


{"id":837,"date":"2009-07-20T18:35:00","date_gmt":"2009-07-20T16:35:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=837"},"modified":"2009-07-20T18:35:00","modified_gmt":"2009-07-20T16:35:00","slug":"rachid-ouramdane-passeur-de-temoins","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/rachid-ouramdane-passeur-de-temoins\/","title":{"rendered":"Rachid Ouramdane : Passeur de t\u00e9moins"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><em><strong>A la Chartreuse, dans cette deuxi\u00e8me partie du festival, Rachid Ouramdane nous propose sa nouvelle cr\u00e9ation au Tinel de Villeneuve lez Avignon. Pour ce travail, il est parti du t\u00e9moignage de personnes de tous les continents ayant subi des s\u00e9vices et des tortures. T\u00e9moignages r\u00e9alis\u00e9s avec finesse par Jenny Teng et Nathalie Gasdou\u00e9. A partir de ces paroles, il nous propose \u00ab\u00a0Des t\u00e9moins ordinaires\u00a0\u00bb, une plong\u00e9e r\u00e9flexive autour de la question du corps, de sa m\u00e9moire, de son utilisation et de son implacable pr\u00e9sence dans les conflits.<br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<div id=\"attachment_3692\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3692\" class=\"size-medium wp-image-3692\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2009\/07\/w_p_090719_rdl_1065-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><p id=\"caption-attachment-3692\" class=\"wp-caption-text\">63\u00e8me Festival d&rsquo;Avignon<\/p><\/div><br \/>\nLe spectacle s\u2019ouvre sur une note, un son. Son sourd et lancinant lanc\u00e9 d\u2019une guitare \u00e9lectrique par un des interpr\u00e8tes. C\u2019est dans la p\u00e9nombre, devant un mur de projecteurs qu\u2019appara\u00eet le son de cette guitare pos\u00e9e au sol, abandonn\u00e9e de son musicien. Un son, le la du spectacle, note grave qui appelle au voyage ou plus exactement \u00e0 une travers\u00e9e. Note tenue qui plonge le spectateur dans ce que Rachid Ouramdane appelle \u201cle bain sonore permettant un rapport particulier \u00e0 l\u2019\u00e9coute et au r\u00e9cit\u201d. Justement c\u2019est de cette note que le premier r\u00e9cit s\u2019extrait. La p\u00e9nombre a laiss\u00e9 place au noir sur le plateau et \u00e0 huit halos de lumi\u00e8re sur chacun des haut-parleurs diffusant cette voix en suspension et en avant sc\u00e8ne. La lumi\u00e8re indique l\u2019endroit d\u2019o\u00f9 \u00e7a parle invitant notre attention pour ce premier geste. Alors, on \u00e9coute ce t\u00e9moin, ce premier t\u00e9moin qui dit sa difficult\u00e9 \u00e0 raconter, presque son incapacit\u00e9 \u00e0 t\u00e9moigner. Ce qu\u2019il nous livre, c\u2019est bien sa r\u00e9flexion et ses doutes sur son t\u00e9moignage. Ce r\u00e9cit qui se transforme en fonction du temps et de sa r\u00e9p\u00e9tition. Et cette r\u00e9serve, cette retenue est li\u00e9e \u00e0 une difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre clair, d\u2019\u00eatre pr\u00e9cis, d\u2019\u00eatre net. On sent une volont\u00e9 d\u2019\u00e9viter la sensation. C\u2019est aussi dans les h\u00e9sitations et dans la chaleur de sa voix que nous sentons qu\u2019il \u00e9vacue la possibilit\u00e9 que nous pourrions d\u00e9finir son \u00eatre uniquement comme ayant connu la torture. Ce qu\u2019il a travers\u00e9 ne le d\u00e9finit pas. En posant des questions sur comment raconter, comment t\u00e9moigner et comment, vous auditeurs, vous allez entendre mon r\u00e9cit, il dit l\u2019impossibilit\u00e9 \u00e0 dire, \u00e0 imaginer. Ce n\u2019est pas imaginable, ce n\u2019est pas une mati\u00e8re \u00e0 spectacle.