


{"id":963,"date":"2015-07-14T03:23:05","date_gmt":"2015-07-14T01:23:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=963"},"modified":"2015-07-14T03:23:05","modified_gmt":"2015-07-14T01:23:05","slug":"antonio-e-cleopatra-de-t-rodrigues-pour-lamour-du-theatre-et-pourtant","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/antonio-e-cleopatra-de-t-rodrigues-pour-lamour-du-theatre-et-pourtant\/","title":{"rendered":"Ant\u00f3nio e Cle\u00f3patra de T. Rodrigues :\u00a0pour l\u2019amour du th\u00e9\u00e2tre, et pourtant"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8211;<br \/>\n<center><strong> <em><i><a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot55&#038;var_mode=calcul\">Ant\u00f3nio e Cle\u00f3patra<\/a><\/i><\/em> de <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot56\">Tiago Rodrigue<\/a> <br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/spectacles\/2015\/antonio-e-cleopatra\">Avignon, Th\u00e9\u00e2tre Benoit-XII<\/a> <\/strong> <\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-961\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton362.jpg\" width=\"800\" height=\"533\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-962\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/antonioecleo.jpg\" alt=\"antonioecleo.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>C\u2019est une histoire qui prend les accents du mythe, sur lequel la litt\u00e9rature<\/em>\u00a0personnellement <em>\u2013 Shakespeare \u2013 a r\u00eav\u00e9 puissamment l\u2019all\u00e9gorie de l\u2019Occident et de l\u2019Orient, de l\u2019amour et du pouvoir, de la mort contre ce qui la met \u00e0 mort : et tout cela ensemble, le sublime et le terrible, Alexandrie et Rome qu\u2019Hollywood r\u00eava ensuite, parce que ce r\u00eave poss\u00e8de d\u2019embl\u00e9e la mati\u00e8re du r\u00eave. Sur la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre Beno\u00eet-XII, l\u2019auteur et metteur en sc\u00e8ne portugais l\u00e8ve ce r\u00eave. Sa r\u00e9\u00e9criture, d\u00e9licate et travers\u00e9e d\u2019une foi profonde dans le th\u00e9\u00e2tre comme dans les pouvoirs de la langue, fait le choix de chanter l\u2019amour jusqu\u2019\u00e0 l\u2019agonie comme on renonce au monde :<\/em> Ant\u00f3nio e Cle\u00f3patra<em>, ou l\u2019\u00e9rotique d\u00e9compos\u00e9 du politique.<br \/>\n <\/em><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<h2><sc>Shakespeare et le monde des amants<\/sc><\/h2>\n<p>La trag\u00e9die de Shakespeare est une bascule ; dans l\u2019Histoire de la litt\u00e9rature comme dans celle des hommes, peu comme elle poss\u00e8dent l\u2019accent s\u00fbr de la dialectique. D\u2019une part, Antoine et Cl\u00e9op\u00e2tre, l\u2019Orient, l\u2019amour, la folie des corps qui d\u00e9cident de se livrer l\u2019un \u00e0 l\u2019autre \u00e0 la folie de soi, l\u2019invention de ce qu\u2019ils ont appel\u00e9 <em>le royaume des amants inexemplaires<\/em> \u2013 territoire int\u00e9rieur o\u00f9 viendront puiser Sade, la Terreur, Bataille, Verlaine (celui qui avec Rimbaud remonte vers la Belgique) \u2013, d\u2019autre part, C\u00e9sar et sa s\u0153ur, la laide et p\u00e2le Octavie, Rome, la raison rationnelle du monde qu\u2019il faut assumer et conduire, l\u2019\u00c9tat, ses d\u00e9crets qu\u2019on prend pour l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral que peut bien refuser le peuple, il ne sait pas