


{"id":921,"date":"2015-04-23T12:11:35","date_gmt":"2015-04-23T10:11:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=921"},"modified":"2015-04-23T12:11:35","modified_gmt":"2015-04-23T10:11:35","slug":"godot-ou-le-theatre-glorieux-de-jean-pierre-vincent","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/godot-ou-le-theatre-glorieux-de-jean-pierre-vincent\/","title":{"rendered":"Godot, ou le Th\u00e9\u00e2tre Glorieux de Jean-Pierre Vincent"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8212;<br \/>\n<center><i><a href=\"http:\/\/www.lestheatres.net\/fr\/saison-2014-2015\/297\/en-attendant-godot\">En attendant Godot<\/a><\/i>,<br \/>\n<br \/>de Samuel Beckett (1948)<br \/>\n<br \/>mise en sc\u00e8ne de Jean-Pierre Vincent,<br \/>\n<br \/>Th\u00e9\u00e2tre du Gymnase, Marseille 2015<br \/>\n<\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-916\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/arton337.jpg\" width=\"1000\" height=\"669\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-917\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/godot1.jpg\" alt=\"godot1.jpg\" align=\"center\" width=\"783\" height=\"666\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>On est 60 apr\u00e8s la cr\u00e9ation et l\u2019Arbre est toujours aussi tordu dans le Jardin sale de cette route de campagne \u2013\u00a0on attend toujours que quelque chose ne vienne pas. On est 60 ans apr\u00e8s, et force et de constater que le texte de Beckett n\u2019a pas d\u2019\u00e2ge : il poss\u00e8de les traits de ses deux types qui attendent ici ce Godot sans raison pr\u00e9cise, parce que c\u2019est l\u00e0 leur t\u00e2che depuis 60 ans. Et Godot, car c\u2019est sa t\u00e2che \u00e0 lui, ne cesse pas de ne pas venir. Voici pour la fable. Entre l\u2019histoire et nous, la langue vient dire les mots de l\u2019attente, ceux qui trompent l\u2019attente : et pour tromper, il faut toujours \u00eatre trois. Beckett, nous, et le metteur en sc\u00e8ne : cette fois, c\u2019est Jean-Pierre Vincent qui apr\u00e8s avoir longtemps m\u00fbri un projet autour de<\/em> Fin de Parti  <em>s\u2019attache \u00e0 l\u2019\u0153uvre monument, celle qui sert dans les classes du lyc\u00e9e \u00e0 fabriquer du contemporain et \u00e0 brandir ce mot absurde d\u2019absurde. Apr\u00e8s la carri\u00e8re que l\u2019on sait, le compagnonnage avec Patrice Ch\u00e9reau, le brechtisme f\u00e9roce, la direction de tout ce que le pays poss\u00e8de d\u2019institutions nationales, l\u2019enseignement dans les \u00e9coles de th\u00e9\u00e2tre, Vincent para\u00eet revenir aux <i>fondamentaux<\/i>. Le th\u00e9\u00e2tre comme espace radical du th\u00e9\u00e2tre\u00a0: sans arri\u00e8re-monde. C&rsquo;est cet automne au th\u00e9\u00e2tre du Gymnase de Marseille qu\u2019est cr\u00e9\u00e9 le spectacle promis \u00e0 une tourn\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale l\u2019an prochain.<\/em> <\/strong><br \/>\nDonc, presque 60 ans apr\u00e8s, on sait qu\u2019il n\u2019y a plus rien \u00e0 attendre\u00a0: la bascule Beckett a eu lieu, au lieu m\u00eame du vieux drame. Dans cette attente qui ne cesse pas de recommencer \u00e0 ne pas finir, l\u2019\u00e9vidence que cette attente ne pr\u00e9c\u00e8de rien, ni arriv\u00e9e, ni pl\u00e9nitude. On a touch\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre. L\u2019action n\u2019y est plus la rencontre \u2013 et le combat, rien d\u2019autre que cette lutte entre soi et une chaussure r\u00e9calcitrante. Alors, quand 60 ans apr\u00e8s, on y revient, c\u2019est avec ces 60 ans enti\u00e8rement adoss\u00e9s \u00e0 cette bascule. L\u2019acte, c\u2019est d\u00e9sormais ne plus agir. On attend, on est plus que cela\u00a0: ces deux types qui attendent, et le spectateur en face