


{"id":915,"date":"2015-04-05T20:28:54","date_gmt":"2015-04-05T18:28:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=915"},"modified":"2015-04-05T20:28:54","modified_gmt":"2015-04-05T18:28:54","slug":"sans-titre-pas-sans-noblesse","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/sans-titre-pas-sans-noblesse\/","title":{"rendered":"Sans Titre\u2026 Pas sans Noblesse."},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Sans Titre de Jean-Pierre Dupuy s\u2019est jou\u00e9 deux fois \u00e0 Caen, \u00e0 la Cit\u00e9\/Th\u00e9\u00e2tre, ce vendredi 3 et ce samedi 4 avril. Une fa\u00e7on encore une fois, pour Jean-Pierre Dupuy, de donner une le\u00e7on aux jeunes apprentis com\u00e9diens d\u2019Act\u00e9a. Moins un cours, qu\u2019une envie, un d\u00e9sir exigeant qu\u2019il aura communiqu\u00e9, comme la premi\u00e8re fois\u2026 aux sans noms.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-914\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/arton334.jpg\" width=\"800\" height=\"588\" \/><\/p>\n<p><strong>Dupuy history<\/strong><br \/>\nBlacklist\u00e9 apr\u00e8s la mise en sc\u00e8ne de <em>Jus\u00e9mina<\/em> qui faisait la part belle \u00e0 Geldherode, Jean-Pierre Dupuy aura \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l\u2019index de la cr\u00e9ation et du th\u00e9\u00e2tre au pr\u00e9texte, dixit, \u201cd\u2019immoralit\u00e9\u201d. L\u00e0, o\u00f9 il n\u2019y avait pas de quoi fouetter le d\u00e9but de la queue d\u2019une chatte, les uns, les unes et les autres, s\u2019en retournant \u00e0 leurs noces bourgeoises o\u00f9 l\u2019adult\u00e8re est affaire de secret, s\u2019entendaient (ou le croyaient) pour le \u201ccastrer\u201d \u00e0 jamais. Une petite bande de juges r\u00e9unis en conclave, deux trois ronds de cuir des salons du bon go\u00fbt et du recevable\u2026 En fait, des spectres de \u201cbridoison\u201d de l\u2019esth\u00e9tique correcte et aimable\u2026 pensaient enfin \u00eatre arriv\u00e9s \u00e0 leur fin : \u201cd\u00e9gager un empecheur de tourner en rond\u201d. Eh, Mesdames et messieurs bailleurs de subventions congrues, si l\u2019art tenait \u00e0 votre charit\u00e9 il y a longtemps que l\u2019on s\u2019ennuierait\u2026 Tenez-vous le pour dit: votre aumone est loin de pouvoir venir \u00e0 bout des \u00e9nergies de la cr\u00e9ation ! Et ce malgr\u00e9 cette laisse que peut-\u00eatre la subvention&#8230; comme le rappelait Hugo.<br \/>\nD\u00e9but des ann\u00e9es 2000, <em>Jus\u00e9mina<\/em> condamn\u00e9, Jean-Pierre Dupuy prenait ainsi \u201cperpet\u201d puisqu\u2019\u00e0 ce jour aucun des \u201cpetits juges\u201d qui se reproduisent et se dupliquent dans le landernau culturalo-politique n\u2019a jug\u00e9 juste de revenir sur la sentence honteuse et autoritaire.<br \/>\nOublieux de l\u2019histoire d\u2019un type discret et humble qu\u2019il ne faut pas confondre avec la visibilit\u00e9 de son engagement politique (responsable du Synavi, militant de la gauche radicale, soutien \u00e0 tous les malmen\u00e9s de la culture)\u2026 les arbitres de la subvention croyaient sans doute avoir eu raison de Dupuy\/Danton, le libertaire amoureux du th\u00e9\u00e2tre, celui dont le d\u00e9sir pour les acteurs qui sont des fleurs (comme on le sait depuis Genet) ne pouvait se r\u00e9gler par d\u00e9cret obscur sign\u00e9 dans les antichambres des bureaux de la \u201cculture\u201d.