


{"id":909,"date":"2015-02-04T21:36:00","date_gmt":"2015-02-04T20:36:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=909"},"modified":"2015-02-04T21:36:00","modified_gmt":"2015-02-04T20:36:00","slug":"la-bohemia-electronica-par-les-lumieres-inouies","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-bohemia-electronica-par-les-lumieres-inouies\/","title":{"rendered":"La Bohemia-Electronica |\u00a0Par les lumi\u00e8res inou\u00efes"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><center><i><a href=\"http:\/\/kristoffk.roll.free.fr\/bohemia.htm\">La Bohemia-Electronica\u2026 Nunca Duerme<\/a><\/i>,<br \/>\n<br \/>spectacle de <a href=\"http:\/\/kristoffk.roll.free.fr\/index2.htm\">Kristoff &#8211; K.Roll<\/a>,<br \/>\n<br \/>Festival <a href=\"http:\/\/www.gmem.org\/index.php?option=com_content&#038;view=article&#038;id=5580149&#038;Itemid=35\">Reevox<\/a>, Marseille 2015<br \/>\n<\/center>\n<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-908\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/kristoff_k.roll1_c_steff.jpg\" alt=\"kristoff_k.roll1_c_steff.jpg\" align=\"center\" width=\"2500\" height=\"3827\" \/><br \/>\n<em> <strong>C\u2019est sous un immense cube blanc qu\u2019on avance : et d\u00e9j\u00e0 nous sommes envelopp\u00e9s. Ce dans quoi l\u2019on entre n\u2019est pas un espace, mais comme l\u2019\u00e9paisseur sensible d\u2019une exp\u00e9rience. D\u00e9j\u00e0 le son l\u2019habite pleinement, mais fragile, perplexe, latent. Deux acteurs \u2014 les deux auteurs : <a href=\"http:\/\/kristoffk.roll.free.fr\/bohemia.htm\">Kristoff et K.Roll<\/a> \u2014 sont au centre du plateau, tirent l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre un long fil invisible pos\u00e9 sur les cordes d\u2019une guitare, et le son d\u00e9chire lentement, doucement, le temps que l\u2019on s\u2019installe. Ce 31 janvier, \u00e0 la Friche Belle de Mai de Marseille, le festival Reevox donne la parole \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.gmem.org\/index.php?option=com_content&#038;view=article&#038;id=5580181\">un spectacle<\/a> qui se passera de mots, ou presque. Ce sera une heure d\u2019un spectacle sonore en forme de passage \u00e0 travers les possibles de l\u2019\u00e9coute et de l\u2019inou\u00ef, des franchissements successifs de seuils d&rsquo;intensit\u00e9s sonores. Le titre annonce tout un voyage \u2014 et comme voyage : une invitation.<\/em> <a href=\"http:\/\/www.gmem.org\/images\/PDF\/Intramuros\/2015_reevox\/GMEM_PROG_SALLE_31JANV19H30_la_bohemia.pdf\">La Bohemia Electronica\u2026\u00a0Nunca Duerme<\/a>. <em>Invitation sous forme d\u2019interdiction : ne dors pas, ne dors jamais, le r\u00eave que tisse ce spectacle le fera pour toi.<\/strong> <\/em><br \/>\n<sc>\u00c9critures musicales et arts \u00e9lectroniques<\/sc><br \/>\nSous-titre du festival <a href=\"http:\/\/www.gmem.org\/index.php?option=com_content&#038;view=article&#038;id=5580149&#038;Itemid=35\">Reevox<\/a>. Chacun de ces mots est une r\u00e9sistance \u00e0 ce qui se pr\u00e9sente, une tentative vaine de r\u00e9soudre ce devant quoi l&rsquo;on se tient. \u00c9critures, musicales, arts, \u00e9lectroniques. Une \u00e9nigme d\u00e9j\u00e0, ou peut-\u00eatre, la meilleure fa\u00e7on de passer outre : derri\u00e8re les mots que la production contemporaine tente d\u2019endosser \u2014\u00a0mani\u00e8re de chercher \u00e0 se l\u00e9gitimer ? \u2014, perce l\u2019aveu, l&rsquo;impossibilit\u00e9 de soumettre des formes irr\u00e9ductibles \u00e0 l\u2019assignation g\u00e9n\u00e9rique. Danse musicale, \u00e9criture vid\u00e9o, art audible et visuel, performance num\u00e9rique et charnelle, et pourquoi pas th\u00e9\u00e2tre, tant qu&rsquo;on y est (puisqu&rsquo;on y est) ? Th\u00e9\u00e2tre sonore, c\u2019est justement le sous-titre que se donne le spectacle (qui ajoute : <i>forme pour plateau \/ forme pour cube blanc. Pour tout espace public int\u00e9rieur<\/i>). Saturation de termes pour qualifier une approche qui pr\u00e9cis\u00e9ment fait l\u2019assaut des fronti\u00e8res : o\u00f9 l\u2019on voit d\u00e9cid\u00e9ment que le th\u00e9\u00e2tre n\u2019est pas une forme d\u2019art, mais l\u2019espace d\u2019un d\u00e9p\u00f4t (seul) capable d\u2019accueillir des territoires inali\u00e9nables et inassignables qui trouvent l\u00e0 territoire o\u00f9 se lever, puisqu\u2019ici est l\u2019enjeu de la pr\u00e9sence : d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 ce qui est, et se fabrique.<br \/>\nUne heure durant, les deux acteurs \u00e9voluent autour d\u2019une large table o\u00f9 sont dispos\u00e9s d\u2019innombrables instruments, v\u00e9ritables ou \u2014 comme l\u2019on dit d\u2019une arme \u2014 <i>par destination<\/i>. Guitare, cuill\u00e8res, et gobelets, iPad, et synth\u00e9. Silence bruyant : pas un mot ne sera prononc\u00e9 <em>directement<\/em> par ces corps en sc\u00e8ne. C\u2019est le coup de force spectaculaire et jubilatoire de cette sc\u00e8ne : th\u00e9\u00e2tre sans parole, mais toujours bruissant de sons et d\u2019\u00e9clats de musique. Sans parole \u2014 ou sans <em>paroles<\/em>, comme l&rsquo;\u00e9crivait Verlaine, qui savait bien que le silence savait parler, dans sa pluralit\u00e9 de voix, de sources, de directions. Car les voix seront nombreuses, et tant et plus : mais qui n&rsquo;\u00e9manent presque jamais de ceux qui devant soi sont pr\u00e9sents.<br \/>\nD\u00e8s lors, ces voix qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent, ces paroles qui surgissent, enregistr\u00e9es, <em>off<\/em>, c&rsquo;est comme si elles provenaient de soi : comme si c&rsquo;\u00e9tait int\u00e9rieurement qu&rsquo;elles se produisaient. Un r\u00e9cit de r\u00eave (racont\u00e9 par l&rsquo;actrice Jeanne Videau), que K.Roll verse ensuite dans des fioles, plus tard d\u00e9bouch\u00e9es (Kristoff boira plus tard ces paroles, des fioles elles-m\u00eames) ; des phrases en boucle de <i>La F\u00e9line<\/i>, le film ancien de Jacques Tourneur au grain si \u00e9pais et si profond ; des pens\u00e9es imaginaires de spectateurs arrach\u00e9es par la perche tendue de Kristoff au-dessus de nous ; la liste recommenc\u00e9e et tr\u00e9buch\u00e9e des jours de la semaine ; un po\u00e8me chinois ; et puis, la sid\u00e9rante dict\u00e9e d&rsquo;une image : casque sur les oreilles, Kristoff raconte ce qu&rsquo;il entend, dans le silence du plateau : avant de se taire et de donner \u00e0 entendre l&rsquo;image sonore qu&rsquo;il a prononc\u00e9 : la chaleur d&rsquo;une cour en Am\u00e9rique du Sud (on r\u00eave aussi), les cris des enfants, les voitures qui passent, Manoel qui travaille. Puis, parfois l\u2019un des acteurs s\u2019enregistre \u00e0 son micro, \u00e0 voix basse (on n&rsquo;entend pas ce qu\u2019il dit), et approche l\u2019enregistreur du micro amplifi\u00e9 qui lance la voix satur\u00e9e (on n\u2019entend pas ce qui se dit). De part et d\u2019autre : ce qu\u2019on \u00e9coute exc\u00e8de notre possibilit\u00e9 de percevoir autre chose que du son qui s\u2019\u00e9chappe du sens qui voudrait habituellement, dans nos vies humaines, l\u2019enclore.