n\u2019attend plus que ce quelque chose annonc\u00e9 qui ne viendra pas \u2013 c\u2019est le spectaculaire de Beckett, retourner sur nous la position du drame vers celui qui le regarde et le d\u00e9visage. Alors, 60 ans apr\u00e8s, qu\u2019est-ce qu\u2019on a appris, de l\u2019attente, et quelle est-elle\u2009? Un simple jeu avec le th\u00e9\u00e2tre\u2009? Ou une fa\u00e7on d\u2019envisager justement une position dans l\u2019histoire, un rapport au temps qui le met \u00e0 nu, une mani\u00e8re de saisir radicalement ce qui se <i>joue<\/i> du si\u00e8cle qui sur le cadavre des dieux a dress\u00e9 les charniers de Verdun, de Pologne, et souffler tout ensemble des millions d\u2019hommes au Japon. Trop grande, l\u2019Histoire, en regard de la d\u00e9risoire attente de deux clochards c\u00e9lestes\u2009? C\u2019est ce costume mal ajust\u00e9 qui donne aux clowns lamentables la splendeur d\u2019un regard en miroir \u2013 et constater que le th\u00e9\u00e2tre poss\u00e8de encore cette force, celle de trouver dans des corps et leur posture la possibilit\u00e9 de nommer l\u2019appartenance \u00e0 notre temps.<br \/>\nLe 21 d\u00e9cembre 2012, des centaines de journalistes du monde entier se rendent \u00e0 Bugarach, 202 <i>\u00e2mes<\/i>, quelque part dans le Languedoc. Aucun calendrier maya connu n\u2019annonce la fin du monde\u00a0: mais il faut croire que certains aiment croire quand il n\u2019y a rien d\u2019autre \u00e0 croire que la croyance des autres. On attend donc la fin du monde. Ou plut\u00f4t, les journalistes du monde entier attendent pour voir si certains croiront vraiment \u00e0 cette fin \u2013 attendent une humanit\u00e9 qui viendra ici attendre\u00a0: on se moquera bien d\u2019eux. On attend encore\u00a0: personne ne vient, \u00e0 part les journalistes, qui finissent par rendre compte de leur propre attente d\u2019un \u00e9v\u00e9nement qu\u2019ils auront provoqu\u00e9, et qui n\u2019arrivera pas \u2013 mais qui passera sur les \u00e9crans du monde entier. Le lendemain, 22 d\u00e9cembre, l\u2019\u00c9gypte vote son projet de constitution. La fin de l\u2019Histoire n\u2019a pas d\u2019avenir. Et pourtant, cette attente de ce qui ne viendra pas, dans le si\u00e8cle qui suit la mort de Dieu, la mort de l\u2019homme sur les d\u00e9combres de Chemin des Dames, d\u2019Auschwitz, d\u2019Hiroshima, dans cette chute de l\u2019Histoire qui n\u2019en finit pas de tomber avec des Murs, avec des Tours, avec les statues des Dictateurs, difficile de ne pas voir que ceux qui tombent sont les restes de cette appartenance, chutes, comme d\u2019un costume immense dont nous drapons nos r\u00eaves en lambeaux. Geste r\u00e9current de Vladimir dans la pi\u00e8ce de Beckett\u00a0: frapper le chapeau pour en faire tomber quelque chose (d\u2019invisible)\u2009; geste r\u00e9current de tous ces personnages\u00a0: tomber\u2009; geste du soleil\u00a0: la nuit qui tombe\u2009; tous ceux qui tombent font chuter avec eux leurs corps et les mots de leurs l\u00e8vres qui tombent, comme la Chair tombe sur le corps de ceux qui sont chass\u00e9s des cieux, et dans leur Chute, la loi g\u00e9n\u00e9rale de la Gravit\u00e9, celle de la Chute des Corps parce qu\u2019ils sont trop l\u00e9gers peut-\u00eatre pour \u00eatre autre chose que des hommes. Toute cette m\u00e9taphysique de seconde main saisie par Beckett pour \u00eatre attaqu\u00e9e, celle d\u2019une attente qui lie l\u2019Histoire dans la fable, et l\u2019attente d\u2019une fin qui nous sauvera \u2013 de quoi\u2009? De la vie, ou de cette mort qui chaque jour fait la conqu\u00eate de nos corps\u2009?<br \/>\n<quote><small><sc>Vladimir<\/sc>. Ah oui, j\u2019y suis, cette histoire de larrons. Tu t\u2019en souviens\u2009?<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc>. Non.