


{"id":902,"date":"2008-10-24T19:40:00","date_gmt":"2008-10-24T17:40:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=902"},"modified":"2008-10-24T19:40:00","modified_gmt":"2008-10-24T17:40:00","slug":"merce-cunningh-game","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/merce-cunningh-game\/","title":{"rendered":"Merce Cunningh-game"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Fabrications et Split Sides de Merce Cunningham<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Th\u00e9\u00e2tre de Caen. Par Yannick Butel<\/strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3486 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/600x337_gettyimages-551410385-600x337.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"337\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>Un peu plus qu&rsquo;une compagnie, la Merce Cunningham Dance Company r\u00e9fl\u00e9chit quelque chose de l&rsquo;histoire des arts qui, d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 40, conna\u00eet sinon une rupture du moins une \u00e9volution parfois radicale en danse, au th\u00e9\u00e2tre, en peinture, en musique, dans les arts plastiques&#8230; Un moment dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;art qui va acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9cloisement des pratiques artistiques, brouiller la notion de genre, troubler le spectateur mis au contact de ces \u00c2\u00ab nouvelles \u00c2\u00bb exp\u00e9riences, de ces nouvelles oeuvres. C&rsquo;est entre autres de cela dont il \u00e9tait question au Th\u00e9\u00e2tre de Caen qui accueillait ce 21 et 22 octobre, deux pi\u00e8ces : Fabrications (1987) et Split Sides (2003) du chor\u00e9graphe am\u00e9ricain.<br \/>\n<\/strong><\/em><br \/>\nC\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le vendredi 10 juin 1949, \u00e0 17 heures, que le danseur Merce Cunningham et le compositeur John Cage se pr\u00e9senteront pour la premi\u00e8re fois au public, en France, dans l\u2019atelier du peintre Jean H\u00e9lion, au 15 avenue de l\u2019observatoire, dans le VI\u00e8me arrondissement de Paris. Le tract (un A5 qui figure dans Jean H\u00e9lion, A perte de vue, \u00e9dition \u00e9tablie par Claire Paulhan et Patrick Fr\u00e9chet, aux \u00e9ditions de l\u2019IMEC, p. 114) est r\u00e9dig\u00e9 comme suit : \u00ab Le compositeur John Cage et le danseur Merce Cunningham vous prient d\u2019assister \u00e0 la s\u00e9ance de musique pour le \u00ab piano pr\u00e9par\u00e9 \u00bb et de danse qu\u2019ils donneront dans l\u2019atelier [\u2026] Avec le gracieux concours de Mesdemoiselles Tanaquil LeClerq et Betty Nichols[[Toutes deux am\u00e9ricaines et danseuses chez Balanchine.]] \u00bb. Et c\u2019est un pur hasard que cette rencontre chez H\u00e9lion, dans son atelier parquet\u00e9, puisque Cage et Cunningham cherchaient juste un local pour se produire la premi\u00e8re fois. H\u00e9lion raconte ainsi la sc\u00e8ne : \u00ab On fit venir un grand piano dont John arrangea les cordes pour en tirer des sons. Une centaine de personnes vinrent assister au spectacle [\u2026] A terre, Cunningham dansait en se tra\u00eenant tandis que de belles jeunes filles s\u2019\u00e9lan\u00e7aient vers le ciel avec des gestes sublimes. Au piano, John d\u00e9bitait la cadence en petites notes strictes m\u00e9talliques, pr\u00e9cises [\u2026] John Cage et Merce Cunningham sont aujourd\u2019hui \u00e9norm\u00e9ment c\u00e9l\u00e8bres \u00bb.