


{"id":905,"date":"2008-10-14T19:50:00","date_gmt":"2008-10-14T17:50:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=905"},"modified":"2008-10-14T19:50:00","modified_gmt":"2008-10-14T17:50:00","slug":"dieu-comme-patient-ou-lesperance-sans-tete","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/dieu-comme-patient-ou-lesperance-sans-tete\/","title":{"rendered":"Dieu comme Patient, ou l&rsquo;esp\u00e9rance sans t\u00eate"},"content":{"rendered":"<p><em>Premier metteur en sc\u00e8ne accueilli par la Com\u00e9die de Caen cette saison, Matthias Langhoff pr\u00e9sente au 32 rue des Cordes<\/em> Dieu comme Patient <em>, sous-titr\u00e9 ou l\u00e9gend\u00e9<\/em> Ainsi parlait Isidore Ducasse<em>, alias le comte de Lautr\u00e9amont. Une mise en sc\u00e8ne pour \u00e9voquer ( et descendre) dans une succession de visuels sonores, entre autres, dans l&rsquo;espace que forment<\/em> Les chants de Maldoror&#8230;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3523 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2008\/10\/dieu-comme-patient.jpg\" alt=\"\" width=\"588\" height=\"386\" \/><br \/>\n(L\u2019\u0153uvre, le passage\u2026)<br \/>\nEntre autres, car l\u2019\u0153uvre que pr\u00e9sente Matthias Langhoff n\u2019est rien moins qu\u2019une exploration dans un espace litt\u00e9raire qui compte de nombreux plis (on parle d\u2019\u0153uvre dantesque). Ou, disons-le autrement, c\u2019est presque une \u0153uvre \u00e0 tiroir o\u00f9 le genre est inidentifiable, o\u00f9 le r\u00e9cit est \u00e9nigmatique, o\u00f9 toute unit\u00e9 est absente, o\u00f9 la fable n\u2019est plus qu\u2019accessoire, o\u00f9 une langue s\u2019\u00e9chappe\u2026 Des <em>Chants de Maldoror<\/em> on dira que le lecteur y entre comme en poussant une porte qui donne sur d\u2019autres portes et ainsi de suite jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019on sente que la cl\u00e9 de ce livre est dans sa construction. Dans ce labyrinthe qu\u2019est l\u2019\u00e9criture \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de laquelle se d\u00e9ploie une \u00e9nergie r\u00e9flexive qui semble ne conna\u00eetre aucune limite, Lautr\u00e9amont \u00e9crit sans doute l\u2019un des grands po\u00e8mes de la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle (1869). Un po\u00e8me, dis-je, au sens o\u00f9 Benjamin d\u00e9finit celui-ci comme un territoire myst\u00e9rieux, une \u00e9nigme. Que Matthias Langhoff ait eu le d\u00e9sir de s\u2019en saisir ne peut sans doute se comprendre qu\u2019au regard de cette d\u00e9finition. Et curieusement, alors qu\u2019il confie que l\u2019id\u00e9e lui est venue pendant qu\u2019il marchait dans Paris aux alentours de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise, cette promenade le met au plus pr\u00e8s de Benjamin qui aura lui aussi \u00e9crit sur Paris, y d\u00e9celant et d\u00e9crivant la capitale \u00e0 travers ces passages. Passage, chiffonnier et ange\u2026 Jean-Michel Palmier y aura consacr\u00e9 un livre, lui aussi, sur Benjamin, sur Paris\u2026<br \/>\nFigures d\u2019ange, de chiffonnier et autres femmes d\u00e9chues ou masques grim\u00e9s qui ne sont pas \u00e9trangers \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de Matthias Langhoff, lequel pour l\u2019occasion s\u2019est entour\u00e9 de Fr\u00e9d\u00e9rique Loli\u00e9e, d\u2019Andr\u00e9 Wilms et Anne-Lise Heimburger. Moins des personnages que des voix, moins des caract\u00e8res que des gueuloirs, moins des psychologies que des corps en proie \u00e0 des tremblements alcooliques, syphilitiques et artistiques mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve d\u2019une parole qui se joue de l\u2019ordre grammatical et s\u00e9mantique. Parler la langue de Lautr\u00e9amont revient sans doute \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une \u00e9tranget\u00e9. Et l\u2019\u00e9couter c\u2019est apprendre une langue dont on devient lentement le familier. Une langue, peut-\u00eatre, qui au d\u00e9tour de l\u2019un de ses chants, vous arr\u00eate au seuil d\u2019une phrase ironique comme celle qui est adress\u00e9e \u00e0 dieu \u00ab montre moi un homme qui soit bon \u00bb. Phrase introuvable dans la mise en sc\u00e8ne qu\u2019en propose Matthias Langhoff parce qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re vraisemblablement la lecture qu\u2019en fit Maurice Blanchot lequel voyait \u00e0 cet endroit \u00ab l\u2019esp\u00e9rance d\u2019une t\u00eate \u00bb. Un appel \u00e0 la raison en quelque sorte, o\u00f9 la crise de raison se confond \u00e9trangement \u00e0 une crise de folie\u2026<br \/>\n(Th\u00e9\u00e2tre fragmentaire)<br \/>\nHistoire d\u2019un d\u00e9r\u00e8glement donc qui trouve en chaque sc\u00e8ne