ce qui est bon pour lui \u2013 territoire qui prend place partout, a pour ma\u00eetre le Directoire, la R\u00e9publique de Thiers, celle des R\u00e9publicains d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, Verlaine (celui qui prend le bateau loin de Londres pour rejoindre sa femme et Dieu en laissant derri\u00e8re lui Rimbaud). Dans cette lutte terrible, Antoine vacille. C\u2019est une fable. Avec Antoine na\u00eet ce qu\u2019on ne nomme pas encore la conscience d\u00e9chir\u00e9e. Antoine s\u2019endort \u00e0 Alexandrie contre Cl\u00e9op\u00e2tre, mais pense \u00e9thique de responsabilit\u00e9. Alors il fuit. Il gagne Rome : il y trouve respectabilit\u00e9 et honneur aupr\u00e8s de C\u00e9sar. L\u00e0, Antoine peut promulguer des lois \u2014 sans doute <a href=\"http:\/\/www.gouvernement.fr\/action\/le-projet-de-loi-pour-la-croissance-l-activite-et-l-egalite-des-chances-economiques\">pour la croissance, l\u2019activit\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances \u00e9conomiques<\/a> \u2013, organise le monde et ses r\u00e8gles, fixe l\u2019ordre des choses  : le soir, en r\u00e9digeant les d\u00e9crets d\u2019application des lois de simplification, il r\u00eave au corps de Cl\u00e9op\u00e2tre. Alors il fuit de nouveau la rejoindre. C\u00e9sar d\u00e9clare la guerre. Au c\u0153ur du combat, \u00e0 l\u2019instant de la d\u00e9cision, Antoine ne d\u00e9cide pas entre la victoire et la gloire : il fuit, cette fois pour ne rien rejoindre. Dans un dernier sursaut, il se donne la mort ; Cl\u00e9\u00f4patre ex\u00e9cut\u00e9e par la pi\u00e8ce se laisse d\u00e9vorer par le serpent qu\u2019elle incarnait, ou qui l\u2019incarnait pour la tentation de la vie. Rome a vaincu, les lois Macron et les seuils fix\u00e9s par la BCE vivront. Les parfums de l\u2019Orient ne seront qu\u2019un d\u00e9corum \u2013 des vapeurs sensuelles, imaginaires et symboliques : des images.<br \/>\nPour Shakespeare, l\u2019Orient d\u2019Alexandrie n\u2019\u00e9tait pas le mirage qu\u2019il sera : mais une proposition politique pr\u00e9cise. Celle de la r\u00e9invention de la communaut\u00e9 par l\u2019amour contre l\u2019ordre norm\u00e9 de la vie pens\u00e9e comme un fonctionnement pur. Le couple comme cellule premi\u00e8re \u2013 et derni\u00e8re \u2013 \u00e0 qui serait confi\u00e9e la t\u00e2che de travailler \u00e0 cette r\u00e9invention. \u00ab\u00a0Le monde des amants n\u2019est pas moins vrai que celui de la politique. Il absorbe m\u00eame la totalit\u00e9 de l\u2019existence, ce que la politique ne peut pas faire.\u00a0\u00bb (Georges Bataille) L\u2019Occident n\u2019est qu\u2019un r\u00f4le dans ce th\u00e9\u00e2tre : celui de dire combien le choix de l\u2019organisation du monde vide de ses forces la vie \u00e0 laquelle l\u2019\u00eatre aspire, et pour laquelle il respire. Articulation f\u00e9roce du r\u00e9el contre un autre, o\u00f9 l\u2019amour n\u2019est pas renoncement au monde, mais sa conqu\u00eate contre lui-m\u00eame. L\u2019\u00e9rotique est une politique. Et sa d\u00e9faite, une fa\u00e7on de ne pas succomber \u00e0 la r\u00e8gle \u2013 non pas la mort de ce qu\u2019elle porte et produit. Si l\u2019amour est \u00e0 r\u00e9inventer, c\u2019est au prix du politique davantage qu\u2019\u00e0 son d\u00e9triment. Shakespeare nous l\u00e8gue un testament sans h\u00e9ritage.