


{"id":942,"date":"2015-07-10T16:14:08","date_gmt":"2015-07-10T14:14:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=942"},"modified":"2015-07-10T16:14:08","modified_gmt":"2015-07-10T14:14:08","slug":"king-py-lear-combien-darbres-a-abattre","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/king-py-lear-combien-darbres-a-abattre\/","title":{"rendered":"King Py-Lear\u2026 combien d\u2019arbres \u00e0 abattre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8212;<br \/>\n<center><a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot52\"><i>King Lear<\/i><\/a> (<i>Le Roi Lear<\/i>), de William Shakespeare,<br \/>\n<br \/>traduction et mise en sc\u00e8ne <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot17\">Olivier Py<\/a>,<br \/>\n<br \/>Avignon 2015<br \/>\n<\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-940\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton353.jpg\" width=\"488\" height=\"324\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-941\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/2015_roi_lear.jpg\" alt=\"2015_roi_lear.jpg\" align=\"center\" width=\"1392\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Dans l\u2019histoire des commentaires qui concernent Shakespeare, Jan Kott, entre autres, aura \u00e9crit un essai sur le dramaturge et po\u00e8te \u00e9lisab\u00e9thain. Le titre de celui-ci : <em>Shakespeare notre contemporain<\/em>. \u00c0 regarder l\u2019adaptation de <i>King Lear<\/i> qu\u2019a fait Olivier Py, on est en droit de se demander si Kott demeure pertinent, alors que le Directeur du festival d\u2019Avignon, dans la Cour d\u2019Honneur, livre \u00ab quelque chose \u00bb de la trag\u00e9die qu\u2019il a pour l\u2019occasion retraduite.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><sc>Lear<\/sc>\u2026 <\/strong><br \/>\nDe quoi Lear est-il le nom ? D\u2019\u00e9vidence, la pi\u00e8ce de Shakespeare m\u00e9rite qu\u2019on y consacre quelques lignes alors que la programmation offre aux festivaliers trois \u0153uvres du patron du Globe (<em>Lear<\/em>, <em>Antoine et Cl\u00e9opatre<\/em>, <em>Richard III)<\/em>.  Sauf \u00e0, d\u2019embl\u00e9e, pr\u00e9tendre que Shakespeare aura livr\u00e9 des \u0153uvres universelles (cat\u00e9gorie pratique pour \u00e9viter d\u2019y regarder de plus pr\u00e8s), et de s\u2019\u00e9tonner que Freud n\u2019ait pas signal\u00e9 que <em>Lear<\/em> \u00e9tait la quatri\u00e8me \u0153uvre litt\u00e9raire valable pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 (les trois recens\u00e9es par l\u2019homme de Vienne sont : <em>\u0152dipe Roi<\/em>, <em>Hamlet<\/em> et <em>Les Fr\u00e8res Karamzov<\/em>), il nous faut envisager de revenir pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 <em>King Lear<\/em>. Ou, et c\u2019est une variation de l\u2019int\u00e9r\u00eat que l\u2019on portera \u00e0 cette trag\u00e9die, qu\u2019est-ce qui est mis en jeu dans cette fable ? Au vrai, le go\u00fbt de l\u2019essentiel se substituant \u00e0 celui de l\u2019anecdote ou de l\u2019artificiel, il nous semble que <em>Lear<\/em> est la pi\u00e8ce qui met en avant la disparition d\u2019une qualit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 la p\u00e9rennit\u00e9 du pouvoir, \u00e0 savoir le discernement.<br \/>\nQuand le vieux roi Lear \u2013 au pr\u00e9texte de conna\u00eetre l\u2019amour de ses filles pour sa personne \u2013 r\u00e9tribue ses prog\u00e9nitures en divisant, au prorata de l\u2019amour d\u00e9clar\u00e9 par les donzelles, son royaume, il commet une faute politique en m\u00ealant l\u2019affect \u00e0 l\u2019exercice du politique. Il manque de discernement et le paiera cash. Erreur fatale d\u2019un monarque, donc, qui de Roi se retrouve Roi Nu. C\u2019est d\u2019ailleurs la seule pi\u00e8ce de Shakespeare qui souligne ainsi la valeur du discernement lequel, et c\u2019est l\u2019\u00e9vidence, abrite des qualit\u00e9s politiques que l\u2019on peut subsumer \u00e0 l\u2019id\u00e9e de strat\u00e9gie, ou en un mot le machiav\u00e9lisme. Mot merveilleux qui nous d\u00e9barrasse de l\u2019affect, de la morale, de la justice\u2026 puisque le politique doit, en sa fa\u00e7on d\u2019\u00eatre exerc\u00e9, s\u2019\u00e9carter de ces principes qui sont le lot commun s\u2019il veut durer.