


{"id":839,"date":"2009-07-16T18:41:00","date_gmt":"2009-07-16T16:41:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=839"},"modified":"2009-07-16T18:41:00","modified_gmt":"2009-07-16T16:41:00","slug":"maguy-marin-fondement-dun-combat","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/maguy-marin-fondement-dun-combat\/","title":{"rendered":"Maguy Marin : Fondement d&rsquo;un combat"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Il y a quelques mois, Maguy Marin \u00e9voquait un travail sans titre. Un travail destin\u00e9 au In d&rsquo;Avignon et que l&rsquo;on aura vu au Gymnase Aubanel en ce d\u00e9but de juillet. Elle parlait alors de ce qui n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une intuition. Elle \u00e9voquait \u00c2\u00ab une ambition lyrique \u00c2\u00bb, une interrogation sur les \u00c2\u00ab jeux m\u00e9caniques du corps \u00c2\u00bb, son attention pour \u00c2\u00ab le rire comme expression incontr\u00e0\u00b4l\u00e9e du fond t\u00e9n\u00e9breux \u00c2\u00bb. Elle disait son envie d&rsquo;une mati\u00e8re s\u00e9diment\u00e9e, construite par strates et d\u00e9p\u00e0\u00b4ts. Dans ce qui n&rsquo;\u00e9tait encore qu&rsquo;\u00e9vocation br\u00e8ve, pr\u00e9f\u00e9rant une pr\u00e9paration informelle, se gardant le temps de l&rsquo;urgence en r\u00e9serve, elle disait son plaisir de regarder des films burlesques avec son groupe de danseurs de Rilleux-La-Rappe.<br \/>\n<\/strong><\/em><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3687 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2009\/07\/description_dun_combat3cd_grappe-600x399.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"399\" \/><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nBient\u00f4t, bien plus tard, il y aurait <em>Description d\u2019un combat.<\/em><br \/>\nOu un long po\u00e8me \u00e9pique recompos\u00e9, fait de lectures crois\u00e9es, de sonorit\u00e9s prises \u00e0 Hom\u00e8re, Hugo, P\u00e9guy, Lucr\u00e8ce\u2026 Comme une longue marche en litt\u00e9rature h\u00e9ro\u00efque o\u00f9 l\u2019\u00e9clat guerrier c\u00f4toie la m\u00e9ditation douloureuse. Une lente marche inscrite de part et d\u2019autres des enfers o\u00f9 le geste divin guide le bras arm\u00e9 humain. Une furieuse marche \u00e0 la guerre o\u00f9 Troie prise par Achille \u2013 le vainqueur d\u2019Hector et l\u2019orphelin de Patrocle \u2013 ne cesse de nourrir l\u2019Iliade de ces qu\u00eates sanguinaires. Un po\u00e8me prendrait ainsi corps qui se formerait sur un genre ant\u00e9rieur \u00e0 la trag\u00e9die mais pas \u00e9tranger au tragique. Un po\u00e8me que Maguy Marin inscrit dans l\u2019\u00e9pop\u00e9e. Un genre qui, dans l\u2019histoire litt\u00e9raire, n\u2019appelle que des images mentales que la chor\u00e9graphe, le temps d\u2019une heure, va travailler afin de les faire passer sur le plateau.<br \/>\nImage d\u2019une errance peut-\u00eatre. D\u2019un d\u00e9soeuvrement peut-\u00eatre. D\u2019une sc\u00e8ne qui se r\u00e9p\u00e9terait \u00e0 l\u2019infini. La m\u00eame sc\u00e8ne et en m\u00eame temps, \u00e0 chaque pas, une sc\u00e8ne un peu diff\u00e9rente juste pour marquer des \u00e9pisodes un peu diff\u00e9rents. Et l\u00e0 de voir et d\u2019entendre quelque chose d\u2019intens\u00e9ment compact, de ramass\u00e9, de condens\u00e9. Quelque chose renvoyant inextricablement \u00e0 une complexit\u00e9. Mais sous le geste le plus simple du d\u00e9tachement.<br \/>\nDes danseurs qui marchent lentement sur le plateau du gymnase Aubanel, on dirait qu\u2019ils sont des guerriers \u00e9gar\u00e9s sur un champ de bataille. Peut-\u00eatre venus piller quelques cadavres ou ramasser et voler quelques effets laiss\u00e9s par les morts, les danseurs se d\u00e9placent extr\u00eamement lentement. Peut-\u00eatre en chasse d\u2019une nouvelle proie qui tra\u00eenerait encore dans Troie ou sur les bords de la mer Eg\u00e9e Il y a quelque chose de carnassier et d\u2019animal chez ces \u00eatres lents. Il y a une violence contenue dans l\u2019approche de ces morts qui apparaissent doucement \u00e0 mesure que ces sentinelles tirent sur les \u00e9toffes qui couvrent le sol. Quelque chose rel\u00e8ve du d\u00e9nudement comme du d\u00e9nuement. Car si l\u2019image du guerrier s\u2019impose, celle de l\u2019ami endeuill\u00e9 qui cherche un parent, un fr\u00e8re d\u2019armes parmi les macchab\u00e9es, ne peut \u00eatre exclue. Peut-\u00eatre alors, que l\u2019image du guerrier est indistincte de celle de l\u2019endeuill\u00e9. Peut-\u00eatre celui qui vient l\u00e0 porter un dernier trait est-il ins\u00e9parable de celui qui tente de reconna\u00eetre les traits d\u2019un compagnon.