


{"id":897,"date":"2008-10-26T19:31:00","date_gmt":"2008-10-26T18:31:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=897"},"modified":"2008-10-26T19:31:00","modified_gmt":"2008-10-26T18:31:00","slug":"un-hamlet-de-moins-ou-ravale-ta-facade-hamlet","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/un-hamlet-de-moins-ou-ravale-ta-facade-hamlet\/","title":{"rendered":"Un Hamlet de moins, ou ravale ta fa\u00e7ade Hamlet"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<br \/>\n<em> <strong>C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 Gennevilliers, pendant le festival des TJCC (festival des tr\u00e8s jeunes cr\u00e9ateurs contemporains) o\u00f9 se sont crois\u00e9s durant trois jours Fiorenza Menini, Jonathan Capdevielle, Mathieu Bertholet, Raimund Hogue, Yves-No\u00f9\u00abl Genod, Val\u00e9rie Jouve, Yann Kersal\u00e9 et Thomas Ferrand. Cette manifestation impuls\u00e9e par Pascal Rambert, directeur du maintenant T2G (Th\u00e9\u00e2tre de Gennevilliers), et dont la programmation est faite par Laurent Goumarre : journaliste \u00e0 France-culture qui non sans ironie nous pr\u00e9sente la \u00ab tr\u00e8s \u00bb jeune cr\u00e9ation contemporaine non pas \u00e0 travers des jeunes cr\u00e9ateurs ; qui ne sont garants d&rsquo;aucune qualit\u00e9, ni d&rsquo;aucune audace, mais \u00e0 travers des gestes cr\u00e9atifs singuliers. C&rsquo;est dans ce cadre que Thomas Ferrand pr\u00e9sentait son Hamlet de moins. En une demi-heure, nous pouvions voir un condens\u00e9 d&rsquo;Hamlet et autres fables de notre imaginaire shakespearien.<br \/>\n<\/strong><\/em><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3626 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/overlay-600x431.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"431\" \/><br \/>\nDans une lumi\u00e8re crue de lignes de n\u00e9ons, les spectateurs s\u2019installent et d\u00e9couvrent sur le plateau nu : trois cr\u00e2nes de porc en suspension qui surplombent la sc\u00e8ne, entre fant\u00f4me tut\u00e9laire ; ruines des sorci\u00e8res de Macbeth, restes des filles du roi Lear, cr\u00e2ne de Yorick ou, plus simplement, les trois petits cochons. Sur cette sc\u00e8ne d\u00e9pouill\u00e9e, un acteur nu, lui aussi, assis comme un mod\u00e8le attendant le peintre et sa peinture. Sa pause et la fa\u00e7on dont il est \u00e9clair\u00e9, renvoient \u00e0 Caravage et on sent des r\u00e9f\u00e9rences au classicisme tout le long de ces trente minutes\u2026 Temps v\u00e9cu comme un clin d\u2019\u0153il non pas aux mythes mus\u00e9ifi\u00e9s, mais plut\u00f4t \u00e0 l\u2019invention et \u00e0 la vitalit\u00e9 de ce pass\u00e9. Ce mod\u00e8le fixe, mais pas fig\u00e9, attend en observant devant une pomme \u00e9cras\u00e9e ou pourrie. Pomme premier fruit, pomme empoisonn\u00e9e de blanche neige, voire ic\u00f4ne d\u2019Apple, ou New York post 11 septembre ?<br \/>\nSur le mur du fond, dans une \u00e9criture blanche, stylis\u00e9e et pens\u00e9e par C\u00e9dric Lacherez (typographe de la revue Murmure mrmr) s\u2019inscrit sur fond noir<br \/>\nPROJET_LIB\u00c9RAL<br \/>\nAu milieu des gradins une r\u00e9gie son avec une guitare, d\u2019o\u00f9 Jean-Baptiste Julien associ\u00e9 et complice de Ferrand produira la musique, le son en direct. C\u2019est un \u00e9l\u00e9ment, le son et \u00e7a depuis le d\u00e9but du travail de Projet_Lib\u00e9ral essentiel et central de la compagnie. Quelque chose qui s\u2019apparente \u00e0 une dramaturgie par le sonore. Une dramaturgie intime et personnelle qui permet de rendre \u00e0 chaque spectateur sa singularit\u00e9 de r\u00e9ception, et sa capacit\u00e9 d\u2019\u00e9coute. Hamlet sonore, dans un silence initial, puis appara\u00eet une voix puis une \u00e9volution de notes \u00e9gren\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 une saturation du son devenant physique et mat\u00e9riel. La production d\u2019un niveau de basse surpuissant rendant au corps une sensation proche du mouvement et du d\u00e9placement en avion ou en TGV.