


{"id":965,"date":"2015-07-14T08:41:04","date_gmt":"2015-07-14T06:41:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=965"},"modified":"2015-07-14T08:41:04","modified_gmt":"2015-07-14T06:41:04","slug":"broyage-voyage-en-tarkosie","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/broyage-voyage-en-tarkosie\/","title":{"rendered":"Broyage, voyage en Tarkosie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;-<br \/>\n<center><i>Broyage<\/i>, de Jessica Batut et Latifa La\u00e2bissi<br \/>\n<br \/>Avignon 2015, Jardin de la Vierge du lyc\u00e9e Saint-Joseph<br \/>\n<\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-964\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton363.jpg\" width=\"800\" height=\"533\" \/><\/p>\n<p><strong>Au programme des Sujets \u00e0 Vifs, jardin de la Vierge, lyc\u00e9e Saint Joseph, Latifa Laabissi et Jessica Batut proposent <em>Broyage<\/em>, une performance physique et verbale qui puise dans le texte de Christoph Tarkos <em>Je gonfle<\/em>. Une mati\u00e8re qui, revisitait, donne lieu \u00e0 un solo, un voyage en apn\u00e9e dans le monde des mots qui induisent des gestes, des sons, des contorsions\u2026 qui se regardent comme le r\u00e9sultat d\u2019un mouvement anthrophagique entre divers espaces chor\u00e9graphiques, po\u00e9tiques, plastiques\u2026 l\u00e0 o\u00f9 l\u2019art se d\u00e9barrasse des fronti\u00e8res.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><sc>Deux mots sur Sokrat<\/sc>\u2026<\/strong><br \/>\nInventeur de la \u00ab patmo \u00bb et donc de la \u00ab p\u00e2te des mots \u00bb, Tarkos rattrap\u00e9 par une tumeur au cerveau, comme celle d\u2019Artaud, disparaissait en 2004, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 40 ans. Il laisse l\u2019\u00e9diteur POL endeuill\u00e9 et en h\u00e9ritage une s\u00e9rie d\u2019\u0153uvres prises dans le maelstrom d\u2019une langue en construction ou d\u00e9construction qu\u2019il courbait, repliait, d\u00e9pliait. <em>Oui, Al Dante<\/em> (1996), <em>Processe, Ulysse fin de si\u00e8cle<\/em> (1997)\u2026 pour les textes du d\u00e9but, puis <em>Le Signe<\/em> (1999), <em>La Cage<\/em> (1999), <em>Ma langue<\/em> (2000), <em>Anachronisme<\/em> (2001). Un ensemble d\u2019\u00e9crits po\u00e9tiques qui pourrait s\u2019apparenter \u00e0 une forme d\u2019actionnisme o\u00f9 corps et voix sont mis \u00e0 contribution dans le mouvement incernable et illimit\u00e9 du champ performatif. Une pratique qui, comme le souligne Prigent dans sa pr\u00e9face \u00ab Sokrat \u00e0 Patmo \u00bb, \u00e0 l\u2019ouvrage posthume de Tarkos<em> Ecrits Po\u00e9tiques<\/em>, se livre \u00e9ventuellement \u00e0 travers 5 temps : concr\u00e9tisation, manipulation, plasticit\u00e9, mouvement, oralisation. Mais une pratique \u00e9galement qui, sans qu\u2019il soit possible de la r\u00e9duire \u00e0 \u00e7a, tient \u00e9galement au \u00ab dialogue \u00bb que Tarkos avait, depuis un bail et jusque dans les ann\u00e9es 90, avec les po\u00e8tes de la revue <em>Doc\u2019(k)s<\/em> fond\u00e9e par Julien Blaine : ouvrier de la langue, Grand Ma\u00eetre de la po\u00e9sie tous azimuts, Tr\u00e8s Haut de l\u2019oc\u00e9an des sons dont Gilles Suzanne rapporte l\u2019odyss\u00e9e, dans un remarquable ouvrage <em>La Po\u00e9sie \u00e0 Outrance<\/em>, publi\u00e9 aux \u00e9ditions des Presses du R\u00e9el. Difficile d\u2019isoler Tarkos du carrefour d\u2019influences sonores et po\u00e9tiques d\u2019un monde m\u00e9diterran\u00e9en ou d\u2019une m\u00e9diterran\u00e9e-monde (Tarkos le marque dans son nom h\u00e9rit\u00e9 de \u00ab Socrate \u00bb) que le Cipm de Marseille, sous la force de Blaine (l\u2019homme aux pseudos multiples et id\u00e9ologiques) va fonder et incarner. Dans ce rapport \u00e9troit \u00e0 la po\u00e9sie \u00e9l\u00e9mentaire, \u00e0 la po\u00e9sie sonore, aux avants-gardes, \u00e0 la musique, au Jazz\u2026 Tarkos rebat les cartes du po\u00e9tique comme l\u2019ensemble de ses camarades qui auront le go\u00fbt du d\u00e9ch\u00eat lexical, du copeau grammatical, de la d\u00e9charge s\u00e9mantique, du retraitement linguistique\u2026 V\u00e9ritable \u00e9boueurs de la langue, les uns et les autres recyclent le langage jusqu\u2019\u00e0 lui trouver un disfonctionnement durable.