<br \/>\nL\u2019anecdote, si savoureuse soit-elle, n\u2019aurait finalement aucun int\u00e9r\u00eat si \u00e0 travers la pr\u00e9sentation de cet \u00e9v\u00e9nement lointain, on ne soulignait pas que le tract pr\u00e9sente la performance musicale et chor\u00e9graphique dans une compl\u00e9mentarit\u00e9 qui d\u00e9fie toute hi\u00e9rarchie et tout d\u00e9coupage entre les genres. Comme si la musique et la danse, et plus tard le pictural et les possibilit\u00e9s qu\u2019offre le high tech, \u00e9taient consubstantiels \u00e0 ces \u0153uvres plastiques que forment les cr\u00e9ations de Cunningham. Des \u0153uvres qui par la nature m\u00eame de leur amalgame ne se donneront plus comme des objets reconnaissables, mais bien des espaces nouveaux, insolites, myst\u00e9rieux et po\u00e9tiques. Des \u0153uvres o\u00f9 parler seulement de la danse reviendrait \u00e0 priver celles-ci de l\u2019abondance des signes qui les constituent, de l\u2019histoire et de l\u2019\u00e9volution de chaque art qui s\u2019y agr\u00e8ge. V\u00e9ritables espaces exp\u00e9rimentaux, les pi\u00e8ces de Cunningham concentrent donc le mouvement de la recherche musicale de John Cage \u00e0 la musique concr\u00e8te, puis plus tard abstraite et s\u00e9rielle, de la peinture et de son ind\u00e9passable interrogation sur les formes, de l\u2019image qui est tout \u00e0 la fois un \u00e9cran et un espace symbolique ouvert &#8211; une entaille \u2013 dans nos repr\u00e9sentations qui permet de nouveaux modes de perception\u2026<br \/>\nRegardant Fabrications et Split Sides, c\u2019est sans doute cette exp\u00e9rience que l\u2019on faisait. Celle o\u00f9 se produit une suspension de la conscience et de la raison qui met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve notre rapport au sensible, ainsi qu\u2019\u00e0 notre savoir. Celle o\u00f9 un \u00ab oc\u00e9an de sons \u00bb comme l\u2019a \u00e9crit Pierre Schaeffer s\u2019exprime sous la forme d\u2019un ressac qui trouble l\u2019ou\u00efe et l\u2019appelle vers d\u2019autres contr\u00e9es. Celle enfin o\u00f9 l\u2019\u0153il, et cette infinie question du voir que l\u2019on fait rimer avec le savoir, ne trouve aucune but\u00e9e pour arr\u00eater une signification. Sans doute vit-on dans ces instants une sorte de d\u00e9nuement, un instant d\u2019affolement, de doux troubles qui nous rappellent que le contact avec une \u0153uvre d\u2019art peut parfois \u00eatre \u00e9trange. Car les \u0153uvres de Cunningham nous inscrivent dans un hors-piste, un hors temps o\u00f9 le sujet qui le vit sent qu\u2019il est face \u00e0 un autre espace, et peut-\u00eatre un autre temps. Qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ceux-ci son langage ne lui sert plus de rien, que le jeu de la communication est fauss\u00e9, que s\u2019\u00e9cartant de ce qu\u2019il connaissait il entre dans un savoir diff\u00e9rent qui exige de lui qu\u2019il apprenne une autre langue, que la plasticit\u00e9 des mati\u00e8res est loin d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9e\u2026<br \/>\nLa contemplation et avec elle l\u2019imagination prennent ainsi le pas sur la raison et le jugement. Ouvert \u00e0 ces \u0153uvres, au seuil d\u2019un \u00e9tat contrari\u00e9 o\u00f9 le spectateur ne saisit pas le sens sans pouvoir abandonner l\u2019id\u00e9e qu\u2019il y a du sens dans ces formes, celui-ci vit un instant de perplexit\u00e9. La d\u00e9ambulation math\u00e9matiques de ces danseurs qui offrent au regard des gestes incantatoires, des mouvements bris\u00e9s, des