


{"id":933,"date":"2015-07-07T09:15:35","date_gmt":"2015-07-07T07:15:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=933"},"modified":"2015-07-07T09:15:35","modified_gmt":"2015-07-07T07:15:35","slug":"des-arbres-a-abattre-de-lupa-variations-sur-un-diner-de-cons-ou-un-traite-de-melancholie","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/des-arbres-a-abattre-de-lupa-variations-sur-un-diner-de-cons-ou-un-traite-de-melancholie\/","title":{"rendered":"Des Arbres \u00e0 abattre, de Lupa : variations sur un diner de cons\u2026 ou un trait\u00e9 de M\u00e9lancholie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8211;<br \/>\n<center><em><a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot44&#038;var_mode=calcul\">Des Arbres \u00e0 abattre<\/a><\/em>, mise en sc\u00e8ne <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot42\">Krystian Lupa<\/a><br \/>\n<br \/>d&rsquo;apr\u00e8s le roman de <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot43\">Thomas Bernhard<\/a>, <br \/>\nmise en sc\u00e8ne <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot42\">Krystian Lupa<\/a><br \/>\n<br \/>Avignon 2015, La FabricA <\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-931\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton349.jpg\" width=\"510\" height=\"715\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-932\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/2015_des_arbres.jpg\" alt=\"2015_des_arbres.jpg\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>En lieu et place de la Fabrica, Lupa adapte <em>Les arbres \u00e0 abattre (une irritation)<\/em> de Bernhard. Un peu moins de cinq heures o\u00f9 si <em>Le Neveu de Wittgenstein<\/em> permettait \u00e0 Monsieur Paul de gueuler que \u00ab les artistes se font chier sur la t\u00eate \u00bb, <em>Les Arbres \u00e0 abattre nous en livre la raison<\/em>. Lupa, lui, dans une mise en sc\u00e8ne aux prises avec la lenteur qui est ici une respiration n\u00e9cessaire nous engage dans les d\u00e9dales d\u2019une conscience humaine \u00e0 travers un geste artistique o\u00f9 la sc\u00e9nographie et l\u2019interpr\u00e9tation r\u00e9fl\u00e9chissent le labyrinthe et la profondeur de celle-ci.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p><sc><strong>De Krystian Lupa \u00e0 Thomas Bernhard<\/strong><\/sc><br \/>\nDe Lupa, le metteur en sc\u00e8ne, le professeur \u00e0 l\u2019Ecole nationale sup\u00e9rieure de th\u00e9\u00e2tre\u2026 quand pourrons-nous esp\u00e9rer la traduction de son essai <em>Utopia i jej mieszkancy<\/em> (1994). Ouvrage qui m\u00eale notes de travail, fragments de sc\u00e9nario, esquisses de Manifestes, r\u00e9fl\u00e9xions personnelles sur l\u2019exp\u00e9rience artistique, pens\u00e9es sur la synth\u00e8se des arts, remarques sur les formes litt\u00e9raires, filmiques, plastiques, musicales (si importantes pour lui dans l\u2019effet esth\u00e9tique)\u2026 et surtout, et principalement, somme de pens\u00e9es sur le croisement entre la vie et l\u2019art o\u00f9 il annonce \u2013 \u00e0 la marge de son but \u00ab toucher le myst\u00e8re d\u2019un \u00e9v\u00e9nement quotidien \u00bb \u2013 le principe qu\u2019il observe au th\u00e9\u00e2tre \u00ab Etre honn\u00eate avec soi-m\u00eame et observer un d\u00e9passement des fronti\u00e8res que forme la conscience dans le processus artistique \u00bb.