


{"id":4587,"date":"2021-03-17T20:28:22","date_gmt":"2021-03-17T19:28:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4587"},"modified":"2021-03-17T20:28:22","modified_gmt":"2021-03-17T19:28:22","slug":"loccupation-du-theatre-un-jour-au-merlan","status":"publish","type":"edito","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/edito\/loccupation-du-theatre-un-jour-au-merlan\/","title":{"rendered":"L&rsquo;occupation du th\u00e9\u00e2tre | un jour au Merlan"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas la culture qui est en danger, ce sont les travailleurs de la culture&nbsp;\u00bb. Sur le plateau, l&rsquo;homme qui lit difficilement son texte l\u00e2che ses mots dans quinze heure de l\u2019apr\u00e8s-midi bien entam\u00e9. L\u2019Assembl\u00e9e G\u00e9n\u00e9rale des Occupants du Merlan dure depuis une heure, et ces mots finissent par d\u00e9visager l\u2019hypocrisie ambiante, entretenue avec complicit\u00e9 par les pouvoirs publics et m\u00e9diatiques ; ils nomment aussi la qualit\u00e9 de l\u2019air, la densit\u00e9 des forces, la fragilit\u00e9 de ces jours.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Au d\u00e9but de la matin\u00e9e, en poussant les portes du th\u00e9\u00e2tre occup\u00e9, on s\u2019\u00e9tait rapidement rendu compte qu\u2019on \u00e9tait ailleurs. Que le th\u00e9\u00e2tre \u00e9tait soudain occup\u00e9, oui, \u00e0 \u00eatre autre chose qu\u2019un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 on ne fait d\u2019habitude que passer pour assister au spectacle. Occup\u00e9 \u00e0 \u00eatre autre chose que lui-m\u00eame. Il est neuf heures. En entrant, je tiens la porte \u00e0 une demi-douzaine de personnes, t\u00e9l\u00e9phones viss\u00e9s \u00e0 l\u2019oreille et qui ne sont visiblement pas des artistes. Mais le th\u00e9\u00e2tre est ouvert, entrons.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-4589 size-medium\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1318-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Le hall s\u2019orne de banderoles et de mots d\u2019ordre : des po\u00e8mes de Kerouac ; des affiches qui disent la solidarit\u00e9 avec l\u2019Od\u00e9on, fer de lance d\u2019un mouvement n\u00e9 avec le mois de mars. Plus loin, l\u2019inscription \u00ab\u00a0<em>Merlan Occup\u00e9\u00a0\u00bb <\/em>dit non seulement que le lieu est pris, mais qu\u2019il l\u2019est par des forces <em>\u00e9trang\u00e8res<\/em> au lieu. Tout \u00e0 l\u2019heure, la direction tentera ainsi vainement de le dire pendant l\u2019AG : non, ce n\u2019est pas le \u00ab\u00a0<em>Merlan\u00a0\u00bb<\/em>, mais le \u00ab\u00a0<em>ZEF\u00a0\u00bb. <\/em>Et l\u2019on songe r\u00eaveusement en effet \u00e0 ce qu\u2019il a co\u00fbt\u00e9 en \u00e9nergie, en argent public et en compagnes publicitaires il y a deux ans, pour imposer partout dans la ville et dans le cr\u00e2ne des \u00ab\u00a0usagers\u00a0\u00bb ce nouveau nom aux allures d\u2019acronyme : le ZEF. C\u2019est peine perdu, le Merlan s\u2019appelle le Merlan pour tous ceux qui ne sont pas du Merlan, d\u2019ailleurs, la preuve, c\u2019est le Merlan qu\u2019on occupe. Notre Pr\u00e9sident invitait les employ\u00e9s de la S<em>tart-Up<\/em> Nation \u00e0 \u00ab\u00a0enfourcher le Tigre\u00a0\u00bb, ici, on nous convie par d\u00e9rision \u2014 et esprit s\u00e9rieux sans quoi la d\u00e9rision est complice de paresse \u2014 \u00e0 \u00ab\u00a0enfourcher le Merlan\u00a0\u00bb. Va pour le Merlan, et va pour <em>l\u2019enfourchement.