


{"id":967,"date":"2015-07-11T10:21:11","date_gmt":"2015-07-11T08:21:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=967"},"modified":"2015-07-11T10:21:11","modified_gmt":"2015-07-11T08:21:11","slug":"mise-en-scene-dun-corps-amoureux-off-2015-solitudes","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/mise-en-scene-dun-corps-amoureux-off-2015-solitudes\/","title":{"rendered":"Mise en sc\u00e8ne d&rsquo;un corps amoureux (Off 2015) : Solitudes"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;-<br \/>\n<center><strong> <em>Mise en sc\u00e8ne d&rsquo;un corps amoureux<\/em> d&rsquo;apr\u00e8s <em>Fragments d&rsquo;un discours amoureux<\/em> de Barthes, <br \/>\nmise en sc\u00e8ne Florine Clap et Nans Pierson<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.avignonleoff.com\/programme\/2015\/par-titre\/m\/mise-en-scene-d-un-corps-amoureux-15661\/\">Avignon, le Off &#8211; Pandora Th\u00e9\u00e2tre<\/a> <\/strong> <\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-966\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/le_desir.jpg\" alt=\"le_desir.jpg\" align=\"center\" width=\"1440\" height=\"900\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>19h, place de l\u2019horloge : \u00ab \u00c7a vous dit pas d\u2019aller voir un spectacle sur l\u2019amour, l\u00e0 ?\u2026 \u2013 Moi, j\u2019ai entendu parler d\u2019un truc d\u2019apr\u00e8s les <em>Fragments d\u2019un discours amoureux de Barthes<\/em>\u2026 \u00bb Et nous voil\u00e0 en route vers le Pandora Th\u00e9\u00e2tre, d\u00e9sireuses de voir la conjonction de nos deux passions, le th\u00e9\u00e2tre et l\u2019amour. Mais vouloir concilier \u00e0 tout prix ce qui nous touche le plus dans l\u2019espoir d\u2019une joie d\u00e9cupl\u00e9e n\u2019est pas toujours possible, ni m\u00eame une bonne id\u00e9e, et \u00e0 part <em>Cl\u00f4ture de l\u2019amour<\/em> et <em>La R\u00e9unification des deux Cor\u00e9es<\/em>, l\u2019alliage atteint rarement la perfection. Peu importe, telle n\u2019est pas notre exigence, et on peut aller jusqu\u2019\u00e0 accepter un d\u00e9placement, m\u00eame double. Avec <em>Mise en sc\u00e8ne d\u2019un corps amoureux<\/em>, de Florine Clap et Nans Pierson, il s\u2019agit de performance plus que de th\u00e9\u00e2tre, et quant \u00e0 l\u2019amour, celui port\u00e9 au texte de Barthes est en r\u00e9alit\u00e9 impossible \u00e0 reproduire autrement que par la lecture. Mais peu importe, la solitude peut s\u2019accorder au pluriel.<\/strong><br \/>\nC\u2019est \u00e9trange cet instinct qui nous entra\u00eene chaque fois \u00e0 aller voir sur sc\u00e8ne des textes qui n\u2019y sont pas forc\u00e9ment destin\u00e9s et dont la jouissance est telle que rien ou presque ne peut la d\u00e9passer. Pourtant, les <em>Fragments<\/em> avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts il y a des ann\u00e9es au th\u00e9\u00e2tre justement, dans un spectacle de Luchini, une de ces lectures dont il a fait sa marque de fabrique, et qui m\u00ealait alors Val\u00e9ry, Rimbaud, et Barthes. Et avec sa fa\u00e7on de lire et de relire, il donnait \u00e0 entendre Barthes, et m\u00eame \u00e0 comprendre, et le th\u00e9\u00e2tre invitait \u00e0 la lecture, une lecture qui est de celles qui accompagnent sans rel\u00e2che, \u00e0 tous les instants.