


{"id":949,"date":"2015-07-11T10:21:11","date_gmt":"2015-07-11T08:21:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=949"},"modified":"2015-07-11T10:21:11","modified_gmt":"2015-07-11T08:21:11","slug":"les-idiots-de-serebrennikov-mistral-gagnant","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/les-idiots-de-serebrennikov-mistral-gagnant\/","title":{"rendered":"Les Idiots de Serebrennikov &#8211; Mistral gagnant"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;-<br \/>\n<center><strong> <em>Les Idiots<\/em> d&rsquo;apr\u00e8s Lars von Trier, <br \/>\nadaptation et mise en sc\u00e8ne de Kirill Serebrennikov <br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/spectacles\/2015\/les-idiots\">Avignon, Cour du Lyc\u00e9e Saint-Joseph<\/a> <\/strong> <\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-947\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton356.jpg\" width=\"1027\" height=\"685\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-948\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/les_idiots_-_fete.jpg\" alt=\"les_idiots_-_fete.jpg\" align=\"center\" width=\"604\" height=\"403\" \/><br \/>\n<strong>Kirill Serebrennikov est invit\u00e9 cette ann\u00e9e au Festival d\u2019Avignon pour pr\u00e9senter une adaptation th\u00e9\u00e2trale du film de Lars von Trier, <em>Les Idiots<\/em>. Le spectacle a lieu dans la Cour du Lyc\u00e9e Saint-Joseph, et ce 9 juillet, les artistes doivent composer avec le mistral qui entra\u00eene voire fait tout basculer c\u00f4t\u00e9 cour, sans rel\u00e2che. Cette intrusion forc\u00e9e aurait difficilement pu trouver mieux sa place que dans ce spectacle, o\u00f9 il s\u2019agit de d\u00e9placer, de d\u00e9ranger, de mettre en mouvement pour repenser son rapport \u00e0 l\u2019autre, au grand Autre.<\/strong><br \/>\nA 46 ans, le metteur en sc\u00e8ne russe est \u00e0 la t\u00eate du Gogol Center de Moscou, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre distingu\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 plusieurs mises en sc\u00e8ne, mais aussi plusieurs films. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, le public fran\u00e7ais avait pu le d\u00e9couvrir \u00e0 Chaillot pour une adaptation des <em>M\u00e9tamorphoses<\/em> d\u2019Ovide, co-sign\u00e9e avec David Bob\u00e9e \u2013 alors que quelques mois plus tard, Christophe Honor\u00e9 pr\u00e9sentait lui-m\u00eame une adaptation, cette fois cin\u00e9matographique, de ce texte fondateur, mais sous un tout autre angle. Dans ce spectacle, les acteurs du Studio 7 de Moscou trouvaient une voie et une voix au travers des histoires les plus connues d\u2019Ovide, et elles \u00e9taient ainsi ramen\u00e9es au pr\u00e9sent.<br \/>\nC\u2019est un peu la m\u00eame d\u00e9marche qu\u2019entreprend ici Serebrennikov, avec cette transposition du film de Trier d\u2019un contexte danois de la fin du XXe si\u00e8cle au contexte actuel de la Russie. La premi\u00e8re diff\u00e9rence entre ces deux projets tient \u00e0 leur esth\u00e9tique. Alors que <em>M\u00e9tamorphosis<\/em> portait l\u2019empreinte de Bob\u00e9e avec sa noirceur, sa sc\u00e9nographie imposante et ses \u00e9crans, Serebrennikov entreprend ici d\u2019adapter \u00e0 la sc\u00e8ne le film mais aussi les principes qui le r\u00e9gissent, formul\u00e9s dans le Dogme95 par Trier et Vinterberg. Dans ce manifeste, les deux r\u00e9alisateurs prenaient position contre l\u2019artifice des productions cin\u00e9matographiques, contre les effets sp\u00e9ciaux et le lissage de l\u2019image \u00e0 l\u2019\u00e9cran qui \u00f4te toute