<\/p>\n<h2><sc>Et pourtant<\/sc><\/h2>\n<p>Tiago Rodrigues propose son <em>Antonia E Cleopatra<\/em>. R\u00e9\u00e9crit, redistribu\u00e9, repens\u00e9, son spectacle convoque Shakespeare au moins autant qu\u2019il l\u2019\u00e9vacue. Loin d\u2019\u00eatre une adaptation, ou m\u00eame une \u00e9pure, c\u2019est plut\u00f4t \u00e0 un jeu avec Shakespeare qu\u2019il produit. Quelques citations arrach\u00e9es \u00e0 la d\u00e9pouille du texte, et surtout deux noms, ceux d\u2019Antoine et Cl\u00e9opatre, cent fois ici prononc\u00e9s jusqu\u2019au vertige amoureux de r\u00e9p\u00e9ter ces noms avec la pens\u00e9e qu\u2019en eux r\u00e9sident le secret de ce qui lie l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre comme sa cause ou sa cons\u00e9quence. Th\u00e9\u00e2tre qui jouera, non ses deux corps, plut\u00f4t ces deux noms : tenus \u00e0 distance des personnages et des r\u00f4les, acteurs comme relais de leur propos plut\u00f4t que d\u00e9positaires. Et dans la distance m\u00eame qu\u2019op\u00e8re cette dramaturgie avec la fable ancienne, c\u2019est le th\u00e9\u00e2tre lui-m\u00eame qui va jouer au th\u00e9\u00e2tre. Ce sont deux danseurs \u2013 plut\u00f4t que deux acteurs \u2013, Victor Roriz et Sofia Dias, qui jouent avec ces corps, avec ces noms. Le jeune homme dira les mots de la Reine \u00c9gyptienne, et la jeune femme, ceux du Seigneur Romain. Chiasme pour interdire toute identification en m\u00eame temps que pour permettre un singulier processus d&rsquo;incarnation : peu \u00e0 peu, Sofia qui disait les paroles de l&rsquo;homme deviendra ce qu&rsquo;Antoine pense de Cl\u00e9opatre, jusqu&rsquo;\u00e0 devenir Cl\u00e9opatre elle-m\u00eame \u2013 et Victor, via Cl\u00e9op\u00e2tre, Antoine. Tous deux, les mains avanc\u00e9es au-devant de soi pour se prot\u00e9ger de l\u2019incarnation d&rsquo;abord, ou comme des marionnettistes tissent les mouvements par-dessus l\u2019ombre invisible de leurs personnages, puis renoncer au geste pour que le th\u00e9\u00e2tre s&rsquo;accomplisse en soi. Mouvements \u00e0 l\u2019\u00e9pure ; simplicit\u00e9 d\u2019une pr\u00e9sence qui cherche dans l\u2019\u00e9vidence la force manifeste d\u2019\u00eatre l\u00e0.<br \/>\nCette <em>pr\u00e9sence<\/em>, Tiago Rodrigues s\u2019en explique doctement dans le programme du spectacle. Elle y est pens\u00e9e comme un <em>espace<\/em>. Il s\u2019agit de jouer non devant un palais, mais devant la pr\u00e9sence : territoire de jeu et d\u2019exploration. De Cl\u00e9opatre, Antoine ne dira pas qu\u2019elle s\u2019en va, mais qu\u2019<em>elle quitte le pr\u00e9sent<\/em> ; d\u2019Antoine, Cl\u00e9opatre ne dit pas qu\u2019il revient, mais qu\u2019<em>il regagne le pr\u00e9sent<\/em>. Mani\u00e9risme qui finit par \u00eatre convaincant quand les deux personnages disent l\u2019un (Antoine) qu\u2019il est <em>\u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 future du pr\u00e9sent<\/em>, et que l\u2019autre (Cl\u00e9op\u00e2tre) qu\u2019<em>elle est \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 pass\u00e9e du pr\u00e9sent<\/em>. Ou comment la g\u00e9ographie intime et abstraite des amants et du th\u00e9\u00e2tre se rejoignent et se confondent au concret du plateau.