<br \/>\nAvant, avant d\u2019en arriver \u00e0 cette id\u00e9e de son art, et d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9alogique, Lupa qui a \u00e9t\u00e9 jeune \u00e9tudiant au conservatoire d\u2019art dramatique de Cracovie, a crois\u00e9 et dialogu\u00e9 longuement avec Konrad Swinarski, son professeur, qui lui parlait, de l\u2019importance de ne pas se satisfaire de \u00ab l\u2019\u00e9vidence et de la premi\u00e8re id\u00e9e \u00bb, et surtout, entre autres, qui lui a aura parl\u00e9 d\u2019Ibsen\u2026 et sans doute du <em>Canard Sauvage<\/em>\u2026 Avant, Lupa a \u00e9prouv\u00e9 les avants-gardes, l\u2019essor du cin\u00e9ma d\u2019auteur, les formes de Tadeusz Kantor dont il dit, \u00e0 propos de <em>Wyzwolenie<\/em> et <em>Umar\u0142a Klasa<\/em>, qu\u2019elles furent pour lui un \u00ab un \u00e9v\u00e9nement psychique \u00bb, alors qu\u2019il se confie dans un entretien \u00e0 Anna Sobanska (Teatr, n\u00b015, 1979). Avant, il y eut encore le Stary Teatr\u2026 Et tout ceci a forg\u00e9 Lupa qui, alors qu\u2019il questionne l\u2019enjeu de la cr\u00e9ation, parall\u00e8lement \u00e0 la d\u00e9sillusion qui marque l\u2019Histoire et ses id\u00e9es, voit dans l\u2019Europe une d\u00e9sesp\u00e9rance qui n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ses spectacles.<br \/>\nCe qui le conduira, \u00e0 mesure de son \u00e9pop\u00e9e th\u00e9\u00e2trale, \u00e0 interroger moins des textes de th\u00e9\u00e2tre ou du r\u00e9pertoire, que les \u0153uvres de la litt\u00e9rature. Moment o\u00f9 Lupa finit par opter pour l\u2019adaptation. C\u2019est-\u00e0-dire la mani\u00e8re de travailler des mat\u00e9riaux, et d\u2019en assumer les formes dramaturgiques libres. Le roman <em>Les Arbres \u00e0 abattre (une irritation) <\/em> de Thomas Bernhard est l\u2019un d\u2019entre eux\u2026 Adapter le roman qui recoupe diff\u00e9rents enjeux de la pratique et des questionnements de Krystian Lupa s\u2019imposait alors comme une \u00ab \u00e9vidence \u00bb\u2026<br \/>\nD\u2019abord, et peut-\u00eatre, parce que l\u2019un des motifs r\u00e9currents du roman concerne le \u00ab petit monde \u00bb des intellectuels et autres icones des salons de l\u2019intelligence artificielle o\u00f9 il s\u2019agit, comme toujours, de briller soi et dans un rapport \u00e0 l\u2019altruisme faisand\u00e9 \u00ab entre soi \u00bb. Dans ce microsme autor\u00e9fl\u00e9chissant, le \u00ab petit cercle \u00bb que forment les com\u00e9diens appara\u00eet comme une basse-cour de choix. Narcissisme, b\u00eatise, jalousie, \u00e9gocentrisme\u2026 sont le d\u00e9but d\u2019un inventaire clinique r\u00e9v\u00e9lant les nouvelles formes d\u2019un autisme social. Et d\u2019ajouter que si l\u2019<em>\u00e9pimeleia heautou<\/em> (le souci de soi) dont parle Foucault renvoie \u00e0 un art de vivre, voire une mani\u00e8re de vivre un art, disons que pouss\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame par une soci\u00e9t\u00e9 qui contemple ses fientes comme des boites de Manzzoni, ce souci est mutil\u00e9 par ces beaux-esprits habit\u00e9s \u00ab de songes creux \u00bb. <em>Les Arbres \u00e0 abattre (une irritation)<\/em> est ainsi non pas une fresque, non pas un tableau, non pas une \u00e9tude sur la \u00ab connerie \u00bb, mais une encyclop\u00e9die sur les formes g\u00e9n\u00e9tiques de l\u2019Abruti. Encyclop\u00e9die qui commence \u00e0 la lettre A : Acteur, Artiste, Art, Autrichien, Amis (faux), Auteur\u2026Amour de soi\u2026 Alcoolique nombrilique, Ac\u00e9phale bip\u00e9dique, Apparatchik de la d\u00e9taxe, Autoproclam\u00e9, Amateur de d\u00e9corations nationales\u2026 Tous aimables contributeurs d\u2019une pens\u00e9e molle sur la valeur de l\u2019art et la mani\u00e8re d\u2019en vivre (plus que celle de le faire vivre), d\u00e9biteurs de sornettes et autres porteurs de valeurs avari\u00e9es li\u00e9es \u00e0 quelques philosophies de banquettes\u2026<br \/>\nBernhard qui dit son irritation \u2013 <em>erregung<\/em> en allemand \u2013 s\u2019en prend ainsi \u00e0 un cercle que Lupa met en boite sc\u00e9nique.<br \/>\nSur fond de veill\u00e9e fun\u00e8bre observ\u00e9e apr\u00e8s que la g\u00e9niale actrice marginale Joana s\u2019est suicid\u00e9e, les \u00e9poux Auersberger offrent un diner au com\u00e9dien du Burgtheater : l\u2019interpr\u00e8te magistral (selon lui) de Ekdal. Pour l\u2019occasion, l\u2019invit\u00e9 se fait attendre par le \u00ab tout cul (turelle \u00bb) qui partage ce diner de cons. Soir\u00e9e entre proc\u00e8s, r\u00e9quisitoire, r\u00e9union d\u2019Anonymes avari\u00e9s, et \u00ab lavage de linge sale en famille \u00bb\u2026sous l\u2019\u0153il du narrateur chroniqueur Thomas Bernhard de cette \u00ab minute inf\u00e9rieure \u00bb.<br \/>\n<sc><strong>Adaptation et Chronique de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 d\u2019une <em>soir\u00e9e<\/h2>\n<p><\/sc><br \/>\nEn libert\u00e9, Lupa adapte donc <em>Les Arbres \u00e0 abattre<\/em> ou disons qu\u2019il presse ce roman pour en extraire une lie qui appara\u00eet comme ce qu\u2019il a lu. En libert\u00e9, car Lupa d\u00e9coupe, arrange, ajoute au roman de Bernhard au point que lui trouvant une actualit\u00e9, la suicid\u00e9e Joana s\u2019apparente \u00e0 Sara Khane dont le nom appara\u00eet dans le surtitrage. Khane, Woodman\u2026 Lupa a le choix de ces figures marginales qui ont fait le choix de dispara\u00eetre volontairement\u2026<br \/>\nEt alors que le public s\u2019installe dans la salle, dans l\u2019indiff\u00e9rence qui caract\u00e9rise cet instant des mastuvu, sur la sc\u00e8ne de la Fabrica, Lupa projette d\u00e9j\u00e0 une courte fiction o\u00f9, en gros plan, Joana r\u00e9pond \u00e0 un entretien sur l\u2019art de l\u2019acteur qu\u2019elle va \u00e9courter puisque le \u00ab dialogue \u00bb n\u2019est qu\u2019un malentendu\u2026 Et de regarder ce document noir et blanc qui t\u00e9moigne d\u2019une vie comme une archive qui met en sc\u00e8ne, dans un face \u00e0 face, une parole de sinc\u00e9rit\u00e9 avec la voix anonyme d\u2019un chroniqueur hors champ. Un \u00ab documentaire \u00bb ou un concentr\u00e9 de ce qui va advenir et sera mis en sc\u00e8ne o\u00f9 la <em>parrhesia<\/em> (une parole sinc\u00e8re) cotoie un monde de beaux parleurs sophistiqu\u00e9s qui ne rel\u00e8vent que du vernis. Vers ni\u00e9 contre vernis en quelque sorte\u2026<br \/>\nDocumentaire essentiel qu\u2019invente Lupa, et qui augmente ainsi le temps dramaturgique d\u2019une dimension fossile o\u00f9 un spectre \u00ab id\u00e9al de ce qui fut \u00bb n\u2019en finit plus de hanter le monde d\u00e9fait des fantoches. R\u00e9guli\u00e8rement, l\u2019\u00e9cran s\u2019\u00e9clairera tout au long du travail et permettra de faire entendre les paroles