<br \/>\nAlors c\u2019est une grande lib\u00e9ration \u2014 l&rsquo;apprentissage d&rsquo;une \u00e9coute autre : la r\u00e9appropriation de nos sens d&rsquo;ordinaire norm\u00e9s, us\u00e9s, accoutum\u00e9s \u00e0 <em>reconna\u00eetre<\/em> quand il s&rsquo;agira l\u00e0 d&rsquo;\u00eatre boulevers\u00e9 (c&rsquo;est ici la beaut\u00e9 politique d&rsquo;un tel spectacle, aussi : une conqu\u00eate sensible contre les lois du monde) ; et on assiste \u00e0 cette joie de l&rsquo;affranchissement, sur sc\u00e8ne et en nous. Les deux acteurs fabriquent en artisans toute la texture du spectacle : \u00e9l\u00e9gance du geste de celui qui l\u00e8ve en temps r\u00e9el la mati\u00e8re vive de ce qui a lieu, autour de nous. Fabrique de nappes sonores, et davantage. Ce que construisent, avec leurs machines, ces acteurs, c\u2019est le temps lui-m\u00eame : une seconde apr\u00e8s l\u2019autre est produite par le son qui fait avancer chacune de ces secondes, comme une pouss\u00e9e sensible en nous. Ce que produisent ces musiciens sonores (y a-t-il une musique qui ne soit pas celle du son ?), c\u2019est l\u2019espace quand ils tournent autour de l\u2019espace agrandi par les sons qu\u2019ils proposent et mod\u00e8lent \u00e0 mesure de leur marche (K.Roll vient tourner un vase devant nous pour alt\u00e9rer le son qui circule, joue \u00e0 le faire basculer d\u2019un endroit du lieu th\u00e9\u00e2tral \u00e0 un autre : et ce lieu devient le lieu du drame, le lieu du proc\u00e8s musical du temps et de l\u2019espace). Autre exemple : Kristoff se saisit d\u2019une perche (celle qui permet de <i>capter<\/i> un son) et se dirige \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-sc\u00e8ne, o\u00f9 une grande surface blanche re\u00e7oit l\u2019image d\u2019un film projet\u00e9 en boucle : la mer au premier plan, et derri\u00e8re, une ville (Beyrouth, peut-\u00eatre[[C&rsquo;est Tyr.]]). Qu\u2019il tende sa perche vers la surface de l\u2019eau, et l\u2019on entendra les cris des nageurs ; qu\u2019il l\u2019abaisse vers le sol et l\u2019on \u00e9coutera le bruit \u00e9touff\u00e9 des profondeurs ; qu\u2019il la soul\u00e8ve enfin vers le haut et les minarets, alors l\u2019appel \u00e0 la pri\u00e8re traversera la salle. Soudain, ce \u00e0 quoi on assiste, c\u2019est \u00e0 un retournement : le son n\u2019est pas enclos \u00e0 la surface pure des choses, mais fabriqu\u00e9 par celui qui vient l\u2019arracher \u00e0 l\u2019image[[Le son \u00e9tait-il d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, ou est-ce l&rsquo;homme qui le soul\u00e8ve en lui quand il s&rsquo;approche ? Je pense \u00e0 ce que dit Goethe de la couleur : qu&rsquo;une robe rouge ne l&rsquo;est pas en notre absence.]]<br \/>\nD\u2019o\u00f9 la joie, d\u2019enfance[[\u00ab\u00a0Fanfare atroce o\u00f9 je ne tr\u00e9buche point ! chevalet f\u00e9erique ! Hourra pour l&rsquo;\u0153uvre inou\u00efe et pour le corps merveilleux, pour la premi\u00e8re fois\u00a0! Cela commen\u00e7a sous les rires des enfants, cela finira par eux.\u00a0\u00bb Rimbaud]], du spectacle : tourner autour de la salle avec une \u00e9puisette comme on chasse les papillons. Mais plut\u00f4t que de chercher \u00e0 enfermer les sons : les produire, les lib\u00e9rer. Un curieux r\u00e9cit se donne \u00e0 lire, non dans sa progression lin\u00e9aire et pauvrement dramatique, mais comme la trajectoire recommenc\u00e9e d\u2019une chasse et d\u2019une exploration \u2014 celle du spectre sonore. <em>La Bohemia electronica<\/em> para\u00eet travailler fr\u00e9n\u00e9tiquement \u00e0 \u00e9prouver mille et une mani\u00e8res d\u2019entendre, de percevoir, de recevoir le son, et de tous les endroits possibles (des amplificateurs sont d\u00e9pos\u00e9s sous les spectateurs ; parfois le son \u2014\u00a0salutations Touar\u00e8gues, ou d&rsquo;ailleurs \u2014\u00a0semble courir de gradin en gradin \u00e0 hauteurs d\u2019\u00e9paule : et l\u2019on se souvient (dans la nostalgie de ce que l\u2019on n\u2019a pas v\u00e9cu) qu\u2019\u00e0 Rome, on d\u00e9posait sous les gradins