<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>. Tu veux que je te la raconte.<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc>. Non.<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>. \u00e7a passera le temps. <em>(Un temps.)<\/em>. C\u2019\u00e9taient deux voleurs, crucifi\u00e9s en m\u00eame temps que le Sauveur. On\u2026<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc>. Le quoi\u2009?<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>. Le Sauveur. Deux voleurs. On dit que l\u2019un fut sauv\u00e9 et l\u2019autre\u2026 <em>(il cherche le contraire de sauv\u00e9)<\/em>\u2026 Damn\u00e9.<\/quote><\/small><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-918\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/titien-le-christ-et-le-bon-larron.jpg\" alt=\"titien-le-christ-et-le-bon-larron.jpg\" align=\"center\" width=\"595\" height=\"536\" \/><small><center>Le Titien, <em>Le Larron<\/em>, 1550<\/center><\/small><br \/>\nCe n\u2019est pas la question de Jean-Pierre Vincent, qui l\u00e8ve le Corps Glorieux du Th\u00e9\u00e2tre : une tr\u00e8s belle sc\u00e8ne, arbre et route de poussi\u00e8re, ciels de peintre o\u00f9 rayonne un soleil d\u2019hologramme \u2013 une sc\u00e8ne pour le th\u00e9\u00e2tre qui a encore foi en lui. L&rsquo;arbre de gibet est un saule qui n&rsquo;est pas sans dignit\u00e9 \u2013\u00a0et une sereine vitalit\u00e9 traverse les lieux et les paroles. Le dieu cach\u00e9 de Beckett n\u2019est ni dieu ni cach\u00e9, simplement en retard, ou trop fatigu\u00e9 pour venir\u00a0: \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ses pompes, Godasses en bandouli\u00e8re, Godot est le nom d\u2019un cri \u00e9puis\u00e9, ou que l\u2019appel \u00e9puise \u2013 Jean-Pierre Vincent reprend le porte-voix Beckett pour appeler\u00a0: mais quoi\u2009? <i>\u00ab\u00a0L\u2019air est plein de nos cris. (Il \u00e9coute.) Mais l\u2019habitude est une grande sourdine.\u00a0\u00bb<\/i> Le choix de Vincent est net\u00a0: d\u2019ailleurs, il coupera cette r\u00e9plique. Au d\u00e9sespoir joyeux d\u2019un appel manqu\u00e9, au rire terrible d\u2019une m\u00e9taphysique insult\u00e9e, Jean-Pierre Vincent tourne le dos et choisit d\u2019\u00eatre l\u2019habitude plut\u00f4t que le cri\u00a0: le th\u00e9\u00e2tre, plut\u00f4t que ce pour quoi le th\u00e9\u00e2tre est tourn\u00e9 en d\u00e9rision, espace pour Beckett de la d\u00e9faillance de la parole et d\u2019une impuissance spectaculaire. Ainsi le th\u00e9\u00e2tre est le lieu par excellence de l\u2019agir\u2009? Le lieu du combat\u2009? De la passion\u2009? Ainsi c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il faut blesser l\u2019action, la lutte, l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 bruissante \u2013 c\u2019est l\u00e0 que le th\u00e9\u00e2tre peut dire que le th\u00e9\u00e2tre est nu\u00a0: on baisse le pantalon de l\u2019acteur (lors de la cr\u00e9ation de Blin, l\u2019acteur refusa\u00a0: belle lettre de Beckett pour dire, avec provocation, mais s\u00e9rieux \u2013 comme toujours \u2013 que c\u2019est l\u00e0 le point crucial de la pi\u00e8ce).<br \/>\nPour Jean-Pierre Vincent, avec une fougue \u00e9vidente, et la certitude que poss\u00e8de le th\u00e9\u00e2tre quand il croit en lui-m\u00eame, les types qui attendent seront des types, qui attendent. Au plein assourdi d\u2019un cri qui ne rejoint pas, le metteur en sc\u00e8ne, pr\u00e8s de quarante ans apr\u00e8s ses premiers spectacles, pr\u00e9f\u00e8re le jeu de ceux qui jouent\u00a0: brillants acteurs (Abb\u00e8s Zahmani, Charlie Nelson, Alain Rimoux, Fr\u00e9d\u00e9ric Leidgens, Ga\u00ebl Kamilindi), jolie sc\u00e9nographie, couleurs vives, articulation impeccable d\u2019\u00e9nonc\u00e9s qui portent \u2013 on est rassur\u00e9 : on entend <em>bien<\/em> le texte \u2013, silences respect\u00e9s \u00e0 la lettre et au tempo <i>impeccable<\/i> \u2013 rien qui ne contrevient \u00e0 la volont\u00e9 \u00e0 la fois de rendre hommage au ma\u00eetre, et de d\u00e9poussi\u00e9rer une \u0153uvre pourtant us\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la corde \u2013 celle qui se casse quand on voudrait s\u2019y pendre, \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce, et qui emp\u00eache qu\u2019on se suicide\u00a0: qui sauve du salut. Et justement, qu\u2019en est-il de la d\u00e9faillance, de la <em>d\u00e9bandade<\/em>[[sur ce mot, l&rsquo;article de Yannick Butel dans <em>Incertains Regards<\/em>, Hors S\u00e9rie :\u00a0\u00bb Le th\u00e9\u00e2tre pense, certes\u00a0\u00bb, mai 2015]], de la fragilit\u00e9, des inqui\u00e9tudes sourdes, de la menace qui p\u00e8se sur tout ce th\u00e9\u00e2tre\u2009?<br \/>\nLe probl\u00e8me que pose Beckett aux metteurs en sc\u00e8ne, c\u2019est Beckett lui-m\u00eame\u00a0: \u00e0 verrouiller son texte, il impose soit la tautologie, soit le contre-sens \u2013 se soumettre, ou se d\u00e9mettre. D\u2019ailleurs, Beckett s\u2019en chargeait lui-m\u00eame, qui pla\u00e7ait la sc\u00e8ne sous surveillance \u2013 une telle dramaturgie se d\u00e9fend bien toute seule. C\u2019est que Beckett se m\u00e9fie du th\u00e9\u00e2tre comme de la bonne sant\u00e9, lui qui pr\u00e9f\u00e8re, comme Artaud, la Peste et le Chol\u00e9ra ensemble. Ces verrous contre le metteur en sc\u00e8ne auteur, Beckett en dispose comme de garde-fous contre la raison pure. Un terrain min\u00e9, voil\u00e0 ce qu\u2019il semble disposer autour et dans son \u00e9criture. Min\u00e9e par les r\u00e9f\u00e9rences qui se trahissent, la th\u00e9ologie qu\u2019il semble ici r\u00e9inventer pour mieux la d\u00e9truire, la philosophie que Beckett d\u00e9construit en lecteur (admirateur) de Geulincx, ce cart\u00e9sien et religieux flamand du XVIe s. peu connu,<a href=\"http:\/\/www.solitairesintempestifs.com\/livres\/444-notes-de-beckett-sur-geulincx-9782846813.html\"> mais dont on sait aujourd\u2019hui la part consid\u00e9rable dans la formation du dramaturge au c\u0153ur des ann\u00e9es\u00a030<\/a>, l\u2019\u0153uvre de Beckett ne cesse de faire signe vers une pens\u00e9e qu\u2019il sape \u2013 un arri\u00e8re-monde d\u00e9valu\u00e9.<br \/>\nMais un arri\u00e8re-monde puissamment pr\u00e9sent\u00a0: passe l\u2019ombre des deux larrons autour de la Croix \u2013 et de joyeuses hypoth\u00e8ses sur le salut, et la preuve (pourquoi seul un des \u00e9vang\u00e9listes en parle, du larron sauv\u00e9\u2009?, s\u2019inqui\u00e8te Vladimir) \u2013,<br \/>\n<quote><small><sc>Estragon<\/sc>\u00a0: Sauv\u00e9 de quoi\u2009?<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>\u00a0: De l\u2019enfer.<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc>\u00a0: Je m\u2019en vais. <em>(Il ne bouge pas)<\/em>.<\/small><\/quote><br \/>\nImpossible d\u2019\u00eatre ailleurs qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre, c&rsquo;est le <i>drame<\/i> \u2013 les chaussures qui devraient servir \u00e0 marcher font horriblement mal et emp\u00e8sent, alors qu\u2019il faudrait \u00eatre plus loin, dehors, la vie qui bat \u2013 th\u00e9\u00e2tre qui ne cessera pas d\u2019\u00eatre l\u2019espace du gouffre immobile o\u00f9 rien ne pourra se dire. Haine de Beckett pour le th\u00e9\u00e2tre qui se lit \u00e0 chaque r\u00e9plique. Dans ces limbes qu\u2019est la sc\u00e8ne beckettienne, on joue aux dialogues philosophiques du XVIII, \u00e0 la <em>disputatio<\/em> th\u00e9orique, on d\u00e9grade la pens\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os \u2013 on secoue les spectateurs d\u2019un rire satanique (pardonne-leur, car ils ne savent pas de quoi ils rient). C\u2019est la f\u00e9rocit\u00e9 pure. Saisi ici par le th\u00e9\u00e2tre, qu\u2019en reste-t-il\u2009? Si ce n\u2019est du th\u00e9\u00e2tre\u2009?