<br \/>\nEn \u00e9pigraphe de cet ab\u00e9c\u00e9daire amoureux, livr\u00e9 \u00e0 l\u2019arbitraire des lettres, Barthes annonce \u00ab c\u2019est un amoureux qui parle et qui dit\u2026 \u00bb : avec cette \u0153uvre, il ne d\u00e9finit pas le sujet amoureux, ne dit pas qui il est, mais \u00e9crit ce qu\u2019il dit, ce qu\u2019il se dit, par fragments. Barthes emploie donc un dr\u00f4le de \u00ab je \u00bb. Claude Coste rappelle : \u00ab D\u00e9j\u00e0 dans <em>Roland Barthes par Roland Barthes<\/em>, le fragment \u00ab Le cercle des fragments \u00bb proposait une appr\u00e9hension identique de la subjectivit\u00e9. Comment l\u2019individu se per\u00e7oit-il ? Au centre du cercle, l\u2019\u00e9crivain incapable de s\u2019appr\u00e9hender comme une pl\u00e9nitude ne se signale que par les fragments qu\u2019il produit et qu\u2019il dispose autour de lui. [\u2026] le sujet, l\u00e0 encore bien incapable de se d\u00e9finir en essence, se contente d\u2019\u00e9num\u00e9rer la liste de ses go\u00fbts et d\u00e9go\u00fbts afin de dessiner autour de lui le cercle de tous ses attributs. \u00bb [1] Le sujet amoureux parle et dit ainsi <em>je-t-aime<\/em>, mais aussi <em>adorable<\/em>, <em>f\u00e2cheux<\/em>, et demande <em>pourquoi<\/em> une fois <em>ravi<\/em> et victime de l\u2019<em>absence<\/em>, de l\u2019<em>attente<\/em>, de la <em>d\u00e9pendance<\/em>\u2026 Ces entr\u00e9es, fragments compos\u00e9es de fragments, sont autant de figures, moins au sens rh\u00e9torique du terme, qu\u2019au sens gymnastique : chaque petit drame con\u00e7u, irrigu\u00e9 par la lecture des <em>Souffrances du jeune Werther<\/em> de Goethe dans les marges, est un geste du corps.<br \/>\nAlors une mise en corps, pourquoi pas, oui, cela fait sens. Mais il faut prendre le titre au pied de la lettre. Il s\u2019agit d\u2019une performance, d\u2019un spectacle avant tout physique, partant de l\u2019id\u00e9e exprim\u00e9e par Barthes que le corps parle, qu\u2019il en dit plus long que le langage, qu\u2019il est incapable de d\u00e9guiser les sentiments comme le discours. Ce sont donc trois corps sur sc\u00e8ne, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, ceux de Nans Pierson, d\u2019Ana\u00efs Beluze et Jeanne Bonraisin. Ils choient, ils tr\u00e9buchent, ils r\u00e9p\u00e8tent les m\u00eames gestes fr\u00e9n\u00e9tiques, ils s\u2019ab\u00eement dans le mal d\u2019amour, qu\u2019il s\u2019agisse du d\u00e9sir, de la jalousie ou de l\u2019absence. Avec le fragment sur la d\u00e9r\u00e9alit\u00e9 plac\u00e9 en pr\u00e9ambule, en voix off, ce sont les trois extraits retenus de l\u2019\u0153uvre, explor\u00e9s et ressass\u00e9s par le corps.<br \/>\nMais plus encore que le texte, ces trois amoureux parlent et disent\u2026 la main qui lisse un v\u00eatement dans l\u2019attente de l\u2019autre, les cheveux que l\u2019on attache et que l\u2019on d\u00e9tache, les larmes que l\u2019on essuie depuis les yeux jusqu\u2019aux hanches, mais aussi les murs que l\u2019on essaie de pousser, les respirations que l\u2019on veut \u00e9touffer, les cent pas que l\u2019on fait. \u00c7a commence d\u2019abord avec une chor\u00e9graphie, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de plus en plus vite, jusqu\u2019\u00e0 la folie \u2013 celle contenue en chacun, que peut lib\u00e9rer l\u2019amour \u2013, jusqu\u2019\u00e0 ce que les mouvements ne soient plus que des coups inflig\u00e9s au corps, des violences qui font de lui une plaie b\u00e9ante. Puis la danse reprend du d\u00e9but, lentement, cette fois accompagn\u00e9e du texte, articul\u00e9 mais parfois d\u00e9bord\u00e9 par le souffle. Et le corps gisant recommence une derni\u00e8re fois, immobile, ne laissant cette fois place qu\u2019\u00e0 la parole, portant encore la marque de l\u2019emballement physique.