identit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre, et pr\u00f4naient \u00e0 l\u2019inverse le retour \u00e0 des moyens sommaires de production. Les \u0153uvres qui en r\u00e9sultent \u2013 dont les plus connues sont <em>Les Idiots<\/em> et <em>Festen<\/em> de Vinterberg \u2013 laissent une large place \u00e0 la fabrique du film, aux fragilit\u00e9s du tournage et de la prise unique qui faire entrevoir une perche dans le cadre ou transforme un gros plan en un amas de couleur indistinct, comme ce sera parfois le cas sur sc\u00e8ne, par l\u2019emploi de la vid\u00e9o.<br \/>\nSerebrennikov a constat\u00e9 le caract\u00e8re dramatique des r\u00e8gles du Dogme \u2013 le film se d\u00e9roule ici et maintenant, sans manipulation temporelle, tout filtre est interdit, le tournage se fait dans un lieu unique, le son ne doit jamais \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 part des images\u2026 \u2013 et son premier geste est donc de r\u00e9\u00e9crire ces principes pour le th\u00e9\u00e2tre et de les donner \u00e0 lire en amont du spectacle sur deux \u00e9crans lat\u00e9raux. Ce qu\u2019annoncent ses affirmations successives est une mise \u00e0 nu de la construction du spectacle, mais construction que vient \u00e9prouver le vent ce soir. Le metteur en sc\u00e8ne lui-m\u00eame est contraint de venir mettre en garde le public : la repr\u00e9sentation est maintenue, mais peut-\u00eatre sera-t-elle plus courte, ou du moins certains \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques ne pourront trouver leur place \u2013 ce qu\u2019a prouv\u00e9 la pr\u00e9sence d\u2019une r\u00e9gisseuse juste avant lui sur le plateau, venue r\u00e9cup\u00e9rer un t-shirt envol\u00e9.<br \/>\nLe l\u00e9ger pincement de d\u00e9ception qui saisit apr\u00e8s cette annonce \u2013 d\u00e9ception de ne pas voir ce qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu, comme si le th\u00e9\u00e2tre \u00e9tait aussi r\u00e9gl\u00e9 que le cin\u00e9ma, et surtout \u00e0 Avignon \u2013 est rapidement oubli\u00e9. Car la sc\u00e8ne est alors mise en branle par des com\u00e9diens qui arrivent de toutes parts et commencent sans pr\u00e9ambule, et mettent aussit\u00f4t en place quelque chose qui survient avec la m\u00eame force que le mistral qui te prend le visage et te fait un peu vaciller. C\u2019est la langue russe d\u00e9bit\u00e9e \u00e0 une allure que ne suivent pas les surtitres, c\u2019est un mouvement permanent de la sc\u00e9nographie et de ceux qui l\u2019habitent qui font passer d\u2019une sc\u00e8ne \u00e0 une autre avec la rapidit\u00e9 des plans cin\u00e9matographiques\u2026 C\u2019est la multiplicit\u00e9 des choses \u00e0 voir en une seconde, aux quatre coins de la sc\u00e8ne, le construit aussi bien que ce qui est \u00e0 venir, et \u00e0 voir aussi sur les deux \u00e9crans lat\u00e9raux qui diffusent des documentaires improbables sur des japonaises \u00e0 couettes ou des b\u00e9b\u00e9s dans une piscine, ou tant\u00f4t des images de la sc\u00e8ne capt\u00e9es en direct\u2026 C\u2019est une lampe qui tombe \u00e0 la renverse, une bou\u00e9e canard et un fauteuil roulant qui se d\u00e9placent tout seuls, un sac plastique qui s\u2019envole dans les airs, le panneau des surtitres qui balance dangereusement au-dessus de la sc\u00e8ne\u2026<br \/>\nEt dans tout cela, il faut avancer contre le vent, malgr\u00e9 lui, ou avec lui. C\u2019est-\u00e0-dire lire ce qui se dit et voir ce qui se passe, et en m\u00eame temps, en plus, retrouver le film de Trier, essayer de comprendre ce que comprennent ceux qui ne l\u2019ont pas vu ou n\u2019en ont pas