\u00a0<\/em><\/p>\n<p>\n\n\n<\/p>\n<p>Au fond de la caf\u00e9t\u00e9ria, l\u2019assembl\u00e9e pr\u00e9paratoire de l\u2019AG est r\u00e9unie. On parle de l\u2019ordre du jour de l\u2019Assembl\u00e9e G\u00e9n\u00e9rale de 14h, on fait le bilan des visites des m\u00e9dias, on prend soin de structurer le mouvement naissant. C\u2019est lundi. Le th\u00e9\u00e2tre est occup\u00e9 depuis vendredi seulement, et l\u2019enthousiasme des d\u00e9buts c\u00e8de d\u00e9j\u00e0 le pas au souci de l\u2019organisation ; la joie n\u2019est pas entam\u00e9e, elle a davantage de cernes et le soin de se prolonger. D\u00e9j\u00e0 l\u2019inqui\u00e9tude perce. Les nouvelles du front alternent entre le\u00a0plaisir des conqu\u00eates \u2014 toute cette matin\u00e9e, les paroles sont interrompues, scand\u00e9es m\u00eames, par l\u2019annonce des nouveaux th\u00e9\u00e2tres pris : Nice, Bordeaux, Rennes\u2026\u00a0\u2013, et par l\u2019incertitude qui p\u00e8se sur le devenir du mouvement \u00e0 Marseille. Evidemment, il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 plus symboliquement fort et aussi plus naturel que le th\u00e9\u00e2tre occup\u00e9 f\u00fbt le Centre Dramatique National, ce Th\u00e9\u00e2tre national de Marseille : La Cri\u00e9e. Mais dans le jeu des rapports de forces qui se constituait alors, il paraissait primordial qu\u2019un consentement \u00e0 l\u2019occupation soit obtenu. Consentement qui ne semblait pas garanti aupr\u00e8s de la Cri\u00e9e ; et pour cause. Tout le week-end, des \u00e9changes semble-t-il houleux ont l\u00e0-bas laiss\u00e9 appara\u00eetre des divergences. La Direction ne paraissait pas vouloir laisser leth\u00e9\u00e2tre entre les mains de syndicalistes qui, \u00e9videmment, ne d\u00e9siraient qu\u2019une chose, d\u00e9voyer une jeunesse pure d\u2019id\u00e9aux utopistes : hors de question de \u00ab voir une tente Quechua devant le Th\u00e9\u00e2tre National \u00bb, et encore moins d&rsquo;humer \u00ab l\u2019odeur des barbecues \u00bb. (Phrases rapport\u00e9es par plusieurs t\u00e9moins : r\u00e9v\u00e9latrices de ce qui joue aussi, dans cette lutte des classes \u00e0 d\u00e9couvert). La Cri\u00e9e finira par conc\u00e9der : d\u2019accord pour l\u2019occupation, mais seulement par des personnes tri\u00e9es sur le volet et valid\u00e9es par la direction elle-m\u00eame (soit : des \u00e9l\u00e8ves-acteurs de l\u2019\u00c9cole sup\u00e9rieure d\u2019Acteurs de Cannes et de Marseille) : <em>quid<\/em> des intermittents, repr\u00e9sentants syndicaux, artistes, techniciens, pr\u00e9caires ? \u2014 La volont\u00e9 de la Direction sera vite d\u00e9bord\u00e9e par la r\u00e9alit\u00e9, avec une occupation d&rsquo;\u00e9tudiants et d&rsquo;intermittents au-del\u00e0 du \u00ab\u00a0cercle \u00bb d&rsquo;anciens \u00e9l\u00e8ves de l&rsquo;\u00c9cole d&rsquo;acteurs. C\u2019est l\u2019enjeu m\u00eame de l\u2019occupation qui tend donc ici \u00e0 devenir une simple vitrine, garantissant au CDN <em>l\u2019image <\/em>d\u2019artistes d\u00e9fendant la Culture \u2014 la sienne \u2014, revendiquant d\u00e8s lors une chose : que <em>son<\/em> th\u00e9\u00e2tre ouvre, <a href=\"https:\/\/www.theatre-lacriee.com\/la-criee-occupee.html\">que <em>ses<\/em> spectacles soient jou\u00e9s<\/a>.