<br \/>\nDupuy, un temps journaliste et critique de th\u00e9\u00e2tre \u00e0 Libert\u00e9 \u00e0 courir de salles en sc\u00e8ne; lui qui fut marqu\u00e9 par le bruit des sabots de bois sur le plancher de l\u2019<em>Akropolis<\/em> de Grotowski, qui plus tard rejoindrait Jeunesse et Sport, avant de filer vers Genet \u00e0 grandes enjamb\u00e9es \u2013 enfilant le costume des <em>Bonnes<\/em> avec son ami Jean-Marie Frin \u2013\u2026 Lui qui, avec Rivi\u00e8re, Libois &#038; co, initiait le GRT, lui, Dupuy, quoi ! L\u2019intime de Fran\u00e7ois Tanguy, et du Th\u00e9\u00e2tre du Radeau, qui n\u2019est alors presque rien et \u00e0 qui il donnera de son temps et de son amiti\u00e9 en lui soufflant une <em>Mademoiselle Julie<\/em> ;  lui qui apprit de Vitez \u00e0 avoir peur de l\u2019\u00e0-peu-pr\u00e8s, et de Malartre peut-\u00eatre le go\u00fbt des texte et du jeu\u2026<br \/>\nCette Histoire, que d\u2019aucuns, mal-entendants ou myopes en responsabilit\u00e9s, ram\u00e9neraient \u00e0 celle de la \u201cm\u00e9moire d\u2019un spectateur\u201d par commodit\u00e9 pour la banaliser, il faut plut\u00f4t y voir une vie de convictions et des engagements o\u00f9 le clivage th\u00e9\u00e2tre\/r\u00e9alit\u00e9 ne tient plus. Chez Dupuy, les arts, et plus encore la pratique artistique, sont un mode d\u2019\u00eatre : un \u00e9thos. Et d\u2019ajouter que la singularit\u00e9 de la vie de Jean-Pierre Dupuy, c\u2019est peut-\u00eatre d\u2019avoir pens\u00e9, \u00e0 raison, qu\u2019il fallait transmettre \u00e7a. Le transmettre, oui, \u00e0 plus jeune que soi, et le vivre au jour le jour parce que ce n\u2019est pas l\u2019Histoire morte et fig\u00e9e qu\u2019y voit pas mal, mais juste l\u2019actualit\u00e9 : le th\u00e9\u00e2tre comme espace d\u2019une actualit\u00e9 avec sa langue: l\u2019histoire de ses langues et des personnages qui les portent.<br \/>\nPeut-\u00eatre bien qu\u2019il tient \u00e7a de sa m\u00e8re ouvri\u00e8re communiste\u2026Peut-\u00eatre bien qu\u2019il tient \u00e7a de la lecture d\u2019Artaud\u2026 Peut-\u00eatre encore tient-il \u00e7a, de l\u2019Equipe (\u201cseul journal politique\u201d comme il dit) puisque \u201csupporter\u201d, il lit les r\u00e9cits des matchs comme un impr\u00e9visible qui se joue : un espace dramatique en soi. Moments de passion chez lui, r\u00e9currente, et qui \u00e0 la mani\u00e8re de Nicolas de Sta\u00ebl qui peint le football (dont il connait les portraits qu\u2019en fit Ren\u00e9 Char), fait de Dupuy un passionn\u00e9, un irraisonnable et non un irraisonn\u00e9.