


{"id":4607,"date":"2021-03-23T22:38:10","date_gmt":"2021-03-23T21:38:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4607"},"modified":"2021-03-23T22:38:10","modified_gmt":"2021-03-23T21:38:10","slug":"loccupation-des-theatres-un-jour-a-la-criee","status":"publish","type":"edito","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/edito\/loccupation-des-theatres-un-jour-a-la-criee\/","title":{"rendered":"L&rsquo;occupation des th\u00e9\u00e2tres | un jour \u00e0 la Cri\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab\u00a0Maintenons ces lieux ferm\u00e9s, ou occupons-les\u00a0\u00bb. Devant la Cri\u00e9e balay\u00e9e par le vent, ils doivent hausser la voix pour les dire, ces mots, et les cris qui se l\u00e8vent poss\u00e8dent la justesse et la hauteur qu\u2019il faut pour atteindre plus fermement la cible, celle qui se confond avec ce monde. La Cri\u00e9e fait face \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville, le vent s\u2019acharne sur nous\u00a0: \u00ab\u00a0mais que salubre est le vent\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n\n\n<p>C\u2019est la cri\u00e9e de la Cri\u00e9e depuis une heure, et \u00e0 pleine voix, dans les bourrasques on crie devant la Cri\u00e9e, on lit les textes urgents du moment, ceux \u00e9crits il y a deux jours, ou cent ans, les phrases incandescentes de fureur politique ou de douceur, on puise dans les puissances vengeresses. Ensuite, on piochera dans une sorte de boite ouverte aux passants et on lira ce qu\u2019ils ont d\u00e9pos\u00e9, m\u00eames violences tranquilles, douceurs intraitables\u00a0: toujours, m\u00eames inqui\u00e9tudes inlassables \u2014 les mots qu\u2019on entend ne touchent que de loin le souci culturel, parce qu\u2019ils affrontent tel qu\u2019en lui-m\u00eame ce monde, la violence qui partout s\u2019attaquent \u00e0 tous. \u00ab\u00a0Que ces lieux soient ouverts ou ferm\u00e9s, la seule culture qui nous reste, c\u2019est la culture du viol\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n\n\n<p>Oui, c\u2019est de cela qu\u2019il s\u2019agit. Non pas de <em>jouer, <\/em>plut\u00f4t au contraire. Qu\u2019on arr\u00eate la com\u00e9die, comme l\u2019\u00e9crit une pancarte rageuse. Embrasser d\u2019un m\u00eame <em>mouvement <\/em>les violences qui s\u2019acharnent sur les corps fragiles, les corps <em>mineurs \u2014 <\/em>et leur r\u00e9pondre\u00a0; et les tenir en <em>respect<\/em>.\u00a0<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4620 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1659-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, occuper un th\u00e9\u00e2tre \u2014 dira l\u2019un d\u2019eux \u2014 prolonge le m\u00eame geste d\u2019occupation des places il y a dix ans, des ronds-points plus r\u00e9cemment. La premi\u00e8re chose qu\u2019on fait pour s\u2019opposer \u00e0 ce monde, ce serait donc d\u2019abord de l\u2019occuper<span style=\"font-size: inherit;\">, d&rsquo;arr\u00eater la <em>marche<\/em>. Autrefois, on allait\u00a0; on manifestait en marchant. On rentrait chez soi. Cette fois, on reste. Et puis, davantage peut-\u00eatre que ces derni\u00e8res ann\u00e9es, se pose la question cruciale de ce que signifie l&rsquo;autogestion des occupations : le lieu comme territoire strat\u00e9gique d\u2019organisation, de rencontre, voire d\u2019intervention \u2014 un n\u0153ud d&rsquo;articulation possible entre les corps habituellement s\u00e9par\u00e9s par le travail.<\/span><\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p>Et pourquoi un th\u00e9\u00e2tre, pourquoi des th\u00e9\u00e2tres\u00a0? Pour renverser le stigmate peut-\u00eatre\u00a0? Th\u00e9\u00e2tre, haut lieu de l\u2019exclusion \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame o\u00f9 on pr\u00e9tend l\u2019assembl\u00e9e \u00e9galitaire, territoire qu\u2019on dit par r\u00e9flexe <em>politique<\/em> sans trop savoir pourquoi, ou parce qu\u2019on se souvient vaguement qu\u2019en Gr\u00e8ce, on avait invent\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre et la d\u00e9mocratie d\u2019un m\u00eame geste. Th\u00e9\u00e2tre, espace d\u2019un rituel d\u00e9mocratique qui ne sert plus que des puissants. D\u00e8s lors, cette intuition qu\u2019on entendra, au d\u00e9tour de ces mots emport\u00e9s\u00a0: non, on ne prend pas un th\u00e9\u00e2tre, on le reprend. Ces th\u00e9\u00e2tres nous \u00e9taient ferm\u00e9s : il faudra bien les ouvrir en deux.