<br \/>\nLe reste, tout le reste, dans <em>Lear<\/em>, n\u2019est que p\u00e9rip\u00e9ties et ornements, y compris le destin cruel qui frappe sa fille Cord\u00e9lia. On pourrait d\u2019ailleurs, \u00e0 cet endroit, voir dans le refus de participer au petit jeu de la surench\u00e8re de l\u2019amour d\u00e9clar\u00e9 (contrairement \u00e0 ses deux s\u0153urs), une mani\u00e8re de prot\u00e9ger, chez Cord\u00e9lia, son p\u00e8re, et donc un sens politique inn\u00e9 chez la gamine. <em>Lear<\/em> est donc une pi\u00e8ce qui s\u2019inqui\u00e9te du discernement dont l\u2019absence est finalement \u00e0 l\u2019origine du d\u00e9r\u00e9glement et du chaos qui suivra.<br \/>\nEvidemment, cette lecture est assez distante de celle d\u2019Olivier Py, puisque le metteur en sc\u00e8ne y voit, lui, la question qui hante chaque famille, et trouve le moyen d\u2019inscrire <em>Lear<\/em> dans une forme parabolique o\u00f9 se jouerait l\u2019affrontement entre \u00ab l\u2019impuissance de la parole face \u00e0 la raison instrumentale \u00bb\u2026 oups. Et qu\u2019il ajoute que <em>Lear<\/em> peut se lire comme \u00ab une proph\u00e9tie des catastrophes \u00e0 venir trois si\u00e8cles plus tard\u2026 (nous conduisant)\u2026 au n\u00e9ant \u00bb. Oups (bis).<br \/>\nMais apr\u00e8s tout pourquoi pas ? L\u2019\u0153uvre de Shakespeare est g\u00e9n\u00e9reuse, comme l\u2019est l\u2019analyse de Py qui surench\u00e9rit et voit dans <em>Lear<\/em> \u00ab la plus grande pi\u00e8ce du r\u00e9pertoire occidentale (\u2026) <em>Lear<\/em> propose une th\u00e9orie sur le XX\u00e8me si\u00e8cle \u00bb (cf. <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\">le programme<\/a>), etc.<br \/>\nEnfin, et citant notre \u00e9x\u00e9g\u00e8te fascin\u00e9 par le silence de Cord\u00e9lia \u2013 \u00ab le silence de Cord\u00e9lia \u00bb aurait pu \u00eatre le sous-titre confie-t-il \u2013 il faut avouer que l\u2019interpr\u00e9tation et la th\u00e9orisation du silence chez Py est pour le moins r\u00e9ductrice (relire l\u2019entretien du programme). Subordonn\u00e9 le silence \u00e0 \u00ab la mise en doute du langage \u00bb ou questionner le silence li\u00e9 \u00e0 l\u2019enjeu du t\u00e9moignage apr\u00e8s Auschwitz, laissent songeur le linguiste. D\u2019\u00e9vidence, il y a une confusion li\u00e9e \u00e0 la topique de la communication chez Py entre \u00ab discours \u00bb et \u00ab langage \u00bb. La r\u00e9action de Cord\u00e9lia concerne le discours. C\u2019est-\u00e0-dire que<br \/>\n<quote>\u00ab Le discours ne doit pas \u00eatre pris comme l\u2019ensemble des choses qu\u2019on dit, ni comme la mani\u00e8re de les dire. Il est tout autant dans ce qu\u2019on ne dit pas, ou qui se marque par des gestes, des attitudes, des mani\u00e8res d\u2019\u00eatre, des sch\u00e9mas de comportement, des am\u00e9nagements spatiaux [&#8230;] Il s\u2019agit ici de montrer le discours comme un champ strat\u00e9gique, o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments, les tactiques, les armes ne cessent de passer d\u2019un camp \u00e0 l\u2019autre, de s\u2019\u00e9changer entre les adversaires et de se retourner contre ceux-l\u00e0 m\u00eames qui les utilisent. C\u2019est dans la mesure o\u00f9 il est commun que le discours peut devenir \u00e0 la fois le lieu et l\u2019instrument de l\u2019affrontement. Ce qui fait la diff\u00e9rence et caract\u00e9rise la bataille des discours, c\u2019est la position qui est occup\u00e9e par chacun des adversaires\u2026 \u00bb <\/quote><br \/>\ncomme le rappelle Foucault.<br \/>\nQuant au langage, c\u2019est autre chose pourrait-on rappeler puisque c\u2019est avant tout un dispositif, un r\u00e9servoir des possibles dont la nature est essentiellement politique comme le rappelle Arendt : \u00ab d\u00e8s que le r\u00f4le du langage est en jeu, le probl\u00e8me devient politique par d\u00e9finition \u00bb. Ou, et pour l\u2019exprimer comme Marcuse \u00ab la syntaxe, la grammaire, le vocabulaire sont des actes moraux et politiques \u00bb.