<br \/>\n<strong>A la faveur du caf\u00e9 du samedi\u2026<\/strong><br \/>\nDe bonne heure, presque tous les jours, mais aussi le samedi matin, Jean-Pierre Dupuy s\u2019installe dans un caf\u00e9 o\u00f9 il a ses habitudes. Isabelle lui am\u00e8nera son cr\u00e8me et parfois les journaux. Il est l\u00e0, chez lui, au Bar du th\u00e9\u00e2tre. A la mani\u00e8re de Sarraute, comme de Cioran aussi, o\u00f9 de la bande de la NRF, il est l\u00e0 comme eux \u00e9taient au Flore. De la nuit dont il sort, apr\u00e8s que le sommeil a eu du mal \u00e0 l\u2019an\u00e9antir, il arrive bien souvent avec un livre qui lui a tenu compagnie pendant l\u2019insomnie. Un jour Rilke, le po\u00e8te qui parle aux Montagnes et au Tr\u00e8s Haut. Une autre fois avec un Pontalis, le commentateur du \u201cEinfall\u201d, qu\u2019il aime par-dessus tout mais qui ne le privera jamais des autres livres de sa biblioth\u00e8que : Antelme, Duras, Arrabal, Pasolini, Beckett, M\u00fcller, Sade, Barker comme aussi Marivaux, Moli\u00e8re et Rambert\u2026 (on retrouvera tout \u00e7a dans Sans Titre).<br \/>\nDupuy n\u2019est pas un lecteur. C\u2019est Le Lecteur. Et s\u2019il vous arrive droit dessus avec un sourire, avant m\u00eame le bonjour rituel, le type vous balance la phrase de la nuit. Celle qui l\u2019a tenu en \u00e9veil et qu\u2019il remache entre deux bouff\u00e9es de Ventoline qui lui a\u00e8re le respirateur.<br \/>\nDepuis plusieurs mois, il ronge une id\u00e9e comme d\u2019autres un os. D\u2019un mot qui l\u2019occupe, alors que les \u00e9lections municipales et d\u00e9partementales annoncent la vague FN, il songe \u00e0 la \u201cbarricade\u201d. C\u2019est le mot, et peut-\u00eatre le mot-tu de <em>Sans Titre<\/em>. Une barricade o\u00f9 l\u2019ornement des r\u00e9volutionnaires. La chose lui est famili\u00e8re, mais il n\u2019y a pas que \u00e7a\u2026 car la \u201cbarricade\u201d, c\u2019est avant tout un relief vivant de la rue (la vie donc), tout autant que l\u2019un des motifs de la peinture classique. Dupuy le sait et a trouv\u00e9 dans sa barricade une concordance entre son souci de l\u2019esth\u00e9tique et celui du politique. Alors, de samedi en samedi, sa \u201cbarricade\u201d, il la construit, il l\u2019augmente \u00e0 mesure qu\u2019elle trouve de nouvelles significations ou usages et valeurs. Et la \u201cbarricade\u201d mue\u2026 R\u00e9volutionnaire, certes, topos des douleurs, des d\u00e9fis, des morts\u2026 oui, mais aussi \u201cse barricader\u201d : se prot\u00e9ger, se murer, se replier\u2026 Sur cette ligne difficilement r\u00e9ductible \u00e0 un seul sens, la barricade de Dupuy est maintenant une ligne d\u2019horizon. Pas une ligne maginot, mais une ligne d\u2019imaginaire. Il lui aura fallu en passer par l\u00e0, par la barricade o\u00f9 s\u2019empilent, quand on la regarde bien, les mat\u00e9riaux de la vie : du matelas, au maccab\u00e9 ; du bibelot familial au bibelot mallarm\u00e9en\u2026<br \/>\nLa barricade n\u2019est rien moins qu\u2019arch\u00e9ologique et Jean-Pierre Dupuy est maintenant \u00e0 son affaire. \u00c0 la mani\u00e8re de Pessoa et de son intranquillit\u00e9, la barricade prend la forme d\u2019une autobiographie sans \u00e9v\u00e9nements spectaculaire. Elle sera juste peupl\u00e9e de textes que Dupuy consid\u00e8re obsessionnellement. \u201cL\u2019amour que l\u2019on se sait\u201d sera le nom public interm\u00e9diaire de celle-ci, avant qu\u2019un matin, se ravisant sur cette touche trop annonc\u00e9e, Jean-Pierre Dupuy la signe du seul nom dont il pouvait la nommer : <em>Sans titre<\/em>. Magnifique \u00e9clair de lucidi\u00e9 po\u00e9tique qui fait de son projet un tableau que l\u2019on ne bornera pas \u00e0 son libel\u00e9. Oeuvre plastique en devenir\u2026 pour laquelle, afin de la faire exister, il devra s\u2019endetter.