


{"id":830,"date":"2009-09-09T18:18:00","date_gmt":"2009-09-09T16:18:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=830"},"modified":"2009-09-09T18:18:00","modified_gmt":"2009-09-09T16:18:00","slug":"lyceens-en-avignon-temoignages-1","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/lyceens-en-avignon-temoignages-1\/","title":{"rendered":"Lyc\u00e9ens en Avignon\u00a0| t\u00e9moignages 1"},"content":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211;<br \/>\n<em> <strong>Pour la seconde ann\u00e9e, le Conseil R\u00e9gional de Basse-Normandie aura envoy\u00e9 en Avignon pas loin de 70 \u00e9l\u00e8ves venus des \u00e9tablissements de Vire, Equeurdreville, Argentan et Caen. Du coll\u00e8ge, de la classe d&rsquo;enfants handicap\u00e9es \u00e0 la terminale, du lyc\u00e9e d&rsquo;enseignement g\u00e9n\u00e9ral aux classes d&rsquo;insertion&#8230; c&rsquo;est une petite communaut\u00e9 qui s&rsquo;est d\u00e9couverte et form\u00e9e, autour d&rsquo;adultes et d&rsquo;accompagnateurs, dans les \u00e9coles d&rsquo;Avignon de Saint Ruff et Mistral am\u00e9nag\u00e9es pour l&rsquo;occasion en lieux d&rsquo;accueil et d&rsquo;h\u00e9bergement. Cinq jours de th\u00e9\u00e2tre et de festival (du 10 au 15) formateurs..<\/strong><\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>Lyc\u00e9ens en Avignon, mais aussi<br \/>\nCourant 2004, le minist\u00e8re de l\u2019\u00e9ducation nationale concluait un partenariat avec le Festival d\u2019Avignon. Sous le nom de \u00ab lyc\u00e9ens en Avignon \u00bb, naissait un dispositif qui s\u2019inscrivait dans une logique de d\u00e9veloppement du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l\u2019\u00e9cole et d\u2019\u00e9ducation du spectateur. En 2007, 627 \u00e9l\u00e8ves auront b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de cette opportunit\u00e9. La m\u00eame ann\u00e9e, une convention cadre triennale \u00e9tait sign\u00e9e par le minist\u00e8re de l\u2019\u00e9duction nationale, l\u2019association \u00ab Festival d\u2019Avignon \u00bb et l\u2019association \u00ab Centre de jeunes et de s\u00e9jour du festival d\u2019Avignon \u00bb des CEMEA[[[1] D\u00e8s l&rsquo;origine du festival, il a fallu trouver des solutions pour accueillir le public des jeunes \u00e0 Avignon. Les ann\u00e9es cinquante ont vu se d\u00e9velopper des \u00ab Rencontres Internationales \u00bb dont l&rsquo;organisation et l&rsquo;encadrement ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s aux CEM\u00c9A (Centre d&rsquo;entra\u00eenement aux m\u00e9thodes d&rsquo;\u00e9ducation active).<br \/>\nAinsi est n\u00e9e, en 1959, l&rsquo;Association \u00ab Centres de Jeunes et de S\u00e9jour du Festival d&rsquo;Avignon \u00bb. Elle rassemble trois partenaires fondateurs : le Festival d&rsquo;Avignon, la ville d&rsquo;Avignon et les CEM\u00c9A.<br \/>\nElle propose des s\u00e9jours culturels de 5 \u00e0 15 jours pour des publics d\u2019adolescents de 13 \u00e0 17 ans et d\u2019adultes. L\u2019accueil est organis\u00e9 dans les \u00e9tablissements scolaires. Tous les s\u00e9jours proposent des activit\u00e9s d\u2019initiation artistique, des rencontres avec les artistes et les professionnels du spectacle ainsi que des conditions particuli\u00e8res d\u2019acc\u00e8s aux spectacles.]]. Les initiatives r\u00e9gionales r\u00e9sultant du partenariat entre les rectorats et les collectivit\u00e9s territoriales trouvaient d\u00e8s lors en chacun des acteurs de ce dispositif un soutien logistique, un accompagnement p\u00e9dagogique et artistique.