


{"id":992,"date":"2015-07-18T01:48:18","date_gmt":"2015-07-17T23:48:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=992"},"modified":"2015-07-18T01:48:18","modified_gmt":"2015-07-17T23:48:18","slug":"dinamo-de-tolcachir-caravane-des-solitudes-derisoires","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/dinamo-de-tolcachir-caravane-des-solitudes-derisoires\/","title":{"rendered":"Dinamo, de Tolcachir : Caravane des solitudes d\u00e9risoires"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8212;<br \/>\n<center><i><a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot68\">Dinamo<\/a><\/i> (<i>Dynamo<\/i>), de <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot65\">Claudio Tolcachir<\/a>, <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot66\">Melisa Hermida<\/a> et <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot67\">Lautaro Perotti<\/a><br \/>\n<br \/>Avignon 2015, Lyc\u00e9e Mistral<\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-990\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton373.jpg\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-991\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/2015_dinamo.jpg\" alt=\"2015_dinamo.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Ensemble, trois metteurs en sc\u00e8ne argentins (Claudio Tolcachir, Melisa Hermida et Lautaro Perotti) ont imagin\u00e9 et \u00e9crit un spectacle cocasse pour trois actrices (Marta Lubos, Danielo Pal, Paula Rosenberg) \u2013 six bonnes raisons de constater, devant ce music-hall psychanalytique, d\u00e9risoire et finalement naus\u00e9abond, que les bonnes volont\u00e9s se retournent parfois contre ceux qui les portent.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p>Empruntons au Mar\u00e9chal Foch sa glorieuse question jadis lanc\u00e9e \u00e0 voix haute devant le champ de bataille\u00a0: <i>de quoi s\u2019agit-il\u2009? <\/i> Une caravane est plant\u00e9e au milieu du plateau. D\u00e9coup\u00e9 dans la longueur, ce mobile-home immobile laisse voir son ventre\u00a0: obsc\u00e9nit\u00e9 d\u2019un int\u00e9rieur sagement d\u00e9glingu\u00e9, organis\u00e9 avec rigueur pour nous montrer que tout y est d\u00e9sorganis\u00e9. L\u00e0, une psychotique \u2013 Marisa \u2013, sortie de l\u2019h\u00f4pital apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es d\u2019internement, et bien r\u00e9solue \u00e0 reprendre une carri\u00e8re de joueuse de tennis malgr\u00e9 ses vingt (soyons aimable) kilos en trop, cherche sa tante \u2013 Ada \u2013, qui pourra la loger. Cette tante est en loque\u2009; mi-Patti Smith, mimolette, elle vit sur les d\u00e9combres de son glorieux pass\u00e9\u00a0: chanteuse nagu\u00e8re (une affiche \u00e0 demi arrach\u00e9e en t\u00e9moigne), d\u00e9sormais incapable de faire autre chose que de pousser des souffles d\u00e9timbr\u00e9s dans un micro \u00e0 la recherche vaine de son inspiration perdue. Surgit Harrima, jeune immigr\u00e9e cach\u00e9e dans les recoins de la caravane. Ada y saisira l\u2019\u00e9nergie pour puiser une cr\u00e9ativit\u00e9 neuve, et Marisa, qui croira \u00e0 un nouveau d\u00e9lire, trouvera consolation et force de faire son deuil\u00a0: Harrima subviendra \u00e0 leur besoin quotidien. Ces trois solitudes, branch\u00e9es l\u2019une \u00e0 l\u2019autre comme la dynamo d\u2019une \u00e9nergie nouvelle, finiront par former la communaut\u00e9 fragile qui semble \u00e9voquer l\u2019all\u00e9gorie de nos soci\u00e9t\u00e9s moribondes, mais tenaces, dignes dans le ridicule (ou ridicules dans leur dignit\u00e9).