<br \/>\n\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que j\u2019peux faire\u2009? J\u2019sais pas quoi faire\u00a0\u00bb, chantonnait l\u2019espi\u00e8gle Anna Karina dans <i>Pierrot le Fou<\/i> de Jean-Luc Godard, \u00e9trange \u00e9cho \u00e0 l\u2019initiale de Godot, qui s\u2019ouvre sur une r\u00e9plique sans r\u00e9plique possible\u00a0: \u00ab\u00a0Rien \u00e0 faire\u00a0\u00bb. Non, rien \u00e0 faire d\u00e9cid\u00e9ment, il n\u2019y a <i>rien<\/i> \u00e0 faire\u00a0: de fait, on ne cessera pas de le faire, ce rien, d\u2019en jouer le faire inaccompli qui se creuse \u00e0 mesure qu\u2019il se fait, d\u00e9faisant sa r\u00e9alisation\u00a0: sa d\u00e9faite\u2009? Rien \u00e0 faire, disait Estragon \u00e0 son ami Vladimir \u2013 sur lequel repose le souvenir (d\u00e9fait) d\u2019un autre Vladimir, le camarade L\u00e9nine\u00a0: que faire\u2009? Se rassembler, s\u2019organiser, agir, combattre\u2009; ne plus attendre l\u2019effondrement que promettait Marx, mais \u0153uvrer \u00e0 sa d\u00e9faite.<a href=\"http:\/\/www.publie.net\/livre\/jusqua-ce-que-jy\/\">[\u00ab\u00a0Oui, oui, nous avons en effet perdu toute \u201cpatience\u201d pour \u201cattendre\u201d le temps heureux, que nous promettent depuis longtemps les \u201cconciliateurs\u201d de toute sorte, o\u00f9 nos \u00e9conomistes cesseront de rejeter la faute de leur propre retard sur les ouvriers, de justifier leur propre manque d\u2019\u00e9nergie par la pr\u00e9tendue insuffisance de forces chez les ouvriers.\u00a0\u00bb L\u00e9nine, <i>Que faire\u2009? <\/i>]]. Que faire, ici\u2009? Rien. Que d\u2019attendre. Ce qui ne vient pas. On conna\u00eet la fable, elle est <i>fatale<\/i>, pr\u00e9cis\u00e9ment en cela qu\u2019elle ne porte nulle autre fatalit\u00e9 que le temps, advenu comme on s\u2019y attend, une seconde apr\u00e8s l\u2019autre, qui accomplit sa t\u00e2che attendue, celle d\u2019entamer les forces. \u00ab\u00a0Seul est triste \u2013 affligeant \u2013 le vieillissement, pas la mort\u00a0\u00bb, \u00e9crivait r\u00e9cemment Claude R\u00e9gy [en pr\u00e9face \u00e0 la pi\u00e8ce de JY, <i>Jusqu\u2019\u00e0 ce que<\/i>.<\/a> La chair est triste, en effet, h\u00e9las\u2009! \u2013 puisqu\u2019elle en elle p\u00e8se la fatalit\u00e9 de la chute. On est aupr\u00e8s de l\u2019Arbre de la connaissance qui a fourni tous les fruits possibles, et qui s\u2019est achev\u00e9. Ce qui p\u00e8se ici sont des mill\u00e9naires de savoir qui n\u2019ont conduit qu\u2019\u00e0 leur \u00e9puisement. Les corps des hommes, Adam et \u00c8ve sans sexe d\u00e9sormais qu\u2019ils ont fini de reproduire l\u2019Histoire, n\u2019ont plus rien \u00e0 go\u00fbter du Jardin que des carottes qui sont plus souvent des navets (l&rsquo;Histoire de la litt\u00e9rature sait en produire plus souvent qu&rsquo;\u00e0 son tour), et les glorieuses vendanges \u00e9voqu\u00e9es au hasard du souvenir ne sont plus que de la nostalgie\u00a0: litt\u00e9ralement, <i>douleur du pass\u00e9<\/i>.<br \/>\n<small><quote><sc>Vladimir<\/sc>. \u2013 Si on se repentait\u2009?<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc>. \u2013 De quoi\u2009?<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>. \u2013 Eh bien\u2026 <em>(Il cherche.) <\/em> On n\u2019aurait pas besoin d\u2019entrer dans les d\u00e9tails.<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc>. \u2013 D\u2019\u00eatre n\u00e9\u2009?<br \/>\n<i>Vladimir part d\u2019un bon rire qu\u2019il r\u00e9prime aussit\u00f4t, en portant sa main au pubis, le visage crisp\u00e9.