


{"id":973,"date":"2015-07-15T08:46:55","date_gmt":"2015-07-15T06:46:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=973"},"modified":"2015-07-15T08:46:55","modified_gmt":"2015-07-15T06:46:55","slug":"barbarians-1-ou-lappauvrissement-du-langage","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/barbarians-1-ou-lappauvrissement-du-langage\/","title":{"rendered":"Barbarians ou l\u2019appauvrissement du langage"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8212;&#8211;<br \/>\n<center><i>Barbarians<\/i> de Hofesh Shechter<br \/>\n<br \/><a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/spectacles\/2015\/barbarians\">Avignon 2015, La FabricA<\/a><center><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-972\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton367.jpg\" width=\"921\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Fabrica, <i>Barbarians<\/i> est une pi\u00e8ce chor\u00e9graphique (1H45) de Hofesh Shechter compos\u00e9e de trois volets. Aux titres \u00e9vocateurs jusque dans la typographie, le n\u00b01 \u00ab the barbarians in love \u00bb pr\u00e9c\u00e8de le n\u00b02 \u00ab tHE bAD \u00bb, qui jouxte le n\u00b03 \u00ab Two completly different angles of the same fucking thing.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p>Mon voisin de droite, qui se pr\u00e9sente comme un danseur, fait deux m\u00e8tres et sa portance sur la banquette (dernier rang du fond de la salle) m\u2019oblige \u00e0 me priver d\u2019une partie de la surface \u00e0 laquelle me donne droit ma place. De fait, le cabarit du spectateur fait que l\u2019\u00e9cart (normal pour tous, mais insuffisant pour lui) avec le rang de devant l\u2019oblige \u00e0 augmenter l\u2019angle d\u2019ouverture des cuisses au d\u00e9triment de l\u2019espace qui me revient et subit d\u00e8s lors un empi\u00e9tement. La taille du spectateur (et parfois son volume) n\u2019est jamais sans cons\u00e9quence sur le spectateur voisin. Ma voisine de gauche, relativement avanc\u00e9e en \u00e2ge est arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019heure. Mais comme <em>Barbarians<\/em> commencera en retard (15 minutes), elle s\u2019est endormie et rien ne semble pouvoir la priver de cet \u00e9tat intense qui la conduit vers une \u00e9coute flottante. Sa respiration me parvient et je diagnostique une l\u00e9g\u00e8re insuffisance respiratoire li\u00e9e vraisemblablement \u00e0 un tabagisme pr\u00e9coce qui affecte d\u00e9sormais les bronches. N\u2019ayant aucune comp\u00e9tence en m\u00e9decine, son index jauni me permet cette d\u00e9duction digne de Docteur House ou Holmes. La \u00ab\u00a0vieille\u00a0\u00bb finit par s\u2019affaisser l\u00e9g\u00e8rement vers moi ce qui m\u2019oblige \u00e0 une petite inclinaison vers mon voisin double m\u00e8tre. En soi, cela aurait pu n\u2019avoir aucune cons\u00e9quence, mais mon regard croise alors le chignon de ma voisine du rang de devant. Les chaleurs estivales invitant la gente f\u00e9minine \u00e0 ramasser les cheveux sur le haut de la t\u00eate afin que la nuque soit ventil\u00e9e, elle conserve cette coiffure en salle sans se soucier de l\u2019effet d\u00e9sastreux que cet ornement a sur la perception pour l\u2019environnement. Deux baguettes chinoises viennent clouer la masse capilaire. Je me r\u00e9sous \u00e0 faire de l\u2019une d\u2019entre elles une ligne de mire pour regarder ce qu\u2019il me sera possible d\u2019apercevoir.<br \/>\nAu regard de cet encadrement \u00ab double m\u00e8tre \u00e0 droite, la vieille dame \u00e0 gauche, le chignon de la coquette aux baguettes devant), il me faut alors commencer \u00e0 lutter contre une pens\u00e9e durable ou le sentiment que le mythe de la communaut\u00e9 assembl\u00e9e \u2013 ce fameux \u00ab \u00eatre ensemble \u00bb \u2013 n\u2019est pas toujours aussi souhaitable qu\u2019on le th\u00e9orise. L&rsquo;id\u00e9alisme est aveugle.