<br \/>\n<strong><sc>NOUS en sc\u00e8ne<\/sc><\/strong><br \/>\nArriv\u00e9e par le passage \u00e0 gauche du gradin, Jessica Batut, jean, baskets sans \u00e2ge et sweet gris, capuche rabattue sur la t\u00eate, rejoint l\u2019espace-sc\u00e8ne du Jardin de la Vierge. Elle est de dos, elle le sera pratiquement tout le temps de sa performance qui m\u00eale un corps cadenc\u00e9, marqu\u00e9 par des marches al\u00e9atoires, des arr\u00eats inoppin\u00e9s, des courses en but\u00e9e d\u2019avant en arri\u00e8re, des diagonales o\u00f9 le corps est pli\u00e9, mis en extension, soumis aux gravit\u00e9s de rappeur\u2026 et un r\u00e9cit, une crise de la parole, un flux verbal dit d\u2019un trait o\u00f9 pendant 40 minutes, en proie \u00e0 une tentative d\u2019asphyxie par le verbe, elle r\u00e9siste au tarissement des mots, \u00e0 leur appel d\u2019air. C\u2019est <em>Je Gonfle<\/em>, de Tarkos, qui est dit et augment\u00e9 de fragments pris ici et l\u00e0 dans l\u2019histoire de l\u2019auteur. C\u2019est avant tout le retour d\u2019un pronom associ\u00e9 \u00e0 des verbes d\u2019action, de sensation, de r\u00e9action\u2026 Un NOUS qui, pour autant que Batut est seule sur sc\u00e8ne, semble \u00eatre l\u2019avant garde d\u2019un clan en mouvement, une foule en rupture de ban\u2026 NOUS, pronom de la r\u00e9volte qui prend d\u2019assaut le petit \u00ab je \u00bb spectre de tout \u00e9go et tout individualisme. Ce NOUS, c\u2019est celui des anonymes et des sans noms. NOUS marcherons, NOUS irons, NOUS et sa colonie de verbes qui marquent un retour de l\u2019action. NOUS, pronom des \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux, celui de Pol\u00e9mos, de Tsipras&#8230; Ce NOUS est ici moins un d\u00e9itique identifi\u00e9 par Genette, qu\u2019un ON dont Heidegger nous rappelle qu\u2019il est la marque de la banalit\u00e9 et la force du quotidien. D\u2019\u00e9vidence, ce NOUS est un ON, il marque la pr\u00e9sence d\u2019un mouvement, d\u2019une force et d\u2019une \u00e9nergie en marche. Un NOUS de r\u00e9sistance qui semble abriter tous les SANS NOMS. Dans la chevauch\u00e9e infernale \u00e0 laquelle se livre Batut, ce NOUS s\u2019apparente \u00e0 un \u00e9tendart qui, pos\u00e9 en t\u00eate de chaque phrase, porte les id\u00e9es d\u2019une masse invisible, d\u2019un collectif en formation, d\u2019une communaut\u00e9 en fusion. Batut, \u00e0 l\u2019avant poste d\u2019une lutte qu\u2019elle a conduit avec en son dos une majorit\u00e9 silencieuse (le public du gradin) se regardait alors tel un porte-voix\u2026<br \/>\nEt alors que s\u2019op\u00e8re un ralentissement, au terme d\u2019une course linguistique et chor\u00e9graphique, Batut, lentement se retourne et nous impose le face \u00e0 face dont elle nous a priv\u00e9. Pareil \u00e0 l\u2019effet regard, au cin\u00e9ma. Plant\u00e9e devant nous, le regard fixant la salle, elle n\u2019affronte \u00e0 cet instant plus personne, mais semble s\u2019inqui\u00e9ter des t\u00e9moins que nous \u00e9tions. Peut-\u00eatre questionner le t\u00e9moin et son mode d\u2019action ou d\u2019inaction\u2026 selon que le t\u00e9moin est debout ou a \u00e9t\u00e9 broy\u00e9. Juste incroyable de force et simplicit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;- Broyage, de Jessica Batut et Latifa La\u00e2bissi Avignon 2015, Jardin de la Vierge du lyc\u00e9e Saint-Joseph Au programme des Sujets \u00e0 Vifs, jardin de la Vierge, lyc\u00e9e Saint Joseph, Latifa Laabissi et Jessica Batut proposent Broyage, une performance physique et verbale qui puise dans le texte de Christoph Tarkos Je gonfle. 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