


{"id":836,"date":"2009-07-21T18:31:00","date_gmt":"2009-07-21T16:31:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=836"},"modified":"2009-07-21T18:31:00","modified_gmt":"2009-07-21T16:31:00","slug":"boris-par-marleau-ou-la-tentation-du-fantastique","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/boris-par-marleau-ou-la-tentation-du-fantastique\/","title":{"rendered":"Boris par Marleau, ou la tentation du fantastique&#8230;"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em> <strong>Peu avant 18H00, le public se presse dans le clo\u00eetre qui abrite la salle du Tinel de la Chartreuse de Villeneuve Lez Avignon. Ceux qui sont l\u00e0 sont venus voir Une F\u00eate pour Boris de Thomas Bernhard. Une \u00c5\u201cuvre \u00e9crite \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60. Un texte dont la lecture nous rapproche imm\u00e9diatement de la violence des Bonnes de Genet. Denis Marleau, invit\u00e9 \u00e0 nouveau, se chargera de la mise en sc\u00e8ne.<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3697 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2009\/07\/55651_5500.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" \/><\/em><br \/>\n<em>En bon lecteur ?<\/em><br \/>\nPi\u00e8ce compos\u00e9e de trois tableaux : Pr\u00e9lude I, puis Pr\u00e9lude II et La F\u00eate, la lecture de Une F\u00eate pour Boris[[Thomas Bernhard, Une f\u00eate pour Boris, trad. Claude Porcell, L\u2019Arche, 1996.]]nous rappelle au souvenir d\u2019un monde asilaire. Dans cet espace plus carc\u00e9ral et concentrationnaire qu\u2019hospitalier et clinique, une \u00ab bonne dame \u00bb infirme accable sa domestique Johanna. La relation entre les deux, la d\u00e9pendance de l\u2019une vis-\u00e0-vis de l\u2019autre, b\u00e2tie sur la haine et l\u2019asservissement, se d\u00e9veloppe ainsi tout au long du premier pr\u00e9lude. Au second tableau (Pr\u00e9lude II), sans d\u00e9roger \u00e0 la morgue affich\u00e9e ant\u00e9rieurement, la \u00ab bonne dame \u00bb joue de m\u00eame avec un mari rep\u00each\u00e9 \u00e0 l\u2019hospice, infirme lui aussi. Tyrannique, col\u00e9rique, sans sentiments, elle \u00e9voque un bal, un vol, un accident qui l\u2019a priv\u00e9 de son premier mari, une infirmit\u00e9 pour tout deuil, un remariage sur les conseils d\u2019un aum\u00f4nier. Ce sera Boris : un chemin de croix pour une paroissienne mutil\u00e9e. Occupante d\u2019un fauteuil roulant, la \u00ab bonne dame \u00bb se retrouvera au troisi\u00e8me tableau \u00e0 organiser ses \u0153uvres de charit\u00e9. Dame patronnesse \u00e0 l\u2019\u0153uvre parmi d\u2019autres infirmes \u00ab occup\u00e9s par l\u2019id\u00e9e du suicide \u00bb, elle distribue ses cadeaux et re\u00e7oit les dol\u00e9ances d\u2019un peuple cul-de-jatte. Des lits trop courts, coiffeurs porcs, m\u00e9decins, de la vermine\u2026 etc. Boris mort, la F\u00eate s\u2019ach\u00e8ve, comme la pi\u00e8ce, sur \u00ab l\u2019\u00e9clat d\u2019un rire effrayant \u00bb de la \u00ab bonne dame \u00bb.<br \/>\nPour autant que le lecteur aura lu Une F\u00eate pour Boris, c\u2019est cette histoire qu\u2019il aura d\u00e9couverte et saisie. Moins une histoire qu\u2019une s\u00e9rie de trois tableaux articul\u00e9s \u00e0 la figure centrale de la \u00ab bonne dame \u00bb. Une sorte de cerb\u00e8re, de \u00ab Dame de pique \u00bb entretenant un lien lointain avec les Staroukha et autres Vedma russes qui sont des veuves nocives et mal\u00e9fiques. C\u2019est cette histoire mais se limiter \u00e0 ces motifs qui font la part belle \u00e0 quelques \u00e9pisodes o\u00f9 s\u2019installent, se distillent, se r\u00e9pandent le fiel et le venin, serait maladroit. Car cette pi\u00e8ce souffre d\u2019appauvrissement d\u00e8s que l\u2019on s\u2019\u00e9carte de la langue dans laquelle elle se donne et n\u2019entendre que ces petites histoires la prive de l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019elle porte aux corps et \u00e0 la parole.<br \/>\nIl faut ainsi revenir sur le texte et l\u2019\u00e9couter pour ce qu\u2019il fait sentir. Cette mani\u00e8re qu\u2019il a de laisser la parole se grossir d\u2019une folie o\u00f9 l\u2019on ne sait plus si les mots sont dits ou seulement pens\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une t\u00eate folle. Il faut laisser l\u2019oreille s\u2019engourdir et entendre ce qui finit par \u00eatre un monologue obsessionnel et ressassant. Cette fa\u00e7on dont le lieu d\u2019\u00e9mission de la parole a d\u2019\u00eatre brouill\u00e9 au point de permettre au silence d\u2019\u00eatre ou d\u2019appara\u00eetre comme un monstre omnipr\u00e9sent. En d\u00e9finitive, Une f\u00eate pour Boris n\u2019est peut-\u00eatre qu\u2019une partition muette, une pens\u00e9e sonore troubl\u00e9e par la pr\u00e9sence d\u2019une infirme qui se trouve apparent\u00e9e \u00e0 une larve infectieuse pourrissant toutes les r\u00e8gles du discours.