<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p>\u00c0 cette Cri\u00e9e, les micros ne fonctionnent pas, alors, on fera comme autrefois, avec ce qu\u2019on poss\u00e8de dans le corps, les forces qu\u2019a laiss\u00e9es la fatigue, qui est si grande. Une semaine. Cela fait une semaine. Quand l\u2019une d\u2019elles le rappellera, tout \u00e0 l\u2019heure, \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du soir, elle s\u2019entendra elle-m\u00eame dire ces mots, et semblera presque prise d\u2019\u00e9motion, de vertige. On est une semaine apr\u00e8s, donc.\u00a0<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p>Il y a une semaine, <a href=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/?p=4587\">j\u2019\u00e9crivais l\u2019incertitude et les risques<\/a>. <em>Que salubre est le vent.<\/em> On est une semaine plus tard, et dix jours apr\u00e8s la prise du Merlan\/Zef, le vendredi\u00a0; le lundi, la Cri\u00e9e, Centre Dramatique national est occup\u00e9. Difficilement d\u2019abord,\u00a0et dans le rapport de force nou\u00e9 avec ladite Direction. Une semaine ne fut pas de trop pour que l\u2019occupation<em> se fasse.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4621 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1660-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p><em>Je n\u2019y dors pas, je n&rsquo;y vis pas ; j\u2019\u00e9cris cela de ce c\u00f4t\u00e9 des choses pr\u00e9serv\u00e9es de la fatigue et des choix compliqu\u00e9s devant l\u2019action\u00a0; j\u2019\u00e9cris cela, autant que possible aupr\u00e8s de ceux qui le vivent, et ne le vivant pas depuis la nuit m\u00eame, et le petit matin. J\u2019\u00e9cris malgr\u00e9 tout, t\u00e2chant comme tous de trouver place dans les luttes qu\u2019on se donne, conscient que cette place n\u2019accorde pas le droit de parler au nom de ceux qui en font l\u2019\u00e9preuve dans le corps \u2014 seulement parler vers eux.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4637 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1656-450x600.jpeg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"600\" \/><\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quand on entre, on est frapp\u00e9 par la vie qui circule \u2014 de nouveau. Par l\u2019organisation qui s\u2019invente. La joie aussi de trouver les langages qui pourraient rendre possible la vie commune. Par ces lieux qui trouvent fa\u00e7ons de cohabiter, cuisine, travail, atelier, lecture. L\u2019espacement est affaire politique parce qu\u2019il permet la respiration propre \u00e0 l\u2019exercice du temps.\u00a0<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4627 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1666-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4628 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1667-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4629 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1668-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, les r\u00e9sistances n\u2019ont pas disparu. Les portes principales sont verrouill\u00e9es\u00a0; on n\u2019entre que par <em>l\u2019entr\u00e9e des artistes\u00a0; <\/em>les douches ne sont ouvertes qu\u2019\u00e0 heures fixes\u00a0; le plateau n\u2019est pas accessible\u00a0; les salles de r\u00e9p\u00e9tition non plus. Cela viendra, peut-\u00eatre. Il reste \u00e0 prendre.<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p>C\u2019est le matin, ils sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre pour le jour\u00a0: il y a les pr\u00e9parations pour l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, les actions \u00e0 venir la semaine. La veille, le Carnaval de la Plaine avait assembl\u00e9 sa foule joyeuse et frondeuse dans les rues du centre. Le pays se r\u00e9veille en d\u00e9couvrant le sens du mot carnaval, sa force vengeresse contre les temps de peste depuis mille ans, les risques pris au nom de la mort, c\u2019est-\u00e0-dire pour la vie. On parle de cela. On en parle gravement, je le remarque. Ici, on est, plus que partout ailleurs dans le pays, soucieux de chacun, on porte le masque, on se tient \u00e0 distance. On rappelle les <em>gestes<\/em>. On se veut responsable, alors les reproches nationaux touchent. On cherche des textes sur le carnaval. On poss\u00e8de des armes aussi, de la pens\u00e9e et de l\u2019intelligence.