\u00a0<\/i><\/small><\/quote><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-919\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/godot.jpg\" alt=\"godot.jpg\" align=\"center\" width=\"302\" height=\"800\" \/><br \/>\n<center><small>Massacio, <em>Adam et \u00c8ve chass\u00e9s du paradis<\/em>, 1427<\/center><\/small><br \/>\nLa proposition de Jean-Pierre Vincent en refusant de d\u00e9plier l\u2019approche m\u00e9taphysique \u2013 la d\u00e9gradation de l\u2019enjeu m\u00e9taphysique \u2013 pour la situer de plain-pied sur le plateau, fait l\u2019\u00e9loge du th\u00e9\u00e2tre\u00a0: et en effet, ces personnages ne peuvent se saisir dans l\u2019ordre des choses, r\u00e9ellement, que d\u2019une appartenance th\u00e9\u00e2trale.<br \/>\n<small><quote><sc>Estragon<\/sc>. \u2013 Je suis damn\u00e9\u2009!<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>. \u2013 Tu as \u00e9t\u00e9 loin\u2009?<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc>. \u2013 Jusqu\u2019au bord de la pente.<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>. \u2013 En effet, nous sommes sur un plateau. Aucun doute, nous sommes servis sur un plateau.\u00a0<\/small><\/quote><br \/>\nPas \u00e9tonnant que la critique (th\u00e9\u00e2trale) (et officielle) y lit un Godot id\u00e9al (c\u2019est le titre de la critique de Fabienne Darge pour <a href=\"\u00a0http:\/\/abonnes.lemonde.fr\/scenes\/article\/2015\/04\/20\/le-godot-ideal-est-arrive-a-marseille_4619254_1654999.html\">Le Monde<\/a>) \u2013 id\u00e9alement lev\u00e9 pour le th\u00e9\u00e2tre c\u00e9l\u00e9brant sa th\u00e9\u00e2tralit\u00e9\u00a0: on applaudit ce qu\u2019on reconnait.<br \/>\nC\u2019est en somme, \u00e0 ce singulier <em>cogito<\/em> que revient Vincent\u00a0: apr\u00e8s l\u2019\u00e9preuve de la table rase que produit le texte sur l\u2019action, la fable, la connaissance \u2013 une table rase de l\u2019apr\u00e8s, une sorte d\u2019histoire qui suivrait la fin de l\u2019Histoire \u2014, seule r\u00e9siste au doute la pure existence th\u00e9\u00e2trale de personnages qui arpentent l\u2019espace et trouvent ici la seule preuve qu\u2019ils sont, intransitivement (des acteurs). D\u00e8s lors, la lecture de Jean-Pierre Vincent, radicalement mat\u00e9rialiste, prend appui sur la langue argotique de Beckett \u2013 plut\u00f4t, la langue d&rsquo;un argot que Beckett aime manipuler, titi parisien jusque dans son \u00e9tranget\u00e9 manifeste au fran\u00e7ais, formules <i>\u00e0 l&#8217;emporte pi\u00e8ce<\/i> : gouaille du <i>est-ce que-je sais ?<\/i>, et autres truculences du <i>Dis-lui de la boucler<\/i>. Etc. Ce mat\u00e9rialisme irrigue le texte depuis l\u2019hypoth\u00e8se th\u00e9\u00e2trale \u2013 et cette hypoth\u00e8se pourrait se r\u00e9sumer \u00e0 ces mots\u00a0: l\u2019attente est une action dans la mesure o\u00f9 elle oblige \u00e0 peupler le temps\u2009; la r\u00e9p\u00e9tition serait moins une redite qu\u2019une reprise\u2009; le jeu n\u2019est pas le contraire du r\u00e9el, mais la facult\u00e9 d\u2019en reprendre possession\u2009; la parole est seule capable de lever les corps tomb\u00e9s sur eux-m\u00eames.<br \/>\nAu seuil du deuxi\u00e8me acte (les mots sont pi\u00e9g\u00e9s\u00a0: et l\u2019acte est ici le contraire de l\u2019action, puisqu\u2019on ne fera que recommencer l\u2019attente vaine du premier acte), tout semble oubli\u00e9. Tous doutent qu\u2019ils aient v\u00e9cu ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9 au premier acte, ainsi d\u00e9fait. Tous\u2009? Sauf Vladimir, qui s\u2019acharne \u00e0 ne pas oublier, \u00e0 transmettre aux trois qui l\u2019entourent, et qui tombent, que ce qui a eu lieu a eu lieu, et change absolument la nature du lieu pr\u00e9sent. La preuve\u00a0: l\u2019arbre, de nouveau, produit des feuilles.