


{"id":840,"date":"2009-07-14T18:44:00","date_gmt":"2009-07-14T16:44:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=840"},"modified":"2009-07-14T18:44:00","modified_gmt":"2009-07-14T16:44:00","slug":"maguy-marin-la-ou-ca-danse","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/maguy-marin-la-ou-ca-danse\/","title":{"rendered":"Maguy Marin : L\u00e0, o\u00f9 \u00e7a danse."},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Difficile d&rsquo;\u00e9voquer un spectacle, c&rsquo;est ce qu&rsquo;au mois d&rsquo;avril, trois mois avant la premi\u00e8re \u00e0 Avignon, nous disait Maguy Marin. Difficile d&rsquo;\u00e9voquer un spectacle, c&rsquo;est ce qu&rsquo;au mois de juillet, trois jours apr\u00e8s la premi\u00e8re de Description d&rsquo;un combat, je pense quand je commence cette critique. La premi\u00e8re chose \u00e0 laquelle j&rsquo;ai envie de faire r\u00e9f\u00e9rence, c&rsquo;est ce que nous livrait Michel Foucault dans <\/strong><\/em><strong>Le corps, lieu d&rsquo;utopie.1.<\/strong><em><strong><br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<blockquote><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3687 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2009\/07\/description_dun_combat3cd_grappe-600x399.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"399\" \/><br \/>\n\u2026\u201cD\u2019une fa\u00e7on plus \u00e9trange encore, les Grecs d\u2019Hom\u00e8re n\u2019avaient pas de mot pour d\u00e9signer l\u2019unit\u00e9 du corps. Aussi paradoxal que ce soit, devant Troie, sous les murs d\u00e9fendus par Hector et ses compagnons, il n\u2019y avait pas de corps. Il y avait des bras lev\u00e9s, il y avait des poitrines courageuses, il y avait des jambes agiles, il y avait des casques \u00e9tincelants au-dessus des t\u00eates\u2026 Il n\u2019y avait pas de corps. Le mot grec qui veut dire corps n\u2019appara\u00eet chez Hom\u00e8re que pour d\u00e9signer le cadavre. C\u2019est ce cadavre par cons\u00e9quent, (\u2026) qui nous enseigne, enfin, qui a enseign\u00e9 aux grecs (\u2026), que nous avons un corps, que ce corps a une forme, que cette forme a un contour, que dans ce contour il y a une \u00e9paisseur, un poids. Bref, que le corps occupe un lieu\u201d\u2026<\/p><\/blockquote>\n<p>Nous sommes au gymnase Aubanel, il est 18 heures, la salle est comble. Ce spectacle Maguy Marin l\u2019a con\u00e7u en \u00e9troite collaboration avec les interpr\u00e8tes comme nous l\u2019indique le programme. Cette indication est pr\u00e9cieuse puisque c\u2019est donc une \u00e9quipe, un ensemble qui a associ\u00e9 ses forces pour cette cr\u00e9ation. Et cela nous informe aussi que ce n\u2019est ni une mise en sc\u00e8ne, ni une chor\u00e9graphie \u00e0 laquelle nous allons assister. Effectivement, Maguy Marin nous emm\u00e8ne et nous invite \u00e0 suivre, \u00e0 vivre une \u00e9pop\u00e9e s\u2019inscrivant pleinement dans cette 63e \u00e9dition du festival d\u2019Avignon imagin\u00e9 et pens\u00e9 sous le signe de la narration. Du m\u00eame coup, la chor\u00e9graphe revient \u00e0 une origine de l\u2019histoire. Origine \u00e0 double titre, celle de l\u2019histoire de la repr\u00e9sentation et celle de l\u2019Histoire en s\u2019appuyant sur le r\u00e9cit de la guerre de Troie. Dans ce cadre, l\u2019\u00e9quipe nous propose un prologue, les neuf danseurs entrent en avant sc\u00e8ne, face \u00e0 face avec nous. Ils commencent \u00e0 tour de r\u00f4le \u00e0 se pr\u00e9senter en prenant en charge une partie de ce po\u00e8me. Pr\u00e9sentation simple de leur corps, dans sa mat\u00e9rialit\u00e9 et dans ce qu\u2019il a de sonore, pr\u00e9sentation et introduction \u00e0 ce qui suit. Dans cette ouverture, on entend que la danse ne sera pas \u00e0 l\u2019endroit attendu, que la voix sera pr\u00e9sente durant toute la repr\u00e9sentation et que c\u2019est un lieu du corps qui bougera, qui v\u00e9hiculera une danse. Et ce choix est d\u2019autant plus subtil qu\u2019\u00e0 travers l\u2019\u00e9vocation de la guerre de Troie, les mots et les sons se rattachent et d\u2019une fa\u00e7on explosive au corps lui-m\u00eame. Apr\u00e8s cette introduction, les danseurs, les interpr\u00e8tes rejoignent l\u2019endroit de la sc\u00e8ne. Le plateau plong\u00e9 dans la p\u00e9nombre accueille comme une arm\u00e9e, les danseurs. Il faut voir cette marche, ces premiers pas, d\u00e9j\u00e0 