\u00a0<\/p>\n<p>\n\n\n<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4591 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1320-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p>Or, c\u2019est un tout autre son de cloche qu\u2019on entendra au Merlan, moins harmonieux sans doute aux oreilles du Centre Dramatique National. La question de la r\u00e9ouverture n\u2019est pas centrale, elle est m\u00eame largement secondaire. Quand on l\u2019\u00e9voque, c\u2019est en pointant ses risques. Ouvrir ? Tout de suite et maintenant ? Pas question. Sans parler de l\u2019ind\u00e9cence \u00e0 \u00e9voquer une telle r\u00e9ouverture \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 on enterre dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale presque 3000 personnes par semaine en France, une telle r\u00e9ouverture ne servirait qu\u2019aux d\u00e9j\u00e0 mieux log\u00e9s, elle relancerait la machine implacable des productions, celle qui s\u00e9lectionne (exclut), fait jouer la concurrence (\u00e9limine), standardise les cr\u00e9ations (homog\u00e9n\u00e9ise).\u00a0<\/p>\n<p>\n\n\n<\/p>\n<p>Une jeune femme demande la parole : elle fait partie de la d\u00e9l\u00e9gation de tout \u00e0 l\u2019heure. Adjointe \u00e0 la Culture aupr\u00e8s du maire, elle dira tout \u00e0 la fois son soutien au mouvement de l\u2019occupation, et son souci de ne pas voir de tensions entre occupants et th\u00e9\u00e2tres. \u00ab\u00a0Il faut que le monde de la culture paraisse uni\u00a0\u00bb. Pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il ne l\u2019est pas. Quand certains rivalisent de tribune pour dire qu\u2019il <em>faut<\/em> ouvrir les th\u00e9\u00e2tres comme pour mieux \u00e9couler la marchandise, d\u2019autres exigent de s\u2019appuyer sur la crise pour en appeler au temps long, \u00e0 une refonte en profondeur du principe m\u00eame d\u2019une pseudo d\u00e9centralisation culturelle, qui n&rsquo;est que l\u2019autre nom d\u2019une impitoyable course aux armements culturels, o\u00f9 le \u00ab\u00a0marche ou cr\u00e8ve\u00a0\u00bb r\u00e8gne en majest\u00e9 depuis les bureaux de patrons de CDN. Ici autour de moi comme dans chacun des th\u00e9\u00e2tres occup\u00e9s, j\u2019observe que les artistes ne consid\u00e8rent plus depuis longtemps les \u00ab\u00a0lieux\u00a0\u00bb comme des <em>partenaires <\/em>de leur cr\u00e9ation. Au mieux comme un dehors vague et lointain, indiff\u00e9rent ; au pire comme un adversaire.<\/p>\n<p>\n\n\n<\/p>\n<p>Non, chacune des prises de paroles, au Merlan, se m\u00e9fie de tout retour \u00e0 <em>l\u2019anormale<\/em>. Ce monde d\u2019apr\u00e8s, qui s\u2019annonce d\u00e9j\u00e0 un monde d\u2019avant en pire, en plus caricatural. On pr\u00e9f\u00e8re ici parler d\u2019une fa\u00e7on neuve d\u2019envisager le m\u00e9tier, la r\u00e9partition des droits, la cr\u00e9ation m\u00eame : moins vorace pour la plan\u00e8te ; plus partageuse entre tou\u2022te\u2022s ; plus lente, plus confiante en ses risques, moins d\u00e9pendante du succ\u00e8s, de l\u2019estime.<\/p>\n<p>\n\n\n<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4588 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1317-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p>\u00c0 midi, le repas partag\u00e9 est l\u2019occasion de ces \u00e9changes, denses, ouverts, possibles. Des militants des droits sociaux sont l\u00e0 ; un Gilet Jaune. L\u2019Apr\u00e8s-M, ce lieu solidaire fond\u00e9 par les salari\u00e9s en lutte du McDo de Saint-Barth est tout pr\u00e8s : l\u2019un d\u2019eux est pr\u00e9sent aussi. On parle lutte, organisation du temps long, ravitaillement.