arr\u00eats en pleine course, des trac\u00e9s vertigineux ou intimes\u2026 la courbure d\u2019un bras, d\u2019un enlacement, d\u2019un port\u00e9e, d\u2019un saut\u2026 qui semblent faire \u00e9cho \u00e0 un ordre musical organis\u00e9 selon les lois de l\u2019\u00e9lectroacoustique, de voix lointaines, de rythmes rituels et ancestraux, de lignes harmonieuses pr\u00e9cipitamment \u00e9court\u00e9s comme amput\u00e9s, de bruits captur\u00e9s, de registres sonores superpos\u00e9s\u2026 ce mouvement des corps et ce mouvement sonore pris l\u2019un et l\u2019autre dans la variation, la r\u00e9p\u00e9tition, le ressassement\u2026 jusqu\u2019aux toiles color\u00e9es qui exposent des motifs qu\u2019on dira abstraits : figures cass\u00e9es (tableau de Jean H\u00e9lion), verticales bleut\u00e9es, traits crois\u00e9es noirs, lumineux, ne connaissant ni d\u00e9but ni fin, brouillant leur origine, ne donnant \u00e0 voir qu\u2019une sinuosit\u00e9, une pr\u00e9sence faite de lumi\u00e8res\u2026tout cet ensemble, dois-je dire, se d\u00e9ploie selon une logique qui n\u2019exclut pas le sensible mais en rend le partage difficile. Ce qui vient \u00e0 poindre n\u00e9anmoins c\u2019est que mati\u00e8re qu\u2019elle soit sonore, corporel, visuel\u2026 semble former les parties d\u2019un corps appr\u00e9hend\u00e9 dans sa pluralit\u00e9.<br \/>\nC\u2019est au vrai une sorte d\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure qui est ainsi offerte \u00e0 celui qui est contemporain de cet \u00e9v\u00e9nement. Ev\u00e9nement o\u00f9 ce qui s\u2019insinue concerne le renouvellement de l\u2019usage d\u2019un corps, d\u2019une musique, d\u2019un visuel socialis\u00e9s. C\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un corps que l\u2019on a priv\u00e9 de mouvements possibles, d\u2019une musique que l\u2019on a limit\u00e9 \u00e0 la narration, de visuels dont on a limit\u00e9 la virtualit\u00e9. Regardant Fabrications et Split Sides, c\u2019est, d\u2019une certaine mani\u00e8re, un concentr\u00e9 de ce qui a \u00e9t\u00e9 exclu qui est pr\u00e9sent\u00e9 et qui ressurgit sur la sc\u00e8ne. Et ce qui est soumis \u00e0 l\u2019exclusion dans le champ social, sur sc\u00e8ne, trouve une place, un espace d\u2019exposition, un lieu d\u2019expression parce que l\u2019art et l\u2019\u0153uvre permettent de s\u2019aventurer l\u00e0 o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 nous prive d\u2019un horizon bien plus grand que celui que nous privil\u00e9gions.<br \/>\nAu dernier tableau, dans un espace que l\u2019on peut regarder comme un territoire urbain, ce que l\u2019on ressentait en d\u00e9finitive, c\u2019est que Merce Cunningham n\u2019a jamais fini de jouer, de se jouer d\u2019un monde o\u00f9 l\u2019ordre du regard, l\u2019ordre des sons, l\u2019ordre des mouvements est soumis \u00e0 un appauvrissement. Ce que l\u2019on sentait en soi c\u2019\u00e9tait la formidable vitalit\u00e9 d\u2019un cr\u00e9ateur qui, de l\u2019avenue de l\u2019observatoire au Th\u00e9\u00e2tre de Caen, de 1949 \u00e0 bient\u00f4t 2009, n\u2019a jamais abandonn\u00e9 l\u2019id\u00e9e que le monde sensible n\u2019est pas l\u2019exclusive d\u2019un ordre, qu\u2019il ne se d\u00e9cr\u00e8te pas, mais qu\u2019il appartient \u00e0 celui qui en est le t\u00e9moin et \u00e0 Cunningham qui le fabrique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fabrications et Split Sides de Merce Cunningham Th\u00e9\u00e2tre de Caen. 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