<br \/>\nL\u2019inconfort dont je suis le si\u00e8ge est alors total, int\u00e9rieur autant qu\u2019ext\u00e9rieur, et je n\u2019ai plus d\u2019espoir qu\u2019en le d\u00e9but du spectacle qui devrait balayer ces \u00ab d\u00e9sagr\u00e9ments \u00bb grace \u00e0 la puissance po\u00e9tique, plastique, etc qui sollicitera mon imaginaire que je tiens d\u00e9sormais pour une porte de sortie \u00e0 cette situation&#8230;<br \/>\nEt alors que la trotteuse de ma montre commence \u00e0 rogner le d\u00e9but de la seizi\u00e8me minute, que le brouillard\/fumig\u00e8ne ne s\u2019est toujours pas dissip\u00e9 dans le grand espace de la Fabrica, <em>Barbarians<\/em> commence enfin. Et j\u2019accueille avec joie l\u2019id\u00e9e que ma pens\u00e9e sera distraite, car les conditions regrettables que je viens d\u2019exposer peuvent sans doute \u00eatre d\u00e9pass\u00e9es et ne r\u00e9sisteront pas \u00e0 la force po\u00e9tique et plastique de <em>Barbarians<\/em>.<br \/>\nDu moins je l\u2019esp\u00e8re, car pour autant que j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 lire le programme dans les conditions difficiles \u00e9voqu\u00e9es ci-dessus, il me faut avouer que les propos de Shechter ne me rassurent pas sur l\u2019avanc\u00e9e de son rapport \u00e0 la pens\u00e9e mise au service de son geste chor\u00e9graphique. S\u2019int\u00e9resser au Beau, au Laid, au Bon, au Mauvais, envisager Barbarians comme \u00ab une classe de la vie \u00bb en soulignant qu\u2019il s\u2019agira \u00ab d\u2019une pi\u00e8ce plus int\u00e9rieure \u00bb ne me rassurent gu\u00e8re. Je n\u2019ai aucun doute l\u00e0-dessus puisqu&rsquo;\u00e9voquer un travail plus \u00ab int\u00e9rieur \u00bb, c\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement annoncer une \u00e9nigme dont la livraison au spectateur n\u2019induit aucun partage. Quant \u00e0 recourir \u00e0 l\u2019id\u00e9e de \u00ab classe de vie \u00bb, il convoque <em>de facto<\/em> le r\u00e9gime scolaire et, peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0, son corollaire d\u2019emmerdements pub\u00e8res.<br \/>\nLa suite validera cette intuition. Au commencement de <em>Barbarians<\/em>, il y aura principalement deux effets mis en place qui structureront le premier volet (dur\u00e9e 30 minutes, entracte au bout).<br \/>\nLe premier, chromatique, consiste en une agression r\u00e9currente qui s\u2019applique \u00e0 la pupille. Une alternance brutale entre noir sc\u00e9nique et flashs lumi\u00e8res intenses r\u00e9duit ainsi l\u2019activit\u00e9 r\u00e9tinienne. Fa\u00e7on \u00ab\u00a0plein phare dans la gueule\u00a0\u00bb, les projos balaient la salle puis reviennent sur la sc\u00e8ne sous la forme d\u2019un jeu de d\u00e9coupes lumi\u00e8res g\u00e9om\u00e9tris\u00e9es.<br \/>\nLe second, sonore, sature l\u2019espace d\u2019un son additionnel qui vient couvrir les concerts royaux sur lesquels un groupe d\u2019interpr\u00e8tes, d\u2019abord camisol\u00e9s de blanc, puis nus, danse en observant une sorte de mouvement tribal ou rituel. Malgr\u00e9 tout je n\u2019ai pas utilis\u00e9 les boules quies donn\u00e9es en pr\u00e9vention \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du spectacle, et je regrette que le service d\u2019accueil du festival n\u2019ait pas fourni des lunettes de soleil \u00e9galement.<br \/>\nBref, <em>Barbarians<\/em>\u2026 ?<br \/>\nDifficile d\u2019y voir \u00ab une salle de classe de vie, o\u00f9 l\u2019on n\u00e9gocie avec les concepts du bien et du mal en leur faisant face \u00bb comme le dit Shechter.<br \/>\nLa conjugaison des deux constituants conduit \u00e0 un effet de saturation qui ne laisse d\u00e8s lors plus le choix. A l\u2019entracte (15 minutes), il me faudra quitter cet environnement hostile, sans d\u00e9ranger la \u00ab\u00a0vieille\u00a0\u00bb qui somnole, double m\u00e8tre qui devra trouver le moyen de replier ses jambes, et en \u00e9vitant les pointes du chignon qui forment une herse dangereuse en contrebas. C\u2019est presque mission impossible, et malgr\u00e9 l\u2019amour de mon prochain, mon sentiment de survie m\u2019obligera \u00e0 bousculer ce petit monde confortablement install\u00e9.