<br \/>\nParmi les conseils r\u00e9gionaux qui ont rejoint \u00ab Lyc\u00e9ens en Avignon \u00bb, le Conseil R\u00e9gional de Basse-Normandie, assurant un soutien \u00e0 la politique culturelle des villes et des \u00e9tablissements scolaires, aura pris en charge le transport (TGV) et le spectacle de Wajdi Mouawad pr\u00e9sent\u00e9 dans la cour d\u2019honneur. Un \u00ab geste \u00bb qui participe d\u2019un engagement en direction du d\u00e9veloppement des pratiques artistiques offertes au jeune public et qui compl\u00e8te l\u2019\u00e9ventail des mesures de la politique \u00e9ducative r\u00e9gionale mise en place en Basse-Normandie. Rappelons que depuis 2007, chaque b\u00e9n\u00e9ficiaire de la cart\u2019@too a acc\u00e8s \u00e0 diff\u00e9rentes offres culturelles (spectacles, stages et ateliers de pratiques artistiques) en partenariat avec des structures ou des personnes ressources du monde professionnel. Tout au long de l\u2019ann\u00e9e, dans le cadre scolaire et\/ou priv\u00e9, chaque \u00e9l\u00e8ve b\u00e9n\u00e9ficie ainsi d\u2019une initiation aux pratiques culturelles, en tant que spectateur mais aussi acteur. Le Conseil R\u00e9gional de Basse-Normandie encourage ainsi et soutient de nombreuses actions en direction de l\u2019\u00e9ducation artistique via le th\u00e9\u00e2tre, le cin\u00e9ma, les arts plastiques\u2026La m\u00e9diation et la sensibilisation aux genres, qu\u2019ils soient contemporains ou participent du patrimoine, le dialogue entre amateurs et professionnels, la participation \u00e0 des projets artistiques (cr\u00e9ations, ateliers d\u2019\u00e9criture et de pratiques) rendent compte de l\u2019actualit\u00e9 et d\u2019une histoire artistique. D\u00e8s lors, \u00ab Lyc\u00e9ens en Avignon \u00bb ne se confondra pas avec un \u00e9v\u00e9nement. Bien loin d\u2019une politique de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, on peut comprendre que les lyc\u00e9ens se rendant en Avignon ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s, accompagn\u00e9s par un ensemble de partenaires (\u00e9quipes enseignantes et \u00e9quipes artistiques) et que ce s\u00e9jour s\u2019inscrit dans une formation, un apprentissage, un d\u00e9sir de partage du sensible pour des formes esth\u00e9tiques et po\u00e9tiques dont on doit, parfois, poss\u00e9der quelques cl\u00e9s. En d\u00e9finitive, c\u2019est donc une autre mani\u00e8re d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9cole que celle d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9cole du spectateur. Une mani\u00e8re d\u2019apprendre autrement\u2026 au contact d\u2019\u0153uvres d\u2019art.<br \/>\n<em>Petit Mistral<\/em><br \/>\n\u00c7a sonne comme une chanson de Renaud, un tube. Pour les plus vieux \u00e7a rappelle les grosses pi\u00e8ces grises du franc avec lesquelles on avait parfois la chance d\u2019acheter un Mistral gagnant. Ou quand la pauvret\u00e9 s\u2019en remet \u00e0 la loterie pour faire durer le plaisir et entretenir le d\u00e9sir\u2026 Mais Mistral ici c\u2019est avant tout le patronyme de celui que l\u2019on nommait \u00ab l&rsquo;Hom\u00e8re de Provence \u00bb. Homme de lettres que ce \u00ab Fr\u00e9d\u00e9ric \u00bb qui semble \u00e9ternel et dont le nom, grav\u00e9 sur une plaque de pierre pos\u00e9e sur l\u2019un des grands murs de la rue Mistral, orne de part et d\u2019autre d\u2019une immense porte en bois, une \u00e9cole d\u2019Avignon. Une belle \u00e9cole ancienne, avec ses huisseries en bois, ces deux \u00e9tages aux grandes fen\u00eatres, ses salles de classe au lavabo \u00e9maill\u00e9, sa cour