


{"id":851,"date":"2009-01-27T19:02:00","date_gmt":"2009-01-27T18:02:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=851"},"modified":"2009-01-27T19:02:00","modified_gmt":"2009-01-27T18:02:00","slug":"nos-enfants-nous-font-peur-quand-ils-nont-pas-grand-chose-a-dire","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/nos-enfants-nous-font-peur-quand-ils-nont-pas-grand-chose-a-dire\/","title":{"rendered":"Nos enfants nous font peur&#8230; (quand ils n&rsquo;ont pas grand chose \u00e0 dire)"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Apr\u00e8s<\/em> Cannibales <em>qui a rencontr\u00e9 un large public, Bobee et Cheneau prolongent leur travaux sur les questions de l&rsquo;intime et du politique, sur le rapport qu&rsquo;entretiennent les jeunes aujourd&rsquo;hui avec leur identit\u00e9 et poursuivent activement leurs recherches th\u00e9\u00e2trales et chor\u00e9graphiques \u00ab au plus pr\u00e8s du plateau \u00bb. <em>Nos enfants&#8230; <\/em> est le fruit d&rsquo;une commande d&rsquo;\u00e9criture du Centre Chor\u00e9graphique National de Caen pour son festival \u00ab Danse d&rsquo;Ailleurs \u00bb avec pour th\u00e9matique l&rsquo;Afrique. L&rsquo;auteur s&rsquo;est donc empar\u00e9 de ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;Afrique \u00ab visible et invisible \u00bb en lui, autour de lui et dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Ce mat\u00e9riau a servi de support \u00e0 la proposition sc\u00e9nique envisag\u00e9e par D. Bobee en \u00e9troite collaboration avec le chor\u00e9graphe congolais D. Bidiefono.<\/em><\/strong><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3616 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2009\/01\/enfants-1200x520-600x260.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"260\" \/><br \/>\nLe tamdem David Bobee\/ Ronan Ch\u00e9neau et DeLaVallet Bidiefono pr\u00e9sentent leur derni\u00e8re cr\u00e9ation \u00ab Nos enfants nous font peur quand on les croise dans la rue \u00bb au C.D.N. de Gennevilliers du 24 janvier au 14 f\u00e9vrier 2009. Il convient d&#8217;embl\u00e9e d&rsquo;affirmer clairement deux points, le premier est qu&rsquo;on peut regretter vivement que les cr\u00e9ations d&rsquo;une des \u00e9quipes bas-normande les plus stimulantes, et qui b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un large succ\u00e8s en dehors de nos fronti\u00e8res, ne voient pas le jour dans notre r\u00e9gion (CDN, CDR&#8230;) qui semble tourner le dos \u00e0 cette jeune \u00e9quipe oblig\u00e9e de s&rsquo;exiler dans le r\u00e9seau national o\u00f9 elle est accueillie \u00e0 bras ouverts. La deuxi\u00e8me pr\u00e9cision est que David Bobee est \u00e0 n&rsquo;en pas douter, un des metteurs en sc\u00e8ne les plus talentueux de sa g\u00e9n\u00e9ration.<br \/>\nUn plateau nu, gris et froid, hall de transit standard o\u00f9 se croisent dans un subtil d\u00e9fil\u00e9 sans jamais se toucher ni m\u00eame se regarder des dizaines de badauds, drame de nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines aseptis\u00e9es dans un flux hyperactif o\u00f9 la peur nous emp\u00eache de ralentir, de nous arr\u00eater, de regarder l&rsquo;autre semblable qui marche \u00e0 c\u00f4t\u00e9, tout pr\u00eat et que pourtant tout semble \u00e9loigner. Tout est dit, en une image. Le bal est ouvert par l&rsquo;auteur, pr\u00e9sent sur le plateau, qui introduit lui m\u00eame le propos en lisant ses propres textes. Cette pr\u00e9sence est audacieuse, le risque est \u00e0 saluer m\u00eame si la prestation est crisp\u00e9e, mais l&rsquo;auteur n&rsquo;est pas acteur et il ne cherche d&rsquo;ailleurs pas \u00e0 le jouer, l&rsquo;acteur, alors on ne saurait lui en vouloir pour ses quelques maladresses et passages en force. Il porte sa parole puis la partage, la distribue aux interpr\u00e8tes sur le plateau qui s&rsquo;en saisissent \u00e0 merveille pour la mettre en chair, en musique ou en corps. Si le va-et-vient est parfois un peu trop illustratif, l&rsquo;articulation est assez juste dans l&rsquo;ensemble. Danseurs africains et interpr\u00e8tes fran\u00e7ais se m\u00ealent avec \u00e9quilibre dans des choeurs parfaitement ajust\u00e9s. Le sens du rythme et de l&rsquo;espace est d&rsquo;une tr\u00e8s grande ma\u00eetrise.