<br \/>\nApr\u00e8s l\u2019installation des spectateurs, une porte claque, silence, l\u2019acteur nu (Serge Nail) face au public reste sto\u00efque et ce qui est remarquable c\u2019est qu\u2019il sera tout au long impassible et immobile et d\u2019une extr\u00eame simplicit\u00e9, regard fixe en direction du public dans une sobri\u00e9t\u00e9 qui permet au spectateur une multitude de projections : HAMLET, HAMLET P\u00c8RE, POLONIUS. Tout le long de cette proposition, les figures que cet acteur (dans notre imaginaire) endosse, se d\u00e9ploient et naviguent. Ce qui est appel\u00e9 l\u2019effet Koulechov[[L\u2019effet Koulechov : au cin\u00e9ma, c\u2019est la mise en relation de deux plans pour que le spectateur cr\u00e9e lui-m\u00eame l\u2019\u00e9motion sans que l\u2019acteur ne joue quoique ce soit<br \/>\n]] fonctionne \u00e0 merveille dans le \u00ab jeu \u00bb de Serge Nail et la proposition de Thomas Ferrand.<br \/>\nLes perches sur lesquelles \u00e9taient suspendues les t\u00eates de cochon montent doucement dans les cintres dans le bruit r\u00e9el des perches appuy\u00e9es[[Appuyer c\u2019est le terme pour indiqu\u00e9 qu\u2019on fait monter un objet dans les cintres au th\u00e9\u00e2tre<br \/>\n]] Au fond de la sc\u00e8ne un magn\u00e9tophone qui attend un micro pour se mettre en marche : le micro venant du grill descend rapidement le long de son c\u00e2ble rouge pour laisser entendre une voix (encore r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Hamlet ou pas). Cette voix masculine, grave, nous invite \u00e0 penser \u00e0 Nietzsche en \u00e9voquant Zarathoustra. Puis une jeune fille arrive presque nonchalante et se place sous les t\u00eates qui surplombent la sc\u00e8ne. Elle attend puis tire sur des ficelles qui lib\u00e8rent les t\u00eates des cintres, les faisant choir sur le plateau dans un son mat de chair et d\u2019os mort. L\u2019actrice (Fanny Catel-Chanet) au m\u00eame titre que Serge Nail cr\u00e9e le trouble sur son identit\u00e9, et nous fait voyager entre les diff\u00e9rents personnages de Shakespeare. Elle renvoie aussi aux ambigu\u00eft\u00e9s que Shakespeare entretient dans Le soir des rois, par exemple, sur l\u2019identit\u00e9 sexuelle de Viola et S\u00e9bastien qui se d\u00e9guisent pour travestir leur genre[[c\u2019est dans Dedans Dehors David ; une mise en sc\u00e8ne de David Bob\u00e9e que nous retrouverons cette actrice Fanny Catel-Chanet pendant tout le mois d\u2019octobre au th\u00e9\u00e2tre de la cit\u00e9 internationale<br \/>\n]] D\u2019une porte appara\u00eet un homme (Gr\u00e9gory Guilbert) jean, basket, tee-shirt blanc, large lunette de soleil, rouleau de peinture \u00e0 main droite, seau (rouge) de peinture \u00e0 main gauche. Il prend diff\u00e9rente pause avant de peindre son mod\u00e8le (Hamlet dont le mod\u00e8le est son p\u00e8re\u2026) en rouge sur tout le tiers gauche, premier assassinat du p\u00e8re ; du fr\u00e8re. L\u00e0 encore Ferrand condense, brouille, rafra\u00eechit la fable de Shakespeare :<br \/>\nil ravale la fa\u00e7ade.<br \/>\nUne fois la peinture rouge et fra\u00eeche appos\u00e9e, le peintre prend une pose observant son \u0153uvre, les bras en l\u2019air dans un m\u00e9lange de satisfaction et de surprise comme si ce n\u2019\u00e9tait pas de son fait mais du hasard de la cr\u00e9ation. Le peintre reviendra par trois fois pour peindre dans les m\u00eames attitudes fr\u00e9n\u00e9tiques consultant le rendu. Sur ce corps de presque statue, sa gauche est en rouge, sa droite en bleu et au centre en blanc, laissant le mod\u00e8le comme un \u00e9tendard.<br \/>\nHamlet \u00e9tendard, Hamlet rafra\u00eechit, Hamlet sonore, Hamlet dans sa simplicit\u00e9 et dans sa singularit\u00e9 au m\u00eame titre que le travail de Projet_Lib\u00e9ral, c\u2019\u00e9tait \u00e0 voir au th\u00e9\u00e2tre 2 Gennevilliers.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 Gennevilliers, pendant le festival des TJCC (festival des tr\u00e8s jeunes cr\u00e9ateurs contemporains) o\u00f9 se sont crois\u00e9s durant trois jours Fiorenza Menini, Jonathan Capdevielle, Mathieu Bertholet, Raimund Hogue, Yves-No\u00f9\u00abl Genod, Val\u00e9rie Jouve, Yann Kersal\u00e9 et Thomas Ferrand. 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