des amphores vides pour amplifier le son, le rejouer, le d\u00e9placer). Il y a des violences : parce qu\u2019il ne saurait y avoir d\u2019explorations sans parvenir \u00e0 des limites, quelque chose comme un non-retour. Frotter un micro contre un mur comme on griffonnerait sur lui des paroles illisibles ; le perforer : t\u00e2cher de traverser ce mur du son et n\u2019en obtenir que du fracas satur\u00e9 de limaille. Ou rire, rire jusqu&rsquo;\u00e0 crever : mais d&rsquo;un rire blanc, silencieux : que le corps qui convulse d&rsquo;une femme nue (Enna Chaton, plasticienne qui creuse le spectacle de sa pr\u00e9sence diffuse, spectrale) en regard de K.Roll : dont le rire au micro n&rsquo;arrache aucune vibration sonore, et pourtant on la voit hurler, dans ce silence qui rappelle le grand d\u00e9sespoir Lynch\u00e9en du Silencio au c\u0153ur de <i>Mulholland drive.<\/i><br \/>\nUn spectacle sonore o\u00f9 le son habite l\u2019image et les corps. Rien de plus muet qu\u2019un visage aux l\u00e8vres remu\u00e9es, mais inaudibles \u2014 muet, c\u2019est-\u00e0-dire porteur d\u2019une parole d\u2019autant plus pr\u00e9sente qu\u2019elle est arrach\u00e9e. Et quand ce visage est projet\u00e9, film en noir et blanc, sur la t\u00eate d\u2019un ventilateur qui tourne, quelque chose d\u2019un cauchemar se joue : on pense \u00e0 Pasolini, et aux voix doubl\u00e9es, parl\u00e9es dans la bouche d\u2019acteurs qui ne les prononcent pas \u2014 \u00e0 ces corps en d\u00e9liaisons. On pense \u00e0 ces visages dans les r\u00eaves pour lesquels on n\u2019est plus capable de se souvenir des voix. On pense que l\u2019image est fragile et qu\u2019elle se dresse pour dessiner l\u2019espace de sa fragilit\u00e9. J\u00e9r\u00e9mie Scheidler, qui a con\u00e7u la sc\u00e9nographie cin\u00e9matographique de l\u2019ensemble est cr\u00e9dit\u00e9 de <i>l\u2019\u00e9criture de l\u2019image<\/i> du spectacle, et l\u2019on prend mesure de cette syntaxe. Une syntaxe de lumi\u00e8re \u2014 \u00e9criture de la lumi\u00e8re con\u00e7ue par Jean-Gabriel Valot \u2014\u00a0parce que la lumi\u00e8re fabriqu\u00e9e par le son fabrique aussi le son qui l\u2019entoure ou le cerne : et l\u2019une renvoyant \u00e0 l\u2019autre, les hi\u00e9rarchies ne tiennent plus dans un monde comme int\u00e9rieur qui se red\u00e9finit \u00e0 chaque instant, par le son ou la lumi\u00e8re ou la vid\u00e9o (la lumi\u00e8re est la vid\u00e9o est le son : \u00e9manation, appel, vase communicant), les corps qui parcourent la surface de l\u2019un ou de l\u2019autre. Phrases d\u2019images et de lumi\u00e8res syncop\u00e9es, elliptiques \u2014 des visages ici, des flashs l\u00e0 qui font appara\u00eetre le corps nu et transitoire d\u2019une femme (la plasticienne Enna Chaton), prenant en photo par flashs des instants arr\u00eat\u00e9s de son corps ; un rapt de l\u2019espace par la lumi\u00e8re (au retour de la lumi\u00e8re, l\u2019espace rendu \u00e0 nos yeux, mais modifi\u00e9, alt\u00e9r\u00e9, renouvel\u00e9) qui nous le fait voir et nous le d\u00e9robe. Des syntagmes nominaux en attente d\u2019un verbe qui ne viendra pas, puisque la chair est l\u00e0, avant elle, et qu\u2019elle l\u2019a aval\u00e9.