<\/p>\n<p>\n\n\n<\/p>\n<p>Ce qui est surtout \u00e9voqu\u00e9, ce qui demeure avant tout autre chose, sera l\u2019objet des \u00e9changes lors de l\u2019AG du jour, comme il l\u2019est dans tous les th\u00e9\u00e2tres occup\u00e9s : c\u2019est la (contre) r\u00e9forme de l\u2019assurance ch\u00f4mage. Ironie du sort, elle ne concerne pas les intermittents, prot\u00e9g\u00e9s par leur lutte ancienne et l\u2019annexe 8 et 10 du r\u00e9gime g\u00e9n\u00e9ral de la s\u00e9curit\u00e9 sociale. Evoquer la situation de la cr\u00e9ation en France, c\u2019est imm\u00e9diatement entrer dans le vif du code du travail, parce que l\u2019une est l\u2019autre ne sont pas s\u00e9par\u00e9es, que l\u2019une est sous condition de l\u2019autre, que la <em>v\u00e9rit\u00e9 est concr\u00e8te <\/em>(Brecht) comme l\u2019est un article de loi, surtout quand il a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9 contre le pouvoir.\u00a0<\/p>\n<p>\n\n\n<\/p>\n<p>C\u2019est bien parce qu\u2019un travailleur de la culture est nourri de ces luttes qu\u2019il sait la fragilit\u00e9 de ces conqu\u00eates : que toute attaque, m\u00eame de biais, contre le monde du travail le <em>regarde<\/em>, non parce qu\u2019il pourrait \u00eatre concern\u00e9 \u00e0 l\u2019avenir (et c\u2019est sans doute le cas : le projet de r\u00e9forme tel qu\u2019il est discut\u00e9 rend possible une remise en cause en profondeur du r\u00e9gime des intermittents), mais parce qu\u2019il sait \u00eatre parmi les travailleurs, celui dont les conditions de travail d\u00e9termine la nature m\u00eame du travail.\u00a0<\/p>\n<p>\n\n\n<\/p>\n<p>Oui, c\u2019est cela qu\u2019on entend, loin de tout th\u00e9orie, sous les prises de parole ce lundi : travers\u00e9 par l\u2019exp\u00e9rience de la pratique m\u00eame du plateau, de l\u2019espace, et du temps. Une forme-de-vie autre, \u00e9pousant le rythme propre de la cr\u00e9ation et non ali\u00e9n\u00e9e aux cadences infernales de la <em>production<\/em> (mot qui a recouvert tout le spectre du <em>travail culturel<\/em>). Ce qui appara\u00eet alors, puissamment, c\u2019est combien l\u2019intermittence pourrait \u00eatre mod\u00e8le de sortie de la logique de l\u2019emploi et du salariat. Mod\u00e8le pour tous : l\u2019intermittence des m\u00e9tiers de la culture renvoie \u00e0 chacun : dans ce monde-ci, on est moins salari\u00e9 qu\u2019intermittent du travail, pr\u00e9caris\u00e9 et menac\u00e9. Un musicien du collectif \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/convergencedesluths.fr\">convergence des Luths<\/a>\u00a0\u00bb le dira, dans les mots de Bernard Friot : exiger le recul de d\u00e9clenchement des heures de l\u2019intermittence de 507h \u00e0 250h, pour demain le descendre \u00e0 50h, et apr\u00e8s-demain : \u00e0 z\u00e9ro heure. On rit dans la salle ; mais de quel rire ? Pas celui qui tient \u00e0 distance le r\u00e9el, plut\u00f4t celui qui lentement l\u2019envisage autrement.\u00a0<\/p>\n<p>\n\n\n<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4590 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1319-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e G\u00e9n\u00e9rale sur le plateau du Merlan est d&rsquo;abord longue et lente, comme le sont les AG trop polies qui n\u2019assemblent que les conquis. On a dress\u00e9 deux banderoles qui descendent des ceintres : <em>L\u2019Art est Public<\/em> \u00e0 Jardin, et \u00e0 Cour : <em>Aux Arts Mes Citoyens.