entendu parler, penser les sc\u00e8nes ajout\u00e9es, les mettre en perspective, saisir le d\u00e9tail autant que l\u2019ensemble. Dans la temp\u00eate, on retrouve Karina qui rencontre un groupe d\u2019handicap\u00e9s et se retrouve membre de leur communaut\u00e9 de faux-idiots, \u00e0 la recherche de leur idiot int\u00e9rieur, c\u2019est-\u00e0-dire leur potentiel d\u2019\u00e9motions ; on retrouve leurs sorties au restaurant, \u00e0 la piscine, les mises \u00e0 l\u2019\u00e9preuve multiples qu\u2019ils imposent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 par la confrontation \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, \u00e0 la diff\u00e9rence impr\u00e9visible qui s\u2019impose, qui oblige \u00e0 la prendre en compte ; on retrouve leurs mises en sc\u00e8ne pour emp\u00eacher leur maison d\u2019\u00eatre lou\u00e9e par un autre, et leurs f\u00eates qui se transforment en orgies. Une bande de scotch au sol et le d\u00e9placement de quelques bureaux entend suffire \u00e0 faire passer d\u2019un espace \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019autre \u2013 comme les traits \u00e0 la craie de Trier dans <em>Dogville<\/em>.<br \/>\nEt dans cette accumulation, on retrouve l\u2019effet d\u2019inach\u00e8vement interne de l\u2019\u0153uvre de Trier \u2013 comme celle de Kafka, <em>Le Proc\u00e8s<\/em>, qui malgr\u00e9 des bornes claires, accepte entre elles deux de multiples variations autour de l\u2019absurdit\u00e9 d\u2019une situation dont les effets sont sans fin \u2013 qui cumule les exp\u00e9riences, sans logique de continuit\u00e9 mais simplement encadr\u00e9es par un d\u00e9but et une fin. Dans l\u2019adaptation de Serebrennikov le point de d\u00e9part est un peu modifi\u00e9 \u2013 et donc n\u00e9cessairement celui d\u2019arriv\u00e9e. Karina qui int\u00e8gre malgr\u00e9 elle le groupe annonce d\u2019embl\u00e9e que son enfant est mort, et la r\u00e9v\u00e9lation finale n\u2019est plus cette information, comme dans le film, mais les circonstances de sa mort : c\u2019est elle qui l\u2019a tu\u00e9. La m\u00e8re endeuill\u00e9e de Trier qui ne trouve que parmi les idiots les moyens de d\u00e9passer sa douleur devient m\u00e8re criminelle, M\u00e9d\u00e9e pas m\u00eame enrag\u00e9e, qui fuit le monde qui va la condamner. Et sa condamnation se confond alors avec celle de sa nouvelle famille, celle de Cuba, El, Merde, et tous les autres. L\u00e0 se jouent la transplantation du sc\u00e9nario de Trier dans la Russie contemporaine : la tol\u00e9rance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ceux qui tentent de d\u00e9jouer le syst\u00e8me est nulle, et la mise en danger des idiots alors bien plus grande. De l\u00e0 ces courtes s\u00e9quences r\u00e9currentes de tribunal, avec robe de juge, ton sentencieux, et cage ou prison sur sc\u00e8ne, pour les inculp\u00e9s. Le seul chef d\u2019accusation connu \u00e0 leur encontre est exprim\u00e9 par un homme qui pr\u00e9tend que leurs exp\u00e9riences lui ont fait perdre <em>un peu<\/em> de sa foi, mais son d\u00e9sir de savoir s\u2019Il existe \u2013 Dieu, le Diable, qu\u2019importe \u2013 l\u2019entra\u00eene si loin qu\u2019il est pr\u00eat \u00e0 monnayer sa plainte.