


{"id":982,"date":"2015-07-16T16:27:02","date_gmt":"2015-07-16T14:27:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=982"},"modified":"2015-07-16T16:27:02","modified_gmt":"2015-07-16T14:27:02","slug":"monument-0-transedanse","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/monument-0-transedanse\/","title":{"rendered":"Monument 0 : Trans(e)danse"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8211;<br \/>\n<center><i><a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot78\">Monument 0 : Hant\u00e9 par la guerre (1913 &#8211; 2013)<\/a><\/i>,<br \/>\n<br \/>Conception et chor\u00e9graphie de <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot79\">Eszter Salamon<\/a><br \/>\n<br \/>Avignon 2015, Cour du lyc\u00e9e Saint-Joseph<\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-980\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/monument_0_1_-christine_rebet-www.jpg\" alt=\"monument_0_1_-christine_rebet-www.jpg\" align=\"center\" width=\"406\" height=\"595\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Avec <em>Monument 0<\/em>, Cour du lyc\u00e9e Saint Joseph, Eszter Salamon, livre une chor\u00e9graphie qui ne s&rsquo;\u00e9carte jamais de l&rsquo;humour. Pour autant que la guerre est en toile de fond, c&rsquo;est une figure d&rsquo;intimidation qu&rsquo;elle propose au spectateur.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p><sc><strong>Salamon : story, body, spirit<\/strong><\/sc><br \/>\nCourant janvier 2015, le Centre Pompidou avait mis \u00e0 l\u2019affiche le travail d\u2019Eszter Salamon qui se pr\u00e9sente comme danseuse et chor\u00e9graphe et qui, depuis 2001, est l\u2019artisan de plusieurs solos et cr\u00e9ations.<br \/>\nInstall\u00e9e \u00e0 Berlin depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, elle fut pendant pr\u00e8s de dix ans, de 1992 \u00e0 2000, interpr\u00e8te dans les compagnies des chor\u00e9graphes contemporains de Sidonie Rochon, Mathilde Monnier et Fran\u00e7ois Verret. Aujourd\u2019hui, son travail de cr\u00e9ation la conduit parfois \u00e0 travailler et \u00e0 favoriser des collaborations (Giszelle, 2001, pour Xavier Le Roy) ou \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 des commandes (Voice Over, 2009, pour Christian Rizzo). Initi\u00e9e au Ballet, berc\u00e9e par les traditions hongroises (Magyar Tancok, 2005) et notamment les danses folkloriques, le travail de Salamon est r\u00e9guli\u00e8rement pr\u00e9sent\u00e9 en Europe et en Asie, dans divers r\u00e9seaux. Prompte \u00e0 s\u2019ouvrir \u00e0 des exp\u00e9riences renouvel\u00e9es, on la retrouve assistante \u00e0 la mise en sc\u00e8ne d\u2019op\u00e9ra (<em>Theater der Wiederholungen<\/em> de Bernhard Lang, dirig\u00e9 par Xavier Le Roy au Steirischer Herbst Festival, Graz, en 2003) ; mais \u00e9galement \u00e0 la mise en sc\u00e8ne d\u2019une pi\u00e8ce de Karim Haddad dans le cadre du projet <em>Seven attempted escapes from Silence<\/em> (<em>Staatsoper Unter den Linden<\/em>, \u00e0 Berlin, en 2005).\u2028Indiff\u00e9rente \u00e0 une forme particuli\u00e8re, mais r\u00e9solument inscrite dans la recherche (en 2010, elle pr\u00e9sente <em>Dance for Nothing<\/em> d\u2019apr\u00e8s <em>Lecture on Nothing<\/em> (1949) de John Cage. On songe encore \u00e0 <em>Tales of the Bodiless<\/em>, lors du festival Agora de l&rsquo;Ircam au Centre Pompidou, \u00e0 Paris, en 2011) elle se nourrit de ses diff\u00e9rents voyages pour pr\u00e9senter des pi\u00e8ces \u00e9labor\u00e9es au cours d\u2019ateliers qui peuvent aussi bien \u00eatre des solos que des ballets, des performances que des \u00ab essais documentaires \u00bb, voire les performances documentaires comme en 2012, avec <em>M\u00e9lodrame<\/em>, un solo cr\u00e9e dans le contexte <em>Documentary Forum 2<\/em> \u00e0 Berlin au <em>Haus der Kulturen<\/em> der Welt de Berlin.