<\/em> On a l\u2019imagination des \u00e9puis\u00e9s, celle qui ramasse au sol les anciennes pens\u00e9es qu\u2019on voudrait encore vivantes, et qui le sont par ce seul geste.\u00a0<\/p>\n<p>\n\n\n<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, apr\u00e8s les pr\u00e9sentations d\u2019usage, l\u2019\u00e9tat de la situation, le bilan des jours et des perspectives \u00e0 venir, enfin quelques tensions. On apprend incidemment que les AG \u00e0 venir se tiendront dehors. Dehors ? Mais quel sens \u00e0 dire le th\u00e9\u00e2tre <em>occup\u00e9<\/em> d\u00e8s lors ? Certains d\u00e9fendent la d\u00e9cision : il faut laisser les artistes entre les murs travailler. D\u2019autres soulignent \u00e0 juste titre que toute lutte sait devoir payer un prix. M\u00eame quand on est solidaires des artistes en travail, le temps des luttes n\u2019est pas celui de l\u2019art.\u00a0<\/p>\n<p>\n\n\n<\/p>\n<p>Plus profond\u00e9ment, ce qui appara\u00eet, c\u2019est cette fissure entre logique des luttes et celle des lieux. Dans toute action, la situation est manich\u00e9enne, disait \u00e0 peu pr\u00e8s Malraux. On est dedans ou dehors. On ne soutient pas une lutte : on la fait, ou on lui est hostile.\u00a0<\/p>\n<p>\n\n\n<\/p>\n<p>Devant la Cri\u00e9e, les conditions demand\u00e9es pour occuper le sacr\u00e9-saint th\u00e9\u00e2tre semblait le contraire m\u00eame de ce qu\u2019implique une occupation.\u00a0<\/p>\n<p>\n\n\n<\/p>\n<p>Mais justement : voici venu le temps o\u00f9 la lutte cesse d\u2019\u00eatre le semblant consensuel o\u00f9 tous pr\u00e9tendraient \u00eatre unis dans un m\u00eame faisceau d\u2019int\u00e9r\u00eats. C\u2019est bien parce que les int\u00e9r\u00eats divergent, voire s\u2019opposent, que la lutte prend son sens. Ce qui est en jeu, dans ces jours, c\u2019est de savoir si ce mouvement prend acte de ces divergences pour les accorder \u2014 et il s\u2019\u00e9teindra\u00a0 lentement et s\u00fbrement au gr\u00e9 de ses revendications pauvrement <em>culturelles<\/em> \u2014, ou si le rapport de forces \u00e9tablit clairement deux camps. Et il ne sera plus temps alors de \u00ab\u00a0r\u00e9clamer\u00a0\u00bb quoi que ce soit \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 paternelle, Etat ou Institutions culturelles, mais de prendre, d\u2019occuper, de se rendre ma\u00eetres et possesseurs des outils de productions qui appartiennent \u00e0 ceux qui s\u2019en servent parce qu\u2019ils savent s\u2019en servir. D\u2019occuper les th\u00e9\u00e2tres de nos vies m\u00eame.<\/p>\n<p>\n\n\n<\/p>\n<p>En fond de sc\u00e8ne, \u00e0 m\u00eame le sol du plateau du Merlan, un drap blanc est recouvert d\u2019une \u00e9criture rapide, rageuse ou d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, on ne sait pas. On peut lire : <em>The End ? <\/em>Le point d\u2019interrogation semble ajout\u00e9e, comme apr\u00e8s coup, par le remord, ou par la rage.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4592 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1325-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p>\n\n<p><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas la culture qui est en danger, ce sont les travailleurs de la culture&nbsp;\u00bb. Sur le plateau, l&rsquo;homme qui lit difficilement son texte l\u00e2che ses mots dans quinze heure de l\u2019apr\u00e8s-midi bien entam\u00e9. 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