de r\u00e9cr\u00e9ation organis\u00e9e en zones d\u2019activit\u00e9s (un but de hand, un banc pour les secrets, des toilettes aux jeux clandestins, une cloche pour rappeler \u00e0 l\u2019ordre\u2026). Une tr\u00e8s belle \u00e9cole avec une grande cour derri\u00e8re des murs immenses qui viennent en surplomb des platanes qui ont vu les sanglots, les rires, les courses tumultueuses, les tournois\u2026 Franchissant le portail c\u2019est cette bouff\u00e9e de souvenirs qui vous tient le regard et vous rappelle aux jeunes ann\u00e9es. Celles o\u00f9 une chanson de Lapointe vous apprenait \u00e0 vous jouer de l\u2019ordre du langage vu pendant la dict\u00e9e et le cours de grammaire. Celles o\u00f9 un po\u00e8me de Pr\u00e9vert faisait rougir les communiants. Celles o\u00f9 un calcul mental \u00e9tait un d\u00e9fi \u00e0 la vitesse. Celles o\u00f9 les heures de dessin vous rappelaient que n\u2019est pas Picasso qui veut&#8230;<br \/>\nL\u2019Ecole, oui, et apr\u00e8s\u2026 L\u2019\u00e9cole ou ce que l\u2019on pourrait consid\u00e9rer comme une fabrique du partage, une redoute voire un \u00eelot d\u2019utopie si le savoir partag\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la connaissance, la libert\u00e9 \u00e0 l\u2019horizon, la communaut\u00e9 soud\u00e9e sont encore d\u2019actualit\u00e9. Une magnifique utopie et pas un mythe ou une l\u00e9gende\u2026 Une utopie qui s\u2019ancre lointainement dans le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, qui survit \u00e0 la Commune et s\u2019incarne, un beau jour de XIX, dans la dynamique de l\u2019\u00e9ducation populaire, avec ses \u00ab\u00a0instits\u00a0\u00bb anonymes et ses francs tireurs parmi lesquels le nom de Freinet sonne \u00e0 l\u2019oreille.<br \/>\nCe matin de juillet, franchissant le portail, les \u00e9coliers sont absents mais pas les souvenirs. Mistral, le temps de quelques semaines, est devenu Petit Mistral. Lieu de regroupement d\u2019une tribu nouvelle que va initier un groupe de CEMEA. De nouvelles \u00ab\u00a0r\u00e8gles\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 pens\u00e9es, de nouvelles activit\u00e9s ont chemin\u00e9, ceux qui seront l\u00e0 iront dans le IN d\u2019Avignon. Ils rencontreront des metteurs en sc\u00e8ne. Assisteront \u00e0 des rencontres publiques. Parleront de ce qu\u2019ils ont vu, entendu, senti, compris. Petit Mistral ressemble d\u00e9sormais \u00e0 un camp de base au pied d\u2019un sommet \u00e0 conqu\u00e9rir. C\u2019est d\u00e9sormais un territoire o\u00f9 s\u2019organise la conqu\u00eate du \u00ab partage du sensible \u00bb. Un enjeu, en d\u00e9finitive, identique \u00e0 l\u2019espoir de ne laisser personne \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la culture et de l\u2019art. Un enjeu, dis-je, o\u00f9 spectateurs les invit\u00e9s de Petit Mistral sont aussi acteurs.<br \/>\nDans la cour, franchissant le portail, on d\u00e9couvre alors les visages de ces b\u00e9n\u00e9voles qui, aux vacances, pr\u00e9f\u00e8rent un projet collectif. Annick a les mains dans le ciment. Olivier est au four et au moulin. C\u00e9line crayonne son cahier de notes. Pauline pr\u00e9pare les tables o\u00f9 se prendront les repas. Pascale \u00e9crit le d\u00e9roul\u00e9 de la journ\u00e9e sur un ruban accroch\u00e9 \u00e0 un arbre. Karine se penche sur le tableau des sorties. Emeline s\u2019assure du nombre de couvertures dans chaque salle devenue un dortoir. Le cuisinier dispose le pain, la vaisselle, etc\u2026 tous sont affair\u00e9s. Dans 20 minutes, les petits normands vont arriver. Pour certains, il sont partis vers 4H00 du matin. Ils seront fatigu\u00e9s. Il faudra leur parler, se rencontrer, se pr\u00e9senter et pr\u00e9parer les groupes pour aller voir Description d\u2019un combat de Maguy Marin, d\u00e8s 18H00.