


{"id":1843,"date":"2018-06-12T07:25:52","date_gmt":"2018-06-12T05:25:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1843"},"modified":"2018-06-12T07:25:52","modified_gmt":"2018-06-12T05:25:52","slug":"edito-juin-2018","status":"publish","type":"edito","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/edito\/edito-juin-2018\/","title":{"rendered":"Juin 2018"},"content":{"rendered":"<div style=\"display: block; position: relative;\">\n<div style=\"padding-top: 56.25%;\"><iframe loading=\"lazy\" style=\"width: 100%; height: 100%; position: absolute; top: 0px; bottom: 0px; right: 0px; left: 0px; border: none;\" src=\"https:\/\/www.bfmtv.com\/static\/nxt-video\/player.html?video=5790420703001&amp;brand=BFMTV&amp;url=https:\/\/www.bfmtv.com\/mediaplayer\/video\/bravo-a-l-elysee-emmanuel-macron-felicite-mamoudou-gassama-pour-son-geste-heroique-1078611.html\" width=\"300\" height=\"150\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/div>\n<\/div>\n<p>Au lecteur qui croira que nous revenons sur l\u2019une des cr\u00e9ations de Lupa, nous adressons nos excuses anticip\u00e9es. Il pourra en parcourant {l\u2019Insens\u00e9} trouver sur ce spectacle.<br \/>\nAu lecteur qui pensera que nous revenons sur la pi\u00e8ce de Lupa, nous n\u2019adresserons aucune excuse, puisque myope il n\u2019aura pas vu ce \u00ab la \u00bb qui pr\u00e9c\u00e8de le titre qui lui ne portait pas la marque du d\u00e9terminant.<br \/>\nAussi, \u00ab La place des h\u00e9ros \u00bb, titre de ce modeste \u00e9ditorial, n\u2019a que peu \u00e0 voir, a priori, avec le th\u00e9\u00e2tre, sauf \u00e0 penser, comme Jean Duvignaud, la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 du jeu social et c\u2019est, \u00e0 cet endroit, le cas.<br \/>\nNous serons bref. Il y a un peu plus de 70 ans, Brecht nous entretenait du rapport que nous avons aux \u00ab h\u00e9ros \u00bb. Le \u00ab h\u00e9ros \u00bb ce \u00ab r\u00f4le type \u00bb qui hante la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre classique, Brecht n\u2019aura jamais cess\u00e9 d\u2019en d\u00e9construire la forme et d\u2019en faire la critique. Chez Galy Gay, par exemple, anonyme par nature, aux noms incertains et changeants, mall\u00e9able \u00e0 souhait, ne portant aucune d\u00e9termination id\u00e9ologique personnelle. Ailleurs, le dramaturge europ\u00e9en se d\u00e9solait : \u00ab malheureux le pays qui a besoin de h\u00e9ros \u00bb, c\u2019\u00e9tait dans {La Vie de Galil\u00e9e}.<br \/>\nAilleurs encore, Catherine, figure muette et indocile de {M\u00e8re Courage}, \u00e9tait embl\u00e9matique de ce que, non le h\u00e9ros, mais l\u2019h\u00e9ro\u00efsme induit : une conscience qui s\u2019\u00e9veille. Pour les familiers de Brecht, Catherine, on s\u2019en souvient, meurt sur un toit, tir\u00e9e comme un lapin par les soldats, apr\u00e8s qu\u2019elle refuse d\u2019arr\u00eater de jouer du tambour qui alerte le village promis au massacre. Catherine la moche, la muette\u2026 mais h\u00e9ro\u00efque, sans recouvrir les fards du h\u00e9ros. Sans doute le personnage le plus abouti chez Brecht qui cherchait un langage qui nous \u00e9carte du langage salop\u00e9 par la pratique quotidienne et politique. En faisant de Catherine une muette (\u00e9tranger \u00e0 ce langage salop\u00e9), il tenait Catherine loin du consensus et de la pens\u00e9e amput\u00e9e qu\u2019induit tout espace dialectique qui s\u2019organise \u00e0 partir et autour du langage. Et ceux qui ne parlent plus, ceux qui ont rompu avec le langage, sont ceux, sans doute, qui permettent de faire na\u00eetre le mouvant ou l\u2019Histoire.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMais bref, ces derniers temps, un jeune pr\u00e9sident amateur de th\u00e9\u00e2tre dans sa jeunesse \u2013 non loin du bras de son professeur qui l\u2019a initi\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne \u2013 distingue des h\u00e9ros. Un commandant de gendarmerie meurt, et c\u2019est le dictionnaire qui se gonfle d\u2019un synonyme. Arnaud Beltrame serait \u00ab le nom de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme fran\u00e7ais \u00bb d\u00e9clarera-t-il, alors que la maman de l\u2019enfant, qui a pris go\u00fbt \u00e0 l\u2019uniforme, refuse l\u2019id\u00e9e