son lot d\u2019images traumatiques \u00e0 travers et d\u2019abord des images d\u2019archives prises \u00e0 l\u2019histoire du cin\u00e9ma, \u00e0 celle de documentaires animaliers, celle aussi de peintures\u2026 Sur le tulle tendu en front de sc\u00e8ne qui devient un \u00e9cran vient ainsi s\u2019imprimer des histoires parall\u00e8les qui ne font qu\u2019amplifier l\u2019opposition entre la nature et la culture. Ce duel historique, ce conflit \u00e9ternel entre ce qu\u2019est l\u2019\u00eatre et ce \u00e0 quoi il tente d\u2019\u00e9chapper. Aux premi\u00e8res images, il y a celle de mendiants pris sur le vif de leur recherche de nourriture, sortes d\u2019animaux des villes, esp\u00e8ce de peuple sans droits livr\u00e9s et abandonn\u00e9s. Silhouettes mallarm\u00e9ennes du guignon, ils sont l\u2019envers des po\u00e8mes, leur origine et leur r\u00e9alit\u00e9. Aux premi\u00e8res images, Langhoff campe ces campements sauvages, ces a\u00efeuls de Don quichotte et de Saint Martin. Images violentes de ce qui n\u2019est pas encore un cadavre mais ressemble \u00e0 une l\u00e8pre qui a gagn\u00e9 tout l\u2019\u00e9cran du th\u00e9\u00e2tre.<br \/>\nFaire du th\u00e9\u00e2tre pour Langhoff, on le sait depuis longtemps, c\u2019est permettre \u00e0 l\u2019Histoire d\u2019\u00eatre en sc\u00e8ne, y compris dans ce que l\u2019Histoire entend camoufler. Et de comprendre qu\u2019\u00e0 travers ce m\u00e9canisme sc\u00e9nique qui superpose les images d\u2019une ville peupl\u00e9e de mendiants et celles de com\u00e9diens aux prises avec leur art, le th\u00e9\u00e2tre devient un lieu de r\u00e9v\u00e9lation. Non pas r\u00e9v\u00e9lation au sens de d\u00e9voilement d\u2019une v\u00e9rit\u00e9, mais au sens photographique. Le th\u00e9\u00e2tre est cette chambre noire o\u00f9 les choses viennent \u00e0 devenir visibles.<br \/>\nCe qui vient \u00e0 \u00eatre vu, \u00e0 \u00eatre entendu parce que l&rsquo;acteur s&rsquo;en fait la r\u00e9plique, c&rsquo;est que l&rsquo;\u00e9chec est le mouvement de l&rsquo;Histoire. Son perp\u00e9tuel aboutissement. De Lautr\u00e9amont, des <em>Chants de Maldoror<\/em>, dans ce d\u00e9cor qui n&rsquo;est ni un int\u00e9rieur, ni un ext\u00e9rieur, mais sans doute une m\u00e9taphore de la ruine et du naufrage, une image de l&rsquo;abandon et du fun\u00e8bre, une aire de jeu maudit&#8230; Parmi ces voix au prise avec leurs pens\u00e9es int\u00e9rieures, leurs vomissements existentiels, leurs co\u00efts fantasm\u00e9s&#8230; Langhoff \u00e9crit son chant. Son Lied. Et s&rsquo;il convoque Heiner M\u00fcller non seulement en l&rsquo;appelant, mais en recourant \u00e0 un d\u00e9coupage qui rappelle nombre de pi\u00e8ces de l&rsquo;auteur, entre autres, d&rsquo;Hamlet-Machine, c&rsquo;est parce que ce th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;histoire qui est aussi un th\u00e9\u00e2tre de m\u00e9moire, oblige Langhoff \u00e0 revenir \u00e0 une pratique du th\u00e9\u00e2tre fragmentaire. Pratique \u00e0 m\u00eame de faire sentir une forme de tragique contemporain.<br \/>\nAussi, alors que <em>Dieu comme Patient<\/em> nous livre son flot d&rsquo;\u00e9pisodes baroques, de textes pris en tenaille, de corps travestis par le mauvais go\u00fbt am\u00e8re de l&rsquo;Histoire, Langhoff signe \u00e0 travers cette exp\u00e9rience cin\u00e9matographique autant que th\u00e9\u00e2trale, un retour \u00e0 un expressionnisme d&rsquo;actualit\u00e9. Une pi\u00e8ce o\u00f9 le metteur en sc\u00e8ne ne cherche pas \u00e0 mettre ou fabriquer des images sur Lautr\u00e9amont, mais o\u00f9 il rappelle les tableaux qui sont l&rsquo;origine commune d&rsquo;une humanit\u00e9 sans t\u00eate.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Premier metteur en sc\u00e8ne accueilli par la Com\u00e9die de Caen cette saison, Matthias Langhoff pr\u00e9sente au 32 rue des Cordes Dieu comme Patient , sous-titr\u00e9 ou l\u00e9gend\u00e9 Ainsi parlait Isidore Ducasse, alias le comte de Lautr\u00e9amont. Une mise en sc\u00e8ne pour \u00e9voquer ( et descendre) dans une succession de visuels sonores, entre autres, dans l&rsquo;espace que forment Les chants de Maldoror&#8230; (L\u2019\u0153uvre, le passage\u2026) Entre autres, car l\u2019\u0153uvre que pr\u00e9sente Matthias Langhoff n\u2019est rien moins qu\u2019une exploration dans un espace<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3523,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-905","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/905","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3523"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=905"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=905"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}