


{"id":823,"date":"2009-10-19T20:59:00","date_gmt":"2009-10-19T18:59:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=823"},"modified":"2009-10-19T20:59:00","modified_gmt":"2009-10-19T18:59:00","slug":"les-orphelines-trouvent-refuge-au-preau","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/les-orphelines-trouvent-refuge-au-preau\/","title":{"rendered":"Les Orphelines trouvent refuge au Pr\u00e9au"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>Le Centre Dramatique de Vire est devenu un pr\u00e9au, c&rsquo;est-\u00e0-dire un lieu o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;abrite, l\u00e0 o\u00f9 les enfants jouent quand il pleut.\u00c7a tombe bien, il pleut souvent en Basse-Normandie. Le pr\u00e9au est aussi un petit pr\u00e9, mais celui dirig\u00e9 par Pauline Sales et Vincent Garanger n&rsquo;a rien d&rsquo;un pr\u00e9 carr\u00e9, il a plut\u00f4t \u00e0 voir avec un champ ouvert o\u00f9 se croisent l&rsquo;amateur de rave-party et le paysan du coin, le promeneur champ\u00eatre et le virois curieux. En plein bocage, on doit l&rsquo;\u00e9mergence de cet openfield et cette lev\u00e9e de barri\u00e8res au duo, disons-le, au couple audacieux qui n&rsquo;a pas usurp\u00e9 sa nomination \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;un \u00e9tablissement qui redevient un centre de foisonnement artistique. Acte 1 : Les orphelines de Marion Aubert.<\/strong> <\/em><br \/>\nArriv\u00e9 en avance, je m\u2019installe dans le hall d\u2019accueil. L\u2019aust\u00e9rit\u00e9 d\u2019antan a laiss\u00e9 place \u00e0 un am\u00e9nagement soign\u00e9 et chaleureux, des pupitres d\u2019\u00e9coliers c\u00f4toient des chaises de bar \u00e0 l\u2019effigie des auteurs accueillis cette ann\u00e9e. On rivaliserait presque avec les cabines de plage de Deauville, mais les Eastwood, Newman et consorts sont ici des Melquiot, Aubert et autres auteurs contemporains qui traversent cette saison. La comparaison s\u2019arr\u00eate l\u00e0. Le pr\u00e9au n\u2019a rien \u00e0 envier \u00e0 Deauville, les planches sont celles foul\u00e9es par le public et les artistes invit\u00e9s par Sales et Garanger faisant \u00e9cho \u00e0 une ligne esth\u00e9tique aussi fine qu\u2019exigeante.<br \/>\nLes premi\u00e8res personnes arrivent, le directeur post\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e salue un \u00e0 un les spectateurs. L\u2019\u00e9lan de convivialit\u00e9 se prolonge par l\u2019invitation \u00e0 un go\u00fbter apr\u00e8s le spectacle. Il s\u2019agit effectivement d\u2019un spectacle dit \u00ab jeune \u00bb public. Les enfants ont entre 7 et 12 ans, les parents un peu plus\u2026 Petite jauge, la chose devrait \u00eatre intime, la sc\u00e8ne a des allures de th\u00e9\u00e2tre antique dans un ing\u00e9nieux dispositif radio-h\u00e9mi-concentrique, autrement dit, vous \u00eates encercl\u00e9 \u00e0 180 degr\u00e9s. Noir, le silence s\u2019installe en une \u00e9coute attentionn\u00e9e et il ne quittera pas la jeune assistance, sauf \u00e0 laisser s\u2019\u00e9chapper des rires et des frissons que l\u2019on devine.<br \/>\nSoyons m\u00e9thodiques et faisons ce qu\u2019il ne faut surtout pas faire, soit une analyse pseudo-didactique qui viserait \u00e0 extraire et isoler des \u00e9l\u00e9ments qui prennent tout leur sens dans l\u2019interaction des mat\u00e9riaux vivants qui l\u2019environnent.