


{"id":979,"date":"2015-07-16T16:12:39","date_gmt":"2015-07-16T14:12:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=979"},"modified":"2015-07-16T16:12:39","modified_gmt":"2015-07-16T14:12:39","slug":"forbidden-di-sporgersi-une-danse-de-matieres","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/forbidden-di-sporgersi-une-danse-de-matieres\/","title":{"rendered":"Forbidden di sporgersi, une danse de mati\u00e8res"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8211;<br \/>\n<center><em>Forbidden di sporgersi<\/em>, d&rsquo;apr\u00e8s \u00ab\u00a0Algorithme \u00e9ponyme\u00a0\u00bb de Babouillec<br \/>\n<br \/>Mise en sc\u00e8ne Marguerite Bordat &#038; Pierre Meunier<br \/>\n<br \/>Avignon 2015, Chartreuse de Villeneuve lez Avignon<br \/>\n<\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-977\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton369.jpg\" width=\"921\" height=\"613\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-978\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/2015_forbiden.jpg\" alt=\"2015_forbiden.jpg\" align=\"center\" width=\"921\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Dans cette 69e \u00e9dition du Festival d&rsquo;Avignon, Pierre Meunier et Marguerite Bordat pr\u00e9sentent \u00e0 partir de ce 15 juillet \u00e0 la Chartreuse <em>Forbidden di sporgersi<\/em>. Une \u00e9criture du plateau \u00e0 partir du texte Algorithme \u00e9ponyme de Babouillec autiste sans paroles. Une musique qui fait danser la mati\u00e8re inanim\u00e9e avec le vivant, le fer avec les mots, le plastique avec la chair.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;entr\u00e9e du public, une certaine fuite de la canicule dans les salles plus fra\u00eeches de l&rsquo;ancienne abbaye, et \u00e0 travers les grandes plaques de polycarbonate et de plexiglas qui s\u2019\u00e9rigent vers le gril du th\u00e9\u00e2tre, nous pouvons d\u00e9j\u00e0 apercevoir une lueur cr\u00e9pusculaire. Lumi\u00e8re qui indique le bout d&rsquo;un tunnel, mais dont tout d\u00e9but est d&rsquo;abord une \u00ab\u00a0promesse de grandes aventures\u00a0\u00bb. Qu&rsquo;on se le dise dans ces temps de recherche de bien-\u00eatre\u00a0!<br \/>\nChut. Quatre humains en blouse gris de travail, ing\u00e9nieurs et tr\u00e8s vite clowns, ou presque clowns, d\u00e9barquent d&rsquo;on-ne-sait-o\u00f9 dans un espace qu&rsquo;on-ne-sait-lequel. Il y a l\u00e0 ces grandes plaques de polycarbonate comme des simulacres de monolithes en plastique.<br \/>\n De toute mani\u00e8re, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, que le moindre coup de vent fait tomber. Des plaques de m\u00e9tal accroch\u00e9es. Une guitare \u00e9lectrique au fond. Ils d\u00e9barquent donc, catapult\u00e9s du pass\u00e9 vers un futur inconnu ou du futur vers un espace inconnu du pr\u00e9sent (seuls les mat\u00e9riaux nous font penser au grande fiert\u00e9s nationales des lieux culturelles)<br \/>\nPolycarbonate, polycarbonate, vive le polycarbonate\u00a0! En effet, l&rsquo;effet de la lumi\u00e8re, l&rsquo;effet de l&rsquo;image d\u00e9form\u00e9e derri\u00e8re ces polycarbonates est joli&#8230; D&rsquo;autres transparences. Une b\u00e2che en plastique qui cache une installation de ventilateurs cach\u00e9e par du papier bulle. Musique concr\u00e8te. Appara\u00eet alors un ch\u0153ur de ventilateurs, en plastique d&rsquo;ailleurs, qui tournent et se touchent, laissant \u00e9chapper des bruits. Musique concr\u00e8te encore. Vague tentative de diriger du