


{"id":955,"date":"2015-07-13T08:34:52","date_gmt":"2015-07-13T06:34:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=955"},"modified":"2015-07-13T08:34:52","modified_gmt":"2015-07-13T06:34:52","slug":"antonio-e-cleopatra-inspireexpire","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/antonio-e-cleopatra-inspireexpire\/","title":{"rendered":"Antonio E Cleopatra, Inspire\/expire"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00ab Mundo Perfeito \u00bb combat les forces du mal depuis 2003, ann\u00e9e o\u00f9 il est n\u00e9 dans la cuisine d\u2019un petit appartement \u00e0 Amadora. Son nom traduit l\u2019ironie d\u2019un regard critique sur le pr\u00e9sent, mais aussi l\u2019id\u00e9alisme d\u2019un regard optimiste sur l\u2019avenir. Organis\u00e9e autour du travail artistique de Tiago Rodrigues, qui partage la direction avec Magda Bizarro, la compagnie Mundo Perfeito est reconnue pour sa constante volont\u00e9 d\u2019innover et de r\u00e9inventer. Avec Antoine Et Cl\u00e9opatre, pr\u00e9sent\u00e9 au Festival d\u2019Avignon, salle Benoit XII, pass\u00e9 le premier sentiment de surprise, il peut y avoir un sentiment partag\u00e9\u2026 quelque chose qui rel\u00e8verait du compromis.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-954\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton359.jpg\" width=\"750\" height=\"565\" \/><\/p>\n<p><strong>Une appropriation<\/strong><br \/>\n\u00ab Qu\u2019est-ce que \u00e7a peut bien \u00eatre que \u00e7a ? \u00bb se demande-t-on d\u2019embl\u00e9e dans ce qui se pr\u00e9sente \u00e0 vue comme un d\u00e9cor psych\u00e9d\u00e9lique qui aurait tout aussi bien pu servir \u00e0 un \u00e9pisode de Cosmos 99. De fait, l\u2019immense toile peinte recourb\u00e9e, qui part de la rampe du plateau, le recouvre, pour remonter en fond de sc\u00e8ne, et le mobile suspendu compos\u00e9 de quatre grandes surfaces circulaires qui se coloreront au gr\u00e9 du travail lumi\u00e8re\u2026 forment un d\u00e9cor pour le moins \u00e9nigmatique. Sentiment de myst\u00e8re qui ne dispara\u00eetra pas quand Sofia Dias (Cl\u00e9opatre) et Vitor Roriz (Antoine) se produiront dans une chor\u00e9graphie minimaliste. Sentiment t\u00e9nu quand ils s\u2019approprient la pi\u00e8ce de Shakespeare, ou ce qu\u2019il en reste, via un travail sur la langue et un agencement r\u00e9thorique qui privil\u00e9gie le discours direct. Exemple : Antoine dit : \u00ab expire \u00bb, ou Cleopatre dit : \u00ab inspire \u00bb\u2026 qui est la \u00ab phrase \u00bb dite, redite, re-redite tout au long de la grosse heure que dure ce travail. Au vrai, qui serait venu afin d\u2019assister \u00e0 une \u00e9ni\u00e8me adaptation de l\u2019une des \u0153uvres de Shakespeare pourrait avoir la sensation qu\u2019il s\u2019est tromp\u00e9 de salle ou que le programme a \u00e9t\u00e9 chang\u00e9 au dernier instant. C\u2019est qu\u2019ici, Tiago Rodrigues, qui a des id\u00e9es bien arr\u00eat\u00e9es sur ce qu\u2019il attend de l\u2019acte th\u00e9\u00e2tral, nous aura pr\u00e9venu : \u00ab Je pense que l\u2019on ne peut plus jouer les grands sentiments, jouer plus large que la vie, jouer la monumentalit\u00e9 d\u2019Antoine et Cl\u00e9opatre. Mais on peut continuer \u00e0 chercher comment \u00e9voquer cette histoire \u00bb (cf. le programme).<br \/>\nEt de fait, il s\u2019agira bien ici d\u2019une \u00e9vocation. C\u2019est-\u00e0-dire non pas une restitution du texte ou de l\u2019action, mais une succession de \u00ab traces \u00bb sonores, d\u2019empreintes \u00ab physiques \u00bb, de signes plastiques qui forment cet Antoine et Cl\u00e9op\u00e2tre. Soit une mani\u00e8re, dans le rapport \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation, de s\u2019approprier une mati\u00e8re en privil\u00e9giant le lien spirituel et \u00e9motionnel qu\u2019une \u0153uvre peut avoir sur soi. Par l\u00e0, Tiago Rodrigues n\u2019est pas l\u00e0 pour d\u00e9velopper une th\u00e8se, s\u2019inscrire dans un processus didactique ou pr\u00e9tendre \u00e0 un enjeu de signification probl\u00e9matis\u00e9\u00e9 au regard d\u2019une \u00e9poque. Non, il est l\u00e0, vraisemblablement, pour rendre sensible une approche radicalement subjective qui s\u2019inscrit dans la volont\u00e9 de rendre manifeste le pr\u00e9sent du th\u00e9\u00e2tre. C\u2019est-\u00e0-dire de donner \u00e0 la rencontre avec l\u2019\u0153uvre une actualit\u00e9, ou une force po\u00e9tique qui ne peut tenir qu\u2019\u00e0 l\u2019instant pr\u00e9sent. En soi, et d\u00e8s lors que ce point est pr\u00e9cis\u00e9, son Antoine et Cl\u00e9opatre, pour autant qu\u2019il restitue furtivement quelques \u00e9l\u00e9ments de la fable shakespearienne, est avant tout une sorte de forme performative.