sur des mati\u00e8res ou des objets inexistants et virtuels, comme les ondes de pierres habitant un monde en devenir. Plus po\u00e9tique, la pi\u00e8ce \u00e9tait jouait aussi sur une st\u00e9r\u00e9o moins spectaculaire et plus complexe, laissant percevoir la vari\u00e9t\u00e9 des tonalit\u00e9s et la richesse du spectre sonore du compositeur. Ce dernier conclut le concert en diffusant une piste de saMesse c\u00e9l\u00e9br\u00e9e \u00e0 plein volume, ses basses profondes rejouant l\u2019antique refrain sourd de l\u2019orgue baroque, faisant entendre, s\u2019il l\u2019avait fallu, combien ses compositions forment une sorte de n\u0153ud entre l\u2019histoire de la musique savante et les tempi \u00e9lectroniques modernes.<br \/>\nLe lendemain, rendez-vous \u00e9tait pris dans un lieu inattendu, le parking souterrain du ch\u00e2teau, devenu pour l\u2019occasion une charmante cave berlinoise post-industrielle, pour une soir\u00e9e confi\u00e9e au label normand Eklektik Records. Dans une ambiance idoine, b\u00e9ton et plafond bas, on y d\u00e9couvrit notamment Dorian Concept, tout jeune homme autrichien adepte d\u2019un breakbeat aussi adroit qu\u2019audacieux, aux samples l\u00e9ch\u00e9s et aux tessitures inou\u00efes. On appr\u00e9ciait autant son adresse virtuose \u00e0 d\u00e9r\u00e9gler les horloges du genre que sa science qu\u2019on dirait inn\u00e9e de la composition et le soin qu\u2019il met au grains de ses sons. Fulgeance le bas-normand suivait, malaxant l\u2019autre ordre des fr\u00e9quences, et montrait qu\u2019il savait aussi bien d\u00e9jouer ses r\u00e9f\u00e9rences que broyer les ondes maladives des infrabasses. N\u00f6rdik Impakt montrait avec cette soir\u00e9e et la suivante, au Carg\u00f6, comme un revers de m\u00e9daille de la premi\u00e8re, que la musique \u00e9lectronique n\u2019a pas v\u00e9cue \u2013 elle sait aussi bien se renouveler que d\u00e9couvrir encore d\u2019autres espaces toujours sauvages. Si le flux \u00e9lectrique est bien \u00e0 l\u2019image du flux nerveux, le corps de cet art est encore jeune et n\u2019a rien du g\u00e2teux en conserve que les radios et une industrie moribonde font claudiquer en boucle. Au Carg\u00f6 le jeudi, le concert de Gabl\u00e9, coproduit avec les Transmusicales, charma autant pas sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 que par le sens musical inattendu du collectif et de son dispositif h\u00e9t\u00e9roclite, et bien des oreilles vont tarder \u00e0 s&rsquo;en remettre.<br \/>\nN\u00f6rdik Impakt, qui laisse la place \u00e0 pr\u00e9sent aux Bor\u00e9ales \u00e0 venir, s\u2019est inscrit plus que jamais comme un \u00e9v\u00e9nement majeur de la rentr\u00e9e culturelle r\u00e9gionale par sa programmation aussi rigoureuse qu\u2019explosive.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du 20 au 24 octobre, un peu plus t\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;habitude, s&rsquo;est tenue \u00e0 Caen la onzi\u00e8me \u00e9dition du festival de musique \u00e9lectronique N\u00f6rdik Impakt, temps tr\u00e8s fort de la saison musicale de la plus active salle des musiques actuelles de la R\u00e9gion, le Carg\u00f6. Le menu \u00e9tait all\u00e9chant, t\u00e9moignant de la coh\u00e9rence de la d\u00e9marche qui anime la dynamique \u00e9puipe du Carg\u00f6. 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