


{"id":899,"date":"2008-10-26T19:33:00","date_gmt":"2008-10-26T18:33:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=899"},"modified":"2008-10-26T19:33:00","modified_gmt":"2008-10-26T18:33:00","slug":"le-theatre-populaire-et-ravi-de-bussang-vosges-ou-le-dejeu-de-lidentitaire","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/le-theatre-populaire-et-ravi-de-bussang-vosges-ou-le-dejeu-de-lidentitaire\/","title":{"rendered":"Le th\u00e9\u00e2tre populaire et ravi de Bussang, Vosges, ou le d\u00e9jeu de l&rsquo;identitaire"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<br \/>\n<em> <strong>Depuis un si\u00e8cle, chaque \u00e9t\u00e9, amateurs et professionnels se retrouvent dans un th\u00e9\u00e2tre des Vosges, sur un site exceptionnel, pour des repr\u00e9sentations qui d\u00e9jouent tout folklore et toute complaisance.<\/strong><br \/>\n<\/em><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3543 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/planches-vosgiennesM469024-600x393.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"393\" \/><br \/>\n\bLe Th\u00e9\u00e2tre du Peuple de Bussang, un village des Vosges entre Alsace, Lorraine et Franche-Comt\u00e9, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1895 par le fils du principal industriel et maire du village, Maurice Pottecher. Son ambition artistique personnelle croisait alors les d\u00e9bats naissants autour d\u2019un th\u00e9\u00e2tre populaire, ouvert \u00e0 tous et socialement responsable (notamment avec Antoine et son Th\u00e9\u00e2tre Libre \u00e0 Paris), mais \u00e9galement les vell\u00e9it\u00e9s p\u00e9dagogiques et int\u00e9ress\u00e9es du paternalisme industriel de l\u2019\u00e9poque et les promesses d\u2019un tourisme thermal encore \u00e0 ses d\u00e9buts gr\u00e2ce auquel on esp\u00e9rait attirer et divertir les bourgeois fortun\u00e9s.<br \/>\nLe Th\u00e9\u00e2tre du Peuple de Bussang, fond\u00e9 par Maurice Pottecher<br \/>\nPottecher fit jouer, une fois l\u2019an, Moli\u00e8re adapt\u00e9 en partie en patois local, puis ses propres textes, qu\u2019il situait dans un contexte proche du lieu ou qui interpellaient, \u00e0 travers des situations choisies, les habitants. Les spectacles mobilisait l\u2019ensemble du village, pour les r\u00e9p\u00e9titions, les repr\u00e9sentations, mais \u00e9galement le jeu en sc\u00e8ne, o\u00f9 chacun pouvait tenir, selon la situation dramatique, son propre r\u00f4le, offrant un arri\u00e8re plan r\u00e9aliste aux premiers r\u00f4les tenus par des notables ou, le plus souvent, des acteurs professionnels venus sp\u00e9cialement de Paris. Il fit construire au fil des ann\u00e9es un th\u00e9\u00e2tre en bois \u00e0 la lisi\u00e8re de la for\u00eat, r\u00e9pondant \u00e0 ses conceptions du th\u00e9\u00e2tre : un lieu convivial, pour que le th\u00e9\u00e2tre soit une f\u00eate, et dans lequel le merveilleux puisse advenir \u2013 aussi fit-il am\u00e9nager trappes, coulisses et cintres, muret de pierre s\u00e9parant clairement salle et sc\u00e8ne, et surtout, intuition g\u00e9niale, l\u2019ouverture du fond du th\u00e9\u00e2tre sur la for\u00eat. Depuis plus d\u2019un si\u00e8cle on vient l\u2019applaudir, cette ouverture.