de \u00ab h\u00e9ros \u00bb et lui pr\u00e9f\u00e8re celui d\u2019un fils qui \u00ab a fait son devoir \u00bb. C\u2019\u00e9tait il y a quelques mois, jusqu\u2019\u00e0 ce que Mamoudou Gassama sauve un minot promis \u00e0 une chute mortelle. Mamoudou clandestin sans-papiers voit son destin bascul\u00e9 et le jeune pr\u00e9sident amateur de th\u00e9\u00e2tre se fend d\u2019une nouvelle d\u00e9claration \u00ab en reconnaissance de cet acte h\u00e9ro\u00efque \u00bb\u2026 Voil\u00e0 Mamoudou naturalis\u00e9 fran\u00e7ais, rejoignant provisoirement le corps des sapeurs\u2026<br \/>\nOn aurait aim\u00e9 que Mamoudou puisse lui aussi devenir \u00ab le nom de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme fran\u00e7ais \u00bb, un synonyme magnifique enrichissant la langue fran\u00e7aise de sa diversit\u00e9 culturelle clandestine et d\u00e9clar\u00e9e. Imaginez un instant avoir le choix entre deux \u00e9nonc\u00e9s : \u00ab Je suis un h\u00e9ros \u00bb ou \u00ab je suis un Mamoudou \u00bb\u2026<br \/>\nMais bref, l\u2019ordre des \u00e9nonc\u00e9s parall\u00e8le \u00e0 celui des \u00e9v\u00e9nements fait que Mamoudou aura droit seulement \u00e0 la \u00ab reconnaissance\u2026 \u00bb.<br \/>\n(Et l&rsquo;on ne vous parlera pas d&rsquo;Aymen Latrous, jeune tunisien sans-papiers qui, d\u00e9cor\u00e9 par le maire de la ville de Fosses \u00ab\u00a0m\u00e9daille de la bravoure\u00a0\u00bb, a du mal \u00e0 ne pas \u00eatre expuls\u00e9. Le dossier est en cours de r\u00e9-examen par le pr\u00e9fet qui \u00e9value le sauvetage de deux enfants en proie aux flammes comme \u00ab\u00a0un acte positif et altruiste\u00a0\u00bb).<br \/>\nAlors que dire de tout cela ou de cette suite m\u00e9diatique qui n\u2019enl\u00e8ve rien ni au gendarme ni au sauveur ?<br \/>\nSi l\u2019art politique rel\u00e8ve en partie de la r\u00e9p\u00e9tition (comme le th\u00e9\u00e2tre un peu aussi), on regrettera que le jeune pr\u00e9sident n\u2019ait pas utilis\u00e9 le m\u00eame \u00e9nonc\u00e9 pour Mamoudou. Qu\u2019il eut \u00e9t\u00e9 pertinent chez celui qui nous r\u00e9forme \u00e0 marche forc\u00e9e (ordonnances pour le moment, 49.3 dans quelques temps) de nous imposer cela : une r\u00e9forme lexicale (why not ?) quand l&rsquo;anglicisme est devenu si commun chez lui. Certains lui auraient sans doute reproch\u00e9 de se r\u00e9p\u00e9ter. Mais la politique men\u00e9e par le jeune pr\u00e9sident amateur de th\u00e9\u00e2tre n\u2019est-elle pas elle-m\u00eame la r\u00e9p\u00e9tition de ce que les citoyens ont d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu ? En d\u00e9finitive, l\u2019exception faite par le jeune pr\u00e9sident amateur de th\u00e9\u00e2tre \u00ab de ne pas r\u00e9p\u00e9ter \u00bb l\u2019\u00e9nonc\u00e9 valant pour le gendarme pour Mamoudou souligne quelque chose d\u2019incoh\u00e9rent\u2026 ou de plus sournois.<br \/>\nMamoudou est peut-\u00eatre devenu un h\u00e9ros dans lequel quelques-uns auront du mal \u00e0 s\u2019incarner (c&rsquo;est le propre du h\u00e9ros d&rsquo;incarner)\u2026<br \/>\nA commencer par le jeune pr\u00e9sident amateur de th\u00e9\u00e2tre dont le sourire et la conversation embarrass\u00e9s, devant Mamoudou, dans les salons dor\u00e9s du Palais, trahissaient un aveu inavouable qui tranchaient avec le discours lyrique tenu \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;hommage national, devant le cercueil du gendarme.<br \/>\nCe que les deux sc\u00e8nes, {in fine}, construisent ou r\u00e9v\u00e8lent, c\u2019est le peu de proximit\u00e9 que le jeune pr\u00e9sident amateur de th\u00e9\u00e2tre entretient avec le vivant\u2026 La place du h\u00e9ros qu\u2019occupait Mamoudou le montrait sans \u00e9quivoque.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au lecteur qui croira que nous revenons sur l\u2019une des cr\u00e9ations de Lupa, nous adressons nos excuses anticip\u00e9es. Il pourra en parcourant {l\u2019Insens\u00e9} trouver sur ce spectacle. Au lecteur qui pensera que nous revenons sur la pi\u00e8ce de Lupa, nous n\u2019adresserons aucune excuse, puisque myope il n\u2019aura pas vu ce \u00ab la \u00bb qui pr\u00e9c\u00e8de le titre qui lui ne portait pas la marque du d\u00e9terminant. 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