<br \/>\nCar le travail de Rodrigues est enti\u00e8rement port\u00e9 par ce fol amour du th\u00e9\u00e2tre : sa facult\u00e9 \u00e0 lever la pr\u00e9sence d\u2019une fable sans rien qui la porte que l\u2019\u00e9rection des mots qu\u2019il faut pour dire l\u2019amour ; sa force de dresser cette langue dans le langage d\u2019une po\u00e9sie sans affect, mais de cristal o\u00f9 les mots miroitent leur pr\u00e9cision \u00e0 l\u2019infini d\u2019\u00e9chos rejou\u00e9s par l\u2019un et l\u2019autre, fin travail de dentelle sur une musicalit\u00e9 que le portugais aiguise et porte \u00e0 incandescence jusqu\u2019au final th\u00e9orique et sensible : les deux acteurs r\u00e9p\u00e8tent ensemble les mots de l\u2019agonie qui pourraient conjurer la mort, mais que le langage repousse sans cesse \u2013 tant qu\u2019on parle, on est vivant, alors on dira ensemble les mots jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9puisement des mots et des corps, les r\u00e9p\u00e9tant \u00e0 l\u2019infini et sans respirer jusqu\u2019\u00e0 leur faire perdre tout sens, vacuit\u00e9 et pl\u00e9nitude du langage qui viennent s\u2019abimer dans la musique pure, inanit\u00e9 sonore, l&rsquo;aboli bibelot que l&rsquo;incessant accomplit, l\u2019<em>ad libitum<\/em> d\u2019un geste th\u00e9\u00e2tral qui est le corps \u00e0 corps verbal de l\u2019amour r\u00e9alis\u00e9 du d\u00e9sir demeur\u00e9 th\u00e9\u00e2tre.<br \/>\nCette pens\u00e9e \u2013 puissante, sensible, finement conduite \u2013 du th\u00e9\u00e2tre para\u00eet toute th\u00e9\u00e2trale : enti\u00e8rement travers\u00e9e du souci th\u00e9\u00e2tral de la mener jusqu\u2019\u00e0 son terme. Et pourtant. Et <em>pourtant<\/em>. C\u2019est ce mot fatal qui vient aux l\u00e8vres du messager apportant des nouvelles d\u2019Antoine \u00e0 son amante qui le croit \u00e0 Rome, emprisonn\u00e9 ou mort. Il va bien. Il va bien et <em>pourtant<\/em> : il est mari\u00e9. Renversement qui dit le comble du renversement de fortune \u00e0 l&rsquo;endroit du bonheur, et le malheur imm\u00e9diat et irr\u00e9m\u00e9diable : il porte tout le mouvement de la pi\u00e8ce de Shakespeare. Or il n\u2019y a pas de <em>pourtant<\/em> dans l\u2019\u00e9criture de Rodrigues, mais une ample certitude que le th\u00e9\u00e2tre peut et fait tout \u2013\u00a0et m\u00eame jouer le drame le plus somptueux de Shakespeare avec deux acteurs et une sc\u00e9nographie (richement) minimale. Il n\u2019y a pas de <em>pourtant<\/em> pas plus qu\u2019il n\u2019y a de monde autour de ce th\u00e9\u00e2tre de l\u2019amour qui ne semble t\u00e9moigner que d\u2019un amour du th\u00e9\u00e2tre. Une cl\u00f4ture de l\u2019amour qui d\u00e9ment ce que l\u2019amour m\u00eame porte dans le souci du monde qui vient en contester l\u2019usage.<br \/>\nDu monde, on n\u2019obtiendra que des paroles muettes \u2013 Antoine \u00e0 Rome s\u2019emmerde, c\u2019est son destin ; tandis qu\u2019on nous le conte, on joue avec les ombres sur le sol riant : le th\u00e9\u00e2tre est dans la place. Du monde, on n\u2019aura que des images qui sont le ph\u00e9nom\u00e8ne du monde : les nuages qui portent le destin des amants et que rejoue le r\u00eave \u00e0 l\u2019ouverture du drame. Car pour Rodrigues, il n\u2019y a pas d\u2019Histoire, il n\u2019y a qu\u2019une fatalit\u00e9 tragique : les amants savent d\u2019embl\u00e9e qu\u2019ils vont mourir et comment ils vont mourir, ne reste qu\u2019\u00e0 r\u00e9p\u00e9ter (th\u00e9\u00e2tralement) le drame qui ne sera que sa r\u00e9p\u00e9tition, avant le lendemain. La trag\u00e9die annule l&rsquo;Histoire parce qu&rsquo;elle la pr\u00e9c\u00e8de. Mais quand l&rsquo;Histoire est \u00e0 chaque instant chaque