vent sur le public. Des prises de contacts comme \u00e7a, par d&rsquo;autres voies que la voix. Ch\u0153ur de ventilateurs qu&rsquo;un des clown-ing\u00e9nieur-explorateur tente de faire chanter sans trop de succ\u00e8s. Hormis le plastique, il y a du m\u00e9tal. Des barres de fer. Une sorte d&rsquo;h\u00e9lice, de m\u00e8che pour percer le sol, creuser, trouver de l&rsquo;or noir, de plusieurs m\u00e8tres de longue. Des tuyaux en m\u00e9tal qui prendront l&rsquo;allure d&rsquo;une orgue sectionn\u00e9e apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 des mikados g\u00e9ants flottant dans le vide sur lesquels se balancent Satchie Noro, une des quatre bonhommes. Ainsi, on passe d&rsquo;une installation \u00e0 une autre. Et elles-m\u00eames ont les devenirs les plus \u00e9tonnants. Un fil de fer comme la mat\u00e9rialisation de quelques forces magiques volant dans l&rsquo;espace et qui tient encore une fois la danseuse\/acrobate arienne, image  saisissant du fait de l&rsquo;annulation de la loi de la pesanteur, de l&rsquo;absence de la pesanteur, ce dessin mat\u00e9riel en lignes d&rsquo;une force inconnue, un gribouillis plastique gigantesque tombe, tombe sur elle, et cette force, cette l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, cette joie, cette libert\u00e9 se transforme en un fil de fer barbel\u00e9, le corps, UN corps, au milieu, pris, griff\u00e9, tu\u00e9\u2026 enfin,  des projections tout \u00e7a. Mais la beaut\u00e9 des images qu&rsquo;ils cr\u00e9ent sur le plateau consiste peut-\u00eatre autant dans la composition spatiale et mat\u00e9rielle que dans le fait qu&rsquo;ils ne cachent pas leurs fabrications. Nous avons le plaisir de voir le th\u00e9\u00e2tre se faire. On n&rsquo;essaie pas de nous leurrer. Nous avons le plaisir de voir toute la machinerie th\u00e9\u00e2trale. Les guindes et les poulies. Et l&rsquo;\u00e9quipage de Meunier a alors raison de rire, se moquer de cette technique qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui plus personne ne peut s&rsquo;en passer. Le micro ne marche pas pour dire le texte. C&rsquo;est vrai, comment dire un texte sans micro\u00a0? Eh bien, il marche pas. Eh bien, l&rsquo;armoire \u00e9lectrique de 6 m\u00b3 qu&rsquo;on ram\u00e8ne parce que le tout a fait sauter toute l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre, cet armoire ressemble plut\u00f4t \u00e0 un Karl d\u2019Odyss\u00e9e dans l&rsquo;Espace qu&rsquo;\u00e0 un armoire \u00e9lectrique. D&rsquo;ailleurs, il fini par avaler un des ing\u00e9nieurs avant d&rsquo;avoir pousser quelques nuages de fum\u00e9e noire et des bruits incongrus. Et cette \u00e9quipage avec ses dr\u00f4les de gueules ne nous leurre pas sur l&rsquo;illusion th\u00e9\u00e2trale, autant qu&rsquo;elle ne cachent pas la fabrication dramaturgique. Je veux dire que quelque part nous savons toujours que c&rsquo;est du th\u00e9\u00e2tre et que c&rsquo;est \u00e9crit\u00a0; et c&rsquo;est l\u00e0 une honn\u00eatet\u00e9 et un partage de l&rsquo;acte th\u00e9\u00e2trale qui met en joie. D&rsquo;autant plus que, paradoxalement, les choses semblent advenir par hasard. Nous voyons ainsi un hasard \u00e9crit et parfois l&rsquo;\u00e9criture du hasard qui n&rsquo;y enl\u00e8ve rien, au contraire. Ainsi, nous passons, nous glissons d&rsquo;installation \u00e0 installation, de \u00ab\u00a0dispositif de jeu\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0dispositif de jeu\u00a0\u00bb, de gag \u00e0 un autre gag, accompagn\u00e9 par une