<br \/>\n\u00a0<quote><small><sc>Estragon<\/sc>. \u2013 Et maintenant il est trop tard.<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>. \u2013 Oui, c\u2019est la nuit.<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc>. \u2013 Et si on le laissait tomber\u2009? <em>(Un temps.) <\/em> Si on le laissait tomber\u2009?<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>. \u2013 Il nous punirait. <em>(Silence. Il regarde l\u2019arbre.)<\/em> Seul l\u2019arbre vit.<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc> <em>(regardant l\u2019arbre). <\/em> \u2013 Qu\u2019est-ce que c\u2019est\u2009?<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>. \u2013 C\u2019est l\u2019arbre.<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc>. \u2013 Non, mais quel genre\u2009?<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>. \u2013 Je ne sais pas. Un saule.\u00a0<\/quote><\/small><br \/>\nL\u2019Arbre de vie seul demeure, seul le saule qui sauve. Et si le saule pleure, il n\u2019oublie pas de mourir de rire. \u00c0 l\u2019ombre de l\u2019arbre, autour de qui tombent ceux qui tombent, c\u2019est Vladimir qui rel\u00e8ve tout. Vladimir ou la m\u00e9moire du th\u00e9\u00e2tre, d\u00e9cid\u00e9ment. C\u2019est alors un charnier qu\u2019on voit, un charnier \u00e0 quatre, mais un charnier de corps entrelac\u00e9s et tomb\u00e9s en charpie au pied du (quatri\u00e8me) mur sans cesse perfor\u00e9. Charnier que le th\u00e9\u00e2tre glorieusement rel\u00e8ve \u2013 Jean-Pierre Vincent est \u00e0 sa t\u00e2che.<br \/>\nMat\u00e9rialiste jusque dans le rejet d\u2019un arri\u00e8re-monde, vitaliste dans le sursaut accord\u00e9 aux personnages, Vincent fait jouer ses acteurs comme des clowns \u00e9berlu\u00e9s par leur propre pr\u00e9sence\u00a0: parmi eux irradie de pr\u00e9sence Lucky (fascinant Fr\u00e9d\u00e9ric Leidgens dans ce qu\u2019il ne fait pas \u2014 son masque de douleur impassible tenue \u00e0 bout de lui-m\u00eame, \u00e0 bout portant du spectacle), tenue en laisse par l\u2019esclavagiste Pozzo qui poss\u00e8de toute la palette du discours des ma\u00eetres, le discours du patronat sarkoziste qui sait utiliser la carotte et le b\u00e2ton (le b\u00e2ton plus souvent), l\u2019humiliation et la culpabilisation, la tendresse pour celui qu\u2019on m\u00e8ne \u00e0 l\u2019abattoir ou \u00e0 la vente \u00e0 marche forc\u00e9e. Jean-Pierre Vincent confie que son d\u00e9sir de monter la pi\u00e8ce est n\u00e9 de la lecture de l&rsquo;essai de G\u00fcnther Anders, sur <i>L&rsquo;Obsolescence de l&rsquo;homme<\/i>. Beckett visionnaire d&rsquo;un monde vou\u00e9 au destin des machines, avec date de p\u00e9remption, ou est-ce nous qui avons rejoint cette pens\u00e9e d&rsquo;un \u00e9puisement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des ressources, hommes, animaux, terre ? Et cependant, dans son spectacle, c&rsquo;est l&rsquo;increvable de l&rsquo;homme qui surgit \u2013\u00a0puisqu&rsquo;il a pour lui les voix anciennes qui l&rsquo;enveloppent, une litt\u00e9rature de papier et de feuilles, mortes, qui sont au moins la preuve qu&rsquo;il est vivant.<br \/>\n<quote><sc>Vladimir<\/sc>. \u2013 C\u2019est vrai, nous sommes intarissables.<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc>. \u2013 C\u2019est pour ne pas penser.<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>. \u2013 Nous avons des excuses.<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc>. \u2013 C\u2019est pour ne pas entendre.<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>. \u2013 Nous avons nos raisons.<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc>. \u2013 Toutes les voix mortes.<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>. \u2013 \u00c7a fait un bruit d\u2019ailes.