<br \/>\nCela pourrait para\u00eetre idyllique, ce th\u00e9\u00e2tre attentif \u00e0 son territoire, responsable dans sa pr\u00e9sence g\u00e9ographique et sociale, cette conception de la repr\u00e9sentation comme une f\u00eate et un av\u00e8nement du merveilleux au sein du social, cette rencontre entre artistes et habitants, cette participation de tous aux cr\u00e9ations. On en ferait vite un mod\u00e8le exemplaire si on omettait les d\u00e9tails du paternalisme \u00e9tendu \u00e0 l\u2019art, du r\u00f4le attribu\u00e9 finalement \u00e0 chacun, des tentations populistes et des ambitions cach\u00e9es des uns et des autres\u2026 et c\u2019est bien ces d\u00e9tails que les profiteurs de mythes et les partisans des folklores r\u00e9gionalistes et patrimoniaux voudraient faire oublier, nouveaux ambitieux si souvent s\u00fbrs de leur \u201cbon droit\u201d identitaire. Pourtant, incontestablement, cela fait plus d\u2019un si\u00e8cle que dans cette b\u00e2tisse hors du commun au bois poli par le temps, des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019acteurs en herbe et de spectateurs \u2013 les uns et les autres \u201camateurs de th\u00e9\u00e2tre\u201d au sens large \u2013 viennent partager des fables et du th\u00e9\u00e2tre avec des artistes dont c\u2019est le m\u00e9tier. Aujourd\u2019hui comme hier, tous les \u00e9t\u00e9s, on donne des spectacles m\u00ealant amateurs et professionnels et tirant profit de l\u2019ambiance sympathique des apr\u00e8s-midi d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 la campagne et d\u2019une sc\u00e8ne en bois qui n\u2019a pas son pareil.<br \/>\nAujourd\u2019hui, l\u2019association qui g\u00e8re le lieu nomme un metteur en sc\u00e8ne pour trois ans, prenant en charge cette programmation estivale. Apr\u00e8s Jean-Claude Berutti et Christophe Rauck, c\u2019est Pierre Guillois qui assure cette ann\u00e9e la mise en sc\u00e8ne du spectacle de l\u2019apr\u00e8s-midi, propose la programmation du soir et veille \u00e0 l\u2019organisation de lectures et autres stages durant l\u2019\u00e9t\u00e9 comme durant l\u2019ann\u00e9e.<br \/>\nCertes, les \u201camateurs\u201d sont devenus des professionnels du genre \u2013 pour qui fr\u00e9quente le lieu chaque ann\u00e9e, les visages sont connus, m\u00eal\u00e9s aux nouvelles t\u00eates de jeunes acteurs venus ici faire leurs premi\u00e8res armes apr\u00e8s quelqu\u2019\u00e9cole. Certes, le public d\u00e9passe largement les seuls habitants du village, et la salle de 800 places est largement remplie par des spectateurs amateurs venus de bien plus loin pour assister \u00e0 l\u2019une des trente repr\u00e9sentations. Mais le rendez-vous th\u00e9\u00e2tral vosgien garde un charme in\u00e9dit, et si les rencontres et croisements ne sont plus exactement ceux imagin\u00e9s par Pottecher, il se noue l\u00e0, dans la ti\u00e9deur des apr\u00e8s-midi vosgiens, dans cette salle qui tient autant de la grange que du petit op\u00e9ra, entre t-shirt, laine polaire et appareil photo num\u00e9rique, groupes d\u2019amis et fid\u00e8les du lieu, un type de repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale aux saveurs singuli\u00e8res.<br \/>\nCette ann\u00e9e, Pierre Guillois a command\u00e9 \u00e0 l\u2019auteur R\u00e9mi de Vos le texte d\u2019une cr\u00e9ation pour ce lieu et cette troupe m\u00ealant amateurs assur\u00e9s et quatre acteurs professionnels. Sous le titre \u201cLe ravissement d\u2019Ad\u00e8le\u201d, la fable se d\u00e9roule dans un village ou un petit bourg, et l\u2019on croise le boucher et sa bouch\u00e8re, l\u2019institutrice et sa fille adolescente, Jean-Guy le cantonnier, quelques employ\u00e9s de mairie fr\u00e9quentant le bistrot du coin, un couple \u00e0 la retraite, un inspecteur de police class\u00e9 4e (sur 4) au concours de recrutement, le p\u00e8re d\u2019Ad\u00e8le, sa seconde femme nymphomane convaincue et la belle-m\u00e8re \u2013 Ad\u00e8le ayant disparue. R\u00e9mi de Vos tire