sinc\u00e8res qui n\u2019ont plus cours. Paroles int\u00e9rieures, pens\u00e9es intimes, en noir et blanc\u2026 couleurs surann\u00e9es oppos\u00e9es au monde des paillettes et des strass de la soir\u00e9e qui se donne \u00e0 \u00ab l\u2019\u00e9tage \u00bb en dessous, dans le salon aux fauteuils cossus et aux rouges chamarr\u00e9s bourgeois. Et d\u2019ajouter que si Lupa travaille sur deux temporalit\u00e9s emboit\u00e9es o\u00f9 la pr\u00e9gnance du pass\u00e9 peut se regarder comme une laisse qui \u00e9trangle le pr\u00e9sent et ceux qui en ont la m\u00e9moire, Lupa travaille de la m\u00eame mani\u00e8re l\u2019espace.<br \/>\nEn arch\u00e9ologue \u00e0 la recherche des mouvements contradictoires et de l\u2019expertise de la conscience, il a con\u00e7u un dispositif labyrinthique qui se regarde comme une aire de fouilles. Une box \u00e0 \u00ab tirroirs \u00bb aussi, un pr\u00e9sentoire qui marque diff\u00e9rents lieux et facettes et qui, lorsqu\u2019il est actionn\u00e9, r\u00e9v\u00e8le les plis et les coins de la pens\u00e9e. Espace de socialisation (le salon), Espace de r\u00e9ception (la table du diner), Espace d\u2019intimit\u00e9s (la chambre), Espace salari\u00e9 (la cuisine de Marie-Madeleine), Espace naturel (la for\u00eat en trompe l\u2019\u0153il), Espace d\u2019une Histoire (l\u2019\u00e9cran), Espace public (la porte vers l\u2019ext\u00e9rieur), Espace urbain (toile peinte d\u2019une fa\u00e7ade d\u2019immeuble qui abrite peut-\u00eatre l\u2019appartement des Auersberger), Espace sc\u00e8ne-salle marqu\u00e9 par un adh\u00e9sif rouge, sorte de ligne jaune transgress\u00e9e \u00e0 deux reprises par le le spectre de Joana et le narrateur\u2026 Fa\u00e7on chez Lupa de travailler sur une spatialisation des pens\u00e9es dans un rapport de continuit\u00e9 tout en marquant les variations de celles-ci selon que le Je est socialis\u00e9 ou que le moi est priv\u00e9 (cf. Deleuze).<br \/>\nDans le mouvement de ces int\u00e9rieurs\/ext\u00e9rieurs, dans le d\u00e9placement d\u2019un point \u00e0 un autre, l\u2019acuit\u00e9 de Lupa s\u2019exerce parfois dans les d\u00e9tails que livre la sc\u00e9nographie. Ici, des \u00e9tag\u00e8res de livres mis sous plastique qui ont perdu leur fonction de \u00ab connaissance \u00bb. Un \u00ab cim\u00e9ti\u00e8re \u00bb dirait Sartre, et qui pourtant rendent l\u2019image de la fossilisation d\u2019une civilisation pass\u00e9e id\u00e9ale. L\u00e0, furtivement, l\u2019image de la bonne (\u00e0 rien) \u00e0 quatre pattes, prise dans un halo de lumi\u00e8re, figure l\u2019all\u00e9gorie de la perte de la dignit\u00e9. Sorte de spectre de Catherine d\u2019une <em>Mademoiselle Julie <\/em> contemporaine d\u2019Ibsen. Ailleurs, dans un verre tenu \u00e0 bout de bras se r\u00e9fl\u00e9chit un Hamlet qui scrute le crane de Yorik. Plus loin encore, quand Joana ou le narrateur franchissent la ligne jaune et heurtent le spectateur\u2026 moment troublant o\u00f9 la salle n\u2019existe plus. Plus loin toujours, quand ce qui devait \u00eatre un temps de sexualit\u00e9 se transforme en un temps de p\u00e9nitence coupable\u2026 Bien plus loin et presque \u00e0 la fin quand \u00e0 l\u2019\u00e9coute du <em>Bol\u00e9ro<\/em>, \u00e0 la furie fait place la passibilit\u00e9 retrouv\u00e9e\u2026<br \/>\nEt tout cela se donnera au rythme d\u2019un ensemble d\u2019interpr\u00e8tes qui, pris