<br \/>\nDans quelques minutes, ils d\u00e9couvriront la cour de Petit Mistral habill\u00e9 de mobiles, de couleurs, de formes curieuses\u2026 Jusqu\u2019au moment o\u00f9 ils verront en cette installation champ\u00eatre une image de l\u2019affiche du Festival d\u2019Avignon 2009.<br \/>\nD\u2019une nuit \u00e0 l\u2019autre<br \/>\nLe caf\u00e9 est l\u00e0 qui attend son passant jusqu\u2019\u00e0 10H00. C\u2019est le petit \u00ab d\u00e9j \u00bb rituel et aim\u00e9. Hier, le spectacle de Maguy Marin a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9lier les langues. On y reviendra\u2026<br \/>\nLes cigales de Petit Mistral n\u2019ont pour ainsi dire pas cess\u00e9 de chanter. Et les moustiques de la nuit ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 leur affaire avec ces corps fatigu\u00e9s. Quelques stigmates marquent visiblement les peaux les plus sensibles. Les filles tentent en vain de dissimuler ces rougeurs que les gar\u00e7ons arborent comme autant de traces d\u2019un combat. Enfin presque. Antonin et moi avons acheter des bracelets r\u00e9pulsifs jaunes que l\u2019on porte au poignet. On ressemble \u00e0 deux prisonniers sous surveillance et, parce qu\u2019 on l\u2019a pr\u00e9vu et que \u00e7a devait marcher, \u00e7a devient un signe qui embraye les discussions et les blagues. On y reviendra peut-\u00eatre\u2026<br \/>\nAntonin et moi sommes l\u00e0 pour faire un atelier d\u2019\u00e9criture critique. Tous les apr\u00e8s-midi, de 14H00 \u00e0 16H00, pendant la sieste, on est sous le pr\u00e9au avec l\u2019ambition de faire faire de la critique. On y reviendra certainement\u2026<br \/>\nMais c\u2019est surtout le travail de ces CEMEA qui nous interpelle avant tout. On s\u2019amuse de les voir se r\u00e9unir chaque jour, \u00e0 la m\u00eame heure, pour d\u00e9battre du programme, de ce qui marche, de ce qu\u2019il est possible d\u2019am\u00e9liorer. On les regarde avec attention quand ils parlent tr\u00e8s s\u00e9rieusement de cet art de construire une communaut\u00e9. Ils ont cinq jours \u00e0 peine pour r\u00e9aliser leur objectif. Dit comme \u00e7a c\u2019est moche. Alors disons le autrement. Ils ont cinq jours \u00e0 peine pour arriver \u00e0 faire ce qu\u2019ils croient justes, pour parvenir \u00e0 faire \u00e9merger un sentiment, pour installer durablement chez chacun de ces \u00ab jeunes ados \u00bb l\u2019id\u00e9e que l\u2019art n\u2019est pas donn\u00e9 mais que le spectateur doit travailler. Ils ont moins de cinq jours pour faire l\u2019unit\u00e9 de normands venus du nord, de la c\u00f4te ouest, du bocage, des villes\u2026 Un peu moins de cinq jours pour organiser un espace socialis\u00e9 o\u00f9 la reconnaissance de l\u2019autre est la r\u00e8gle, peut-\u00eatre la seule r\u00e8gle. R\u00e8gle qui s\u2019applique autant \u00e0 la vie que le groupe partage qu\u2019au travail de l\u2019acteur, au th\u00e9\u00e2tre.<br \/>\nOn les regarde avec amusement certes, mais aussi avec beaucoup d\u2019amiti\u00e9 parce qu\u2019ils sont l\u00e0 pour une id\u00e9e. Et l\u2019on sait tous, pour avoir vu Je Tremble de Pommerat, qu\u2019on en manque aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0et c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019on meurt\u00a0\u00bb comme le dit le personnage de la jeune fille.