une com\u00e9die de tous les travers attendus de cette ambiance de province paisible, comm\u00e9rages, suspicion g\u00e9n\u00e9rale, d\u00e9nigrement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 du service public et frustrations des uns et des autres. Ad\u00e8le n\u2019est sans doute pas loin, mais battues en for\u00eat et enqu\u00eate entre soi seront une trop belle occasion pour le boucher de faire ses commentaires, la belle-m\u00e8re de se m\u00ealer de tout, le flic et l\u2019institutrice de se d\u00e9couvrir un idylle, la jeune ado de tenter sa fugue, les retrait\u00e9s de s\u2019avouer l\u2019inavouable (ta soeur de la Bourboule est une salope finie) et de m\u00e9diter sur les tentations de meurtre, la nympho de visiter l\u2019ensemble de la gent masculine et le p\u00e8re de se faire plaindre. Le ton est enjou\u00e9, le jeu rapide, la com\u00e9die efficace \u2013 les arch\u00e9types provinciaux fonctionnent \u00e0 plein dans un d\u00e9cor \u00e9clat\u00e9 o\u00f9 les espaces se m\u00ealent. On moque les travers des uns et des autres, on pointe les frustrations personnelles et les hyst\u00e9ries collectives. Le th\u00e9\u00e2tre est une f\u00eate o\u00f9 l\u2019on rit des apparentes banalit\u00e9s qu\u2019on ignore, peut-\u00eatre, dans la vie quotidienne, mais qui t\u00e9moignent des angoisses et insatisfactions de chacun. La salle ne boude pas son plaisir, conquise par le jeu entra\u00eenant de la petite troupe dans laquelle les personnalit\u00e9s de chacun, les voix et les petites astuces d\u2019acteur procure une \u00e9paisseur sensible aux caricatures. La f\u00eate conviviale attendue dans la b\u00e2tisse centenaire, qui rel\u00e8ve d\u2019un rite auquel on se d\u00e9couvre le plaisir tranquille de participer, est comme redoubl\u00e9e par l\u2019empathie collective pour des acteurs tout \u00e0 leur affaire, et la gentille critique sociale, ainsi que toute consid\u00e9ration sur l\u2019avenir du th\u00e9\u00e2tre comme art et comme \u00e9v\u00e9nement social et culturel, sont emport\u00e9es dans le flot des rires et la sympathie g\u00e9n\u00e9rale, alimentant s\u2019il en \u00e9tait besoin des discussions d\u00e9tendues durant l\u2019ap\u00e9ro dans le jardin.<br \/>\nLe spectacle du soir, quant \u00e0 lui, rev\u00eat \u00e0 pr\u00e9sent d\u2019autre enjeux. Depuis un remarquable et sans parole \u201cPupille veut \u00eatre tuteur\u201d de Peter Handke mont\u00e9 par Berutti, qui, s\u2019il ne tirait pas profit de l\u2019ouverture sur la for\u00eat, emplissait le th\u00e9\u00e2tre d\u2019un silence pesant peupl\u00e9 des bruits de la for\u00eat et du village, la soir\u00e9e est consacr\u00e9e \u00e0 la rencontre avec des pratiques sc\u00e9niques nouvelles. C\u2019est bien l\u2019id\u00e9e de cette ann\u00e9e, puisque le th\u00e9\u00e2tre se transforme en cabaret et que les compagnies Le Cheptel Ale\u00efkoum, Les Octavio et Les Poss\u00e9d\u00e9s proposent une cr\u00e9ation m\u00ealant th\u00e9\u00e2tre, cirque et musique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Depuis un si\u00e8cle, chaque \u00e9t\u00e9, amateurs et professionnels se retrouvent dans un th\u00e9\u00e2tre des Vosges, sur un site exceptionnel, pour des repr\u00e9sentations qui d\u00e9jouent tout folklore et toute complaisance. &nbsp; \bLe Th\u00e9\u00e2tre du Peuple de Bussang, un village des Vosges entre Alsace, Lorraine et Franche-Comt\u00e9, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1895 par le fils du principal industriel et maire du village, Maurice Pottecher. 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