<br \/>\nTrois fois, c\u2019est le minimum pour rendre compte de nos fa\u00e7ons de dire et de redire, de raconter \u00e0 chacun le m\u00eame \u00e9v\u00e9nement \u2013 et l\u00e0, il m\u2019a dit\u2026 et l\u00e0, on a fait\u2026 et l\u00e0, il s\u2019est pass\u00e9 \u00e7a\u2026 \u2013, de reprendre depuis le d\u00e9but et de recommencer, sans qu\u2019encore aucun sens ne se d\u00e9gage, sans que l\u2019on soit encore capable de prendre le recul n\u00e9cessaire pour arr\u00eater de r\u00e9p\u00e9ter toutes les \u00e9tapes et d\u2019offrir simplement une synth\u00e8se, celle qui dit bien que c\u2019est fini, que ce n\u2019est plus en nous, que c\u2019est exorcis\u00e9. Trois fois c\u2019est aussi le minimum pour comprendre le fonctionnement du spectacle, pour entrer dans sa logique et mettre en place les conditions de sa perception. C\u2019est \u00e0 peine suffisant \u2013 mais plus serait peut-\u00eatre trop \u2013, et il faut \u00eatre rapide, s\u2019accorder au rythme, celui emball\u00e9 auquel est livr\u00e9 le texte qui le premier nous a fait nous asseoir dans la salle, en entendre quelques phrases qui ont l\u2019effet de gifles et en perdre d\u2019autres parce c\u2019est trop vite, trop fort.<br \/>\nLe texte de Barthes, parce qu\u2019il simule le discours amoureux plut\u00f4t que de le d\u00e9crire, parce qu\u2019il substitue \u00e0 l\u2019analyse l\u2019\u00e9nonciation, parce qu\u2019il est monologue int\u00e9rieur et que jamais l\u2019amoureux ne re\u00e7oit de r\u00e9ponse, s\u2019impose, trouve voix en chacun. Toute lecture en devient personnelle, et se superposent donc \u00e0 celles des metteurs en sc\u00e8ne, celles de chacun des com\u00e9diens, et <em>in fine<\/em>, celle du spectateur, qui voudrait y voir la sienne et qui doit composer avec celle des autres. \u00ab Bien souvent, c\u2019est par le langage que l\u2019autre s\u2019alt\u00e8re ; il dit un mot diff\u00e9rent, et j\u2019entends bruire d\u2019une fa\u00e7on mena\u00e7ante tout un autre monde, qui est le monde de l\u2019autre \u00bb (Barthes). L\u2019extr\u00eame solitude qui servait de point de d\u00e9part au projet des <em>Fragments<\/em> s\u2019est donc d\u00e9plac\u00e9e, du discours amoureux \u00e0 la lecture amoureuse, et toutes ces solitudes r\u00e9unies se retrouvent et forment le temps du spectacle une impossible communaut\u00e9, impossible mais bien r\u00e9elle &#8211; comme celle form\u00e9e par la r\u00e9union des trois corps sur sc\u00e8ne \u00e0 la fin.<br \/>\n[1] Claude Coste, \u00ab Roland Barthes, du s\u00e9minaire au cours magistral \u00bb, Histoire de l\u2019\u00e9ducation<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;- Mise en sc\u00e8ne d&rsquo;un corps amoureux d&rsquo;apr\u00e8s Fragments d&rsquo;un discours amoureux de Barthes, mise en sc\u00e8ne Florine Clap et Nans Pierson Avignon, le Off &#8211; Pandora Th\u00e9\u00e2tre 19h, place de l\u2019horloge : \u00ab \u00c7a vous dit pas d\u2019aller voir un spectacle sur l\u2019amour, l\u00e0 ?\u2026 \u2013 Moi, j\u2019ai entendu parler d\u2019un truc d\u2019apr\u00e8s les Fragments d\u2019un discours amoureux de Barthes\u2026 \u00bb Et nous voil\u00e0 en route vers le Pandora Th\u00e9\u00e2tre, d\u00e9sireuses de voir la conjonction de nos deux passions,<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":966,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-967","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/967","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/966"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=967"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=967"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}