<br \/>\nEt dans ce flux incessant, qui entra\u00eene et ballotte, fait partir et chuter de nombreux spectateurs sur les marches des gradins, un moment de gr\u00e2ce \u2013 un vrai, pas \u00e0 la NKM \u2013 survient. La sc\u00e8ne est r\u00e9duite par la lumi\u00e8re \u00e0 un espace limit\u00e9, et dans le silence qui fait entendre pleinement la voix du mistral, une femme en tenue de danse, debout sur une table, s\u2019\u00e9l\u00e8ve fragilement au haut de ses pointes. Et le vent est si fort qu\u2019elle ne semble pas pouvoir tenir sur cette table, sur ces pointes, et pourtant, port\u00e9e \u00e0 bout de cils par le regard de l\u2019idiot Pixel qui l\u2019aime, elle affirme progressivement sa posture, puis pose un \u00e0 un chacun de ces pas, malgr\u00e9 l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 du souffle qui l\u2019entra\u00eene dans un sens ou dans l\u2019autre et menace son \u00e9quilibre, jusqu\u2019\u00e0 se retrouver dans les bras de celui qui les tend.<br \/>\nCette parenth\u00e8se ne peut appara\u00eetre comme telle que parce qu\u2019elle est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e et suivie d\u2019une intranquillit\u00e9 permanente, celle que veulent r\u00e9introduire ceux qui jouent aux idiots. Mais ce jeu, sur sc\u00e8ne, n\u2019est montr\u00e9 et d\u00e9construit que par instants, lorsqu\u2019ils arrivent dans une biblioth\u00e8que (ou un bureau ?), lorsqu\u2019ils sont \u00e0 la piscine, ou le plus clairement lorsque l\u2019un d\u2019entre eux vient mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve deux ouvriers de la voie publique, assis dans une chaise roulante. L\u00e0, en for\u00e7ant les deux hommes \u00e0 le prendre en compte, \u00e0 l\u2019aider \u2013 que ce soit pour le remettre dans son fauteuil ou pour le faire pisser \u2013 avant de repartir en marchant et en riant, on saisit les attitudes que le groupe voudrait tester. L\u2019un est r\u00e9ticent, ennuy\u00e9, l\u2019autre se sent contraint et se f\u00e9licite finalement de son geste charitable, et finalement tous deux accusent la diff\u00e9rence, reforment la gueule que leur ont fabriqu\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 et leur emploi \u2013 suivant le sens de masque, de figure hypocrite que Gombrowicz donne \u00e0 ce terme dans <em>Ferdydurke<\/em>.<br \/>\nAlors que Trier met en jeu le fascisme bourgeois \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans une banlieue pavillonnaire danoise par les situations qu\u2019il imagine, ici le recours \u00e0 l\u2019idiotie comme moyen de r\u00e9sistance contre la normalit\u00e9 est moins \u00e9vident. Ce qui domine sur sc\u00e8ne est plus le jeu parfois vraiment troublant de l\u2019idiotie, du handicap, que son effet, que les r\u00e9actions qu\u2019il suscite qui mettent en jeu le politiquement correct. Sauf qu\u2019en derni\u00e8re instance, des acteurs trisomiques du Theatre of Open-Hearted montent sur sc\u00e8ne, et l\u00e0 on peut se demander avec Val\u00e9rie Deshouli\u00e8res \u2013 qui r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la question de l\u2019idiot, et s\u2019appuie \u00e0 un moment donn\u00e9 sur le film de Trier dans <em>M\u00e9tamorphoses de l\u2019idiot<\/em> (vraiment, ind\u00e9pendamment de Serebrennikov) \u2013 \u00ab Que se passe-t-il quand un d\u00e9bile \u00ab amateur \u00bb rencontre un d\u00e9bile \u00ab professionnel \u00bb ? \u00bb Plus encore que dans le film, o\u00f9 les faux idiots se sentent finalement ill\u00e9gitimes par rapport aux vrais, incapables d\u2019atteindre leur niveau, de concentrer autant de choses qu\u2019eux \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, la r\u00e9ponse \u00e0 cette question para\u00eet extr\u00eamement compliqu\u00e9e. Car malgr\u00e9 les principes du Dogme, m\u00eame si on peut croire qu\u2019il s\u2019agit en effet de v\u00e9ritables idiots dans le film, il n\u2019y a pas l\u2019ombre d\u2019un doute dans le pr\u00e9sent du th\u00e9\u00e2tre, pr\u00e9sent recommenc\u00e9 chaque soir. D\u00e8s leur entr\u00e9e, ces \u2013 peut-on oser dire vrais idiots ? ou alors opter pour le clinique et neutre ces autistes ? \u2013 touchent autant qu\u2019ils mettent mal \u00e0 l\u2019aise.