<br \/>\nEt Rachid Ouramdane en ouvrant sa proposition sur ce r\u00e9cit ne dit pas autre chose. Il informe qu\u2019il n\u2019y aura pas de sensationnel, pas de spectaculaire. C\u2019est au contraire avec pudeur qu\u2019il met en sc\u00e8ne la parole. Comme Yves Godin, le cr\u00e9ateur lumi\u00e8re met en lumi\u00e8re ce r\u00e9cit, jusqu\u2019\u00e0 ce que le noir s\u2019impose. Et cette ouverture se finit dans le noir avec la note et cette voix maintenant famili\u00e8re qui continue cette r\u00e9flexion sur comment rendre compte de la torture, comment pouvons-nous l\u2019entendre sans tomber ni dans une jouissance de la barbarie ni dans une compassion pleine de bons sentiments. On entre alors dans une proposition chor\u00e9graphique qui s\u2019interroge elle-m\u00eame. \u00c0 l\u2019endroit d\u2019abord de la torture comme objet de spectacle, comme sujet de repr\u00e9sentation, mais aussi ce rapport au corps qui est commun au th\u00e8me (la torture) et au m\u00e9diant (la danse). Ce noir qui cl\u00f4t ce premier r\u00e9cit peut se penser comme un enfermement, celui du spectateur, mais aussi comme un besoin de rendre compte de ce que ce t\u00e9moin dit de l\u2019inimaginable comme ce qui ne peut pas \u00eatre en image.<br \/>\nLe plateau retrouve sa p\u00e9nombre et on distingue les cinq interpr\u00e8tes circulant sur la sc\u00e8ne dans un rythme simple. Ce qui circule, au-del\u00e0 des danseurs, ce sont toujours les t\u00e9moignages qui continuent \u00e0 dire dans d\u2019autres langues, dans d\u2019autres couleurs, dans d\u2019autres musiques : la torture. Puis la parole d\u2019ailleurs, les r\u00e9cits enregistr\u00e9s laissent la sc\u00e8ne \u00e0 la langue des danseurs. Chacun d\u2019eux va nous parler en mouvement pour montrer un corps monstrueux et cela toujours sans illustration et dans une simplicit\u00e9. \u00c7a se contorsionne en laissant de c\u00f4t\u00e9 le spectaculaire et la virtuosit\u00e9. Les interpr\u00e8tes sont au service de la proposition et c\u2019est avec humilit\u00e9 qu\u2019ils sont l\u00e0, qu\u2019ils rendent compte de leur capacit\u00e9 \u201chors normes\u201d dirait Rachid Ouramdane. Et c\u2019est notre propre rapport \u00e0 leur capacit\u00e9 qui fait douleur et violence. Ces transformations du corps nous sont montr\u00e9es dans une simplicit\u00e9 et au temps et au spectaculaire. Notre imaginaire navigue entre la danse et les r\u00e9cits, soit pour associer la torture au corps \u201cdansant\u201d, soit dans un rapport r\u00e9flexif autour de la contradiction entre la monstruosit\u00e9 d\u2019un corps qui agit sa transformation et un corps qui subit une mutilation. Le visage d\u2019une femme appara\u00eet sur un \u00e9cran o\u00f9 elle t\u00e9moigne de la barbarie subie mais aussi de la violence dont elle \u00e9tait capable et dans laquelle elle s\u2019inscrivait au nom de ses convictions. S\u2019\u00e9vapore alors la tentation du manich\u00e9isme. Il n\u2019y a pas d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les bons et de l\u2019autre les bourreaux.