<br \/>\n<strong>Shakespeare \u00e0 distance<\/strong><br \/>\nLa distance plus que l\u2019incarnation\u2026 pourrait \u00eatre le principe qui structure cette forme \u00e0 la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 singuli\u00e8re. Sur le plateau, le com\u00e9dien et la com\u00e9dienne, s\u2019inscrivent dans une sorte de mouvement chor\u00e9graphique o\u00f9 ce qui les relie c\u2019est la langue. Juste la langue ou la parole qui fait l\u2019objet d\u2019un traitement singulier de reprise et de r\u00e9p\u00e9tition. Dans cette entreprise purement sonore, le corps de l\u2019un et de l\u2019autre n\u2019est plus \u00e0 proprement parler mis en demeure de trouver le geste qui reprendrait la parole. Le corps est davantage l\u00e0 pour guider le rythme du r\u00e9cit qu\u2019ils font d\u2019Antoine et Cl\u00e9opatre. A la mani\u00e8re de marionnettistes qui tiendraient les fils de la parole, l\u2019un et l\u2019autre d\u00e9veloppent un rapport de r\u00e9ciprocit\u00e9 qui les am\u00e8ne \u00e0 jouer l\u2019un pour l\u2019autre. L\u2019un Antoine, l\u2019autre Cl\u00e9opatre donnent ainsi \u00e0 voir et \u00e0 entendre une partition partag\u00e9e, un peu comme si le texte (ramen\u00e9 \u00e0 quelques fragments) \u00e9tait le territoire commun d\u2019une id\u00e9e qu\u2019ils s\u2019\u00e9changent, se donnent, se reprennent\u2026 Et de les regarder \u00ab poser des gestes \u00bb dans l\u2019espace, sans aucun artifice, comme s\u2019ils dirigeaient le r\u00e9cit en ayant trouv\u00e9 une forme organique immat\u00e9rielle qui les lie tout en les maintenant \u00e0 distance. Au c\u0153ur de ce mouvement, dans l\u2019intervalle de ce mouvement, ce qui est mis en avant, c\u2019est sans doute le th\u00e8me amoureux qui vaut \u00e0 Antoine et Cl\u00e9opatre d\u2019\u00eatre l\u2019une des plus grandes et tragiques histoire d\u2019amour, sur fond de guerre.<br \/>\nL\u2019action ou la situation de jeu est ainsi <em>a priori<\/em> mineure, et ce qui est mis en avant c\u2019est un jeu sonore o\u00f9 le rythme de la parole comme la hauteur de timbre forment l\u2019essentiel du propos dramaturgique. Jeux de mots, jeux de sons, jeux d\u2019articulations, jeux amoureux\u2026 Tout rel\u00e8ve d\u2019une subtilit\u00e9, d\u2019une dentelle linguistique o\u00f9 Antoine et Cl\u00e9opatre est l\u00e0 dans son entier, ponctu\u00e9 de pauses (Sofia avance un ventre de future maman) o\u00f9 l\u2019attention et l\u2019affection de l\u2019un et de l\u2019autre, de Sofia pour Victor, d\u2019Antoine et de Cl\u00e9opatre, sont \u00e9lev\u00e9es au carr\u00e9. Une attention qui va jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement du souffle de la parole qui marque la mort d\u2019Antoine, apr\u00e8s que dans un exercice lexical o\u00f9 le voisinage des mots permettait de relancer leur dialogue, l\u2019\u00e9puisement des sonorit\u00e9s similaires conduit alors Antoine et cl\u00e9opatre \u00e0 \u00eatre s\u00e9par\u00e9 par la mort.<br \/>\nBien s\u00fbr cet Antoine et Cl\u00e9opatre joue de la r\u00e9f\u00e9rence au film de Mankiewicz (1963) avec Elizabeth Taylor et Richard Burton. Le tourne disque sur le plateau donne m\u00eame \u00e0 entendre quelques mesures de la bande son r\u00e9alis\u00e9e par Alex North. Mais on est loin, tr\u00e8s loin du d\u00e9corum du film le plus somptueux d\u2019hollywood. Loin, et pourtant si pr\u00e8s puisqu\u2019\u00e0 l\u2019image des protagonistes du film am\u00e9ricain  -l\u2019amour de Burton et Taylor, \u00e0 l\u2019\u00e9cran comme dans la vie- c&rsquo;est une affection presque similaire qui semble animer les interpr\u00e8tes de l\u2019Antonio E Cleopatra de Tiago Rodrigues.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Mundo Perfeito \u00bb combat les forces du mal depuis 2003, ann\u00e9e o\u00f9 il est n\u00e9 dans la cuisine d\u2019un petit appartement \u00e0 Amadora. Son nom traduit l\u2019ironie d\u2019un regard critique sur le pr\u00e9sent, mais aussi l\u2019id\u00e9alisme d\u2019un regard optimiste sur l\u2019avenir. Organis\u00e9e autour du travail artistique de Tiago Rodrigues, qui partage la direction avec Magda Bizarro, la compagnie Mundo Perfeito est reconnue pour sa constante volont\u00e9 d\u2019innover et de r\u00e9inventer. 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