


{"id":841,"date":"2009-04-25T18:46:00","date_gmt":"2009-04-25T16:46:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=841"},"modified":"2009-04-25T18:46:00","modified_gmt":"2009-04-25T16:46:00","slug":"i-labecedaire-heureux-de-lamarche-damoure","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/i-labecedaire-heureux-de-lamarche-damoure\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0I\u00a0\u00bb &#8211; L&rsquo;ab\u00e9c\u00e9daire heureux de Lamarche-Damoure"},"content":{"rendered":"<p><em> <strong>Apr\u00e8s deux soli \u00ab\u00a0Paupi\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Sans-titre\u00a0\u00bb pi\u00e8ce fondatrice d&rsquo;une extr\u00eame profondeur avec la m\u00e8re en toile de fond, la compagnie Itra confirme avec ce rendez-vous collectif au Centre Chor\u00e9graphique (o\u00f9 les 18:60 sont un v\u00e9ritable succ\u00e8s public), qu&rsquo;elle est une des \u00e9quipes les plus stimulantes du paysage chor\u00e9graphique r\u00e9gional. Lamarche-Damoure est un patronyme heureux. La chor\u00e9graphe, d&rsquo;une grande discr\u00e9tion, presque g\u00ean\u00e9e d&rsquo;\u00eatre l\u00e0, presque \u00e0 s&rsquo;excuser de nous convier \u00e0 cette ultime r\u00e9p\u00e9tition publique avant la cr\u00e9ation, pr\u00e9sente une exploration audacieuse de l&rsquo;enfance dans une pi\u00e8ce intitul\u00e9e \u00ab\u00a0i\u00a0\u00bb.<br \/>\n<\/strong><\/em><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3684 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/danse-lartiste-dans-la-peau-dune-araignee-600x338.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"338\" \/><br \/>\n<em>\u00ab\u00a0A\u00a0\u00bb comme ab\u00e9c\u00e9daire<\/em><br \/>\n\u00ab\u00a0I\u00a0\u00bb comme une voyelle strident, un rire crisp\u00e9 o\u00f9 comme un simple b\u00e2ton (ou petit bonhomme) comme ceux que dessinait le P\u00e9dagogue Fernand Deligny devant les enfants autistes qu&rsquo;il a suivi tout au long de sa vie. L&rsquo;oeuvre de Lamarche-Damoure penche de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, dans ces zones de l&rsquo;enfance encore troubles o\u00f9 la na\u00efvet\u00e9 se m\u00eale \u00e0 la cruaut\u00e9, o\u00f9 les premiers pas incertains se heurtent aux limites du corps qui se d\u00e9couvre. Sac de pulsions incontr\u00f4lables pas encore soumises au dressage corporel induit par le passage en soci\u00e9t\u00e9, les corps des deux interpr\u00e8tes se d\u00e9lient de fa\u00e7on instinctives ravivant une forme d&rsquo;exaltation primaire des sens.<br \/>\nL&rsquo;Ab\u00e9c\u00e9daire, Lamarche-Damoure \u00e0 d\u00e9cid\u00e9 de l&rsquo;arr\u00eater \u00e0 la lettre \u00ab\u00a0i\u00a0\u00bb. Mais elle aurait pu tout autant jouer du \u00ab\u00a0A\u00a0\u00bb, comme chez Deleuze o\u00f9 le A renvoie \u00e0 l&rsquo;animal, \u00e0 ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;animalit\u00e9 dans l&rsquo;humain en g\u00e9n\u00e9ral et chez l&rsquo;artiste en particulier, toujours \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt. L&rsquo;animal est ici omnipr\u00e9sent par les instincts qui se d\u00e9ploient sur le plateau et se mat\u00e9rialisent par des transes corporelles mutiques que l&rsquo;on peut retrouver chez un autre chor\u00e9graphe qui s&rsquo;est concentr\u00e9 sur l&rsquo;autisme, Alain Platel; mais \u00e9galement par la circulation du vivant propos\u00e9e dans cette pi\u00e8ce marqu\u00e9e par la qualit\u00e9 de pr\u00e9sence des trois artistes qui dialoguent ou plut\u00f4t b\u00e9gaient ensemble, cherchent une parole qui ne vient pas alors ils basculent naturellement dans les cris, vocif\u00e9rations et onomatop\u00e9es qui viennent rythmer \u00e0 propos cette tentative de langage. Georges Aperghis y retrouverait ses petits tant ce travail vocal os\u00e9 et fragile tombe juste.<br \/>\nCes enfants l\u00e0 ne sont pas encore encombr\u00e9s de l&rsquo;alphabet, les corps et les langues balbutient avec une certaine joie. On s&rsquo;amuse \u00e0 jouer \u00e0 la bagarre avec des sabres laser et des grosses carabines, jeux insouciants tout comme on jouera un peu plus loin les magiciens dans une grosse caisse. Les codes sont d\u00e9jou\u00e9s, ce n&rsquo;est pas un spectacle de danse qui danse pour danser, mais une travers\u00e9e d&rsquo;\u00e9tats subtils et contradictoires qui mobilise une recherche corporelle, plastique et th\u00e9\u00e2trale exigeante pour prendre la parole.