


{"id":913,"date":"2015-03-29T16:39:29","date_gmt":"2015-03-29T14:39:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=913"},"modified":"2015-03-29T16:39:29","modified_gmt":"2015-03-29T14:39:29","slug":"edito-mars-2015","status":"publish","type":"edito","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/edito\/edito-mars-2015\/","title":{"rendered":"Mars 2015"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-912\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/arton332.jpg\" width=\"600\" height=\"600\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><center><sc><strong>Nous sommes avant<\/strong><\/sc><\/center><br \/>\n<br \/>\n\u00ab\u00a0<i>Il y a crise quand le vieux monde ne veut pas mourir et que le nouveau ne peut pas na\u00eetre<\/i>\u00a0\u00bb \u2014 \u00e9crivait Gramsci (mort en 1937) dans une phrase qu\u2019on dirait cisel\u00e9e pour le pr\u00e9sent de toutes les g\u00e9n\u00e9rations. La n\u00f4tre n&rsquo;y d\u00e9roge pas : et pire \u2013 la crise para\u00eet lui tenir lieu d&rsquo;Histoire, ou d&rsquo;alibi. En moins de dix ans, \u00e0 la crise financi\u00e8re ont succ\u00e9d\u00e9 toutes les crises du monde r\u00e9el, comme un cort\u00e8ge de morts-vivants aveugles et d\u00e9termin\u00e9s\u00a0: crise \u00e9conomique et crise politique, crise sociale et crise morale, crise esth\u00e9tique et crise intellectuelle, crise du prix du p\u00e9tr\u00f4le, crise du post-post-humanisme, crise de la joie et de la faiblesse, crise du personnage et de fiction, crise du silence pourquoi pas, crise des terreurs nocturnes, crise de la crise, crise qui n\u2019en peut mais, et n\u2019en finit pas\u00a0: crise qui ne cesse pas de commencer de mourir, qui n\u2019en finit pas de ne pas arriver \u00e0 <i>finir encore<\/i>, et autres <i>foirades<\/i>. Il faudrait cesser de parler de crise et nommer l&rsquo;Histoire pour ce qu&rsquo;elle est, finalement : ce qui dans la naissance meurt enfin, mais r\u00e9siste.<br \/>\nLa crise du capitalisme est un leurre\u00a0: il n\u2019y a partout qu\u2019un capitalisme de la crise, crise qui est devenue la condition m\u00eame de la survie du capitalisme, son \u00e9tat n\u00e9cessaire pour qu\u2019elle lui fournisse l\u2019occasion de figer la situation et geler l\u2019Histoire \u00e0 son profit \u2013 elle est son propre rem\u00e8de, qui exige donc sa maladie. Un devenir sans processus. Une stase. Cela fait maintenant trente ans qu\u2019on le sait, qu\u2019on y assiste comme aux convulsions d\u2019un corps dont on ne sait plus s\u2019il est remu\u00e9 de sanglots ou de spasmes.<br \/>\nPuis, ce monde post-lui-m\u00eame semble travers\u00e9 d&rsquo;une autre Crise : celle du Nouveau. Prime \u00e0 l&rsquo;in\u00e9dit, qui semble d&#8217;embl\u00e9e Sup\u00e9rieur, puisqu&rsquo;il n&rsquo;a pas servi \u2013  pas encore \u00e9t\u00e9 us\u00e9 par l&rsquo;Histoire. Les Forces R\u00e9actionnaires peuvent ainsi se parer des attributs du Nouveau : personne pour voir la contradiction. Au Nouveau semble attacher la gr\u00e2ce d&rsquo;une curiosit\u00e9 m\u00e9diatique : quinze minutes de gloire pour l&rsquo;inconnu. (<em>Les formes nouvelles r\u00e9clament des inventions d&rsquo;inconnu <\/em> &#8211; que la parole du po\u00e8te est loin). Et vite, on passe \u00e0 autre chose, de plus nouveau. Il faudrait pourtant prendre le temps d&rsquo;en finir avec ces pens\u00e9es d&rsquo;Apocalypse, qui annonce toujours que ce qui arrive, <em>mesdames messieurs, vous ne perdez rien pour attendre<\/em> (vous perdez tout, et vous attendez encore).<br \/>\nCe monde hyst\u00e9ris\u00e9, hyperm\u00e9diatis\u00e9, o\u00f9 la crise sert de ma\u00eetre-mot et d&rsquo;\u00e9cran pour nous emp\u00eacher de le penser, stri\u00e9 d\u2019images devenues sa propre l\u00e9gende qui s\u2019\u00e9crit dans les bandeaux des chaines d\u2019infos continues, d\u00e9filant en passant et en temps r\u00e9el travers\u00e9 de son propre flux qui aurait pu construire sa m\u00e9moire, mais qui ne b\u00e2tit que son oubli, couches d\u2019informations qui sont l\u2019\u00e9paisseur d\u2019un temps sans histoire\u00a0: comment ne pas le r\u00e9cuser, tout ensemble, et d\u00e9finivitement ? Et pourtant, dans cette extr\u00eame secousse, \u00e9claircie d\u2019irr\u00e9alit\u00e9, apercevoir \u00ab\u00a0<i>dans un coin de soi-m\u00eame des morceaux du monde r\u00e9el<\/i>\u00a0\u00bb, \u00e9crivait Artaud (mort en 1948).