\u00a0<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p>Sur la table de travail, les livres sont r\u00e9pandus au milieu des assiettes. On mange \u00e0 pas d\u2019heure, les p\u00e2tes \u00e0 l&rsquo;aube ou longtemps apr\u00e8s midi. Il est seize heures du matin plusieurs fois par jour. Epars, il y a les manuels d\u2019autod\u00e9fense et de la po\u00e9sie italienne, il y a peu de th\u00e9\u00e2tre. J\u2019ai apport\u00e9 <em>La Rabbia<\/em> de Pasolini et les po\u00e8mes de Gatti. Je les sais entre de bonnes mains.\u00a0<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4624 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1663-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4626 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1664-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9tudiants, d\u2019acteurs, d\u2019intermittents, ou de pr\u00e9caires ici, mais des hommes et des femmes qui ont choisi pour la plupart que leur vie serait de dire des mots sur des sc\u00e8nes de th\u00e9\u00e2tre, et que cela les obligeait. Par exemple, \u00e0 penser les cons\u00e9quences de l\u2019acte impossible de dire je, de dire tu.\u00a0<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p>Puis, il y a des migrants. D\u00e9log\u00e9s, menac\u00e9s d\u2019expulsions par la pr\u00e9fecture, rassembl\u00e9s depuis des semaines \u00e0 la Porte d\u2019Aix, ils \u00e9taient litt\u00e9ralement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s. Les occupants leur ont ouvert les portes du th\u00e9\u00e2tre, ce th\u00e9\u00e2tre national d\u00e9pos\u00e9 sur la M\u00e9diterran\u00e9e, devant la Mairie qui p\u00e9rore sur une sc\u00e8ne et dont les actes n\u2019\u00e9taient que du th\u00e9\u00e2tre. Au premier \u00e9tage, les migrants ont un toit, et de la nourriture. Il ne fait pas chaud, mais ils envisagent l\u2019avenir. Ils peuvent s\u2019organiser. D\u00e9j\u00e0, la pr\u00e9fecture leur fait des promesses.\u00a0<\/p>\n<p>\n\n<\/p>\n<p>Oui, c\u2019est aussi de cela qu\u2019il s\u2019agit\u00a0; pas de culture.<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4633 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1674-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 14\u00a0h, la Cri\u00e9e de la Cri\u00e9e le criera. Un acrobate montera la fa\u00e7ade \u00e0 mains nues, ce qui dira quelque chose de ce qui s\u2019entreprend, dans cette occupation, qui est une prise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Performance | gravir la Cri\u00e9e \u00e0 mains nues\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/0GDB731WZic?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00a0L\u2019une lira un texte\u00a0: elle dira ce qu\u2019on a vu sur une pancarte, lors d\u2019une manifestation r\u00e9cente\u00a0: \u00ab\u00a0je veux mourir sur sc\u00e8ne\u00a0\u00bb. Elle dira\u00a0: c\u2019est exactement le contraire que l\u2019on r\u00e9clame. Ne pas mourir. Et certainement pas sur sc\u00e8ne.\u00a0<\/p>\n<p>On \u00e9gr\u00e8ne joyeusement le nom des th\u00e9\u00e2tres occup\u00e9s \u00e0 ce jour : soixante-quatorze. Sur une carte dessin\u00e9e, ils seront deux ou trois \u00e0 tenter de les pointer du doigt ; l&rsquo;effet cascade de la liste rendant impossible leur t\u00e2che, la dr\u00f4lerie de la sc\u00e8ne souligne d&rsquo;autant plus ce mouvement de mar\u00e9e montante, impossible \u00e0 endiguer tant il est innombrable, impossible \u00e0 localiser tant il est partout.<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-4607-1\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Nouvel-enregistrement-81.m4a?