


{"id":846,"date":"2009-04-14T18:52:00","date_gmt":"2009-04-14T16:52:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=846"},"modified":"2009-04-14T18:52:00","modified_gmt":"2009-04-14T16:52:00","slug":"die-gehangte-une-raison-en-enfer","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/die-gehangte-une-raison-en-enfer\/","title":{"rendered":"Die Geh\u00e4ngte : une raison en enfer"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<br \/>\n<strong><em> Solo, autoportrait, performance&#8230;<\/em> Die Geh\u00e4ngte <em>de Silke Mansholt, invit\u00e9 par la Com\u00e9die de Caen, devrait \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 dans l&rsquo;une des \u00e9ditions \u00e0 venir du Festival d&rsquo;Avignon. Un travail po\u00e9tique et historique qui tient la raison en enfer, autant qu&rsquo;elle invite un monde imaginaire&#8230; On la retrouvera l&rsquo;an prochain, au CDN, avec<\/em> in Memoriam Nature. <em>\u00c0 voir, \u00e0 ne pas manquer.<br \/>\n<\/em><\/strong><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3676 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/051009_Silke_Mansholt_004-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><br \/>\nDans un des beaux textes de Genet, il est \u00e9crit qu\u2019un guide, un mime fun\u00e8bre, conduit les spectateurs \u00e0 travers un cimeti\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 l\u2019endroit du th\u00e9\u00e2tre qui a \u00e9t\u00e9 construit parmi les tombes. Et chacun qui se rendrait au \u00ab spectacle \u00bb, dit l\u2019auteur de L\u2019Etrange histoire du mot d\u2019\u2026, passant entre les st\u00e8les, prendrait ainsi conscience du s\u00e9rieux du th\u00e9\u00e2tre et de notre affinit\u00e9 avec la mort qui n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re au geste du th\u00e9\u00e2tre.<br \/>\nFranchissant le parvis de l\u2019Eglise Saint-Nicolas, juste avant de voir et d\u2019entendre <em>Die Geh\u00e4ngte<\/em>[[<em>Die G\u00e9h\u00e4ngte<\/em> de Silke Mansholt fut jou\u00e9 \u00e0 Caen, \u00e0 l\u2019invitation du Centre Dramatique National de Caen-Com\u00e9die de Caen, du 30 mars au 3 avril 2009.]], c\u2019est ce souvenir de lecture qui revint et s\u2019imposa dans le froid qui ne devait \u00e0 aucun moment faiblir.<br \/>\nL\u00e0, parmi les spectateurs qui ont pass\u00e9 une couverture sur leurs \u00e9paules, comme autant de r\u00e9fugi\u00e9s pris dans une tourmente climatique ou historique, dans la p\u00e9nombre d\u2019un espace insolite, une forme presque humaine rampe lentement, peut-\u00eatre difficilement.<br \/>\n<em>Un ange du bizarre<\/em><br \/>\nDebout, devant un micro, Silke Mansholt s\u2019est redress\u00e9e, sourit amicalement, longuement et puis parle d\u2019une voix douce. Elle \u00e9voque l\u2019Histoire, h\u00e9site en anglais, parle en fran\u00e7ais, commence en allemand. \u00ab Schnell, Schnell\u2026 Vite, vite. Vous connaissez l\u2019allemand\u2026 \u00bb dit-elle, toujours en souriant. \u00ab Oui, vous connaissez \u00bb, s\u2019assure-t-elle, cette histoire allemande o\u00f9 quelques mots semblent d\u00e9finitivement associer \u00e0 une violence radicale. Histoire d\u2019une langue, donc, o\u00f9 un signifiant (schnell) a d\u00e9finitivement perdu son signifi\u00e9 auquel se sont substitu\u00e9es des images autres d\u2019homme mena\u00e7ants, de cris, d\u2019aboiements, de trains, de corps transis et d\u00e9figur\u00e9s, de visages souriants et de regards effray\u00e9s, de soldats arm\u00e9s et de condamn\u00e9s menott\u00e9s \u00e0 leurs valises. Personne n\u2019ignore le bruit de cette langue et la couleur du v\u00eatement de ces bourreaux dont Silke Mansholt est habill\u00e9e. Ce cuir brillant, cette \u00e9toffe noire intense, aux plis parfaits, cette silhouette rigide relev\u00e9e par un brassard rouge et sa croix sur fond blanc.