<br \/>\nVol au-dessus de l&rsquo;enfance<br \/>\nLe commandant de bord s&rsquo;appelle J\u00e9r\u00f4me Lapierre, il appara\u00eet seul en sc\u00e8ne, se regarde marcher (un peu trop) pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par l&rsquo;\u00e9cho de ses talons, s&rsquo;installant \u00e0 son \u00e9tabli sonore, ses premiers mots sont \u00ab\u00a0Cap&rsquo;tain speaking\u00a0\u00bb&#8230; L&rsquo;anglais est de mise, Il nous donne la temp\u00e9rature et les indications d&rsquo;usage dans un protocole cocasse.<br \/>\nLe d\u00e9collage est imminent et c&rsquo;est Olivier Renouf qui est projet\u00e9 l\u00e0 sur le plateau pr\u00eat \u00e0 s&rsquo;envoler. La musique est planante, mais \u00e0 ce niveau on ne parle plus de musique, ni d&rsquo;une bande son qui viendrait illustrer, renforcer, appuyer on ne sait quel propos, mais bien d&rsquo;une mati\u00e8re vivante qui construit un espace sonore, une surface de dialogue avec les deux danseurs. Musicien de talent \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un Vladimir Tarassov donnant la r\u00e9plique musicale \u00e0 Nadj il y a quelques ann\u00e9es, Lapierre a de la ressource (il est \u00e9galement signataire du graphisme \u00e9pur\u00e9 de l&rsquo;affiche) et c&rsquo;est un r\u00e9gal de nuances de la petite musique de chambre \u00e0 une beat-box jazzy d\u00e9jant\u00e9e, ses interventions en d\u00e9contraction \u00e0 la fa\u00e7on pilote de ligne sont autant convaincantes, dommage que ses quelques incursions physiques aupr\u00e8s des danseurs soient plus pataudes et d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat relatif.<br \/>\nElle, la chor\u00e9graphe, lui l&rsquo;interpr\u00e8te se rendent la pareille \u00e0 merveille. On retrouve chez Lamarche sa ma\u00eetrise et sa pr\u00e9cision sur les surfaces r\u00e9duites dans un travail saccad\u00e9 d&rsquo;une grande finesse, une grammaire corporelle inventive qui se joue des r\u00e8gles sous la contrainte. Une qualit\u00e9 de pr\u00e9sence significative et ce, qu&rsquo;elle soit enferm\u00e9e dans une boite ou qu&rsquo;elle enfile un bonnet de bain jaune.<br \/>\nOlivier Renouf est plus emprunt\u00e9 (on le sait bless\u00e9) et moins pr\u00e9cis dans ces premi\u00e8res interventions, mais ce duo g\u00e9n\u00e8re des frottements et d\u00e9s\u00e9quilibres d&rsquo;une grande richesse. Ils s&rsquo;entrem\u00ealent apr\u00e8s la bagarre sans jamais se trouver r\u00e9ellement mais toujours avec une complicit\u00e9 fraternelle sous-jacente. C&rsquo;est beau parfois, tr\u00e8s beau.<br \/>\nD&rsquo;autre fois, c&rsquo;est moins net, comme ce final avec cet avion en carton qui n&rsquo;atteint pas la dimension onirique souhait\u00e9e, la po\u00e9sie n&rsquo;op\u00e8re pas, le trait de lumi\u00e8re est attendu, \u00e7a ne prend pas alors qu&rsquo;on avait d\u00e9coll\u00e9 tr\u00e8s haut quelques instants auparavant avec les deux hurluberlus qui nous emmenaient dans leur avion (deux chaises) bien plus cr\u00e9dible au dessus-de la Normandie. Le \u00ab\u00a0cafard moelleux\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0hibou\u00a0\u00bb se cherchent encore, mais peut-\u00eatre faudrait-il les enterrer. Quelques longueurs \u00e7a et l\u00e0 et quelques raccords dramaturgiques \u00e0 effectuer et ress\u00e9rer&#8230; Mais le squelette est l\u00e0, et il est tr\u00e8s solide. Alors cette r\u00e9p\u00e9tition publique est une belle promesse qui devrait trouver un \u00e9cho au del\u00e0 des fronti\u00e8res r\u00e9gionales. Dor\u00e9navant, vous connaissez Lamarche \u00e0 suivre&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s deux soli \u00ab\u00a0Paupi\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Sans-titre\u00a0\u00bb pi\u00e8ce fondatrice d&rsquo;une extr\u00eame profondeur avec la m\u00e8re en toile de fond, la compagnie Itra confirme avec ce rendez-vous collectif au Centre Chor\u00e9graphique (o\u00f9 les 18:60 sont un v\u00e9ritable succ\u00e8s public), qu&rsquo;elle est une des \u00e9quipes les plus stimulantes du paysage chor\u00e9graphique r\u00e9gional. Lamarche-Damoure est un patronyme heureux. 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