_=1\" \/><a href=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Nouvel-enregistrement-81.m4a\">https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Nouvel-enregistrement-81.m4a<\/a><\/audio>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les th\u00e9\u00e2tres sont occup\u00e9s pour ne pas qu\u2019ils ouvrent\u00a0: c\u2019est le paradoxe, il est f\u00e9cond. Si les th\u00e9\u00e2tres ouvrent, ce sera au profit des prot\u00e9g\u00e9s, des forts, des puissants. Que les th\u00e9\u00e2tres ouvrent, oui, mais sous condition que la culture ne soit pas ce qu\u2019elle, cette machine \u00e0 broyer, ce jeu de massacre. Que les intermittents vivent, oui, et ne survivent pas sous aum\u00f4nes. \u00ab\u00a0Maintenons ces lieux ferm\u00e9s, ou occupons-les.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p>\u00c0 16\u00a0h, c\u2019est l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Il y a foule. On n\u2019est pas sur le plateau de la Cri\u00e9e, seulement dans le hall creus\u00e9 de marches qui servent les soirs de spectacle \u00e0 <em>attendre que \u00e7a commence. <\/em>Ici, c\u2019est l\u00e0 que tout se passera. Et le moment est singulier. Les occupants du Merlan\/ZEF sont l\u00e0 aussi, et pour la premi\u00e8re fois, l\u2019AG le sera vraiment, g\u00e9n\u00e9rale. Les deux th\u00e9\u00e2tres occup\u00e9s de Marseille se proposent de faire voter leur position commune, ou plut\u00f4t\u00a0: il n\u2019y aura plus qu\u2019un mouvement commun, dans deux lieux. \u00ab\u00a0L\u2019union, c\u2019est la force. Et l\u2019amour, c\u2019est mieux \u00e0 plusieurs\u00a0\u00bb \u2014 les mots de la d\u00e9claration commune ach\u00e8vent enfin une courte semaine de malentendus, que la presse n\u2019avait fait que r\u00e9pandre. En s\u00e9parant les occupations, on finissait par les distinguer dans leurs fins et leur composition.\u00a0<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4634 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1682-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale sanctionnera d\u2019un vote commun et unanime les <a href=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/164330806_10158338855107106_5987944665829851609_n.jpg\">d\u00e9clarations<\/a> et les <a href=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/164149097_10158338855117106_7607595609421511771_n.jpg\">revendications<\/a>\u00a0: elles ne portent qu\u2019accidentellement sur la Culture. Mais les m\u00e9tiers de l\u2019art sont peut-\u00eatre un poste d\u2019observation singulier pour envisager la situation. L\u2019intermittence au travail, le travail non <em>productif<\/em>, le souci de l\u2019exp\u00e9rimentation, la volont\u00e9 de transformer les corps (sociaux). Ce n\u2019est pas une le\u00e7on\u00a0: seulement une autre mani\u00e8re de vivre.<\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a un autre monde, et il est dans celui-ci\u00a0\u00bb, \u00e9crivait Eluard. Le ventre des th\u00e9\u00e2tres abrite un fourmillement de d\u00e9sirs, un territoire de leur invention \u00a0o\u00f9 les forces se regroupent, s\u2019amassent, se forgent impatiemment pour mieux crever ce ventre, et se r\u00e9pandre aux quatre vents, et davantage.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4632 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/IMG_1673-600x450.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Maintenons ces lieux ferm\u00e9s, ou occupons-les\u00a0\u00bb. Devant la Cri\u00e9e balay\u00e9e par le vent, ils doivent hausser la voix pour les dire, ces mots, et les cris qui se l\u00e8vent poss\u00e8dent la justesse et la hauteur qu\u2019il faut pour atteindre plus fermement la cible, celle qui se confond avec ce monde. La Cri\u00e9e fait face \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville, le vent s\u2019acharne sur nous\u00a0: \u00ab\u00a0mais que salubre est le vent\u00a0\u00bb.\u00a0 C\u2019est la cri\u00e9e de la Cri\u00e9e depuis une heure, et \u00e0<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":4630,"menu_order":0,"template":"","class_list":["post-4607","edito","type-edito","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/edito\/4607","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/edito"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/edito"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4630"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4607"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}