<br \/>\nEnfin dehors, accabl\u00e9 par la chaleur, recouvrant la libert\u00e9, tout en marchant, je songe \u00e0 ce qu\u2019Olivier Py disait, et qui est retranscrit ici et l\u00e0 dans les papiers de la presse consultable dans la revue de presse disponible \u00e0 la BNF de la maison Jean Vilar. Py qui rappelle que \u00ab le th\u00e9\u00e2tre conduit \u00e0 la lumi\u00e8re \u00bb. Soit, mais si la m\u00e9taphore articule \u00ab lumi\u00e8re \u00bb et \u00ab v\u00e9rit\u00e9 \u00bb dans le registre du spirituel et du religieux comme le pensait Derrida, ici la lumi\u00e8re \u2013 et tout ce qui faisait ce premier volet de Barbarians \u2013 m\u2019aura conduit \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre. <em>Dehors<\/em> en l\u2019occurrence\u2026<br \/>\nMais peut-\u00eatre qu\u2019en definitive, et \u00e7a serait l\u00e0 l\u2019un des effets de cette programmation qui esquisse, \u00e0 travers de trop nombreux \u00e9v\u00e9nements, un chemin de croix, qu\u2019il nous faut apprendre \u00e0 ne plus aller au th\u00e9\u00e2tre afin de red\u00e9couvrir la Nature, ses Joies, son Harmonieuse disposition\u2026<br \/>\nDifficile d\u2019imaginer qu\u2019au bout du tunnel que commence \u00e0 figurer cette seconde \u00e9dition dirig\u00e9e par Olivier Py (second tron\u00e7on apr\u00e8s la mise en place du premier de l\u2019an dernier), \u00e0 l\u2019exception de trois ou quatre spectacles, \u00e0 mi parcours du festival, le d\u00e9sir d\u2019aller voir dehors ou ailleurs n\u2019\u00e9treigne pas le spectateur. Le festival d&rsquo;Automne par exemple&#8230;<br \/>\nSi comme Fleur Pellerin, la Ministre de la Culture et de la Communication, lors de son traditionnel point presse avignonnais, il fallait \u00e9voquer la n\u00e9cessit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre, ce n\u2019est pas en terme de \u00ab pour \u00bb, ou de r\u00e9f\u00e9rence \u00ab calorique \u00bb que nous nous positionnerions. (la ministre enthousiaste, \u00e0 propos du Roi Lear auquel elle assista, expliquait son engagement ainsi : \u00ab Je fais partie des \u00ab pour \u00bb parce que c\u2019est la vocation du spectacle vivant de ne pas \u00eatre ti\u00e9dasse. Le th\u00e9\u00e2tre doit faire r\u00e9agir, doit choquer, doit interpeller.<br \/>\n La traduction d\u2019Olivier Py est tr\u00e8s actuelle, il utilise du vocabulaire contemporain et c\u2019est dans l\u2019esprit de Shakespeare car il y a dans les pi\u00e8ces de l\u2019anglais cette trivialit\u00e9, cette grossi\u00e8ret\u00e9, cette violence que l\u2019on retrouve dans ce nouveau texte. Je pense que Shakespeare ne renierait pas cette mise en sc\u00e8ne. \u00bb). Non, ce n\u2019est ni le \u00ab pour \u00bb, ni la \u00ab provocation \u00bb, ni l\u2019alibi de \u00ab l\u2019actualit\u00e9 \u00bb, ni le \u00ab choquer \u00bb\u2026 qui seraient convoqu\u00e9s. Et ce parce que il n&rsquo;y a l\u00e0 aucun argument, sinon ceux que l&rsquo;on confond avec les lieux communs et convenus qui exigent d&rsquo;une forme artistique qu&rsquo;elle exprime une forme de r\u00e9sistance et d&rsquo;opposition. Non, ce ne sont pas ces \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ments de langage\u00a0\u00bb qui seraient convoqu\u00e9s, mais plut\u00f4t l\u2019id\u00e9e que la diversit\u00e9 des formes esth\u00e9tiques (et donc th\u00e9\u00e2trales) ne doivent pas appauvrir le langage, mais illimiter le langage.<br \/>\nD\u2019\u00e9vidence, l\u2019appauvrissement semble avoir pris le dessus\u2026 pour le moment&#8230; y compris dans l&rsquo;esprit \u00e9clair\u00e9 des politiques qui se piquent de d\u00e9fendre la cr\u00e9ation&#8230; ou plut\u00f4t, en l&rsquo;\u00e9tat, les r\u00e9-cr\u00e9ations d&rsquo;Avignon.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;&#8211; Barbarians de Hofesh Shechter Avignon 2015, La FabricA Pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Fabrica, Barbarians est une pi\u00e8ce chor\u00e9graphique (1H45) de Hofesh Shechter compos\u00e9e de trois volets. 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