<br \/>\nLe voyage qui commence avec un savoureux Aznavour en playback \u00ab emmenez-moi&#8230; \u00bb par un des interpr\u00e8tes africains, derri\u00e8re lequel des bagages d\u00e9filent sur un tapis roulant, conna\u00eet n\u00e9anmoins quelques ralentis que la pr\u00e9sentation formelle ne suffit pas \u00e0 compenser. On ne reviendra pas ici sur le caract\u00e8re subtil du langage pluridisciplinaire pouss\u00e9 avec finesse par David Bobee, qui ne se contente pas de superposer un peu de cirque un peu de danse un peu de th\u00e9\u00e2tre sous forme de prozac, mais d&rsquo;allier dans un m\u00eame \u00e9lan ces formes d&rsquo;expression qui font corps sur le plateau. Malgr\u00e9 les multiples reprises du pr\u00e9c\u00e9dent spectacle, il y a du grain \u00e0 moudre de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, m\u00eame si la superposition d&rsquo;images (fussent-elles fringuantes) finissent par user le spectateur qui en prend plein les mirettes, une image chassant l&rsquo;autre jusqu&rsquo;\u00e0 saturation dans un zapping qu&rsquo;il conviendrait d&rsquo;\u00e9purer.<br \/>\nL\u00e0 o\u00f9 le b\u00e2t blesse, c&rsquo;est dans ce cri, ce cri g\u00e9n\u00e9rationnel dont sont porteurs et dans lequel s&rsquo;enferment ces artistes trentenaires. Au fur et \u00e0 mesure que le texte avance, on se lasse de la faiblesse du discours qui n&rsquo;a rien de politique mais se r\u00e9sume \u00e0 des incantations p\u00e9remptoires sur le mode \u00ab on est gouvern\u00e9 par des cons \u00bb, \u00ab Sarkozy est un salaud \u00bb&#8230; Si \u00e7a et l\u00e0, de fa\u00e7on \u00e9parse et sporadique quelques fulgurances apparaissent et des formules bien senties font mouche, notamment dans la premi\u00e8re partie, l&rsquo;ensemble de la copie est plut\u00f4t contre-productive et se compla\u00eet dans une forme de nombrilisme adolescent faussement sardonique et vaguement politique que Pierre Jourde qualifierait de \u00ab litt\u00e9rature sans estomac \u00bb.<br \/>\nLa peur est bien r\u00e9elle dans ce pays, des lois liberticides voient le jour et la chasse aux sans-papier s&rsquo;intensifie. On peut et se doit de le d\u00e9noncer, on peut se poser la question de la dissidence ou des modes de r\u00e9sistance, mais d&rsquo;une fa\u00e7on aussi caricaturale ce n&rsquo;est pas \u00e9clairer le spectateur et encore moins l&rsquo;habitant de Gennevilliers qui oserait franchir les murs de ce th\u00e9\u00e2tre &#8211; \u00e0 ce propos on peut souligner le courage et le r\u00e9el engagement de Rictus aupr\u00e8s de sans-papiers dont ils sont les parrains actifs &#8211; mais le texte, trop bavard, vient brouiller des images dont la capacit\u00e9 de suggestion est largement \u00e9prouv\u00e9e. Quand malheureusement le texte d\u00e9teint sur l&rsquo;image, cela donne des \u00ab s\u00e9quences-\u00e9motion \u00bb surlign\u00e9es par une musique appuy\u00e9e dont le propos consensuel est d&rsquo;un moralisme douteux. Cela se traduit par une litanie de bonnes intentions, o\u00f9 un noir embrasse une blanche. A ce titre, les publicit\u00e9s United Colors of Benetton \u00e9taient bien plus radicales. Il conviendrait peut-\u00eatre de m\u00e9diter ces quelques propos de Jacques Ranci\u00e8re qui font \u00e9cho \u00e0 son dernier essai \u00ab Le spectateur \u00e9mancip\u00e9 \u00bb (\u00e9ditions La Fabrique) :<br \/>\n\u00ab Il fut un temps o\u00f9 l&rsquo;art portait clairement un message politique et o\u00f9 la critique cherchait \u00e0 d\u00e9celer ce message dans les \u0153uvres. (\u2026) on pensait alors qu&rsquo;en montrant certaines images du pouvoir on ferait na\u00eetre chez le spectateur \u00e0 la fois la conscience du syst\u00e8me de domination r\u00e9gnant et l&rsquo;aspiration \u00e0 lutter contre. C&rsquo;est cette tradition de l&rsquo;art critique qui, selon moi, s&rsquo;essouffle depuis vingt-cinq ou trente ans.(&#8230;) un art critique est encore possible mais \u00e0 condition de bousculer les st\u00e9r\u00e9otypes et de changer la distribution des r\u00f4les&#8230; \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s Cannibales qui a rencontr\u00e9 un large public, Bobee et Cheneau prolongent leur travaux sur les questions de l&rsquo;intime et du politique, sur le rapport qu&rsquo;entretiennent les jeunes aujourd&rsquo;hui avec leur identit\u00e9 et poursuivent activement leurs recherches th\u00e9\u00e2trales et chor\u00e9graphiques \u00ab au plus pr\u00e8s du plateau \u00bb. Nos enfants&#8230; est le fruit d&rsquo;une commande d&rsquo;\u00e9criture du Centre Chor\u00e9graphique National de Caen pour son festival \u00ab Danse d&rsquo;Ailleurs \u00bb avec pour th\u00e9matique l&rsquo;Afrique. 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