composition sonore et musicale qui fait chanter la mati\u00e8re. C&rsquo;est un jam qu&rsquo;on pourrait qualifier de free-jazz-hard-rock qui d\u00e9barque. Une guitare \u00e9lectrique qui, tap\u00e9e contre les tuyaux de fer, fait exploser les tympans. Des projections de voix myst\u00e9rieuses. Le foret, la m\u00e8che (c&rsquo;est quoi le nom de ce machin?) de plusieurs m\u00e8tres de long \u00e9met des sons, et nous parle enfin par quelques manipulations de l&rsquo;objet, myst\u00e9rieuse, mais logique. C&rsquo;est-\u00e0-dire, ce n&rsquo;est pas le savoir ici qui guide la solution des probl\u00e8mes, mais l&rsquo;exp\u00e9rience, un apprentissage en acte, une exp\u00e9rimentation. Et c&rsquo;est peut-\u00eatre l\u00e0 une des plus pure conception du jeu\u00a0: L&rsquo;enfant qui se demande\u00a0: \u00ab\u00a0qu&rsquo;est-ce que \u00e7a fait si&#8230;\u00a0\u00bb Et donc, \u00e7a parle. Ou \u00e7a crie. Ou \u00e7a \u00e9met des sons bizarres. En tout cas, \u00e7a r\u00e9agit. Et ce tout est intercal\u00e9 par des fragments du texte de \u00ab\u00a0Babouillec autiste sans parole\u00a0\u00bb. Texte qui est pris ici comme les mat\u00e9riaux, comme les fils de fer, les plaques de plexi et de polycarbonate, que les quatre clowns d\u00e9couvrent, manipulent, changent de places, couchent et l&rsquo;\u00e9rige apr\u00e8s, les font envoler\u2026 Texte qui est pris comme une mati\u00e8re aussi \u00e0 d\u00e9couvrir, \u00e0 explorer. \u00c7a parle aussi, quelque part. Et on a l&rsquo;impression qu&rsquo;il est parfois jet\u00e9 dans l&rsquo;espace juste pour voir ce que \u00e7a fait. Texte \u00e9crit par une jeune femme diagnostiqu\u00e9e autiste et d\u00e9ficiente \u00e0 80\u00a0%. Jeune femme qui n&rsquo;a jamais appris \u00e0 lire, ni \u00e0 \u00e9crire, qui ne parle pas, mais qui \u00e9crit des po\u00e8mes \u00e0 l&rsquo;aide de lettres imprim\u00e9es qu&rsquo;elle organise pour parler de son exp\u00e9rience du dedans, du noir.<br \/>\nDe m\u00e9moire\u00a0: \u00ab\u00a0Serons-nous ces \u00eatres lumineux d\u00e9barrass\u00e9s de la mati\u00e8re corporelle\u00a0?\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00c0 regarder <em>Forbidden di Sporgersi <\/em> on dirait que non, tellement la mati\u00e8re est au centre. Mais elle n\u2019alourdit rien, elle rend tout l\u00e9ger au contraire. Ce ne serait pas l&rsquo;\u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 de la mati\u00e8re, mais la mati\u00e8re \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la pens\u00e9e, au mouvement, au vivant. C&rsquo;est ainsi que la finale se termine dans une mati\u00e8re en joie. La rubalise tournique, les ventilateurs se r\u00e9jouissent d&rsquo;\u00eatre, les polycarbonates tournent sur eux-m\u00eame telles des syst\u00e8mes plan\u00e9taires\u2026 nous regardons et pourrions croire que l&rsquo;\u00eatre humain et son bavardage sont ici superflus.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Forbidden di sporgersi, d&rsquo;apr\u00e8s \u00ab\u00a0Algorithme \u00e9ponyme\u00a0\u00bb de Babouillec Mise en sc\u00e8ne Marguerite Bordat &#038; Pierre Meunier Avignon 2015, Chartreuse de Villeneuve lez Avignon Dans cette 69e \u00e9dition du Festival d&rsquo;Avignon, Pierre Meunier et Marguerite Bordat pr\u00e9sentent \u00e0 partir de ce 15 juillet \u00e0 la Chartreuse Forbidden di sporgersi. Une \u00e9criture du plateau \u00e0 partir du texte Algorithme \u00e9ponyme de Babouillec autiste sans paroles. 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