<br \/>\nAu premier moment, alors que sur l\u2019\u00e9cran vid\u00e9o, en fond de sc\u00e8ne, la neige tombe sur une for\u00eat \u00e0 l\u2019envers, sur une nature insolente d\u2019indiff\u00e9rence, Die Geh\u00e4ngte aura donc suspendu le temps, rappel\u00e9 des images et convoqu\u00e9 la m\u00e9moire d\u2019une communaut\u00e9 hant\u00e9e. Pr\u00e9cis\u00e9ment, une communaut\u00e9 d\u2019h\u00e9ritiers sans \u00e2ge qui se partage entre les uns, qui vivraient infiniment leur sort de victimes, et les autres, notamment elle, allemande exil\u00e9e, qui serait encore le coupable.<br \/>\nElle, l\u2019allemande qui parle fran\u00e7ais, entre ainsi en confession en m\u00eame temps qu\u2019elle demande \u00e0 \u00eatre regard\u00e9e autrement. Car Silke Mansholt est autre que ce que sa voix rappelle.<br \/>\nPeut-\u00eatre \u00e0 cause de ces ailes blanches qui lui donnent un air d\u2019Ange du bizarre ? Peut-\u00eatre parce qu\u2019elle en appelle \u00e0 la conscience sommeillante de ceux, spectateurs fran\u00e7ais, qui auraient oubli\u00e9 le million de morts alg\u00e9riens. Peut-\u00eatre parce que ici, sur sc\u00e8ne, paroles et images n\u2019ont pas pour vocation de s\u2019inscrire dans une mus\u00e9ologie mais d\u2019\u00eatre un mat\u00e9riau esth\u00e9tique et po\u00e9tique.<br \/>\nA l\u2019image de cette presque croix gamm\u00e9e, amput\u00e9e de ses branches dont elle dit que \u00ab c\u2019est la moustache d\u2019Hitler \u00bb. A l\u2019image de cet uniforme qui n\u2019en est pas un. A son image, \u00e0 elle, qui bient\u00f4t, apr\u00e8s qu\u2019elle aura brocard\u00e9 l\u2019exploitation de cette histoire dont on fit nombre de films qui valurent nombre d\u2019oscar \u00e0 quelques acteurs, n\u2019est pas son histoire. A son image, dis-je, qu\u2019elle offre maintenant dans une nudit\u00e9 visible, mais surtout et bien davantage dans le d\u00e9nuement. A la derni\u00e8re image, fr\u00e9missante, elle invitera \u00e0 boire \u00ab un vin chaud peut-\u00eatre ? \u00bb.<br \/>\n<em>Une raison en enfer<\/em><br \/>\nEt d\u2019ajouter que d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de cette heure fun\u00e8bre et sensuelle, la com\u00e9dienne aura commenc\u00e9 \u00e0 raconter, mimer, parfois chanter diff\u00e9rentes histoires. Celle des brassards qui enserrent le haut de son bras gauche et qui renvoient \u00e0 des \u00e9tats de guerre, \u00e0 des identit\u00e9s politiques ou humanitaires, et parfois tout simplement, quand celui-ci est totalement noir, \u00e0 l\u2019histoire d\u2019un deuil. Celle aussi d\u2019une parole qui se d\u00e9fait de son registre linguistique pour trouver, \u00e0 trois reprises, dans le souffle profond et la respiration lente, les accents paisibles et spirituels d\u2019un chant zen. Celle encore, en fond de sc\u00e8ne, de dos, d\u2019un geste chor\u00e9graphi\u00e9 minimaliste o\u00f9 les bras lanc\u00e9s de gauche \u00e0 droite semblent chercher un d\u00e9passement de soi&#8230; Celle aussi de rituels plus symboliques o\u00f9, aux quatre coins de la sc\u00e8ne, elle observe silencieusement quelques pratiques cultuelles. C\u2019est l\u00e0, accroupie devant une bassine, qu\u2019elle lave la croix qu\u2019elle porte dans le dos. Plus tard, \u00e0 quelques pas de l\u00e0, elle couvre partiellement sa nudit\u00e9 d\u2019un lis. Et c\u2019est l\u00e0, encore, qu\u2019elle observe quelques silences lointains devant un chandelier\u2026O\u00f9 qu\u2019elle appara\u00eet sur l\u2019\u00e9cran vid\u00e9o, suspendue \u00e0 l\u2019envers, mangeant une pomme, tel un Saint S\u00e9bastien dans l\u2019attente de son ex\u00e9cution.