<br \/>\nMais bref, Py a le droit de penser, de croire autre chose, voire de re-traduire Shakespeare\u2026<br \/>\n<sc><strong> <em>Le<\/em> Lear de <em>Py<\/em> <\/strong><\/sc><br \/>\nInvit\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvrir ce nouveau <em>Lear<\/em> \u00e0 22h00, il aura fallu que le maitre des lieux en finisse avec l\u2019entretien qu\u2019il donnait dans la Cour d\u2019Honneur devant les cam\u00e9ras de t\u00e9l\u00e9vision pr\u00e9sente pour la captation de sa mise en sc\u00e8ne et sa diffusion sur petit \u00e9cran. 15 longues minutes de retard sur l\u2019horaire annonc\u00e9 vinrent \u00e0 bout de la patience du spectateur. Les applaudissements vinrent alors rappeler \u00e0 Py qu\u2019il \u00e9tait l\u2019heure et celui-ci, dans une gesticulation fantasque et un sourire joyeux, leur retourna donc ces signes gestuels dont on se demande encore si \u00ab quelques paroles plus articul\u00e9es \u00bb n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 plus attendues. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, le temps de ce retard \u00e0 l\u2019allumage, il y avait assez de mati\u00e8re sur le plateau \u00e0 observer pour s\u2019inqui\u00e9ter de ce qui viendrait\u2026 Une banderole de n\u00e9ons pas encore allum\u00e9s se d\u00e9ployait dans la cour\u2026 \u00ab Ton silence est une machine de guerre \u00bb pouvait-on lire. Ici et l\u00e0, des tables dress\u00e9es, aux nappes blanches\u2026 \u00e9taient menac\u00e9es par le Mistral qui s\u2019invitait par tourbillons dans la cour. Une volumineuse armoire grise d\u2019o\u00f9 surgiraient quelques silhouettes shakespearienne attendaient de trouver son nouvel emploi. Un gradin que l\u2019on d\u00e9couvrirait mobile et fractionnable rappelait, comme Domenach l\u2019a \u00e9crit, que \u00ab l\u2019escalier \u00bb est l\u2019un des constituants de la dramaturgie dans le th\u00e9\u00e2tre \u00e9lisb\u00e9thain\u2026 Et, SURTOUT, ce plancher de bois, sur\u00e9levant la sc\u00e8ne de la cour d\u2019un bon m\u00e8tre, couvrait la presque totalit\u00e9 du plateau\u2026.Combien d\u2019Arbres \u00e0 abattre pouvait-on se demander ?<br \/>\nLe tout, vers 22h15 se mettrait en mouvement\u2026 les s\u0153urs de Cord\u00e9lia (blonde, robe rose) ressembleraient \u00e0 des Barbies\u2026 Cord\u00e9lia en tutu blanc figurerait une figure fr\u00e8le sortie d\u2019une boite \u00e0 musique\u2026 alors que le piano \u00e0 queue, r\u00e9guli\u00e8rement convoqu\u00e9 tout le temps de la repr\u00e9sentation, ferait entendre quelques sonates et autres mouvements musicaux. Lear jou\u00e9 par Philippe Girard commencerait \u00e0 donner l\u2019essouflement du vieux roi du haut du gradin\u2026 un motard perdu, casque noir et cornes de Belzebuth figurera le hells angels de service ou un \u00e9gar\u00e9 de la route sur la sc\u00e8ne-rocade\u2026 bient\u00f4t quelques poses lassives, un cul \u00e0 vu, une bite sous une couverture, un trou noir, de la boue, des batailles, des chansonnettes populaires pour rendre le texte et rappeler la pr\u00e9sence du musical et du choral dans le th\u00e9\u00e2tre elizab\u00e9thain\u2026 Et surtout le d\u00e9veloppement, crescendo, d\u2019une parade o\u00f9 la guignolade prend le pas sur le reste\u2026<br \/>\nEt l\u2019ennui de venir trop vite, au galop\u2026 Ou se rappeler de Roland Barthes, \u00e0 propos du th\u00e9\u00e2tre qu\u2019il questionnait : \u00ab Qu\u2019est-ce que le th\u00e9\u00e2traliser ? Ce n\u2019est pas d\u00e9corer la repr\u00e9sentation, c\u2019est illimiter le langage \u00bb.<br \/>\nEt de se redire, regardant le plateau, tout ce bois, tout ce bois\u2026 et songer aux for\u00eats, \u00e0 la for\u00eat shakespearienne, \u00e0 ce meurtre sylvestre des arbres rabot\u00e9s\u2026 et soudain s\u2019invite le souvenir, \u00e0 peine marqu\u00e9 par le temps du travail magistral de Lupa qui s\u2019inqui\u00e9tait, au pr\u00e9texte de Bernhard et de son roman\u2026 Le titre d\u00e9j\u00e0 ? <em>Les Arbres \u00e0 abattre<\/em>\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212; King Lear (Le Roi Lear), de William Shakespeare, traduction et mise en sc\u00e8ne Olivier Py, Avignon 2015 Dans l\u2019histoire des commentaires qui concernent Shakespeare, Jan Kott, entre autres, aura \u00e9crit un essai sur le dramaturge et po\u00e8te \u00e9lisab\u00e9thain. 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