<br \/>\nLes com\u00e9diens, les autres, qui ont jou\u00e9 jusque-l\u00e0, les entra\u00eenent tous par la main comme des enfants, et les accompagnent sur le plateau pour qu\u2019ils suivent Karina dans sa derni\u00e8re danse. Et l\u00e0 toute fronti\u00e8re avec la fiction, avec le jeu, est mise \u00e0 bas, et on se trouve dans la position \u00e9trange, d\u00e9rangeante, de les observer, de constater leur synchronisation plus ou moins juste, de d\u00e9crypter leur plaisir ou leur contrari\u00e9t\u00e9, avec une attention qui surpasse de loin celle qu\u2019on a pu accorder aux com\u00e9diens. Et le regard est irr\u00e9vocablement chang\u00e9 sur la sc\u00e8ne, tout est remis en jeu par cette courte apparition, multipli\u00e9e par deux avec les saluts qui deviennent spectacle \u2013 celui qui exprime une joie illimit\u00e9e, extraordinaire, incommensurable, et celle qui au contraire semble vouloir fuir, malgr\u00e9 les caresses et les baisers des com\u00e9diens, qui veulent l\u2019encourager \u00e0 saluer, la faire sourire (finalement la ramener \u00e0 une attitude \u00ab normale \u00bb, attendue ?).<br \/>\nSerebrennikov nous l\u00e2che une bombe avant de faire tomber le rideau, et \u00e0 nous d\u2019en prendre notre parti. Le geste est spectaculaire, mais sa lecture est laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation de chacun \u2013 et bonne chance avec \u00e7a ! Cette entr\u00e9e en sc\u00e8ne, d\u2019une part, d\u00e9signe explicitement les limites de l\u2019exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale, du jeu, qui ne peut produire l\u2019effet produit par de v\u00e9ritables handicap\u00e9s \u2013 ceux mis en sc\u00e8ne par J\u00e9r\u00f4me Bel il y a quelques ann\u00e9es <em>Disabled Theatre<\/em>, par exemple \u2013 et qui reste irr\u00e9m\u00e9diablement jeu. Et d\u2019autre part, cette pr\u00e9sence nous met dans la posture de ceux que veulent provoquer les idiots dans la fiction, et \u00e0 ce moment-l\u00e0 seulement, la r\u00e9flexion de Trier prend place. Notre regard sur eux \u2013 m\u00e9lange de compassion, de bien-pensance, de g\u00eane, de recul analytique, de rejet des com\u00e9diens qui en font trop autour d\u2019eux \u2013 nous renvoie bien notre difficult\u00e9 \u00e0 nous situer par rapport \u00e0 l\u2019Autre, celui qui nie les rep\u00e8res, bouleverse les relations et les modes de pens\u00e9e, oblige \u00e0 remettre en branle l\u2019acquis social, le commun partag\u00e9.<br \/>\nPeut-\u00eatre que finalement le r\u00e9sultat est atteint par cette issue, qu\u2019elle vient donner sens \u00e0 tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de, qu\u2019elle produit le d\u00e9rangement que peut produire le film, et il faut rentrer avec tout \u00e7a sur les bras, encore ballott\u00e9s par le mistral qui avait le premier r\u00f4le ce soir, et qui repart lui aussi en faisant s\u2019envoler les affiches du Off dans les rues.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;- Les Idiots d&rsquo;apr\u00e8s Lars von Trier, adaptation et mise en sc\u00e8ne de Kirill Serebrennikov Avignon, Cour du Lyc\u00e9e Saint-Joseph Kirill Serebrennikov est invit\u00e9 cette ann\u00e9e au Festival d\u2019Avignon pour pr\u00e9senter une adaptation th\u00e9\u00e2trale du film de Lars von Trier, Les Idiots. 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