<br \/>\nEt devant la for\u00eat qui prend la couleur des saisons pendant cet enfer, alors que la brume matinale laisse deviner les verts printaniers, les rouges et les ocres des journ\u00e9es automnales\u2026 Devant cette image sylvestre qui renvoie au temps cyclique, en surplomb de l\u2019espace sc\u00e9nique, Silke Mansholt aura aussi construit un hors temps o\u00f9 son art est \u00e9nigmatique.<br \/>\nC\u2019est-\u00e0-dire un temps \u00e9tranger aux grands r\u00e9cits o\u00f9 l\u2019instant et l\u2019image sont sensibles avant que d\u2019\u00eatre lisibles. Car Die Geh\u00e4ngte n\u2019est pas le lieu, exclusivement, du souvenir et des formes qu\u2019il prend \u00e0 travers la rem\u00e9moration qu\u2019elle soit narrative ou plastique. Ce n\u2019est pas le territoire d\u2019une gravit\u00e9 ind\u00e9passable, mais celui d\u2019une vitalit\u00e9 \u00e9ternelle, \u00e0 jamais sacr\u00e9e au-del\u00e0 de toute fortune absente. C\u2019est donc aussi ce sacr\u00e9 vital dont traite Silke Mansholt, enclin \u00e0 la fantaisie, \u00e0 l\u2019impulsion, \u00e0 la fac\u00e9tie \u00e0 toute \u00e9preuve. Sacr\u00e9 qui n\u2019a plus pour horizon les formes id\u00e9ologiques qui se traduisent dans la terreur. Mais sacr\u00e9 qui nous invite \u00e0 la na\u00efvet\u00e9 nietzsch\u00e9enne : celle du regard et de l\u2019esprit qui rencontrent un art affranchi des canons et de l\u2019acad\u00e9misme. Lieu de l\u2019art, chez Mansholt, o\u00f9 la parole tient en balance le verbe po\u00e9tique et le langage quotidien, ne donnant l\u2019avantage ni \u00e0 l\u2019un ni \u00e0 l\u2019autre. Pr\u00e9f\u00e9rant suspendre en quelque sorte le rapport que l\u2019oreille entretient \u00e0 l\u2019essentiel souvent plac\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de \u00ab \u00e7a veut dire \u00bb, quand il serait n\u00e9cessaire, comme le fait entendre Mansholt, de laisser aux sons leur rapport \u00e0 la vacuit\u00e9 et aux images in\u00e9dites. Entendre l\u2019in\u00e9dit, plut\u00f4t que le toujours dit\u2026<br \/>\nJeter son corps dans la bataille<br \/>\nEst bien le geste qu\u2019accomplit Silke Mansholt dans Die Geh\u00e4ngte. Et au-del\u00e0 d\u2019un titre pasolinien[[En 2000, Jeter son corps dans la bataille est le titre donn\u00e9e \u00e0 l\u2019action que proposait l\u2019Acad\u00e9mie Exp\u00e9rimentale des Th\u00e9\u00e2tres, \u00e0 la demande de Michelle Kokosowski.]] qui s\u2019impose par la nature m\u00eame de cette performance o\u00f9 elle est litt\u00e9ralement en jeu, c\u2019est aussi un titre qui l\u2019inscrit dans une filiation, dans la parent\u00e9 du travail sc\u00e9nique et conceptuel de Raimund Hoghe. Cet \u00ab ange inachev\u00e9 \u00bb[[Marie-Florence Erhet, <em>Raimund Hoghe l\u2019ange inachev\u00e9<\/em>, \u00e9d. Comp\u2019act, 2001. L\u2019ouvrage pr\u00e9sente plusieurs photographies du chor\u00e9graphe.]] comme l\u2019\u00e9crit Marie-Florence Ehret quand elle \u00e9voque le solo d\u2019Hoghe, l\u2019ange ail\u00e9 et bossu, dans Jeter son corps dans la bataille.<br \/>\nTravail d\u2019autoportrait, aussi, que celui de Mansholt o\u00f9, \u00e0 la mani\u00e8re de Schiele, le jugement (comme le rendu) est suspendu. Laissant le corps de l\u2019interpr\u00e8te, demeur\u00e9 seul, expos\u00e9 dans sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 o\u00f9, le d\u00e9nudement est ce d\u00e9nuement qui rejette au loin tout d\u00e9nouement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Solo, autoportrait, performance&#8230; Die Geh\u00e4ngte de Silke Mansholt, invit\u00e9 par la Com\u00e9die de Caen, devrait \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 dans l&rsquo;une des \u00e9ditions \u00e0 venir du Festival d&rsquo;Avignon. Un travail po\u00e9tique et historique qui tient la raison en enfer, autant qu&rsquo;elle invite un monde imaginaire&#8230; On la retrouvera l&rsquo;an prochain, au CDN, avec in Memoriam Nature. \u00c0 voir, \u00e0 ne pas manquer. 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