<br \/>\nLisant Une f\u00eate pour Boris, il faut retenir que le silence de l\u2019autre, son presque mutisme, rend la parole incertaine et renforce l\u2019id\u00e9e d\u2019une pens\u00e9e active. Pens\u00e9es noires, pens\u00e9es acerbes, pens\u00e9es vicieuses, pens\u00e9es repoussantes, pens\u00e9es int\u00e9rieures dites \u00e0 voix haute aussi comme l\u2019exigent le th\u00e9\u00e2tre et la sc\u00e8ne\u2026 Et ce monde peint par Thomas Bernhard laisse cro\u00eetre le sentiment que les corps en pr\u00e9sence ne sont l\u00e0 que pour habiller ce que d\u00e9truit la parole. L\u2019inertie des corps mutil\u00e9s et infirmes vaut ainsi pour la lente destruction du corps social qui s\u2019op\u00e8re par la parole. Et de voir alors en cette assembl\u00e9e pensante un monde de cadavres, une communaut\u00e9 de fant\u00f4mes et de spectres, reflets exacts des soci\u00e9t\u00e9s nourries par les bons\/faux sentiments. Un monde sourd \u00e0 la parole de l\u2019autre.<br \/>\n<em>Marleau r\u00e8gle son conte<\/em><br \/>\nMettant en sc\u00e8ne une F\u00eate pour Boris, Denis Marleau privil\u00e9giera la caricature d\u2019un monde grotesque et cynique. Monde o\u00f9 la \u00ab bonne dame \u00bb semblable \u00e0 une Carabosse infirme serait le relief d\u2019un ballet de Tcha\u00efkovski. Seul le fauteuil dans lequel elle est immobilis\u00e9e tournoie au gr\u00e9 d\u2019une musique \u00e0 trois temps. Monde fantastique et presque surnaturel que celui mit en sc\u00e8ne par Marleau qui modifie les \u00e9chelles et recourt \u00e0 l\u2019illusion technologique. Une bo\u00eete \u00e0 chapeau \u00e9norme tient ainsi le devant de sc\u00e8ne et semble menacer une Johanna travestie. \u00ab Mais votre bonne c\u2019est un homme \u00bb pourrait lui lancer un Ionesco. C\u2019est que Marleau, en illusionniste de la sc\u00e8ne, travaillant sur un d\u00e9coupage lumi\u00e8re qui surexpose ses \u00ab mannequins \u00bb, a coup\u00e9 la sc\u00e8ne par un grand rideau m\u00e9tallique perl\u00e9. Que l\u2019effleurement de celui-ci produit un son \u00e9trange. Qu\u2019il a choisi de maquiller chacun de ses interpr\u00e8tes au point d\u2019en gommer toutes rides et de les rendre \u00e9trangers \u00e0 la p\u00e2leur humaine. Ils luisent, de fa\u00e7on presque mal\u00e9fique. Et leurs visages qui chapotent des corps invert\u00e9br\u00e9s ressemblent \u00e0 celui de poup\u00e9es. Sorte de marionnettes \u00e9tranges au geste m\u00e9canique, au regard \u00e9carquill\u00e9\u2026 sorte de personnages d\u2019un conte horrible\u2026 ils semblent une menace les uns pour les autres. Jouant de ce merveilleux horrifiant, la \u00ab bonne dame \u00bb passera chapeaux et robe rouge, colliers et tiare qui trancheront avec les costumes pauvres de ses sujets. Johanna pourrait \u00eatre une cendrillon moderne. Boris un nain sans emploi. Et de voir en l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un peloton de mannequins tous \u00e9trangement semblables l\u2019ultime touche d\u2019une mise en sc\u00e8ne qui incline vers le fantastique. Moment o\u00f9 cette chorale de clones effrayante donne toute sa mesure au d\u00e9r\u00e8glement de ce petit monde marginal qui vocif\u00e8re et l\u00e9gif\u00e8re sur son enfer. Instant o\u00f9 s\u2019alt\u00e8re le rythme du tambour que bat Boris sans qu\u2019il soit possible, ni pour les uns, ni pour les autres, de prendre ses jambes \u00e0 son cou. C\u2019est que dans cet espace statique, ce cul de basse-fosse, cette cour des miracles, ce cercle des gueux\u2026 l\u2019infirmit\u00e9 a le premier r\u00f4le. Elle est narr\u00e9e, elle est rendue visible, elle est l\u2019objet de toutes les manutentions. Elle est un monde \u00e0 part enti\u00e8re o\u00f9 la philosophie, la m\u00e9decine, l\u2019art\u2026 ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par la rumeur et le quant \u00e0 soi. Ici, toute autre chose que la ranc\u0153ur serait un intrus.<br \/>\nEt Marleau de souligner cette marginalit\u00e9 en donnant en ouverture quelques images de films d\u2019archives de villes baln\u00e9aires, de familles o\u00f9 la joie de vivre et la r\u00eaverie viendront \u00e0 \u00eatre effac\u00e9es par la mise en sc\u00e8ne d\u2019un sordide esth\u00e9tis\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peu avant 18H00, le public se presse dans le clo\u00eetre qui abrite la salle du Tinel de la Chartreuse de Villeneuve Lez Avignon. Ceux qui sont l\u00e0 sont venus voir Une F\u00eate pour Boris de Thomas Bernhard. Une \u00c5\u201cuvre \u00e9crite \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60. Un texte dont la lecture nous rapproche imm\u00e9diatement de la violence des Bonnes de Genet. Denis Marleau, invit\u00e9 \u00e0 nouveau, se chargera de la mise en sc\u00e8ne. En bon lecteur ? Pi\u00e8ce compos\u00e9e de<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3697,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-836","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/836","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3697"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=836"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=836"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}