<br \/>\nIls ont donc une Id\u00e9e ces CEMEA. Et rien ne semble pouvoir s\u2019opposer \u00e0 la mise en forme de celle-ci qui passe par des trajets et des exp\u00e9riences qu\u2019on trouvera parfois na\u00effs.<br \/>\nC\u2019est ainsi que ce matin, on s\u2019est retrouv\u00e9 dans la cour \u00e0 faire la carte de France. Je passerai sur les d\u00e9tails, mais d\u2019une masse informe d\u2019individus plus ou moins embarrass\u00e9s, ils ont r\u00e9ussi \u00e0 faire une carte de France dont les enseignants de la Nouvelle G\u00e9ographie ignorent tout. Et cette carte avait de la gueule. Elle \u00e9tait sans fronti\u00e8res, sans proportions, et ne se d\u00e9finissait qu\u2019\u00e0 partir des voix (nous) qui nommaient leur lieu de naissance. Et personne ne s\u2019est regard\u00e9 pareil apr\u00e8s \u00e7a.<br \/>\nIls ont des id\u00e9es na\u00efves qui vous invitent \u00e0 tourner en rond dans une salle. Et l\u00e0, parce qu\u2019on nous le demande, apr\u00e8s avoir r\u00e9fl\u00e9chi, il faut dire ce que l\u2019on \u00ab voudrait qu\u2019y s\u2019arr\u00eate \u00bb. Il faut le dire d\u2019abord \u00e0 quelqu\u2019un que l\u2019on croise dans la salle et apr\u00e8s \u00e0 tout le monde, devant tout le monde. Et l\u00e0, parfois, \u00e7a para\u00eet simple mais parfois c\u2019est tr\u00e8s \u00e9mouvant, car il y des gens qui disent ce qu\u2019ils pensent.<br \/>\nAlors au fur et \u00e0 mesure des jours, on sait que les CEMEA ils ont des id\u00e9es na\u00efves qui font plaisir. Parce qu\u2019ils sollicitent chez chacun, de mani\u00e8re \u00e9gale, une facult\u00e9 tant\u00f4t corporelle, tant\u00f4t verbale. Et que l\u2019un ne va pas sans l\u2019autre.<br \/>\nDes jours qui ont pass\u00e9, en compl\u00e9ment de ces activit\u00e9s (il y en a d\u2019autres), il y a eu ce qu\u2019ils appellent \u00ab Retours sensibles \u00bb. C\u2019est une activit\u00e9 de fin de matin\u00e9e, juste avant le repas qui se prend dehors, sous les platanes, dans la chaleur, o\u00f9 chacun se l\u00e8ve pour se servir.<br \/>\n\u00ab Retours sensibles \u00bb est un atelier qui vient apr\u00e8s un spectacle vu. C\u2019\u00e9tait donc apr\u00e8s Marin, Marleau, Mouawad\u2026 Dans le principe, c\u2019\u00e9tait un peu comme si l\u2019enjeu \u00e9tait d\u2019en parler. C\u2019est cela, il fallait en parler mais autrement qu\u2019avec la seule parole. Et l\u00e0, tout le monde s\u2019est alors mis \u00e0 \u00ab parler \u00bb parce que justement, il n\u2019y avait pas que la parole en jeu. J\u2019m souviens qu\u2019il fallait penser \u00e0 une sc\u00e8ne, un geste, quelque chose que l\u2019on aurait retenu du spectacle vu. Puis il fallait penser \u00e0 un son, un mot, un souffle que l\u2019on aurait per\u00e7u. Et il fallait aussi penser \u00e0 quelque chose de soi qui viendrait s\u2019ajouter. Ensuite, apr\u00e8s ce travail sur soi, des groupes ont pris forme. Trois quatre par groupe o\u00f9 il s\u2019agissait alors de trouver une articulation entre chacun des membres du groupe. Il s\u2019agissait alors de mettre en commun. Ce jour, vers 11H30, apr\u00e8s que tous les groupes avaient propos\u00e9 au regard des autres leur travail, un groupe s\u2019avan\u00e7a dans lequel j\u2019\u00e9tais. Il y avait Tiphaigne, Fran\u00e7ois, etc\u2026 Fran\u00e7ois, c\u2019\u00e9tait un type qui ressemble \u00e0 Gianluca Ballar\u00e8 chez Delbonno. Et ce jour-l\u00e0, il mettait un grand temps \u00e0 sortir un grognement qui venait du fond de ses poumons et de sa m\u00e9moire. Ce Jour-l\u00e0, ce type \u00e0 la physionomie un rien surprenante, un rien diff\u00e9rente, il a jou\u00e9 quelque chose en harmonie avec les autres. Et il m\u2019a dit, dans une langue qu\u2019il ma\u00eetrisait diff\u00e9remment et sur un rythme qui sortait le langage de son d\u00e9bit habituel, \u00ab c\u2019est le cri \u00e0 Maguy Marin \u00bb. Lui, il avait entendu un cri dans ce spectacle incroyablement silencieux. Sans doute un \u00ab cri de Munch \u00bb.