comme une danse, une origine du mouvement et cette origine fait \u00e9cho \u00e0 l\u2019origine de la narration. Il y a dans ce commencement, et dans cette p\u00e9nombre laissant appara\u00eetre un sol meuble, une variation l\u00e9g\u00e8re et continue de la lumi\u00e8re qui imprime et au corps et au sol un mouvement. C\u2019est dans cette attention port\u00e9e par Maguy Marin \u00e0 la naissance du mouvement que nous voyons une chor\u00e9graphie. Cette chor\u00e9graphie et cette \u00e9criture sont mises en relief par l\u2019arr\u00eat, la pause. Et c\u2019est cet arr\u00eat et cette pause qui donnent \u00e0 voir les mouvements et du m\u00eame coup une danse. Et c\u2019est dans ce temps pris, \u00e0 l\u2019attention du premier mouvement, de la premi\u00e8re marche que cette cr\u00e9ation \u00e9voque toute la difficult\u00e9 et la lenteur de cette guerre de Troie. Au fur et \u00e0 mesure, les acteurs avec la m\u00eame rigueur, le m\u00eame soin que pour leurs d\u00e9placements retireront du plateau la premi\u00e8re couche de tissu bleu d\u00e9voilant un sol dor\u00e9 et des fragments d\u2019armures. Puis c\u2019est un sol rouge avec des lances et des drapeaux et enfin une plage entre cailloux et sables qui appara\u00eet, sur lequel une vingtaine d\u2019armures sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es dans leur int\u00e9gralit\u00e9. Accompagn\u00e9s par le r\u00e9cit, ces changements pr\u00e9cis et rythm\u00e9s de planchers nous laisse imaginer : la mer pour arriver jusqu\u2019\u00e0 Troie, le champ de bataille, l\u2019olympe et ses dieux observant une guerre qu\u2019ils ont d\u00e9cid\u00e9, le sang vers\u00e9, une plage apr\u00e8s un d\u00e9barquement. Mais toutes ces images naissent de la rencontre du plateau et de l\u2019imagination sans qu\u2019aucune d\u2019elles ne soient ni impos\u00e9es, ni v\u00e9rifiables. Ces lambeaux de tissus \u00f4t\u00e9s du sol comme une d\u00e9chirure \u00e0 laquelle sont confront\u00e9s les soldats grecs et troyens pendant les combats. Et c\u2019est avec ses morceaux de tissus que les acteurs s\u2019habillent, se \u201ccostument\u201d, faisant r\u00e9f\u00e9rence ainsi \u00e0 Achille, Priam, Agamemnon, Hector et les autres h\u00e9ros grecs et troyens sans jamais nous les rendre palpables. C\u2019est avec la m\u00eame beaut\u00e9, dans l\u2019\u00e9coulement de ces 66 minutes que nous observons des tableaux qui s\u2019inventent devant nous et qui ne sont pas la reproduction de peinture d\u00e9j\u00e0 vu. Cette volont\u00e9 de Maguy Marin de jamais entrer dans la facilit\u00e9, dans le clin d\u2019oeil complice donne une exigence et une libert\u00e9 \u00e0 celui qui \u00e9coute et prend le temps de regarder et de s\u2019arr\u00eater.<br \/>\nUn arr\u00eat sur le description du titre aurait sans doute permis de savoir que nous allions assister \u00e0 autre chose qu\u2019\u00e0 une danse virevoltante et virtuose. Et c\u2019est avec virtuosit\u00e9 que Maguy Marin nous pr\u00e9sente un objet singulier au milieu d\u2019un festival de th\u00e9\u00e2tre. Nous y avons vu de la danse et nous le pensons comme un combat entre une narration qui rassure, qui accompagne et celle-l\u00e0 qui invente et attend de nous une pens\u00e9e, un mouvement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Difficile d&rsquo;\u00e9voquer un spectacle, c&rsquo;est ce qu&rsquo;au mois d&rsquo;avril, trois mois avant la premi\u00e8re \u00e0 Avignon, nous disait Maguy Marin. Difficile d&rsquo;\u00e9voquer un spectacle, c&rsquo;est ce qu&rsquo;au mois de juillet, trois jours apr\u00e8s la premi\u00e8re de Description d&rsquo;un combat, je pense quand je commence cette critique. La premi\u00e8re chose \u00e0 laquelle j&rsquo;ai envie de faire r\u00e9f\u00e9rence, c&rsquo;est ce que nous livrait Michel Foucault dans Le corps, lieu d&rsquo;utopie.1. \u2026\u201cD\u2019une fa\u00e7on plus \u00e9trange encore, les Grecs d\u2019Hom\u00e8re n\u2019avaient pas de mot<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":3687,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-840","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/840","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3687"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=840"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=840"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}