<br \/>\nCeci trac\u00e9 \u00e0 grands traits dit mal cependant la pr\u00e9tention au comique d\u2019un spectacle qui r\u00e9ussit la prouesse d\u2019\u00eatre l\u00e9thargique malgr\u00e9 la direction hyst\u00e9rique des actrices. La fable emprunte autant \u00e0 l\u2019antique, v\u00e9n\u00e9rable et si poussi\u00e9reux mod\u00e8le dramatique (le r\u00e9cit est une ligne droite, ses r\u00f4les des personnages) qu\u2019\u00e0 l\u2019esth\u00e9tique kitsch des telenovellas sud-am\u00e9ricaines. Le seul et unique ressort ne tient qu\u2019au pass\u00e9\u00a0: dans cette forme qui lorgne aussi vers la construction hollywoodienne du r\u00e9cit, l\u2019id\u00e9ologie de l\u2019Histoire est un trauma, le temps une pure nostalgie. La joueuse de tennis est devenue folle apr\u00e8s la mort de ses parents (suicide\u2009? ou accident\u2009? \u2013 question pour elle insondable et insoluble), mais d\u2019une folie de seconde main comme dans les pires sc\u00e9narios de s\u00e9ries B on n\u2019ose m\u00eame l\u2019\u00e9crire\u00a0: la pauvre fille voit des morts (rires de la salle attendus). Quant \u00e0 la chanteuse au look de rock star d\u00e9chue \u2013 clocharde donc, pendue \u00e0 son micro \u2013, c\u2019est dans le deuil de son amour qu\u2019elle vit\u00a0: avec Muriel, son duo \u00e9tait sa gloire ; on comprendra qu\u2019en rejetant l\u2019une, elle perdait l\u2019autre. Ainsi, quand la <em>mort<\/em> \u2013 r\u00e9duit \u00e0 la perte \u00e9go\u00efste de papa et de maman comme on perd un jouet \u2013, et <em>l\u2019amour<\/em> \u2013 le sentiment de la possession confondu avec celui de la r\u00e9ussite \u2013 tiennent lieu de substrat narratif et psychologique, cela en dit long sur ceux qui voudraient en faire des valeurs, autant litt\u00e9raires qu\u2019humaines.<br \/>\nCe pourrait \u00eatre inoffensif et doucement d\u00e9risoire\u00a0: des gags s\u2019encha\u00eenent dans l\u2019\u00e9coute religieuse et\/ou moribonde d\u2019une salle endormie. Quelques moments m\u00e9lodramatiques voudraient faire surgir ici une \u00e9motion endeuill\u00e9e (oh, comme maman\/ma femme\/mon fils me manque\u2026), l\u00e0 une douleur dans le souvenir perdu\u00a0: la caravane ne passe pas, les chiens baillent. Le spectateur parfois sensible aux accords de guitare de Joaquin Segade au bord du plateau (quatri\u00e8me solitude qui semble parfois jouer pour lui seul), ne verrait ici que des emprunts aux formes les plus conventionnelles de l\u2019intrigue et pourrait simplement pousser un soupir d\u2019ennui.<br \/>\nIl y a pourtant davantage. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle de la fable, voir ces deux personnages r\u00e9duits \u00e0 leur vacuit\u00e9 \u2013\u00a0leur propre narcissisme \u2013, qui envisagent leur vie seulement sous son aspect le plus vulgaire (la r\u00e9ussite sociale, sportive, ou artistique\u00a0: la reconnaissance) faire face \u00e0 une troisi\u00e8me figure, dynamique et entreprenante, la jeune immigr\u00e9e Harrima, ne laisse pas d\u2019interroger. Car Harrima ne parle pas la langue des deux autres, et, pour \u00eatre plus pr\u00e9cis \u2013 coup de force dramaturgique sans doute dans l\u2019esprit des auteurs \u2013 elle ne parle pas une langue v\u00e9ritable. Les auteurs semblent tr\u00e8s fiers, \u00e0 la lecture du programme, d\u2019avoir invent\u00e9 de toutes pi\u00e8ces un langage qui semble tenir autant du serbo-croate que de l\u2019arabe, un langage mis en pi\u00e8ces plut\u00f4t, fait d\u2019onomatop\u00e9es et de bruits de gorges, de chuintantes et de sourdes. On songe alors, sans l\u2019oser tout \u00e0 fait, \u00e0 ce retournement terrible de la langue mineure en langue inaudible, sauvage, barbare, et aux soubassements politiques de ce que ce proc\u00e9d\u00e9 r\u00e9v\u00e8le. Le barbare, c\u2019\u00e9tait pour le citoyen grec, celui qui ne parlait pas la langue grecque, et donc qui ne parlait pas du tout, n\u2019\u00e9tait dou\u00e9 ni de raison ni de langage (<em>logos<\/em> est le mot qui assemble la rationalit\u00e9 et la parole)\u00a0: individu capable seulement de pousser des borborygmes, sons inarticul\u00e9s, bla bla bla sans finalit\u00e9 qui finira par produire le mot \u00e9quivalent, <em>barbare<\/em>, celui qui ne semble que pouvoir dire un son infiniment insens\u00e9\u00a0: <i>barbarbarbar<\/i>.