<br \/>\nFran\u00e7ois n\u2019est jamais venu \u00e0 l\u2019atelier critique que l\u2019on faisait avec Antonin. Mais c\u2019\u00e9tait un spectateur et un critique rares.<br \/>\nJe crois que ce matin-l\u00e0, j\u2019ai compris que la na\u00efvet\u00e9 que je voyais dans certaines activit\u00e9s des CEMEA, elle participait de la na\u00efvet\u00e9 dont parle Nietzsche. Cette na\u00efvet\u00e9 dont il dit qu\u2019elle rompt avec un savoir qui ne repose sur rien. Cette na\u00efvet\u00e9 dont il dit qu\u2019elle est une porte delphique.<br \/>\n<em>Au moment de partir\u2026<br \/>\n<\/em><br \/>\nDe se s\u00e9parer donc. Au moment de partir, on s\u2019est photographi\u00e9. On a fait un peu une photo de classe. Au moment de partir, les CEMEA ils avaient fait leur job. Sans doute, avec des mots qu\u2019ils n\u2019utiliseraient pas, ils ont prolong\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019un th\u00e9\u00e2tre populaire. C\u2019est-\u00e0-dire, parce que le th\u00e9\u00e2tre populaire c\u2019est compliqu\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir tout simplement parce que \u00e7a n\u2019est pas d\u00e9finissable et que c\u2019est prot\u00e9iforme, que les CEMEA continuent de penser que le th\u00e9\u00e2tre est le lieu o\u00f9 l\u2019on se parle, o\u00f9 l\u2019indiff\u00e9rence est mise en \u00e9chec, o\u00f9 les id\u00e9es sont mises en d\u00e9bat. Populaire veut dire ici, sans doute, que l\u2019on a trouv\u00e9 le moyen d\u2019\u00e9chapper aux solitudes qui nous guettent.<br \/>\nLa cour est vide. En main, je lis les critiques r\u00e9dig\u00e9es sur des cartes postales qui nous servaient de papier de r\u00e9daction au moment de l\u2019atelier critique. Antonin archive les vid\u00e9os qui ont \u00e9t\u00e9 faites. Le moment o\u00f9 l\u2019une, l\u2019un, l\u2019autre se mettaient \u00e0 parler de ce qu\u2019ils avaient vu. Non plus \u00e0 parler de ce qu\u2019ils avaient ressenti, mais le moment o\u00f9 ils se mettaient \u00e0 parler du spectacle. \u00c7a, je crois, ils l\u2019ont appris avec nous. Apprendre \u00e0 parler de l\u2019autre, \u00e0 le d\u00e9crire, \u00e0 choisir le mot pour en faire son portrait. Chaque critique tendait \u00e0 \u00eatre ce portrait d\u2019un spectacle \u00e0 travers lequel, la grammaire, le mot, le rythme des phrases rend pr\u00e9sent le critique.<br \/>\nLa cour est faussement vide\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Pour la seconde ann\u00e9e, le Conseil R\u00e9gional de Basse-Normandie aura envoy\u00e9 en Avignon pas loin de 70 \u00e9l\u00e8ves venus des \u00e9tablissements de Vire, Equeurdreville, Argentan et Caen. Du coll\u00e8ge, de la classe d&rsquo;enfants handicap\u00e9es \u00e0 la terminale, du lyc\u00e9e d&rsquo;enseignement g\u00e9n\u00e9ral aux classes d&rsquo;insertion&#8230; c&rsquo;est une petite communaut\u00e9 qui s&rsquo;est d\u00e9couverte et form\u00e9e, autour d&rsquo;adultes et d&rsquo;accompagnateurs, dans les \u00e9coles d&rsquo;Avignon de Saint Ruff et Mistral am\u00e9nag\u00e9es pour l&rsquo;occasion en lieux d&rsquo;accueil et d&rsquo;h\u00e9bergement. 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