dans l\u2019attente, le d\u00e9sarroi, l\u2019ironie, la raillerie, la tristesse, le d\u00e9gout, l\u2019hyst\u00e9rie\u2026 Un ensemble d\u2019interpr\u00e8tes qui touche la perfection pour notre amusement dans la mani\u00e8re de rendre un d\u00e9sabusement. A cet endroit, sans doute la sc\u00e8ne de l\u2019acteur du National (cette porcherie dit-on), commentant dans un rapport d\u2019autosatisfaction orgueilleux son r\u00f4le d\u2019Ekdal dans <em>Le Canard sauvage<\/em>, et plus largement le m\u00e9tier d\u2019acteur dont il devient le mod\u00e8le, restera dans les annales. Lui, et ses camarades de jeu, auront touch\u00e9 la perfection dis-je. Peut-\u00eatre parce que tout simplement, ils permettent, le temps de la repr\u00e9sentation, de nous faire oublier qu\u2019ils jouent ou admirer qu\u2019ils jouent. Sensation confuse de spectateur qui apprend \u00e0 nouveau que la sc\u00e8ne est le lieu non pas du naturel, mais d\u2019un travail dont l\u2019excellence et la ma\u00eetrise contraignent le naturel, le rendent pr\u00e9sent, le d\u00e9tachent du quotidien pour l\u2019\u00e9lever \u00e0 une visiblit\u00e9 ressentie. Juste incroyable.<br \/>\n<sc><strong>L\u2019attente\u2026 l\u2019ivresse<\/strong><\/sc><br \/>\nDu travail de Lupa, on pourrait dire qu\u2019il est avant tout une \u00e9preuve plastique et sonore. L\u00e0 o\u00f9 la mati\u00e8re partiellement inerte, immobile, prise dans le deuil et le fun\u00e8bre ou l\u2019ennui et l\u2019artificiel\u2026 se trouve anim\u00e9e par une forme d\u2019esprit li\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sence constante du musical, du silence et du texte. Du travail de Lupa, on pourrait ainsi dire que c\u2019est une \u00e9tude musicale et plastique. Le lieu d\u2019une temporalit\u00e9 prise dans l\u2019attente vaine et l\u2019ivresse des aphasies qui viennent avec la nuit parce qu\u2019au bout de la nuit, comme au bout du rouleau, le silence qui se fait est le signe des morts que nous sommes. Le mot \u00ab La mort \u00bb appara\u00eetra au moment de l\u2019entracte, nous rappelant la glissade pr\u00e9visible. Du travail de Lupa, il pourrait encore \u00eatre propos\u00e9 de le regarder comme le commentaire critique d\u2019un monde qui s\u2019avilit.<br \/>\nMais d\u2019\u00e9vidence, le monde de Lupa est d\u2019abord une m\u00e9lancholie. Un rapport \u00e9troit \u00e0 la m\u00e9lancholie dont Baudrillard nous rappelle que si c\u2019est un \u00e9tat, c\u2019est l\u2019\u00e9tat n\u00e9cessaire \u00e0 la remise en mouvement de la pens\u00e9e.<br \/>\nRegardant <em>Les Arbres \u00e0 abattre<\/em> de Kristian Lupa, il y avait l\u00e0, devant moi, un trait\u00e9, un model\u00e9 de cette pens\u00e9e mise en mouvement. Soit une mani\u00e8re, tout en faisant entendre le texte violent et cruel de Bernhard qui s\u2019en prend au petit monde de l\u2019art, de donner le change \u00e0 cette partition en inventant le visuel d\u2019une ac\u00e9tia collective\u2026 \u00ab une catastrophe de la vie \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Des Arbres \u00e0 abattre, mise en sc\u00e8ne Krystian Lupa d&rsquo;apr\u00e8s le roman de Thomas Bernhard, mise en sc\u00e8ne Krystian Lupa Avignon 2015, La FabricA En lieu et place de la Fabrica, Lupa adapte Les arbres \u00e0 abattre (une irritation) de Bernhard. 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