jour de notre Histoire, dans ces jours o\u00f9 chaque jour nous dit qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de destin, seulement des d\u00e9cisions et du <a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/monde\/2015\/07\/13\/en-grece-syriza-fissure-par-un-compromis-incompris_1347500\">courage<\/a>, que penser d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre qui nous jette l&rsquo;amour comme le reste \u00e0 grignoter du temps ? Que penser d&rsquo;un amour qui serait le refuge de l&rsquo;Histoire, loin d&rsquo;elle, ou son contrepoison ? A-t-on besoin d&rsquo;un contrepoison, ou d&rsquo;armes pour s&rsquo;y affronter ?<br \/>\nOui, fallait-il que de Shakespeare, on ne retienne que cet amour-l\u00e0, et de cette dialectique, seulement le terme boiteux qui d\u00e9raisonne l\u2019histoire ? Quand on convoque Antoine et Cl\u00e9op\u00e2tre, c\u2019est cette articulation terrible du r\u00e9el et de la folie d\u2019en exc\u00e9der par le corps sa r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019on appelle \u00e0 soi. En proposer une forme si purement th\u00e9\u00e2trale, c\u2019est s\u2019en tenir aux seuls noms des amants qui ne sont plus que des mantras, des images pures que la trag\u00e9die avait voulu r\u00e9cuser.<br \/>\nOn ne cesse de respirer et d\u2019inspirer dans le texte de Rodrigues \u2013\u00a0fa\u00e7on de d\u00e9signer la vie dans son mouvement propre. L\u2019inspiration shakespearienne respire le th\u00e9\u00e2tre \u2013 son haleine remplit le plateau et la salle, et si les exhalaisons de l\u2019amour n\u2019\u00e9c\u0153urent pas, tant le texte est subtile, c\u2019est parce qu\u2019il est \u00e9quilibr\u00e9 <em>comme il faut<\/em>. C&rsquo;est la revanche d&rsquo;Apollon sur Dionysos, de l&rsquo;Occident sur l&rsquo;Orient, de Rome sur Alexandrie, de Macron sur nous autres, d\u00e9cid\u00e9ment.<br \/>\nAux corps des amants qui ne poss\u00e8dent que leur nom revient finalement la plus forte r\u00e9sistance : les deux acteurs, qui sont <i>\u00e0 la ville<\/i> les amants que leurs r\u00f4les expirent,  jouent la com\u00e9die d\u2019une fable qui n\u2019a pas besoin de croyance pour \u00e9voluer autour d\u2019eux. Quand du monde on re\u00e7oit les nouvelles chaque jour d\u2019un \u00e9v\u00e9nement historique qui ne vient pas \u2013 pour le bonheur des peuples qui redoutent que l\u2019Histoire faite au nom m\u00eame de <em>la bonne tenue des comptes publics<\/em> ne l\u2019\u00e9crase \u2013, rien de plus f\u00e9roce contre le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019amour <em>plus fort que l\u2019histoire et la mort<\/em> que le corps d\u2019une jeune femme qui danse la mort du personnage de son amant, enceinte de lui.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Ant\u00f3nio e Cle\u00f3patra de Tiago Rodrigue Avignon, Th\u00e9\u00e2tre Benoit-XII C\u2019est une histoire qui prend les accents du mythe, sur lequel la litt\u00e9rature\u00a0personnellement \u2013 Shakespeare \u2013 a r\u00eav\u00e9 puissamment l\u2019all\u00e9gorie de l\u2019Occident et de l\u2019Orient, de l\u2019amour et du pouvoir, de la mort contre ce qui la met \u00e0 mort : et tout cela ensemble, le sublime et le terrible, Alexandrie et Rome qu\u2019Hollywood r\u00eava ensuite, parce que ce r\u00eave poss\u00e8de d\u2019embl\u00e9e la mati\u00e8re du r\u00eave. 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