<br \/>\n\u00ab Faire danse de tout \u00bb qui serait l\u2019\u00e9quivalent de \u00ab Faire th\u00e9\u00e2tre de tout \u00bb\u2026 Eszter Salamon associe son travail artistique \u00e0 l\u2019enqu\u00eate, au documentaire, \u00e0 l\u2019auto-fiction&#8230; et s\u2019aventure dans le territoire de la danse, sans se d\u00e9partir de son identit\u00e9 de femme. Comme ce fut d\u2019ailleurs le cas pour son premier solo <em>What a Body you Have Honey<\/em> (2001), qui tranchait la question du corps en la dissimulant enti\u00e8rement nue derri\u00e8re une grosse couette. Trois ans plus tard, <em>Reproduction<\/em> revendiquait l\u2019absurdit\u00e9 la notion de genre et neuf actrices \u00e0 moustaches et slips rembourr\u00e9s en finissaient avec cette cat\u00e9gorie en malmenant la biens\u00e9ance. S\u2019il y avait une constance dans la pratique de la performeuse, sans doute faudrait-il souligner qu\u2019elle ouvre la danse \u00e0 des constituants telle la parole, tel le t\u00e9moignage et qu\u2019elle ass\u00e8ne qu\u2019il faut en finir avec l\u2019id\u00e9e de \u00ab La f\u00e9tichisation de la danse comme art pouvant tout dire ne me concerne pas \u00bb. D\u2019o\u00f9 un recours aux mots et aux sons dans son travail. Depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, et notamment avec la pi\u00e8ce <em>Tales to the bodiless<\/em>, en collaboration avec Bojana Cvejic, son \u00e9tude la conduit \u00e0 penser la question du corps et de sa disparition. Un th\u00e8me qui finalement devait l\u2019amener aux s\u00e9ries Monument\u2026<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-981\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/monument_0_2_-christine_rebet-www.jpg\" alt=\"monument_0_2_-christine_rebet-www.jpg\" align=\"center\" width=\"433\" height=\"595\" \/><br \/>\n<sc><strong>Monument<\/strong><\/sc><br \/>\nIl est difficile de faire abstraction de ce que le cerveau convoque dans le temps de la repr\u00e9sentation qui exc\u00e8de, comme chacun le sait, le temps du spectacle. Cette mani\u00e8re que l\u2019esprit a d\u2019agir seul dans le temps de la rencontre avec une \u0153uvre qu\u2019il d\u00e9couvre, puis apr\u00e8s dans le prolongement de l\u2019expression ce qui dure sous la forme d\u2019impression. Regardant Monument, dans le courant de la performance qui est livr\u00e9e, c\u2019est un po\u00e8me de Brecht, <em>La l\u00e9gende du soldat mort<\/em>, qui vient me hanter. Po\u00e8me \u00e9crit par le jeune Brecht qui fait acte de pacifisme en relatant la mani\u00e8re dont les soldats qui sont mutil\u00e9s sur le front de la guerre (14-18) sont envoy\u00e9s dans les h\u00f4pitaux pour \u00eatre \u00ab r\u00e9par\u00e9s \u00bb avant d\u2019\u00eatre r\u00e9exp\u00e9di\u00e9s sur le front. Mouvement infernal, mouvement st\u00e9rile, en cercle ferm\u00e9\u2026 ou plut\u00f4t absence de mouvement qui conduit \u00e0 vivre l\u2019\u00e9ternel retour du m\u00eame ou la m\u00eame nuit sans horizon.<br \/>\n<em>Monument<\/em> ressemblera \u00e0 cette nuit sans horizon d\u2019o\u00f9 monte un chant de douleur, peut-\u00eatre une pri\u00e8re ou une symphonie de larmes qui marquerait un deuil. C\u2019est la premi\u00e8re note qui parvient de Monument, pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019ouverture fun\u00e8bre o\u00f9 les danseurs, d\u2019abord allong\u00e9s comme sans vie apparaissent dans la p\u00e9nombre, puis viennent, un \u00e0 un, en front de sc\u00e8ne d\u00e9fier les d\u00e9mons de la nuit. Et dans l\u2019obscurit\u00e9 att\u00e9nu\u00e9e par une lumi\u00e8re infiniment fragile, on distingue leurs corps barriol\u00e9s et leurs visages peints. Sensation de d\u00e9paysement ou de rite ancestral de la danse. L\u2019ornement qui les habille est inconnu ou fait \u00e9cho \u00e0 quelques formes lointaines de masques de guerriers en passe d\u2019aller prouver qu\u2019ils ont franchi tous les rites initiatiques. Et c\u2019est un rythme rapide qui s\u2019accomplit, une danse o\u00f9 le visage expressif, la grimace et le rictus font partis de la d\u00e9monstration de force et d\u2019intimidation.