<br \/>\nQuand le spectacle s\u2019ach\u00e8ve, stri\u00e9 par des saturations hurl\u00e9es sur une guitare devenue \u00e9lectrique qui font \u00e9cho \u2014 et quel \u00e9cho \u2014 aux caresses sur ses cordes \u00e0 l\u2019ouverture, ce qui s\u2019\u00e9choue \u00e0 nos pieds est une heure conc\u00e9d\u00e9e \u00e0 la parole, mais peupl\u00e9e de puissances sensibles non pas infra-verbales, ou a-verbale, mais comme enveloppante du verbe. L\u00e0 o\u00f9 le <i>texte<\/i> a c\u00e9d\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le lieu d\u2019un saccage, mais la lente et digne \u00e9laboration d\u2019un temps m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 la parole possible, celle qui pourra dire ce qui a eu lieu, celle qui se disait, durant le spectacle, ce qui avait lieu \u2014\u00a0dans le silence gard\u00e9 en soi et port\u00e9 devant soi comme affaissement du langage o\u00f9 le sens frayait lib\u00e9r\u00e9 de ce qu&rsquo;il y avait \u00e0 dire. O\u00f9 l\u2019on comprend que le bruit n\u2019est pas le contraire du silence, mais sa travers\u00e9e ; o\u00f9 l\u2019on a per\u00e7u dans quelle mesure la pr\u00e9sence est une qualit\u00e9 de temps lorsqu\u2019il est fait de lumi\u00e8re et d\u2019espace : un temps lev\u00e9 dans la musique qui le rendait visible. L\u2019inou\u00ef, Rimbaud nous l\u2019avait appris, n\u2019est que de la lumi\u00e8re quand elle devient pr\u00e9sente et qu\u2019on entend soudain ce qu\u2019on pensait \u00eatre incapable d\u2019entendre, et que pousse sur nous un corps aux sens neufs, aux virtualit\u00e9s affranchies \u2014 une autre fa\u00e7on d\u2019entendre, avec Rimbaud de nouveau, le mot <i>Mouvement<\/i> :\n<poesie>\nLe mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve,<br \/>\nLe gouffre \u00e0 l&rsquo;\u00e9tambot,<br \/>\nLa c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 de la rampe,<br \/>\nL&rsquo;\u00e9norme passade du courant<br \/>\nM\u00e8nent par les lumi\u00e8res inou\u00efes<br \/>\nEt la nouveaut\u00e9 chimique<br \/>\nLes voyageurs entour\u00e9s des trombes du val<br \/>\nEt du strom.[[\u2018Mouvement\u2019, dans <em>Illuminations<\/em>]]<\/poesie>\n<center><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/player.vimeo.com\/video\/105394125?color=ffffff&#038;title=0&#038;byline=0&#038;portrait=0\" width=\"500\" height=\"281\" frameborder=\"0\" webkitallowfullscreen mozallowfullscreen allowfullscreen><\/iframe> <\/center> <center><a href=\"http:\/\/vimeo.com\/105394125\">La bohemia electr&oacute;nica&hellip; nunca duerme | teaser<\/a> from <a href=\"http:\/\/vimeo.com\/user2737462\">jscheidler<\/a> on <a href=\"https:\/\/vimeo.com\">Vimeo<\/a>.<\/p>\n<p> <\/center><br \/>\n<quote><br \/>\n<em>SUR LE PLATEAU<\/em><br \/>\n<sc>Ecriture, composition musicale, concepteurs du projet<\/sc>  : Kristoff K.Roll (Carole Rieussec et J-Kristoff Camps)  <sc>Performeuse, plasticienne<\/sc> : Enna Chaton  <sc>Vid\u00e9o, \u00e9criture de l&rsquo;image :<\/sc> J\u00e9r\u00e9mie Scheidler  <sc>Cr\u00e9ation lumi\u00e8re<\/sc> : Jean-Gabriel Valot<br \/>\n<em>COLLABORATION SUR LA CR\u00c9ATION<\/em><br \/>\n<sc>Mise en jeu des personnages<\/sc> : Christophe Gu\u00e9tat  <sc>Script doctor dramaturgique<\/sc> : Julie Gilbert  <sc>Sc\u00e9nographe<\/sc> : Daniel Fayet <sc>Costumes<\/sc> : Cathy Roulle<\/quote><br \/>\n<small>Co-production : Sc\u00e8ne nationale de Vandoeuvre-l\u00e8s Nancy, France ; ABC, centre de culture, La Chaux-de-Fonds, Suisse ; Le CentQuatre, France, avec le soutien du Minist\u00e8re de la Culture et de la Communication &#8211; DRAC LR ; de la R\u00e9gion Languedoc-Roussillon, avec l&rsquo;aide du CNC-Dicr\u00e9am, de la Spedidam et le soutien de la ville de Frontignan.<\/small><br \/>\n<em>\u00c0 VENIR <\/em><br \/>\n28 mars 2015 \/ Albi &#8211; Festival Les Journ\u00e9es \u00e9lectriques<br \/>\nAutomne 2015 \/ Ivry &#8211; Th\u00e9\u00e2tre Antoine Vitez<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Bohemia-Electronica\u2026 Nunca Duerme, spectacle de Kristoff &#8211; K.Roll, Festival Reevox, Marseille 2015 C\u2019est sous un immense cube blanc qu\u2019on avance : et d\u00e9j\u00e0 nous sommes envelopp\u00e9s. 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