


{"id":939,"date":"2015-07-08T18:30:25","date_gmt":"2015-07-08T16:30:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=939"},"modified":"2015-07-08T18:30:25","modified_gmt":"2015-07-08T16:30:25","slug":"ma-femme-ma-fait-une-scene-pilt","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/ma-femme-ma-fait-une-scene-pilt\/","title":{"rendered":"Ma femme m\u2019a fait une sc\u00e8ne\u2026 Pilt"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8212;<br \/>\nPr\u00e9sent\u00e9 comme un th\u00e9\u00e2tre d\u2019avant-garde estonien, Teater N099 pr\u00e9sentait <i>Ma femme m\u2019a fait une sc\u00e8ne<\/i> au Gymnase Aubanel. Un peu moins de deux heures o\u00f9 l\u2019on perd un peu son temps \u00e0 regarder un processus \u00ab performatif \u00bb qui repose sur l\u2019improvisation rabach\u00e9e. Avec pour effet de fonctionner comme un rabas joie.<\/p>\n<hr \/>\n<p><sc><strong>La sc\u00e8ne de m\u00e9nage\u2026<\/strong><\/sc><br \/>\nEu \u00e9gard \u00e0 une trame qui se r\u00e9sume au titre du travail propos\u00e9 par la compagnie du Teater N0 99, dirig\u00e9e par Ene-Liis Semper et Tiit Ojasoo, <em>Mu naine Vihastas  N0 51<\/em> (<em>Ma femme m\u2019a fait une sc\u00e8ne et a effac\u00e9 toutes nos photos de vacances<\/em>) (prononcez \u00ab mou naillen\u00e9 vihestasse \u00bb, en accentuant les finales. Et traduisez \u00ab ma femme se mit en col\u00e8re \u00bb) n\u2019est rien moins qu\u2019une variation sur une sc\u00e8ne de m\u00e9nage. Une eni\u00e8me sc\u00e8ne de m\u00e9nage, dans l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre qui les a multipli\u00e9es et qui, du Vaudeville \u00e0 la sc\u00e8ne de m\u00e9ninges du Drame que commente Jean-Pierre Sarrazac dans <em>Th\u00e9\u00e2tre intime<\/em>, est d\u00e9clin\u00e9e sur les modes comiques ou dramatiques, embrayant quelques catastrophes tragiques ou au contraire quelques \u00e9pisodes hilarants. La sc\u00e8ne de m\u00e9nage est ainsi un constituant th\u00e9\u00e2tral, un structurant sc\u00e9nique, un ressort pour le jeu de l\u2019acteur o\u00f9 se noue la complexit\u00e9 de la relation amoureuse dont l\u2019issue : la r\u00e9conciliation ou la rupture, passe n\u00e9cessairement par ce temps interm\u00e9diaire qu\u2019est la dispute. De m\u00e9moire de festivalier, l\u2019une des derni\u00e8res sc\u00e8nes de m\u00e9nage parfaitement dispos\u00e9e serait le <em>Cloture de l\u2019amour<\/em> de Pascal Rambert qui fit retentir tous les accents et toutes les variations de la violence que l\u2019on porte \u00e0 l\u2019autre, qu\u2019elle soit constructive ou d\u00e9vastatrice.<br \/>\nEnfin, et du seul point de vue du jeu de l\u2019acteur, la sc\u00e8ne de m\u00e9nage n\u2019est pas sans avoir probl\u00e9matis\u00e9e le dialogue et la situation de communication puisque si l\u2019on parle \u00e0 l\u2019autre on ne l\u2019\u00e9coute finalement pas, voire on ne parle que de soi. La sc\u00e8ne de m\u00e9nage peut ainsi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des situations sc\u00e9niques qui probl\u00e9matisent le rapport dialogique entre deux personnages. Au comble, on peut y percevoir une forme de monologue (c\u2019\u00e9tait le cas justement de <em>Cloture de l\u2019amour<\/em>). Paradoxalement, si la pr\u00e9sence d\u2019un couple est obligatoire pour la sc\u00e8ne de m\u00e9nage, le corps de l\u2019autre n\u2019est n\u00e9cessaire que parce qu\u2019il joue le r\u00f4le de but\u00e9e ou de mur qui renvoie celui qui parle \u00e0 sa solitude.<br \/>\nAu terme d\u2019une sc\u00e8ne de m\u00e9nage, cette solitude est g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9v\u00e9l\u00e9e et augment\u00e9e par la disparition de l\u2019autre (claquement de porte et d\u00e9part), ou dans un rapport plus complexe et c\u00e9r\u00e9bral disparition \u00e0 soi (mutisme et repli sur soi) en pr\u00e9sence de l\u2019autre. On appelle \u00e7a encore la strat\u00e9gie de l\u2019huitre qui est la cons\u00e9quence directe de la sc\u00e8ne de m\u00e9nage n\u00e9e \u00e0 cause des \u00ab portugaises ensabl\u00e9es \u00bb. Expression triviale qui souligne l\u2019absence d\u2019\u00e9coute de l\u2019autre. Pour finir sur ce \u00ab chapitre mode d\u2019emploi de la sc\u00e8ne de m\u00e9nage \u00bb, il n\u2019est pas rare que dans cette situation de crise (car c\u2019est bien une crise qui marque un tournant dramatique), l\u2019un ou l\u2019autre des protagonistes d\u2019une sc\u00e8ne de m\u00e9nage s\u2019en prenne physiquement aux objets qui l\u2019environnent. Assiettes, objets totem, souvenirs communs\u2026 trouvent alors une issue tragique et dramatique via quelques gestes explosifs et terroristes qui ont pour vis\u00e9e de nuire \u00e0 l\u2019autre. Il s\u2019agit l\u00e0, de fait, de la volont\u00e9 d\u2019entreprendre un geste de mutilation, soit de l\u2019autre, soit du commun qu\u2019il y avait entre l\u2019un et l\u2019autre. Arriv\u00e9 \u00e0 ce stade critique, la sc\u00e8ne de m\u00e9nage est alors une sc\u00e8ne d\u2019\u00e9x\u00e9cution.