<br \/>\nC\u2019est que <em>Monument<\/em>, pour autant que la pi\u00e8ce concerne les guerres lointaines o\u00f9 l\u2019europ\u00e9en n\u2019est jamais \u00e9tranger, est avant tout la forme chor\u00e9graphique qui renvoie \u00e0 une iconographie tribale, cultuelle, o\u00f9 le corps, pris dans les sauts et les contorsions, rappellent que ce qui pr\u00e9c\u00e9de la bataille, et rel\u00e8ve d\u2019un art de la guerre qui n\u2019exclut pas l\u2019art. Celui de la danse et de la transe, celui de la peinture qui donne au visage ses traits monstrueux et revendique les qualit\u00e9s du guerrier. Et tout le temps de cette chor\u00e9graphie qui n\u2019est en d\u00e9finitive consacr\u00e9e qu\u2019au pr\u00e9liminaire de la guerre, ce qui parvient \u00e0 l\u2019\u00e9coute, c\u2019est la percussion du talon sur le sol. Cette mani\u00e8re dont le talon vient taper le sol, marquant un territoire \u00e0 d\u00e9fendre, soulignant une force audible aupr\u00e8s de celui auquel on va s\u2019affronter. Salamon d\u00e9clinera ce \u00ab signe \u00bb tout au long de la pi\u00e8ce o\u00f9 apr\u00e8s les solos, la formation au complet s\u2019accomplira dans un ballet o\u00f9 la danse du baton relaie encore l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00ab jeter son corps dans la bataille \u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire, et disons-le encore, un art de l\u2019affrontement qui commence par un art de l\u2019intimidation.<br \/>\nAu final, alors que d\u00e9ambule dans un \u00ab cim\u00e9ti\u00e8re \u00bb qui se livre par les dates des batailles pass\u00e9es, pr\u00e9sentes et \u00e0 venir, un homme au chapeau victorien, c\u2019est un pied de nez qui vient ponctuer Monument qui ne s\u2019est jamais d\u00e9parti d\u2019un humour, voire d\u2019un comique, li\u00e9 \u00e0 ces \u00e9pisodes o\u00f9 l\u2019intimidation est grotesque et n\u2019\u00e9vite rien.<br \/>\nDans un travail fond\u00e9 sur le diff\u00e9r\u00e9, Salamon ne repr\u00e9sente pas la guerre, mais les signes qui l\u2019annoncent. Jouant de toutes les parties de ces interpr\u00e8tes, c\u2019est le grognement, la percussion, le chant qui annonce le rapport anthropophagique que la figure du guerrier entretient \u00e0 son ennemi qui, invisible sur la sc\u00e8ne, est le destinataire de ces transes.<\/p>\n<hr \/>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/108275993\" width=\"500\" height=\"281\" frameborder=\"0\" webkitallowfullscreen mozallowfullscreen allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vimeo.com\/108275993\">Entretien d&rsquo;Eszter Salamon pendant la  pr\u00e9sentation de <i>Monument 0 &#8211; Hant\u00e9 par les guerres (1913-2013)<\/i> au PACT Zollverein<\/a> from <a href=\"https:\/\/vimeo.com\/user13199127\">Botschaft<\/a> on <a href=\"https:\/\/vimeo.com\">Vimeo<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Monument 0 : Hant\u00e9 par la guerre (1913 &#8211; 2013), Conception et chor\u00e9graphie de Eszter Salamon Avignon 2015, Cour du lyc\u00e9e Saint-Joseph Avec Monument 0, Cour du lyc\u00e9e Saint Joseph, Eszter Salamon, livre une chor\u00e9graphie qui ne s&rsquo;\u00e9carte jamais de l&rsquo;humour. 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