<br \/>\nSix \u00e0 huit mille euros, de sa poche\u2026 Dupuy, comme Ch\u00e9reau \u00e0 ses heures, met la main \u00e0 la poche. Il se vole puisque les voleurs l\u2019ont d\u00e9trouss\u00e9. Le projet prend alors forme, un peu plus avec les \u00e9l\u00e8ves com\u00e9diens d\u2019Act\u00e9a qu\u2019il embarque plus de 15 jours chez Fran\u00e7ois Tanguy, au Mans, au Th\u00e9\u00e2tre du Radeau o\u00f9 ils vont r\u00e9p\u00e9ter, improviser, pr\u00e9parer\u2026 A coup d\u2019exercices, de tentatives avort\u00e9es, de mannequins auxquels il faut trouver des formes et un visage\u2026 A coup de gueule aussi, Dupuy envisage \u00e7a comme \u201csa derni\u00e8re fois\u201d. Alors il faut non pas le \u201cparfait\u201d (Dupuy laisse \u201cl\u2019excellence\u201d au nantis), mais il ne n\u00e9gociera rien de l\u2019exigence. Aller jusqu\u2019au bout de soi, aller chercher au fond de soi, d\u00e9passer le narcissisme pour enfin faire \u00e9merger un COLLECTIF. L\u2019enjeu est l\u00e0 pour les apprentis com\u00e9diens de l\u2019Act\u00e9a qui se retrouveront, quelques semaines plus tard, pour deux soirs seulement \u2013 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 se mesure donc \u2013 devant le public de La Cit\u00e9\/Th\u00e9\u00e2tre.<br \/>\nSans doute devrait-on ignorer toute cette histoire. Pardonnez-moi d\u2019\u00e9venter ce qui constitue aujourd\u2019hui les conditions de la pratique artistique. A ceux qui reprocheront ces formes d\u2019impudeurs, il faudrait que je prenne le temps de leur rappeler qu\u2019il existe, ici et l\u00e0, des passeurs tenus aux marges. L\u00e0, o\u00f9 l\u2019\u00e9conomie du spectacle vivant est d\u00e9finitivement oubli\u00e9e pour ne parler que \u201cspectacle\u201d et \u201cr\u00e9ussite\u201d, \u201cvisibilit\u00e9\u201d et \u201ctourn\u00e9e\u201d\u2026 Dupuy, proche d\u2019Armand Gatti et son monde de Loulous, n\u2019est pas sans nous rappeler qu\u2019\u00e9conomie, politique et esth\u00e9tique sont une trinit\u00e9 l\u00e9gitimiste que la pratique th\u00e9\u00e2trale peut encore d\u00e9passer. L\u2019\u00e9nergie de la cr\u00e9ation vaut bien l\u2019inertie de la seule repr\u00e9sentation par laquelle jurent les \u201cd\u00e9cideurs\u201d. Or, si faire du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 un sens, c\u2019est peut-\u00eatre qu\u2019il en a pour ceux qui le font, avant de devoir satisfaire les \u201cassis de la pens\u00e9e\u201d.