<br \/>\nLe texte : cisel\u00e9, puissant, profond\u00e9ment dr\u00f4le et creus\u00e9 dans une langue qui emprunte au conte traditionnel ses poncifs pour mieux les tordre. Marion Aubert d\u00e9veloppe une ironie lucide grin\u00e7ante et attachante. Une \u00e9criture qui ausculte la question de la mort en d\u00e9jouant les attendus cul-cul du genre dit \u00ab jeune public \u00bb. De la verve donc et les enfants ne s\u2019y trompent pas, au royaume du zizi, la zezette est reine ! Du plan drague sur le scooter aux envol\u00e9es lyriques de Violaine, celle qui recueille les petites filles dont personne ne veut, cette \u00e9criture nous entra\u00eene sans perdre de souffle de l\u2019adresse directe, \u00e0 la fable po\u00e9tique et politique. Jouant des \u00ab dit-il \u00bb, \u00ab dit-elle \u00bb, \u00ab m\u2019a dit \u00bb, l\u2019auteur multiplie les dialogues, vrais ou faux comme autant de pr\u00e9textes \u00e0 \u00e9reinter les clich\u00e9s misogynes, le travail forc\u00e9 sans avoir l\u2019air d\u2019y toucher, vu que de toute fa\u00e7on, dans le monde de Violaine tu peux faire ce que tu veux, battre ta fille, lui arracher la t\u00eate, lui crever les yeux, j\u2019en passe et des pires.<br \/>\nA la libert\u00e9 du texte r\u00e9pond une mise en sc\u00e8ne alternative \u00e9pur\u00e9e o\u00f9 les manipulateurs manipulent \u00e0 vue avec une double ma\u00eetrise technique, celle de l\u2019objet, en l\u2019occurrence une marionnette conduite par un bin\u00f4me pr\u00e9cis, et celle du jeu dit \u00ab d\u2019acteur \u00bb. Le sens du rythme et de l\u2019espace ne font pas d\u00e9faut \u00e0 l\u2019inventif Johanny Bert qui articule pertinemment les diff\u00e9rents tableaux alimentant l\u2019enqu\u00eate du personnage principal. Le rapport d\u00e9velopp\u00e9 entre les mots de Marion Aubert et les images produites fait jaillir un \u00e9clairage sensible sans jamais c\u00e9der \u00e0 l\u2019illustration facile.<br \/>\nL\u2019interpr\u00e9tation ? Eh bien \u00e7a joue et \u00e7a joue plut\u00f4t bien, o\u00f9 plut\u00f4t juste. C\u2019est r\u00e9jouissant, Anthony Poupard s&rsquo;amuse, tout simplement, de fa\u00e7on vive avec ce qu\u2019il faut de modulation. Il gagnerait sans doute \u00e0 en faire un peu moins, mais ne boudons pas son plaisir. L\u2019\u00e9conomie d\u00e9velopp\u00e9e par un tonitruant Thomas Gornet est stimulante et sa relation avec une Aur\u00e9lie Eudeline vocif\u00e9rante (parfois un peu trop) est parfaitement ajust\u00e9e.<br \/>\nDes r\u00e9serves ? Parce qu\u2019il en faut ? Pas de quoi remettre en question ce travail profond d\u2019une tr\u00e8s grande tenue. Il s\u2019agissait l\u00e0 de la toute premi\u00e8re repr\u00e9sentation, alors on imagine qu\u2019un plus grand soin sera apport\u00e9 aux lumi\u00e8res in\u00e9gales par endroits, que la chute n\u2019est pas encore r\u00e9gl\u00e9e tant dans la derni\u00e8re prise de parole vite et mal exp\u00e9di\u00e9e ou encore cette main balbutiante qui n\u2019atteint pas la dimension onirique escompt\u00e9e. Des d\u00e9tails sur lesquels on n\u2019a pas envie de s\u2019attarder car cette cr\u00e9ation devrait trouver un r\u00e9el \u00e9cho sensible chez les (jeunes) spectateurs qui croiseront cette \u00e9quipe.<br \/>\nQuant \u00e0 l\u2019openfield que l\u2019on \u00e9voquait plus haut, cette tentative est embl\u00e9matique de la nouvelle politique en place au CDR de Vire : deux com\u00e9diens du cru assurant une permanence artistique sur le territoire bas-normand, une commande faite \u00e0 un auteur contemporain et l\u2019association d\u2019un jeune metteur en sc\u00e8ne auvergnat. Premier pari r\u00e9ussi. La programmation 2009 &#8211; 2010 laisse pr\u00e9sager de nombreuses autres r\u00e9v\u00e9lations.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Centre Dramatique de Vire est devenu un pr\u00e9au, c&rsquo;est-\u00e0-dire un lieu o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;abrite, l\u00e0 o\u00f9 les enfants jouent quand il pleut.\u00c7a tombe bien, il pleut souvent en Basse-Normandie. 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