<br \/>\nDans son rapport au spectateur Rachid fait aussi appel aux corps du spectateur, en lui proposant des sensations sonores et visuelles. En effet, durant toute la proposition, Jean-Baptiste Julien, le musicien accompagne les t\u00e9moins et les danseurs en jouant en direct, mais il sait \u00eatre dans un rapport \u00e0 la musique qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec le m\u00e9lodique. Au contraire, il transforme, il travaille la musique pour r\u00e9fl\u00e9chir le son ; autant sur sa production, sur son \u00e9mission que sur sa propagation. De ce fait, la r\u00e9ception est multiple puisqu\u2019elle est \u00e9videmment sonore mais aussi physique par les vibrations qu\u2019elle induit chez le spectateur. Il produit des sons \u00e0 partir des guitares comme au d\u00e9but mais en exploitant toutes leurs possibilit\u00e9s. Par exemple, la guitare \u00e9lectrique du d\u00e9marrage est pendue et en pendule devant ce mur de projecteurs presque face \u00e0 face \u00e0 la salle. Et le son produit par l\u2019instrument est fonction de son balancement et surtout des variations de l\u2019\u00e9clairage. Ce qui entra\u00eene une s\u00e9quence dans laquelle nous traversons deux univers en ad\u00e9quation et en combat. En ad\u00e9quation car l\u2019un produit l\u2019autre et en combat car nous sommes soumis \u00e0 l\u2019\u00e9blouissement et \u00e0 l\u2019assourdissement contre lequel instinctivement nous r\u00e9sistons. Puis le mur de lumi\u00e8re en s\u2019\u00e9teignant progressivement laisse appara\u00eetre le visage d\u2019un t\u00e9moin qui raconte son rapport au monde et \u00e0 ce qu\u2019il entend. Il explique comment une phrase, un geste de la vie quotidienne le replonge dans son pass\u00e9. Ne serait-ce que quelques instants, comme d\u2019entendre une porte qui claque ou quelqu\u2019un dire \u201cil faut ex\u00e9cuter cet ordre\u201d. L\u00e0 encore, dans le choix de ce t\u00e9moignage Rachid Ouramdane nous dit que le corps est notamment mouvement, sensation et parole, et qu\u2019il m\u00e9morise. Cette capacit\u00e9 de m\u00e9moire fait que dans une certaine mesure le corps r\u00e9fl\u00e9chit.<br \/>\nDes t\u00e9moins ordinaires fait le pari de la complexit\u00e9, de la contradiction et donc de la pens\u00e9e. C\u2019est une proposition qui nous emm\u00e8ne dans une r\u00e9flexion autour du corps, celui qui est contraint, violent\u00e9 et celui qui danse. La question aussi de l\u2019interaction et l\u2019implication de tous ceux qui participent \u00e0 la cr\u00e9ation est pos\u00e9e. En effet, au cours de cette heure et quart, la r\u00e9flexion \u201cqu\u2019est-ce qui produit quoi ?\u201d est omnipr\u00e9sente. Les voix produisent la danse ? la lumi\u00e8re ? la lumi\u00e8re r\u00e9v\u00e8le la voix ? le son ? le son entra\u00eene la parole ? la danse induit la vid\u00e9o ? La vid\u00e9o donne du sens \u00e0 la lumi\u00e8re ? \u00e0 la sc\u00e9nographie ? C\u2019est avec simplicit\u00e9 que l\u2019\u00e9quipe de cr\u00e9ation a voulu et a pr\u00e9sent\u00e9 ce spectacle intelligent et sensible. Et c\u2019est avec humilit\u00e9 que les cinq interpr\u00e8tes Lora Juodkaite, Mille Lundt, Wagner Schwartz, Georgina Vila Bruch et Yeojin Yun sont entr\u00e9s dans ce projet et deviennent comme Rachid Ouramdane des passeurs de t\u00e9moins.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A la Chartreuse, dans cette deuxi\u00e8me partie du festival, Rachid Ouramdane nous propose sa nouvelle cr\u00e9ation au Tinel de Villeneuve lez Avignon. Pour ce travail, il est parti du t\u00e9moignage de personnes de tous les continents ayant subi des s\u00e9vices et des tortures. T\u00e9moignages r\u00e9alis\u00e9s avec finesse par Jenny Teng et Nathalie Gasdou\u00e9. 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