<br \/>\nD\u00e8s lors, il est curieux de voir, dans la mont\u00e9e en intensit\u00e9 de l\u2019intrigue, que cette \u00e9trang\u00e8re prendra le pouvoir sur la destin\u00e9e des deux autres personnages en assumant les t\u00e2ches n\u00e9cessaires \u00e0 la vie telle que les auteurs semblent la concevoir : faire les courses, payer les factures, faire le m\u00e9nage (tenir la maison). \u00c0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019all\u00e9gorie que cette fable semble dessiner, on se trouve face \u00e0 la r\u00e9signation d&rsquo;individus narcissiques, m\u00e9lancoliques et d\u00e9finitivement traumatis\u00e9s par la perte d\u2019une vie pass\u00e9e, qui laissent \u00e0 un \u00eatre qu\u2019ils per\u00e7oivent d\u00e9nu\u00e9 de langage la conduite de leur vie et la consolation de leur personne. L\u2019immigr\u00e9e, qui a laiss\u00e9 derri\u00e8re elle un jeune enfant et toute une vie \u2013 sc\u00e8ne interminable d\u2019une s\u00e9ance Skype en langue barbare (dont on comprendra \u00e9videmment tout\u00a0: l\u2019\u00e9tranger pens\u00e9 par ces auteurs est un animal que le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 force de gestes sait dompter et rendre compr\u00e9hensible par la gr\u00e2ce de quelques lourdeurs sc\u00e9niques) \u2013, l\u2019\u00e9trang\u00e8re est aux yeux de l\u2019une l\u2019outil susceptible de suppl\u00e9er le manque, aux yeux de l\u2019autre un cadavre (c\u2019est ce qui fait froid dans le dos\u00a0: que l\u2019immigr\u00e9e est <em>litt\u00e9ralement<\/em> un macchab\u00e9e pour celui qui l\u2019emploie) capable de donner des nouvelles de maman\u00a0: pour tous, la bonne main, la bonne p\u00e2te, l\u2019esclave d\u2019un humanisme qui ne pensait pas \u00e0 mal.<br \/>\nCar c\u2019est peut-\u00eatre le pire. Derri\u00e8re cet humanisme d\u00e9goulinant qui suinte la solidarit\u00e9 des solitudes, perce l\u2019abjecte id\u00e9ologie morale d\u2019un fascisme du pas-fait-expr\u00e8s, les relents naus\u00e9abonds sur le r\u00f4le de l\u2019immigr\u00e9 (de la femme\u2009?) comme esclave quotidien, faire valoir des m\u00e9lancolies narcissiques et d\u00e9risoires des occidentaux, et du rire des spectateurs. Reste th\u00e9\u00e2tralement une dramaturgie fond\u00e9e sur la pseudo invention pour la figure de l\u2019\u00e9trang\u00e8re d\u2019un langage de nourrisson ou de b\u00eate, bruits et sons, balbutiements\u00a0: et qu\u2019on ose ensuite clamer que l\u2019esth\u00e9tique ne fait pas signe vers le politique, ou que le po\u00e9tique est \u00e9tanche \u00e0 toute \u00e9thique.<br \/>\nLe premier mot de la pi\u00e8ce, pour finir\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a personne\u2009?\u00a0\u00bb. S&rsquo;en tenir l\u00e0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212; Dinamo (Dynamo), de Claudio Tolcachir, Melisa Hermida et Lautaro Perotti Avignon 2015, Lyc\u00e9e Mistral Ensemble, trois metteurs en sc\u00e8ne argentins (Claudio Tolcachir, Melisa Hermida et Lautaro Perotti) ont imagin\u00e9 et \u00e9crit un spectacle cocasse pour trois actrices (Marta Lubos, Danielo Pal, Paula Rosenberg) \u2013 six bonnes raisons de constater, devant ce music-hall psychanalytique, d\u00e9risoire et finalement naus\u00e9abond, que les bonnes volont\u00e9s se retournent parfois contre ceux qui les portent. 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