<br \/>\nDe ce rythme lent qui est un rite fun\u00e8bre on ne peut pas non plus douter. Et d\u2019entendre alors la cruaut\u00e9 d\u2019Achille rapport\u00e9e et murmur\u00e9e comme le geste de celui qui accomplit une vengeance qui est l\u2019une des origines de l\u2019histoire. Et le fondement d\u2019un retour du tragique.<br \/>\nSur ce champ de bataille, sur ce rivage \u00e0 l\u2019abandon, apr\u00e8s que tout aura \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9, des carcasses m\u00e9talliques, des armures lointaines, \u00e9clatantes et argent\u00e9es, comme un \u00e9cho lointain et rimbaldien, figurent des ruines humaines d\u00e9sert\u00e9es par des corps qui se sont absent\u00e9s. Ceux des danseurs qui quittent la sc\u00e8ne nous apprennent que nous nous \u00e9tions approch\u00e9s d\u2019une densit\u00e9. Description d\u2019un combat finissant, le plateau ouvert sur un fond noir se trouvera alors rendu \u00e0 un vide \u00e9trange tout aussi intense. Et d\u00e9j\u00e0 le souvenir s\u2019installe qui conserve l\u2019image d\u2019un geste pur priv\u00e9 de toute ivresse, articul\u00e9 \u00e0 un d\u00e9voilement o\u00f9 l\u2019arr\u00eat, la pause, la suspension auront fait \u00e9cho \u00e0 un chant narr\u00e9 tant chaotique qu\u2019hypnotique. Et la m\u00e9moire de garder l\u2019intensit\u00e9 de ces rouges vermillon dans lesquels le pas se glisse, et de ces bleus rapha\u00e9liques endoss\u00e9s par des corps au repos. Et l\u2019oreille de pr\u00e9server le glissement d\u2019un pas sur le gravier et le sable, d\u2019entendre ces voix assembl\u00e9es tout aussi bien confondues \u00e0 des images meurtri\u00e8res qu\u2019\u00e0 des territoires de pri\u00e8res. Et de se sentir berc\u00e9 par cette odyss\u00e9e sonore et visuelle qui appelle le Souci de ne rien perdre de ce don rare.<br \/>\nEt de penser que cette \u0153uvre aura \u00e9t\u00e9 celle qui, se frayant un passage dans une histoire sans fin, nous aura mis au plus pr\u00e8s d\u2019une danse o\u00f9 la fabrique du sensible prend forme sur une \u00e9chelle infiniment secr\u00e8te, infiniment discr\u00e8te. Infiniment exigeante. \u00ab Densit\u00e9 \u00bb, dis-je, qui appelle une rupture avec la repr\u00e9sentation que l\u2019on pouvait avoir du mouvement au point de nous conduire au plus pr\u00e8s de son essence. L\u00e0 o\u00f9 le geste s\u2019esquisse. L\u00e0 o\u00f9 le ralenti est \u00e9tude. L\u00e0 o\u00f9 un imperceptible trembl\u00e9 est au commencement d\u2019une geste qui gagnera l\u2019ampleur, la profondeur en substituant \u00e0 la vitesse et au boug\u00e9, une extr\u00eame lenteur. C&rsquo;est-\u00e0-dire tr\u00e8s loin du \u00ab\u00a0sautillement\u00a0\u00bb dont Straub faisait la critique quand on lui reprochait le mouvement dans Emp\u00e9docle ou Antigone. Description d\u2019un combat se devait donc d\u2019\u00eatre radical qui, comme le fait aussi entendre la polys\u00e9mie de ce mot, nous renvoie \u00e0 une racine\u2026 un fondement. Et de souligner que Maguy Marin n&rsquo;aura peut-\u00eatre travaill\u00e9 que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un \u00ab\u00a0homme debout\u00a0\u00bb. Juste cette id\u00e9e, essentielle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a quelques mois, Maguy Marin \u00e9voquait un travail sans titre. Un travail destin\u00e9 au In d&rsquo;Avignon et que l&rsquo;on aura vu au Gymnase Aubanel en ce d\u00e9but de juillet. Elle parlait alors de ce qui n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une intuition. Elle \u00e9voquait \u00c2\u00ab une ambition lyrique \u00c2\u00bb, une interrogation sur les \u00c2\u00ab jeux m\u00e9caniques du corps \u00c2\u00bb, son attention pour \u00c2\u00ab le rire comme expression incontr\u00e0\u00b4l\u00e9e du fond t\u00e9n\u00e9breux \u00c2\u00bb. 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