<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc>. \u2013 De feuilles.<br \/>\n<sc>Vladimir<\/sc>. \u2013 De sable.<br \/>\n<sc>Estragon<\/sc>. \u2013 De feuilles.\u00a0<\/quote><br \/>\nLes voix mortes parlent ici la langue morte d\u2019un th\u00e9\u00e2tre qui <i>croit<\/i> encore \u00e0 ses propres dieux. Quand le spectacle s\u2019ach\u00e8ve, les acteurs restent l\u00e0. La didascalie le dit, qui ne se trompe jamais. \u00ab\u00a0Allons-y\u00a0\u00bb. (Ils ne bougent pas). L\u2019insulte de Beckett au Th\u00e9\u00e2tre Assis est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e sous les applaudissements ravis de spectateurs qui ont pass\u00e9 une belle soir\u00e9e, d\u00e9cid\u00e9ment.<br \/>\nRestent certains mots. Ceux du songe terrifiant de celui qui l\u2019ignore \u2013 songe shakespearien si le Shakespeare de Beckett est dans Yorick plus que dans Hamlet\u00a0: le Cr\u00e2ne qui sera la bo\u00eete noire de tout son th\u00e9\u00e2tre ultime, dans ses derniers textes \u00e9puis\u00e9s (qui ne portent \u00e9videmment pas la mention \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb[[<i>Pour finir encore, et autres foirades<\/i>, par exemple]]<br \/>\n<quote><small><sc>Vladimir<\/sc>. Du fond du trou, r\u00eaveusement, le fossoyeur applique ses fers. On a le temps de viellir. L\u2019air est plein de nos cris. [<em>Il \u00e9coute<\/em>] L\u2019habitude est une grande sourdine. [<em>Il regarde Estragon dormir<\/em>] Moi aussi, un autre me regarde, en se disant\u00a0: \u00ab\u00a0Il dort, il ne sait pas, qu\u2019il dorme. \u00bb<\/quote><\/small><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-920\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/eugene_ferdinand_victor_delacroix_018.jpg\" alt=\"eugene_ferdinand_victor_delacroix_018.jpg\" align=\"center\" width=\"2024\" height=\"2523\" \/><br \/>\n<center><small> Delacroix, <i>Hamlet au cimeti\u00e8re contemplant Yorick<\/i>, 1859<\/center><\/small><br \/>\n\u00c0 poings ferm\u00e9s, les personnages se battent contre un th\u00e9\u00e2tre qui ne s\u2019entend plus \u00e0 force de parler sa propre langue, et qui n\u2019entend plus au-dehors les bruits du monde qui passent. En descendant vers minuit le quartier de Noailles, \u00e0 la sortie du th\u00e9\u00e2tre, on enjambe quelques types qui dorment sur le pav\u00e9 des rues de Rome et de Saint-F\u00e9r\u00e9ol, assomm\u00e9 par le vin et l\u2019\u00e9puisement, et le jour tomb\u00e9 sur eux, ou discutant du salut dans la langue invent\u00e9e de leur so\u00fblerie, j\u2019entendrai\u00a0: \u00ab\u00a0pourquoi ils prennent le <a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/Migrants,100507\">bateau<\/a> pour venir ici ? On devrait leur dire qu\u2019il n\u2019y a rien ici, \u00e0 part nous\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212; En attendant Godot, de Samuel Beckett (1948) mise en sc\u00e8ne de Jean-Pierre Vincent, Th\u00e9\u00e2tre du Gymnase, Marseille 2015 On est 60 apr\u00e8s la cr\u00e9ation et l\u2019Arbre est toujours aussi tordu dans le Jardin sale de cette route de campagne \u2013\u00a0on attend toujours que quelque chose ne vienne pas. On est 60 ans apr\u00e8s, et force et de constater que le texte de Beckett n\u2019a pas d\u2019\u00e2ge : il poss\u00e8de les traits de ses deux types qui attendent ici ce<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":916,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-921","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/921","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/916"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=921"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=921"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}