<br \/>\nCes morceaux que le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme ne parvient \u00e0 m\u00e2cher ni \u00e0 recracher, ce sont peut-\u00eatre, pourquoi pas, d\u00e9risoires et essentiels, quelques textes et quelques corps qui les portent, qui r\u00e9pondent au monde comme ils r\u00e9pondent du monde\u00a0:<br \/>\n<small><\/p>\n<blockquote><p><i>L\u2019humanisme ne se manifeste plus qu\u2019en tant que terrorisme, le cocktail Molotov est le dernier \u00e9v\u00e9nement bourgeois. Que reste-t-il\u2009? Des textes solitaires en attente d\u2019histoire. Et la m\u00e9moire trou\u00e9e, la sagesse craquel\u00e9e des masses menac\u00e9es d\u2019oubli imm\u00e9diat. Sur un terrain o\u00f9 la le\u00e7on est si profond\u00e9ment enfouie et qui en outre est min\u00e9, il faut parfois mettre la t\u00eate dans le sable (boue pierre) pour voir plus avant. Les taupes ou le d\u00e9faitisme constructif.<\/p><\/blockquote>\n<p><\/small><\/i><br \/>\nEn attente d\u2019histoire, \u00e9crivait Heiner M\u00fcller (mort en 1995) \u2013 et l\u2019histoire n\u2019attend pas. Comment percevoir les cris de l\u2019enfant qui na\u00eet sous les r\u00e2les du vieillard qui se meurt\u2009? C\u2019est le drame d\u2019<i>Int\u00e9rieur<\/i> et de <i>L\u2019Intruse<\/i> jou\u00e9s en m\u00eame temps sur toutes les sc\u00e8nes du monde (vous ignorez ces drames\u2009? lisez-les), et tout le monde pour voir cela, personne pour se lever et hurler ou rire \u2013\u00a0 mais discuter \u00e0 l&rsquo;infini des termes d&rsquo;un contrat illisible qui voudrait garantir que l&rsquo;Histoire est morte et enterr\u00e9e et d\u00e9compos\u00e9e \u2013, c&rsquo;est l\u00e0 peut-\u00eatre le plus incompr\u00e9hensible\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Ils croient que rien n\u2019arrivera parce qu\u2019ils ont ferm\u00e9 la porte, et ils ne savent pas qu\u2019il arrive toujours quelque chose dans les \u00e2mes et que le monde ne finit pas aux portes des maisons<\/i>.\u00a0\u00bb \u00e9crivait Maeterlinck (mort en 1949).<br \/>\nDans la vieille maison comme au-dehors o\u00f9 l\u2019aventure se joue encore, o\u00f9 l&rsquo;Histoire ne s&rsquo;est pas achev\u00e9e par ce qu&rsquo;en nous elle est ce que les surr\u00e9alistes appelaient l&rsquo;amour, <i>une beaut\u00e9 convulsive<\/i> et secr\u00e8te, f\u00e9roce, intraitable : notre temps, c\u2019est le monde interm\u00e9diaire o\u00f9 quelque chose va avoir lieu, le battement, la d\u00e9chirure qui relie et brise \u2013 c&rsquo;est en France, \u00e0 la fois une atmosph\u00e8re de fin de r\u00e8gne d\u00e9j\u00e0 et de veill\u00e9e d\u2019armes\u2009; ce sont dans le Monde des insurrections pr\u00eates \u00e0 prendre le relais de printemps \u00e9chou\u00e9s sur l\u2019hiver des glaciations aux coups d\u2019\u00e9tat permanents\u2009; pour beaucoup, ni Dieu ni Ma\u00eetre, mais les deux \u00e0 la fois, confondus et sans visage, et il y a des hommes cependant pour se poser entre ces dieux et ces ma\u00eetres. Des statues sont bris\u00e9es dans des mus\u00e9es, ou des touristes dans ces mus\u00e9es ; des drapeaux sont d\u00e9chir\u00e9s, et des caricatures qui deviennent imm\u00e9diatement des drapeaux. Dans ce maelstr\u00f6m : partout, ce sentiment qu&rsquo;on est avant.<br \/>\nOn est juste <i>avant<\/i>. Avant quoi, on ne sait pas. Avant des \u00e9lections, avant des grandes mar\u00e9es, avant le lendemain, avant que le jour ne se l\u00e8ve ou que la nuit tombe, avant le changement et avant que rien ne bouge, avant un remaniement et avant que la ville change les arbres de la rue de Rome, avant la maladie, avant la veille de notre mort, <i>pas au-del\u00e0<\/i>\u2009; mais avant. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9quinoxe : l&rsquo;\u00e9quilibre avant la chute. Dans quelques jours, le programme du Festival d\u2019Avignon \u2013 quelques textes <i>en attente d\u2019histoire<\/i>, encore. Et des corps qui d\u00e9j\u00e0 se pr\u00e9parent \u00e0 dire les mots qu\u2019il faudra, et les mots insuffisants qui consternent, les mots pleins de honte ou les mots dans la rage, les mots dans la tendresse et les mots dans la peine, les mots nuls et non advenus, et les mots essentiels, les mots qui diront la mort, et d\u2019autres la naissance, peut-\u00eatre. Pour l&rsquo;heure, nous sommes avant ; nous nous organisons, nous amassons des forces et nous sommes pr\u00eats. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous sommes avant \u00ab\u00a0Il y a crise quand le vieux monde ne veut pas mourir et que le nouveau ne peut pas na\u00eetre\u00a0\u00bb \u2014 \u00e9crivait Gramsci (mort en 1937) dans une phrase qu\u2019on dirait cisel\u00e9e pour le pr\u00e9sent de toutes les g\u00e9n\u00e9rations. La n\u00f4tre n&rsquo;y d\u00e9roge pas : et pire \u2013 la crise para\u00eet lui tenir lieu d&rsquo;Histoire, ou d&rsquo;alibi. 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