<br \/>\n<strong>Sans Titre<\/strong><br \/>\nC\u2019est \u00e0 la fin, peut-\u00eatre \u00e0 l\u2019extr\u00eame fin, quand l\u2019acteur Jean-Pierre Dupuy, apr\u00e8s qu\u2019il a tenu deux heures rigidement assis sur un gradin th\u00e9atralis\u00e9 et qu\u2019il a demand\u00e9 en trois phrases \u00e0 une mari\u00e8e noire, en blanc, de se d\u00e9lester de cet \u00e9pouvantail qu\u2019est une petite culotte, que l\u2019on peut peut-\u00eatre mesurer ce qui \u00e9tait \u00e0 vue. L\u00e0, dans l\u2019instant du salut final o\u00f9 Dupuy a le visage tir\u00e9 par une grimace pudique, il nous rappelle que c\u2019\u00e9tait \u201cSa Derni\u00e8re\u201d. Moment que j\u2019ai regard\u00e9, avec l\u2019\u00e9motion la plus vive, Et si l\u2019acteur Dupuy faisait savoir qu\u2019il se retire\u2026 d\u00e9finitivement. Si c\u2019\u00e9tait vrai\u2026<br \/>\nAyant abandonn\u00e9 ses lunettes qui en faisaient un Hamm lointain et pr\u00e9sent, un Borg\u00e9s souverain et d\u00e9licieux, plus encore une figure de Commandeur qui vient r\u00e9gler son compte \u00e0 un acteur de la vie, je ne peux qu\u2019\u00eatre triste de cette grimace testamentaire que j\u2019aimerais oublier.<br \/>\nAvant, mais en fait tout le temps de <em>Sans Titre<\/em> qui se regarde comme une menace, il y eut un passage \u00e0 travers le myth\u00e8me th\u00e9\u00e2tral du discours amoureux. Non pas une s\u00e9quence construite sur des fragments amoureux, mais un amalgame fait de pr\u00e9cipit\u00e9s po\u00e9tiques sur la nature du t\u00eate \u00e0 t\u00eate amoureux. Lieu des an\u00e9antissements, lieu des cruaut\u00e9s, lieu des luttes sans piti\u00e9\u2026 o\u00f9 l\u2019amour : corps et pens\u00e9e, se jettent dans la bataille. \u201cJeter son corps dans la bataille\u201d dit l\u2019autre. Avant, et au commencement de Sans titre, il y eut ce passage par M\u00fcller et ses argonautes, via une forme chorale o\u00f9 il fut question ce qui est en jeu dans le d\u00e9dale amoureux : \u201cle moi, le moi qui \u00e7a ?\u201d comme on entend dans ce chaos de voix. Soit une note liminaire, o\u00f9 la relation amoureuse (spirituelle, charnelle) \u00e0 venir met en balance et donc en \u00e9quilibre ce qui ne se donne que par erreur sentimentale, aveuglement nuptiale, cecit\u00e9 sexuelle, d\u00e9sir de possession : SOI.<br \/>\nSans titre, o\u00f9 la pi\u00e8ce testamentaire de Dupuy, lorgnerait d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre des textes qu\u2019elle convoquerait sur cette id\u00e9e fun\u00e8bre et noire d\u2019un amour n\u00e9cessaire, ind\u00e9passable, essentiel, vital ; et simultan\u00e9ment, violent, meurtrier, sadique, d\u00e9mesur\u00e9. Soit non pas une trag\u00e9die, mais une com\u00e9die dramatique beckettienne en sa construction. Une sc\u00e8ne baroque parce que Dupuy a toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le trivial au classique, la farce au liss\u00e9, le chaos plut\u00f4t que l\u2019ordonn\u00e9. <em>Sans Titre<\/em> serait donc \u00e7a, une forme plastique et po\u00e9tique o\u00f9 le JE, le MOI, dans le rapport moi\/toi, serait \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la s\u00e9duction, de la s\u00e9paration, de l\u2019abn\u00e9gation\u2026 Histoires, aux sons de percussions et de sifflet de Samba, qui nous rappelle que le t\u00eate \u00e0 t\u00eate amoureux est avant toute chose, comme l\u2019\u00e9crirait Andrade, une histoire d\u2019anthropophagie. La relation amoureuse qui est donc une mani\u00e8re de nourrir l\u2019autre et de se nourrir soi serait la chose, la \u201cding\u201d heideggerienne.