<br \/>\n<sc><em>Mu naine vihastas\u2026 une situtation.<\/em><\/sc><br \/>\nD\u2019\u00e9vidence dans la chambre d\u2019h\u00f4tel qui sert de refuge \u00e0 l\u2019homme au bagage, la sc\u00e8ne de m\u00e9nage a d\u00e9j\u00e0 eu lieu et s\u2019est sold\u00e9 par une sortie qui fait, justement, l\u2019entr\u00e9e du th\u00e9\u00e2tral. Enerv\u00e9, un rien maniaque, sans doute \u00e9prouv\u00e9 et fatigu\u00e9, un rien plong\u00e9 dans des pens\u00e9es qui ne se traduisent plus que dans des gestes curieux et insolites, l\u2019homme a v\u00e9cu le pire. En lisi\u00e8re d\u2019un comportement de fou, il arpente la chambre, fait le tour du lit, se livre \u00e0 quelques expertises du mobilier, du bar, du co\u00fbt des consommations et d\u00e9ploie une \u00e9nergie \u00e0 habiter un logis qui n\u2019est qu\u2019une redoute. Quand enfin, il finit par se calmer, entre les cents pas dans la salle de bain et les positions f\u0153tales sur le canap\u00e9, un bref instant suffit, le temps d\u2019un noir sc\u00e9nique, pour qu\u2019apparaisse une bande de voyageurs. Genre six personnages en qu\u00eate d\u2019on ne sait quoi, n\u2019ayant rien demand\u00e9, et parachut\u00e9 \u00e0 l\u2019endroit du drame du type solitaire. Pass\u00e9 le premier temps de l\u2019\u00e9motion et de la suprise, l\u2019homme solitaire leur confie que \u00ab sa femme ayant vid\u00e9 la carte m\u00e9moire de l\u2019appareil photo suite \u00e0 leur dispute, il souhaite recourir \u00e0 leur pr\u00e9sence pour fabriquer des Ersatz de souvenirs familiaux \u00bb. D\u00e8s lors, tel un metteur en sc\u00e8ne ou directeur photo, il impose \u00e0 la bande toutes les postures qui lui rappelleront son foyer. Imposant \u00e0 chacun des voyageurs \u00e9gar\u00e9s les positions les plus exigeantes pour que la ressemblance lui permette de croire \u00e0 l\u2019authentique. Commence alors une s\u00e9ance photos (syst\u00e9matiquement reprise et projet\u00e9e sur un mur), o\u00f9 la qualit\u00e9 de la vraisemblance que le solitaire recherche confine au ridicule, \u00e0 la douce folie, \u00e0 la caricature grotesque, au jeu d\u00e9bile. Et d\u2019ajouter que le \u00ab d\u00e9veloppement \u00bb de la situation comme du r\u00e9cit tient \u00e0 ce mince file o\u00f9 tr\u00e8s rapidement on per\u00e7oit non pas les limites du propos, mais tout simplement sa st\u00e9rilit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 un effet de r\u00e9p\u00e9tition continu.<br \/>\nDe la chambre ne reste d\u00e8s lors plus rien qu\u2019un d\u00e9cor am\u00e9nag\u00e9 en diff\u00e9rents espaces \u00e0 mesure que la carte est \u00e0 nouveau remplie.<br \/>\nConstruit sur l\u2019ellipse de la sc\u00e8ne de m\u00e9nage et la m\u00e9moire (de la carte comme de l\u2019\u00eatre humain) des jours heureux, le travail de N099 croise une pratique qui repose sur le jeu de l\u2019acteur et l\u2019usage d\u2019un m\u00e9dia et d\u2019une technologie. Dans un va et vient entre la sc\u00e8ne jou\u00e9e et la sc\u00e8ne photographi\u00e9e, le travail de N099 finit alors par ressembler au probl\u00e8me que pose la reproduction telle que Benjamin en parle. Quid de l\u2019aura de la reproduction ? Sauf qu\u2019ici, et depuis le d\u00e9but, l\u2019original (le jeu des com\u00e9diens) ne permettait pas d\u2019imaginer qu\u2019il y avait davantage de pr\u00e9sence chez eux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212; Pr\u00e9sent\u00e9 comme un th\u00e9\u00e2tre d\u2019avant-garde estonien, Teater N099 pr\u00e9sentait Ma femme m\u2019a fait une sc\u00e8ne au Gymnase Aubanel. Un peu moins de deux heures o\u00f9 l\u2019on perd un peu son temps \u00e0 regarder un processus \u00ab performatif \u00bb qui repose sur l\u2019improvisation rabach\u00e9e. Avec pour effet de fonctionner comme un rabas joie. 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