<br \/>\nEt de voir d\u00e8s lors dans la d\u00e9ambulation de ces apprentis com\u00e9diens, dans la voix qu\u2019ils tentent de placer, dans le mannequin qu\u2019il soul\u00e8ve, dans leurs gestes encore h\u00e9sitants\u2026 l\u2019ensemble des couleurs de cette orgie, de cet ogre de la vie qu\u2019est l\u2019amour. Moments o\u00f9 l\u2019on mesure que les semaines pass\u00e9es \u00e0 essayer de placer correctement la voix se retrouvent dans un phras\u00e9, une articulation, la hauteur d\u2019un timbre.<br \/>\nMoments de jeux encore o\u00f9 le bestiaire est l\u2019ultime costume d\u2019un vestiaire que Dupuy rappelle in\u00e9puisable. Ludiques aussi, quand le d\u00e9tournement du tragique de la mort sert \u00e0 flirter avec le comique, car Dupuy le dyonisiaque le sait, si le th\u00e9\u00e2tre est le vrai, tout du th\u00e9\u00e2tre s\u2019amuse du faux.<br \/>\nAinsi passeront les sc\u00e8nes qui, s\u2019accomplissant au rythme des \u00e9criteaux qui signalent l\u2019auteur investi, se chevauchent, se suivent, se r\u00e9pondent linguistiquement et th\u00e9matiquement. Non pas une succession de tableaux, mais une d\u00e9clinaison de couleurs, de chairs, de visages masqu\u00e9s\u2026<br \/>\nJusqu\u2019au moment, \u00e0 la toute fin, o\u00f9 une vague noire recouvre ce qui n\u2019\u00e9tait pas un tr\u00e9teau ni un gradin, mais une barricade. Jusqu\u2019au moment donc o\u00f9 le jeu du th\u00e9\u00e2tre vient \u00e0 dispara\u00eetre sous la \u201cvague brune\u201d\u2026 instant o\u00f9 l\u2019esth\u00e9tique battrait de l\u2019aile quand le d\u00e9lire politique fait perdre la raison. Reste, alors, comme un infime espoir sous ce ruban noir \u2013 ce brassard de deuil \u2013 un l\u00e9ger clapotis\u2026 o\u00f9 l\u2019insigne mouvement d\u2019un espoir.<br \/>\n<em>Sans titre<\/em> s\u2019ach\u00e8ve ainsi, comme un pr\u00e9sage noir, l\u2019annonce d\u2019un temps du d\u00e9sert \u00e0 venir. Et Dupuy, en Minetti revenu d\u2019entre les ombres du th\u00e9\u00e2tre qui l\u2019ont aim\u00e9, leur rend hommage une avant derni\u00e8re fois\u2026 Car maintenant, mon grand ami, il faut y retourner jusqu\u2019\u00e0 ce que&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sans Titre de Jean-Pierre Dupuy s\u2019est jou\u00e9 deux fois \u00e0 Caen, \u00e0 la Cit\u00e9\/Th\u00e9\u00e2tre, ce vendredi 3 et ce samedi 4 avril. Une fa\u00e7on encore une fois, pour Jean-Pierre Dupuy, de donner une le\u00e7on aux jeunes apprentis com\u00e9diens d\u2019Act\u00e9a. Moins un cours, qu\u2019une envie, un d\u00e9sir exigeant qu\u2019il aura communiqu\u00e9, comme la premi\u00e8re fois\u2026 aux sans noms.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":914,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-915","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/915","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/914"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=915"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=915"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}